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que critique pour le développement de sa conception philosophique: non seulement il a brillamment exposé ) et soumis à une critique de fond les principaux systèmes sensualistes et naturalistes depuis Épicure jusqu'à Darwin et Spencer, mais il a entrepris une confrontation audacieuse et féconde des principes de l'éthique idéaliste avec ceux de la morale réaliste. Depuis ce temps, l'influence de l'école naturaliste a frayé une direction de son système original de philosophie, et dans sa morale se produisitune métamor- phose radicale de lidéalisme philosophique transcendant dans l'idéalisme éthico-psychologique. L'optimisme platonicien . avec les idéals d’adolescence croulèrent. Le point de vue scientifique du penseur moderne triompha. Avec toute la sincérité de sa nature, Guyau s'était mis à développer la vérité nouvelle, ,prêt à ‘recommencer tout son travail d'autrefois, à rompre avec son passé, plein de cette tranquillité que la nature apporte dans ses métamorphoses et qui ne compte pour rien les souffrances du moi, ses préjugés évanouis où ses espérances brisées” ?). En même temps la loi de l’évolution s'impose avec toute sa puissance à sa conception du monde. Il prévoit un moment, quand les hypothèses de l’évolution et de la sélection seront universellement admises, comme c’est le cas aujourd'hui pour l'hypothèse newtonienne de gravitation. »Il devient alors aussi absurde de vouloir construire
1) Voirla lettre de Spencer à Guyau, citée par Fouillée » La morale, l’art. etc.“ p. 89.
?) La morale angl. contemp., 4 éd., 1900 p. IX.
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sans elles un système de morale, qu'il le serait de construire un système d'astronomie en supposant les astres immobiles ou le soleil tournant autour de la terre“ 1). Il se fait le défenseur le plus convaincu, infatigable, le plus conséquent et original en France de la loi de l’évolution, remaniée et complétée par lui, et la met pour base de tout son système philosophique — de l'éthique, de l’éducation, de l'art, de la philosophie de la religion et de la métaphysique. ,L'évolutionnisme de Guyau embrasse toute la science actuelle aussi bien que celle de l'avenir. La méthode consiste à procéder de manière à épuiser d’abord tout ce qu'a établi la science contemporaine, puis à élargir ces résultats par la voie inductive conformément aux principes de l’évolution? 2),
Après la période critique commence celle de la création originale et féconde sans exemple, interrompue par la mort prématurée du philosophe à l’âge de 33 ans (1888): en 1881 paraissent ,Vers d'un philosophe”, puis ,Les problèmes de l’esthétique contemporaine” (1884), ,Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction” (1885), ,L'irréligion de l'avenir” (1887), enfin les oeuvres posthumes— , Éducation et héridité” (1889), L'art au point de vue sociologique?” (1889), ,La genèse de l’idée de temps” (1890) Cette fécondité philosophique a revêtu chez Guyau des formes artistiques. Etant de nature non seulement philosophe, mais aussi poète, unissant dans son esprit non seulement l'intelligence profonde de la science moderne,
‘) La morale angl. contemp., p. 186.
?) Friedrich Ueberwegs Grundriss der Geschichte der Phiosophie des neunzenten Jahrhunderts, IX Auf., 1902, p.394.
mais encore la connaissance de première main du monde hellénique, doué d'un talent d'écrivain très éminent, Guyau a créé une série d'oeuvres philosophiques qu'on a nommées avec justesse des oeuvres d'art, Mais ce n'est pas le côté artistique qui constitue, d’après nous, l'essence de la création de Guyau. Au fond d’elle demeure, comme cela a bien compris M. Tarozzi, le point de vue moral: ,Negli intenti eglié sopratutto un moralista”'). Du reste ,il a été partout, —affirme un autre critique ?) —il n’est pas, si l’on peut dire, un seul des sommets de la philosophie où il n'ait hardiment posé le pied, où il n'ait entrepris des explorations mémorables”. En réalité, chaque domaine qu’il avait abordé—qu'il s'agisse de l’art, de la morale, de l'éducation ou de la philosophie de la religion- se trouva fécondé par des conceptions originales et par de nouvelles méthodes d’exploration. Dans l’art Guyau a découvert l'élément du sérieux et vis-à-vis de la
théorie kanto-spencerienne du jeu dans l’art à soutenu :
et développé avec succès une théorie de la vie, comme principe du beau, dans la morale par sa profonde analyse psychologique il a montré l’insoutenabilté des idées d'obligation catégorique et de sanction absolue, en appuyant son propre système de l'éthique naturaliste sur la théorie originale de la vie et sa fécondité: dans l'éducation il a introduit, entre autre, une conception nouvelle de ses rapports avec l'hérédité et il
1) Tarozzi. — I. M. Guyaueil LAN Le critico contemporaneo, 1888, p. 81 (33).
© 3 Dauriac. — I. M. Guyau. L'année philosophique, 1890, p. 215. | ”