De l'intelligence, t. I, chap. in
Cresson. — Philos, natur.
une sensation bien connue, eelic de la saveur acide. » Cette formule, la physique,, la chimie et la psychophysiologie des sens la confirment à la fois, et elles nous invitent également à la généraliser. 11 . bien étrange qu'il y eût un tel accord entre les conclusions de ces trois sciences si elles n'étaieni exactes.
C'est ce qu'ont pensé les philosophes naturalistes ; c'est pourquoi ils n'ont pas hésité à prendre à la lettre les conclusions de- la physique et de la chimie, alors môme que les physiciens et les chimistes les nuançaient d'un doute, et à les étendre hardiment.
Physiciens et chimistes sont unanimes pour nous dire : tout se passe comme si les forces physiques et chimiques étaient soumises à des lois invariables et inflexibles et comme s'il n'y avait dans la nature inorganique ni contingence, ni liberté. Le philosophe naturaliste survient. Il supprime l'atténuation : « Tout se passe comme si. » Il élargit la proposition et il se demande : Est-ce que l'univers, dans sa totalité, n'est pas soumis aux lois d'un déterminisme rigide et absolu ?
Le physicien et le chimiste continuent : « Tout,, dans le monde inorganique, se passe comme sHl n'y avait, dans l'univers, qu'une quantité d'énergie constante agissant automatiquement suivant des lois mécaniques, soit seule, soit sur une multitude d'atomes matériels. Il n'est donc pas besoin de supposer, pour rendre compte des phénomènes physiques et chimiques, une intelligence contribuant à diriger le monde, mais seulement cette énergie et ses lois. » Une seconde fois le philosophe naturaliste inter-
vient. Une seconde fois, il admet que la physique et la chimie ont vu plus profondément dans l'essence des choses qu'elles n'osent l'affirmer elles-mêmes. Une seconde fois, il généralise la proposition qu'elles suggèrent ; il se demande : Est-ce que tout ce qui existe dans l'univers ne se laisse pas interpréter dans un système dont la supposition fondamentale se réduit à celle d'une force aveugle et de quantité constante agissant soit seule, soit sur des atomes, sans but et sans conscience, suivant des lois exclusivement mécaniques ?
Bref, la science fournit sur la nature de l'inorganique une idée mathématique qu'elle estime commode, mais provisoire et susceptible de corrections multiples. Cette idée, le philosophe naturaliste la fait sienne : il l'amplifie, il estime qu'elle est apte à rendre compte non seulement du monde physico-chimique, mais encore de l'univers tout entier.
Seulement, dès qu'il tente une pareille aventure, le philosophe naturaliste se trouve en face de problèmes redoutables. Sans doute, l'inorganique et ses phénomènes s'expliquent scientifiquement assez bien, à l'aide des seuls postulats de la philosophie mécaniste. Mais en est-il de même de la vie, de l'esprit, des sociétés ? Leur naissance dans l'univers, leur développement, leurs particularités sont-ils susceptibles d'une interprétation dans une doctrine aussi simple ?
C'est ce que les philosophes naturalistes ont été obligés de se demander. C'est aussi ce que, à les en croire, les progrès successifs des diverses sciences leur ont permis de soutenir avec une vraisemblance de plus en plus grande.