‹ Les bases de la philosophie naturalisteChapitre 34 sur 39 · Cf. deniker, Races et peuples de la terre · texte numérisé non relu

Cf. deniker, Races et peuples de la terre

semblent aux leurs. Des uns aux autres, il est légitime de conclure. L'ethnologie contemporaine peut et doit être la clef de la palethnologie.

C'est en se fondant sur ce raisonnement que l'archéologie préhistorique construit le portrait de nos ancêtres. A vrai dire, on ne discute plus guère la question de savoir si tous les hommes sont sortis d'une souche unique ou de plusieurs. On voit trop que, sur une question de ce genre, la science est réduite aux conjectures. Mais, en étudiant les sauvages contemporains, on constate que, si différents qu'ils soient par leur couleur ou leur origine, ils présentent certaines particularités qu'on retrouve chez la plupart d'entre eux. N'est-on donc pas en droit de supposer que nos lointains ancêtres avaient des particularités analogues ? Cette idée est celle de H. Spencer i ; c'est pourquoi il a cru pouvoir tracer une sorte de portrait physique, intellectuel et moral de ce que furent probablement les hommes préhistoriques, en prenant pour modèles les primitifs contemporains.

S'il faut l'en croire, l'homme primitif dût être physiquement fort inférieur aux civilisés. La plupart des sauvages actuels sont plus petits que nous. Leur corps est généralement massif et disgracieux. Les membres inférieurs, en particulier, sont très souvent lourds et mal formés. Presque toujours, le système digestif est développé à l'excès. Fréquemment, « la région supérieure de la poitrine est plate, très resserrée, mais elle s'élargit en bas pour porter un ventre énorme et pendant ». La légende attribue au primitif une force herculéenne. Ici encore, il faut en rabattre. Il est rare qu'un primitif soit capable d'un effort aussi grand qu'un civilisé ;

i. Principes de sociologie. T. I". (F. Alcan.)

il est plus rare encore qu'il soit en état de faire un effort aussi persévérant. Les seuls avantages physiques des primitifs sur nous paraissent tenir à la sélection à laquelle la rudesse du climat les a soumis. Ceux qui vivent actuellement possèdent, en général, une constitution des plus résistantes. Des intempéries qui nous tueraient sont supportées par eux avec indifférence. De môme, ils paraissent assez insensibles à la douleur comme au plaisir. Faut-il donc supposer, chez nos ancêtres, une organisation physique différente de cellelà ? Cest ce que l'étude des crânes et des squelettes de Cros Magnon et de Neanderthal rend fort peu vraisemblable. Les hommes qui vivaient à ce moment-là ont bien les caractères des sauvages actuels. « Crâne étroit, grand développement de la région occipitale, front fuyant, suture du crâne qui se joint d'avant en arrière, peu ou point de développement des os vormiens, arcades sourcilières proéminentes, mâchoires larges, molaires de singe, système osseux grossier, fosse oléocranienne souvent perforée, les articulations supérieures longues, les articulations inférieures courtes, pieds plats, appareil digestif développé, tous ces caractères rapprochent l'individu de cette race des sauvages les plus dégradés et des singes anthropomorphes 1. » Est-ce donc une hypothèse gratuite que de voir dans l'homme primitif un individu physiquement semblable au sauvage actuel, et non pas un merveilleux géant plein de vigueurt de force et de beauté ?

Spencer n'est pas moins sévère pour l'intelligence qu'eurent sans doute les hommes de jadis. La plupart des primitifs actuels ont sur nous une supériorité incontestable. Dressés dès l'enfance à la chasse, à la pêche

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