PAT A
l'éthique normative ne joue chez Guyau qu'un rôle secondaire. Tout d’abord son attention est portée principalement à comprendre les mobiles de la morale, à saisir les lois du développement normal de la vie, à envisager la moralité humaine du point de vue de la continuité du processus cosmique; et puis il met à la base de la morale l’idée d’anomie, d'individualisme, de libéralisme individualiste limité par les lois mêmes de la vie. Deuxièmement ces auteurs certainement abusent du nom de la métaphysique (principe métaphysique etc.) comme synonyme de ce qui est contraire à la science. Où finit le domaine de la réalité et de la science et où commence la métaphysique au sens précis du mot, c’est-à-dire l’ontologie? A cette question nous pouvons, paraît-il, répondre tout bref et clair: 1) l’ontologie tâche d'introduire dans la connaissance les éléments absolus, stables, que nous n'avons jamais dans l’expérience; 2) l’ontologie tâche d’opérer avec les rapports absolus qui aient lieu entre ces éléments absolus, rapports, qui, eux aussi, ne se rencontrent jamais dans l'expérience. Partout là, —où nous ne pouvons pas démontrer l'existence de ces deux postulats, toutes les objections qu’on fait de la métaphysique seraient injustifiables. La science n'admet pas de pareils postulats, l'éthique ne peut et ne doit pas en admettre non plus. Et tel est vraiment le point de vue de Guyau: ,L’absolu, dit-il, n’est pas de ce monde” !).
Il faut cependant reconnaître le fait que Guyau (qui était lui-même l'historien méthodique de l’éthique) n’a pas séparé méthodiquement dans son ,Es-
1) Esquisse — p. 19.
LE HSO AS au
quisse” les deux disciplines morales mentionnées plus haut—l'éthique descriptive et l'éthique normative—et c'est pour cela qu’on peut du point de vue de la méthodologie scientifique lui faire de justes objections de ne pas avoir été méthodique.
IL Le principe, &u de l’éthique de Guyau se résume sous la forme de l’idéai—la vie la plus intense et la plus extensive sous le rapport physique et mental—idéal qui, exprimé sous la forme de l’impératif conditionnel, sonne: Développe ta vie dans toutes les directions, sois un individu aussi riche que possible en énergie intensive et extensive, pour cela sois l'être le plus social et le plus sociable, tandis que le fondement (6m) de sa morale constitue la loi biologico-psychologique — la vie ne peut se maintenir qu'à condition de se répandre. Ce fondement de la philosophie morale de Guyau ne repose pas seulement sur de certaines propriétés de vie, créées au cours de l'évolution, il transfère l’embryon de la moralité daus les profondeurs de l'être, au fond de la vie même. La loi de l’évolution de la vie, c’est la loi principale de toute la nature, loi sans laquelle nous ne pouvons nous expliquer ni origine et existence des êtres variables à l’nfini, ni leurs propriétés. Les évolutionnistes anglais ont bien compris l’importance de cette loi, en l’appliquant à l'analyse ontogénique et phylogénique des phénomènes sociaux, éthiques et esthétiques. Cette loi, Guyau l’a mise avec toute conscience à la base du système embrassant la morale, l’art, la religion et la métaphysique et a introduit par cela l'unité de la conception philosophique. Cette loi acquiert chez Guyau un caractère déterminé, en