RAI NE
la vie, d’où par la voie déductive, mais sous l’incessant contrôle de ses déductions par des faits, il induit les équivalents du devoir absolu et supprime l'obligation catégorique et la sanction comme les constructions vitalement naïves, philosophiquement factices et moralement injustifiées. Sa méthode inductive-déductive se présente en outre chez lui toujours unie à la méthode génétique-psychologique, appliquée par lui aussi bien à l'explication des sentiments moraux, des idées d'obligation et de sanction, que dans les autres domaines. Ce point de vue métodologique le conduit à l’exclusion de toute loi intelligible, éternelle, supranaturelle, antérieure et supérieure aux faits, conséquemment a priori et catégorique et fait de la réalité le point de départ de son système éthique. Pour construire la morale nous avons dû partir —dit Guyau—des faits mêmes pour en tirer une loi, de la réalité pour en tirer un idéal, de la nature pour en tirer une moralité” ).. Vu que toute science empirique n’embrasse et n’explique qu’une partie de la réalité, en conquérant toujours des domaines nouveaux, l’éthique scientifique, elle aussi, ne doit, selon Guyau ,prétendre tout embrasser” et n’ayant pas la possibilité de fonder la morale vraiment complète et obligatoire, elle doit éviter des impératifs catégoriques et laisser le champ d’activité ouvert à l'individualisme. , Il faut qu'elle consente à dire avec franchise: dans tel cas je ne puis rien vous prescrire impérativement au nom du devoir; plus d'obligation alors, ni de sanction, consultez vos instincts les plus profonds, vos sympathies les plus vivaces, vos répugnances les plus normales et les
1) Esquisse — p.244.
plus humaines; faites ensuite des hypothèses métaphysiques sur le fond des choses, sur la destinée des êtres et a vôtre propre; vous êtes abandonnés, à partir de ce point précis, à votre <self-governement> ?!). Bref, là où l'éthique normative ne suffit plus — et dans la vie pratique elle ne suffit jamais, car, étant la théorie, l'abstraction, la science, elle n’est pas ,adéquate à la vie humaine” — partout là nous avons le droit -de recourir aux principes métaphysiques; mais ceux-ci, se basant sur des hypothèses, ne peuvent nous indiquer rien de certain, d’absolu: ils ne peuvent nous donner que des indications problématiques, encore de nature individuelle. L’éthique hypothétique peut s'étendre jusqu'aux nuages et même s’y perdre, mais pour avoir une valeur vitale, pour ne pas étre une fleur fanée et sans signification, elle doit s'appuyer sur une base solide. C’est bien la vie même tendant à son intensité et à son expansion qui sert de base solide à l'éthique de Guyau. Les premisses de sa morale constituent lés conséquences tirées du principe de la vie, et l'éthique métempiri-
que ne sert qu'à la coordination individuelle provisoire
mais nécessaire de certains phénomènes moraux qui échappent à la science. M. M. Christophe et Aslan sont prêts à placer l'éthique de Guyau parmi les oeuvres de pure métaphysique et à considérer la notion même de vie comme la source de sa conception métaphysique; mais une telle opinion est insoutenable et cela à double raison. Premièrement nous avons vu que le point de départ de la morale de Guyau est la conception naturaliste. M. Aslan estime que ,la pre-