‹ Les Bases du Système de la Philosophie Morale de GuyauChapitre 10 sur 19 · RO AU · texte numérisé non relu

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pose ici des hypothèses invérifiées et peut-être invérifiables, en tout cas contestables, maïs les hypothèses ne contenant pourtant ancune contradiction, et qui en même temps sont utiles comme principes directeurs et régulateurs de l'esprit humain, car elles lui permettent par l'induction métempirique d’unir dans le système cosmologique l’ensemble des phénomènes et de représenter le cours du processus cosmique sans aucune déviation mystique, sans deus ex machina'). Dans l'énergie cosmique ou plutôt dans l’infinité d’énergies doit demeurer potentiellement non seulement notre vie humaine, mais l’ensemble des êtres possibles et même inconcevables de nous grâce à leur perfection. Bref, l'énergie cosmique doit avoir la capacité de revêtir les formes infiniment diverses dont la plus haute et la plus parfaite que nous connaissions est Justement l'être sciemment moral.

Par la solution problématique de cette antinomie fondamentale nous arrivons au point culminant de la

1) Voir aussi H. Hôffding - Esquisse d'une psychologie fondée sur l'expérience (éd. franc., 1900, pp. 105—106). Mais d’un autre côté l'élargissement de l'élément de moralité originaire sur toute la nature peut être considéré comme superflu, car une pareille conception ne nous explique rien du tout. La moralité aussi bien que la vie psychique ne constitue qu’une catégorie nouvelle de phénomènes surgissant dans le temps déterminé et dans le rapport causal. On pourrait bien, sans pourtant tomber dans l’hylosoïsme, se maintenir conséquemment sur le sol du naturalisme moniste. Dans la série de ses oeuvres postérieures nous voyons Guyau se montrer plus scientifique ou méthodique. Si uous envisageons le problème du point de vue exclusivement logique, l’hylosoïsme et étant en parenté avec lui le panpsychisme ne se laisse éliminer par aucun artifice. Mais au point de vue de la métodologie scientifique, accepter ces hypothèses ce n’est pas du tout faire avancer notre savoir, c’est peut-être au

contraire introduire dans la science une notion vagne et nuisible,

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conception éthique et philosophique de Guyau. En considérant l’homme, contrairement à la conception dualiste de Comte ‘), comme ,le produit du monde” 1, de manière qu'il y ait l',identité originaire entre l’homme et la nature“), Guyau introduit l'hypothèse métaphysique, mieux métempirique du naturalisme moniste et immanent. Cette hypothèse :), en devenant de plus en plus vraisemblable à mesure du progrès de la cosmologie, correspond en effet, comme le prétend Guyau avec raison, à la tendance fondamentale de l'esprit humain à l'unité, car elle embrasse l’ensemble des phénomènes de l'univers dans un même principe d’homogénéité et fait disparaîre l’abîme entre la pensée et l'être extérieur. ,Pour aller ou fond des choses, il faut descendre au fond de sa pensée“5). L'hypothèse du monisme de Guyau n’admet ni unité substantielle de Spinoza, ni

1) ,L'homme dépend du monde, mais il n’en résulte pas“— Catéchisme positiviste, 2 éd., p. 146.

2) L'irréligion — p. 361.

3) Les problèmes de l’esthét. cont. — p. 135.

4) Voir—,L'idée du phénomène —-étude analytique et critique“ par Emile Boirac, Paris 1894. ,Si nous nous demandons— écrit Boirac— quelle est la tendance dominante de la philosophie spéculative à notre époque, nous pouvons, ce semble, la désigner par ce seul terme: le monisme“ (pp. 334 et les suiv). W. Windelband se met de même au point de vue moniste: ,Die naturnotwendigkeit treibt nicht über sich selbst hinaus, aber sie sondert sich in sich selbst. Die , Vernunft“ wird nicht erzeugt, sondern sie ist in der unendlichen Mannigfaltigkeit der naturnotwendigen Prozesse schon enthalten: es kommt nur darauf an, dass sie erkant und mit Bewusstsein zum Bestimmungsgrunde gemacht wird“ (Präludien, 2 éd., p. 2*6). Allein dieser mechanische Ablauf führt selbst zum Bewusstwerden der Normen, und nachdem dies cingetriten ist, wird die Norm zu einer ordnenden und bestimmenden Macht in dem mechanischen Ablauf selbst und führt in vollkommen naturgezetzlicher Weise ihre eigne Realisierung herbei“ (Ibid, p. 278).

5) L'irréligion — p. 361.

unité absolue des Alexandrins, ni force inconnaissable de Spencer, ni cause finale préalablement existante d'Aristote. Elle ne suppose que ,l'homogénéité de tous les êtres, l'identité de nature, la parenté constitutive. Lé vrai monisme, selon nous, n’est ni transcendant ni mystique, il est immanent et naturaliste. Le monde est un seul et même devenir; ik n'y a pas deux natures d’existence nideux évolutions, mais une seule, dont l’histoire est l’histoire même de l’univers? 1). Cette homogénéité constitutive, l’unité originaire et essentielle de tous les êtres et de tout ce qui existe en général, nous permettra peut-être. d'expliquer en fin de compte le fait de l'expansion inévitable et de fécondité morale de toute vie qui a réussi à s'élever au degré supérieur de l'échelle de l’évolution. Tout d’abord instinctivement, ensuite avec toute la conscience, et au degré de plus en plus accentué, l’activité des êtres vivants dépasse la satisfaction des besoins individuels et même celle des besoins du groupe social. C’est ainsi que dans l’homme, par exemple, comme le soutient Guyau, la moralité dépasse souvent les limites de l'instinct. social, dépasse même les besoins de la race: ,La fécondité morale déborde en quelque sorte la société humaine” ?). En introduisant alors au sommet de l’évolution la connexion de l'individu avec le monde extérieur, elle crée tout naturellement le sol à la solidaritéimorale des: é trés “em: géinénail,

1) Ibid., p. 437. .

2) Éducation et hérédité, p. 59. — Il ne faut pourtant pas oublier que Guyau fixe les limites plus étroites et plus précises à la morale conçue strictement du point vue scientifique: ,La morale humaine si on ne la considère que scientifiquement, est une question d'espèce, non une question concernant l'univers, (L'irréligion — p. 334).

Analyse.

I Guyau ramème toutes les méthodes éthiques aux deux types fondamentaux, correspondant aux deux conceptions opposées du monde, aux deux systèmes philosophiques — idéalisme et naturalisme. À l'éthique qui s’appuie sur la conception idéaliste correspond la méthode intuitive, tandis qu'à l’éthique qui puise ses principes du naturalisme philosophique — la méthode inductive. L’'intuition et l'induction, voilà deux méthodes dont se servent les théories éthiques opposées lorsqu'elles fondent leurs principes généraux; mais quand il s’agit de tirer les conséquences, les deux systèmes s’étayent sur la déduction, en quoi s'accordent les utilitaires, les évolutionnistes de même que les représentants de l’éthique religieuse, de l'impératif catégorique et les autres. Les deux méthodes font appel, en définitive, selon Guyau, à l'hypothèse métaphysique, mais lorsque l'induction, partant de la réalité donnée des faits concrets, ne se sert de l'hypothèse métempirique que pour la coordination définitive de tout le domaine de l'expérience et de l’activité qui échappe jusqu'ici

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aux prises de la recherche strictement scientifique, l'intuition, au contraire, base a priori son principe doninateur sur l'hypothèse métaphysique, faisant dépendre ainsi tout le système d’une supposition invérifiée. Plus les systèmes éthiques intuitionnistes sont logiques ,moins ils sont solides pour peu que l'hypothèse à laquelle ils se rattachent soit contestable” 1). Et au contraire, le système éthique basé sur les faits, peut être et est par la nature des choses imparfait et incomplet, mais il contient toujours un certain trésor d’observations et d'expériences vraies. En partant de la loi de la relativité de notre ccnnaissance et en soutenant que l'appel à quelque principe métaphysique inébranlable, qui serait acquis par l'intuition, ne peut être nullement justifié et que tous les points d'appui ,inébranlables” ne se montrèrent en réalité qu’une simple illusion de la pensée insuffisamment perspicace, Guyau se sert, en édifiant son propre système éthique de la méthode de’ Pinduction scientifique, ne faisant appel à l'induction métempirique où à la spéculation que pour expliquer des faits insuffisamment vérifiés par la science, mais vis-à-vis desquels l'individu et théoriquement et pratiquement sent le besoin de se placer à un point de vue déterminé. Le naturalisme philosophique de Guyau, transféré sur le sol de la morale, laisse une empreinte réaliste sur son système éthique et le force à se servir de la méthode a posteriori ou comme Guyau l’'appelle—méthode inductive-déductive. C’est ainsi que par l'induction, par l’analyse des faits de la conduite des êtres vivants, il arrive à formuler sa loi de

1) La morale angl. contemp. — p. 211.

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