‹ Les bases de la philosophie naturalisteChapitre 36 sur 39 · Dabwin, Voyage d'un naturaliste, p. 229, trad. française · texte numérisé non relu

Dabwin, Voyage d'un naturaliste, p. 229, trad. française

développement des qualités morales qui n'a pas pu manquer de les accompagner. Un individu humain isolé n'est rien dans le combat contre la nature. Un groupe d'individus qui font faisceau contre elle est une organisation solide qui assure à la fois la conservation de ceux qui en font partie et celle de leur type.

Maintenant, d'où vient que, parmi les groupes qui se sont constitués d'abord, certains sont restés stagnants et présentent aujourd'hui encore le caractère des sociétés sauvages originelles, tandis que certains autres ont évolué, se sont compliqués de plus en plus, ont absorbé les organisations voisines et ont assuré le développement de ce que nous appelons aujourd'hui la civilisation ? L'analyse des facteurs complexes qui ont dû concourir à un tel événement commence à peine. On n'en doit donc parler qu'avec une extrême prudence.

Et cependant, les philosophes naturalistes entrevoient déjà des procédés d'explication qui, quand ils seront perfectionnés, suffiront probablement à faire comprendre comment les sociétés sont nées et d'où vient qu'elles sont devenues ce qu'elles sont aujourd'hui.

Les philosophes du xvme siècle se sont souvent contentés d'explications quelque peu factices. C'est ce qu'ont fait plusieurs d'entre eux à propos de l'origine des groupements sociaux. Ils ont admis volontiers que l'état social avait été précédé d'un état de nature. Les hommes auraient vécu, d'abord* isolés les uns des autres. Puis, ils auraient compris les avantages de la vie en commun. Ils se seraient groupés par

intelligence et par calcul. L'origine de la vie sociale serait assez analogue à celle d'une société commerciale. Les hommes auraient volontairement et sciemment posé les fondements d'un contrat social. Chacun d'entre eux aurait accepté d'abdiquer une partie de sa liberté. Ils auraient décidé de poser les armes qu'ils portaient les uns contre les autres et de s'unir pour la vie au lieu de se combattre.

Une telle hypothèse sur l'origine première des sociétés paraît peu défendable à la science contemporaine. L'idée d'un état de nature qui aurait précédé l'état social, celle d'un contrat exprimé qui aurait changé l'un dans l'autre, sont des doctrines d'un caractère étrangement artificiel. Elles ne s'accordent guère avec ce que l'étude des sociétés inférieures nous révèle aujourd'hui.

La société n'est pas une chose exclusivement humaine. Il existe des sociétés animales 1. Les unes sont d'un caractère temporaire. Les autres sont durables. La plupart des mammifères et des oiseaux forment, au printemps, des groupes familiaux. Les petits, une fois nés, continuent de vivre pendant un certain temps avec leurs parents. Ils se séparent seulement quand l'heure est venue pour eux de fonder à leur tour une famille nouvelle. Voilà une forme d'association remarquable bien qu'éphémère. Chez un grand nombre d'insectes et chez certains mammifères, nous trouvons des organisations sociales beaucoup plus notables. D'abord, une ruche ou une fourmilière sont des associations durables et solides. Ensuite, la division du travail y existe et y est poussée très loin. Nous avons dit comment, dans une ruche d'abeilles, il y a trois espèces d'insectes : la reine qui pond sans inter-

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