‹ Les bases scientifiques de l'éducation physique (volume 2)Chapitre 15 sur 109 · ROLE SOCIAL DE L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ROLE SOCIAL DE L'ÉDUCATION

à grands frais sur les deniers publics une cohue de déchets qui coûtent et ne rendent rien à la société.

Il est navrant de constater les dépenses de l'assistance publique, de voir les sommes énormes utilisées à fonder des hôpitaux pour les phtisiques, les tuberculeux, les alcooliques, les dégénérés et les anormaux, tandis que presque rien n'existe pour éduquer et fortifier physiquement l'enfance. Les tentatives de l'initiative privée dans cette direction échouent sans cesse, toutes les donations sont faites pour remédier aux maux immédiats au lieu de préparer le terrain pour l'avenir.

En France, le budget de l'assistance publique se chiffre par 56 millions 4/2 rien que pour la ville de Paris ; le budget de la gymnastique inscrit dans les dépenses de l'instruction publique est réduit à 28.000 francs dans toute la France.

Il Y A DES PRÉJUGÉS ET DES OPINIONS QU'iL FAUT COMBATTRE

POUR AMENER UNE CONVICTION. — Le préjugé le plus enraciné et le plus funeste a été de séparer l'homme physique de l'homme moral.

Cette division est venue de la croyance à l'indépendance de ses deux modes d'activité. A peine sorti de son état d'enfance, l'homme s'est enorgueilli de la supériorité que lui donnaient ses facultés cérébrales sur la brute et de ses triomphes remportés sur la matière.

Il a cru cont|uérir le monde avec la pensée et la science. Ses efforts se sont exclusivement portés vers l'éducation intellectuelle. Il oubliait ou ignorait les relations intimes qui lient les fonctions de la vie et l'unité de l'âme et du corps.

DÉTRACTEURS ET NÉGLIGENTS. — Il V a cu dcs détracteurs de l'éducation physique niant sa nécessité et négligeant volontairement par système la culture corporelle. Les fonctions de la vie semblaient viles et méprisables devant les préoccupations de l'âme et devant la préparation à la vie future. Ce préjugé a été combattu par les hommes d'action ramenés aux saines notions des choses et par les philosophes guidés par l'étude de la nature. Assimilant l'âme humaine à une statue soutenue par la solidité du corps, A. Comte disait que souvent la statue s'effondre parce que le piédestal est pourri.

Ces notions furent le point de départ de la nécessité de Féducation physique et Ton trouve, dès les temps les plus reculés^ en Chine et dans l'Inde, ces principes dominer toutes les religions.

Ignorants et indifférents. — Cependant la conviction ne s'établit pas d'emblée chez tous ; on rencontre encore une indifférence déplorable à ce sujet, et chacun excuse an mieux sa paresse ; on croit inutile de préparer le corps à l'effort, on le néglige, puisque, lorsqu'on voudra le commander, il obéira à la volonté directrice. C'est là une profonde erreur qui ménage bien des déceptions.

Le groupe le plus nombreux admet bien l'utilité de la culture physique, mais ne va pas plus loin ; la méthode n'est pas nécessaire dans cette branche de l'éducation^ il ne reconnaît ni lois ni règles dans le développement humain; tous les moyens sont bons, le hasard est le seul ordonnateur.

C'est dans ce groupe que nous rencontrons les adversaires les plus acharnés de la doctrine scientifique, ils pèchent par ignorance ou par inconscience, mais ils sont d'autant plus dangereux pour le progrès qu'ils occupent dans la société des situations considérables, sont consacrés dans différentes branches de la littérature et des arts et n'acceptent pas la discussion. Avancés dans leur spécialité, mais restés dans l'enfance au sujet de la culture corporelle, ils propagent l'erreur et deviennent les conservateurs et représentants titrés de l'ignorance générale.

Spécialistes. — Viennent ensuite les sportsmen, les professionnels spécialisés à un exercice favori. Cherchant à exceller dans une spécialité, ceux-ci tombent fatalement dans les excès de la virtuosité et critiquent tout éclectisme ; il n'y a d'utile et de recommandablè pour eux que leur exercice favori.

Le sportsman, l'athlète n'ont qu'une préoccupation : exceller dans leur spécialité, devenir un sujet d'élite, en tirer satisfaction de vanité sans se soucier des conséquences sur la santé ou l'équilibre général. Chacun obéit encore à l'attrait du merveilleux et de l'extraordinaire, veut toujours faire plus fort que ses devanciers, cherche des records qui le rehaussent et le mettent

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dans une classe à part. Il ne pense guère à son amélioration, il veut être le premier à tout prix, la satisfaction qu'il en éprouve est totalement étrangère à là recherche d'un perfectionnement sage et raisonné.

Il essaie toujours de se surpasser, la volonté et la passion Fentraînent et l'égarent, il demande à son organisme plus d'énergie et de travail qu'il ne peut en fournir ; ainsi se ruine sa santé et se transforme en maux ce qui devrait être une source de richesse et de fécondité. Si l'exercice fortifie, l'excès d'exercice débilite et tue; la culture de la force pour la force est chose enfantine quand elle ne devient pas immorale et malsaine; la force n'est pas tout, Tidée qui la dirige est au moins aussi importante qu'elle : la force sans l'idée, c'est le muscle sans cerveau.

On a fait le plus grand tort à Textension de l'éducation physique en la présentant sous la forme athlétique. Rétablir la brutalité dans un siècle où les forces cérébrales sont les vraies forces dirigeantes, c'est écarter les penseurs» ceux qui ont tant besoin de l'exercice.

Tout le monde n'est pas apte à acquérir des talents athlétiques ou acrobatiques, il faut pour cela une constitution spéciale, y donner beaucoup de temps pour en retirer peu d'avantages. La force s'acquiert dans le gymnase, mais l'application intéressante de la force n'est pas là, c'est dans la lutte de chaque jour.

Dans la société actuelle, Tathlète n'a qu'un rôle infime à jouer ; il est dominé fatalement par les forces de l'intelligence. Il y a des étrês plus forts que nou6 musculairement, nous en avons cependant fait nos esclaves à cause de leur infériorité cérébrale.

L'éducation physique doit être mieux comprise, c'est le complément de l'éducation intellectuelle et morale, mais elle ne doit pas être cultivée exclusivement. Quelques athlètes ne rendront jamais au pays les services d'une population féconde, disciplinée, résistante à la fatigue, entraînée au travail, confiante dans ses forces et soutenue par un idéal d'intelligence et de moralité.

Le professionnel est tout naturellement porté à s'exagérer les qualités de sa spécialité, à lui attribuer exclusivement les avan-

tages qu'il en a retirés et à négliger les autres. De là la division «ntre les spécialistes de Fescrime, de la boxe, de la gymnastique aux agrès et des sports ou jeux libres.

Ce n'est pas de ce chaos que peut naître une méthode d'éducation.

Militaires. — L'éducation militaire comprend aussi des procédés d'éducation physique, mais bons pour les adultes et destinés à appliquer la force acquise, ces procédés deviennent détestables et dangereux pour l'enfance. On commet donc la plus grossière erreur en confiant l'enseignement à des instructeurs militaires non initiés à la pédagogie et qui négligeront le côté hygiénique pour ne voir que le développement brutal de la force et son application immédiate.

MÉDECINS ET SAVANTS. — Lc médeciu pèche par l'excès contraire ; il est porté à voir partout des dangers ou des causes imaginaires de maladies, il n'est pas toujours praticien et surtout éducateur ; il juge alors des effets de l'exercice par des conceptions théoriques et n'envisage que le côté hygiénique de la question en négligeant l'application de la force acquise, si importante au point de vue social.

L'éducation physique entre les mains des pathologistes res- -semblerait à l'enseignement intellectuel entre les mains des aliénistes. La médecine éclaire sans doute l'éducation comme elle éclaire la physiologie, mais il faut se garder de la confondre avec elle.

D'autre part, les savants ou théoriciens purs conçoivent un idéal sans être à même de pouvoir le réaliser, et l'humanité attend toujours d'eux une sage direction.

Il FAUT BATIR l'ÉDUCATION SUR LA SYNTHÈSE DES RÉSULTATS DES

SPÉCIALITÉS. — Chaque spécialité a du bon, il existe même des sports presque complets ; le progrès ne consiste donc pas dans l'invention de nouveaux procédés, mais dans l'étude de ce qui existe, dans la connaissance précise des ressources dont nous disposons, de ce que nous pouvons en attendre au point de vue de notre perfectionnement.

Il faut prendre à chaque spécialité ce qui est applicable à tous

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dans rintérét général et faire une synthèse méthodique dont Tesprit directeur sera Tadaptation sûre des moyens aux résultat^ ou aux effets que Ton cherche à obtenir.

Gomment l'éducation peut influer sur notre perfectionnebient pkysiQUE. — Une grande partie du bonheur dépend de la direct tion donnée à notre activité ; l'éducation physique est une question de vie ou de mort pour les populations urbaines, qui ne se retrempent plus dans la vie champêtre. Au milieu des obstacles à notre développement il faut retrouver notre équilibre, redevenir normaux ; il faut persuader, entraîner vers ce mouvement de régénération les indifférents et les sceptiques et indiquer la marche à suivre dans la pratique à ceux qui sont décidés à agir. 11 faut poser comme principe, comme devoir de chacun, le perfectionnement physique et moral, Tobligation pour tous de rendre à son pays et à la société une part de services qui peut aller jusqu'au sacrifice de la vie.

Si chacun avait la volonté de se perfectionner, quel bien en résulterait pour notre patrie !

Il FAUT AGIR. — L'oisiveté est source des pires maux ; il faut agir, mais agir sagement, proportionner notre activité à nos forces ; l'activité est nécessaire au bon fonctionnement de l'organisme, les échanges nutritifs qui constituent la vie sont facilités, augmentés par l'exercice, mais un excès d'activité produit des résultats inverses. Il y a de bonnes et de mauvaises façons d'agir; les résultats diffèrent suivant la quantité ou le genre d'exercice qu'on se donne. Il faut dépenser mais ne pas se sur-» mener. Qui dépensie beaucoup répare beaucoup ; qui dépense peu répare moins encore.

lu FAUT PROPORTIONNER l'eXERGIGE AUX FORGES DE CHACUN. — Le

bénéfice que l'on retire de l'exercice dépend d'une foule de choses, mais surtout de l'état particulier de chacun. Les différences individuelles sont visibles sous ce rapport quand on compare l'enfant, l'homme fait et le vieillard.

Il y a une sorte de coefficient personnel mesurant la vitalité de l'individu, son aptitude à produire du travail et sa tolérance aux excès. Chacun possède un potentiel d'énergie, un tempéra^ ment propre, une façon de réagir aux agents extérieurs.

Dbmint. — Bases scient. 2

Il faut faire de l'exercice à propos et faire tourner au proût de chacua les qualités héréditaires, les ressources de Talimentation et du régime.

Ce sont là les moyens modificateurs par excellence, ils doivent être adaptés aux faibles qui forment la majorité et revêtir une forme compatible avec les besoins et les tendance» indivi-' duelles.

Le PERFECTIONNEMENT DOIT ÊTRE RÉEL. — Le perfectionnement doit èlre réel, comme l'aliment doit être substantiel. MaisTétre humain est sensible, il prend plaisir ou non à Tefi'ort, suivant ia manière dont on sollicite cet effort chez lui. S'il est brutalisé, il se révolte, il n'obéit souvent qu'à des impulsions incons- 'Cientes. Ces impulsions doivent être s^iscitées et dirigées. La raison n'est pas le guide de la majorité des hommes, elle n'a prise que sur des esprits supérieurs doués d'une volonté suffisante pour dominer les impressions du moment. Les autres sont attirés par le plaisir recherché avant toute chose raisonnable. L'éducateur en s'emparantde cette influence énorme du plaisir peut obtenir chez ses élèves des efforts bienfaisants et les; entrainear vers le hiem^ Mais, en avietin cas^, il ne faut salis- Êiire le pkiisir en sacrifiant l'effet utile reekerehé. Le maître n'a pAS à recevoir des kçons de son élève, mais il ne doit pasi non plus enseigner sans éveilkr son intérêt.

Ces vérités s'appliquent k toute éducation ; bien souvent le» résultats sont nuls par maniée ou par excès de plaisir. On en> trojsveraib des exemples dans la manière d'enseigner encore aujourd'hui tes éléments des sciences et des lettres. Beaucoup d'entre nous ont été pris d'un dégioûi réel pour l'étude, aprèâ avoir suivi les leçons d'un maître ennuyeux ; d'autres n'ont rien appris sous un maître trop complaisant ou trop pe consciencieux. Cependant ilfkut se garder d'excuser fe paresse par de mauvaises raisons ou d'éluder l'effort si nécessaire.

Il faut solliciter l'effort. — Une nation ne peut rejeter les moyens sûrs de se perfectionner sous le futil prétexte qu'ils sont ennuyeux, ou exotiques ; elle ne grandit et ne sort de l'enfance qui'en ne s'acrêtaai; pas à ces considérations mesquines^. Si l'on veut être fort, on doit trouver son plaisir dans un trar vail fécond et n'envisager que le résultat final.

ROLE SOCIAL ÀB L ÉDÙCAtf ÔX if

Cé\£t tiê ôouflFre pas dé coiitestatioh; coiistilte-t-ofi TeiifanL pour lui enseigner à lire, à écrire et à coiâ^er? Les classei$ seraient peu fréquentées si ott lili donnait le choix entre lâ récréation et l'étude.

La joie et le plaisir sont l'aSSAISOKNIMI^T DIB t'BX^CtCB uaH

NON Paé le- bût. — Une méthode d'éducôtioil fte peut étrer basée sur la recherché dû plai&ir seul, c'^est là têM mauvsii^ f^l^âii/ii^ terie de ceux qui préfètetlt le succès moiHentané au bidtr deB éfèvés.

Là jciiê éî le plaisir sofirt Tasi^aisonnement de rexereicei celui-ci doit être substantiel et attrapant tout à la foi»; c*esi à i'éducatenr d'y pourvoir.

StJftttt/ÏTé DE LA DISTÏNGtlON DES EXERCICES NATUREL® Et ÔtS ËXER-*

CICE5 ARTIFICIELS. — - On diviso souvent les moyens d'éducatié^ en artificiels et naturels. Ce qui est naturel et instinctif est i>on, ée qui est artificiel est inaûvais, et Ton câtâikbmàé aîÂsi d'excellentes méthodes à pîpiôrî.

Il est facile de répondre à ce sophisme. Le vêtement, l'habitation, les- villes, le&arts, les sciences ne s^ont-ils p«s le prod^il du travail ? Est-il naturel de canoter, d'aller en vélocipède où de jouer au cricket ?

Si ro« stipprkftaH les pi^odvretiotis-de Tinctosilri^, il m ]S0«9 resterait pas grand'chose, ce sont dès p'^oduèlS' artiôeie^ de ('art humain, mais to^t de même des biei^fâîts. Là s^ttftB' esft un cfhaos^ de choses boii^ned et mâtilrasses, c'est à notr# der choisir ce qui noti'd convient ; s'il y â des plaâ^tés aAMéïitai^es, il y a aussi des ptantes vénéûeiïs^s ; il y a les climats cléments, mais atissfi lés contrées dévastées et iiifptop¥és à lâr vie.

L'énis^tf â«n^s#IM fié, néé^^s^lé éeè soi^s de toutes soi^t^ sans lesquels il mourrait infailliblement. L'iiïstiâfel fid4urei dé l'homme, c'est souvent la paresse et l'égoïsme ; l'éducation lui râcnfqQe^ la notiën; dû Hiîtem 6t dhv mal et chercha à lé rendre meilleur. Ne comptons pas swle beetoin naturel pour ctftrahïer chacQA^ Vers l'ex^dcé salttta^re : ôous noûs tromperions fort. L'instiâct s'éâ^o^s^ vtte avec l'inaction ; ceux qui en auraient le plus bë^iô, les bureaucrates, sont justement ceiix qui s'eii passent te ^^s toidûtiérs.

L'homme a l'état de nature n'est pas aussi parfait qu'on le DIT. — A l'état de nature, leç hommes sont beaux et vigoureux ; c'est là un0 erreur fort répandue. On. ne dit rien des malheureux ab^ndoniiég, rongés par des maladies terribles, on cite seulement ceux qui ont résisté, les forts, ceux qui s'exercent; les faibles ont disparu par le fait de la sélection naturelle.

Dans ces conditions, nous trouvons également parmi les gym* iiastes des types ne le cédant en rien à des sauvages, au point de vue du développement et de la vigueur.

Chacun ne trouve pas instinctivement la meilleure manière d'utiliser ses forces. Il y en a de naturellement adroits et audacieux, mais que de lourdauds et de timides !

Le campagnard à son arrivée sous les drapeaux ne sait ni marcher ni courir ni sauter ; il n'a pas idée du rythme ni de l'économie de la force dans les exercices militaires qu'on lui enseigne,

La valeur de la méthode se mesure a ses résultats. — L'édu» cation seule peut donner à l'homme les qualités physiques qur lui manquent, et nous devons mesurer la valeur d'une méthode non pas à son degré plus ou moins grand de naturel, mais bien à la somnie de bénéfices réels obtenus. Il n'y a pas d'état de nature, il y a des lois naturelles. Ces lois agissent aussi bien dans un salon que dans une forêt vierge, il faut les utiliser à notre profit sans autres préjugés.

Un acrobate se suspend par la mâchoire, marche sur les mains, écrit avec le pied ; voilà une éducation artificielle inutile. Mais j'apprends à manier les armes et les outils, à me sauver d'un danger en grimpant à la force des bras, en franchissant un mur, à me mouvoir dans l'eau en nageant, en canotant, à me transporter à cheval, à vélocipède : voilà une éducation artifificielie à recommander.

. Il NE FAUT PAS CONFONDRE LES MOYENS AVEC LE BUT. — La distiuC*

tibn entre l'exercice naturçl et l'exercice artificiel est une subtilité ; laissons cela pour envisager seulement le but à atteindre : augmenter la capacité de chacun en travail, apprendre à utiliser au mieux le capital d'énergie une fois acquis, et à le conserver intact pour son bénéfice et celui des autres. Peu importent

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les moyens employés^ s'ils sont efficaces, mais leur influence doit être connue ; il faut éviter de perdre de vue le but final, de confondre les moyens ayec ce but et de se noyer dans les détails des systèmes et des méthodes spéciales.

H faut une direction sûre et agir consciemment. Gela ne peut avoir lieu sans le secours de la méthode scientifique.

On ne trouve pas chez le spécialiste une direction suffisante. — Si Ton écoutait les spécialistes, la question se compliquerait singulièrement. Chaque spécialité sportive a ses préj ugés, ses erreurs, son mode d'enseignement ; il semblerait nécessaire, pour se perfectionner physiquement, de passer par toutes ces écoles disparates, et je me demande quelle idée nette on en emporterait. Heureusement les lois naturelles sont simples, elles s'appliquent à toutes les spécialités, et tout devient clair si l'on sort de ces cercles étroits pour n'envisager que les effets à produirç sur le corps, en vue de l'améliorer.

Il y a une foule de moyens de se perfectionner ; ils semblent différents à l'examen superficiel, à la forme extérieure, mais, si l'on approfondit les faits, on retrouve les mêmes éléments, les mêmes causes agissantes. Ce sont toujours des efforts musculaires, de la dépense de travail, un accroissement des échanges nutritifs, un développement des organes locomoteurs, une adaptation des fonctions au surcroit de travail imposé, un affinement de la coordination des mouvements et, finalement, une économie et un rendement plus parfaits.

Ces éléments sont tangibles, mesurables; la valeur d'un exercice ou d'une méthode doit être appréciée et jugée ainsi en dehors du sentiment. Notre entendement est borné : de là les préjugés et les erreurs, de là la divergence des opinions. Ajoutons à cela les considérations d'intérêt et les mesquines disputes d'école, et nous arrivons à l'anarchie complète.

Une doctrine doit être assise sur l'expérimentation et la MÉTHODE scientifique. — Pour sortir de cet état, il n'y a pas deux moyens ; il faut interroger les faits, amasser des documents, les coordonner et en dégager les lois. La doctrine de r^ducation physique doit reposer sur les résultats des sciences mécanique, physique, chimique et biologique. Elle devient alors.

%l LBS BASES SpifiSîTIFIQUES DE L EDUCATION PHTSIQUE

sinon une science^ du moins une application de la science à Téiducation.

Mais ce n'est pas dans la science seule que réside le progrès. — La science pure se borne à connaître les lois qui relient les phénomènes entre eux. La science entasse documents sur documents, se divise en une infinité de branches spéciales ; sa limite est le pourquoi des choses. Elle jette quelquefois le doute et la confusion dans notre esprit sans diminuer nos misères. Tout cela ne nous rend ni meilleur ni plus heureux. La science a détruit bien des croyances qui formaient une barrière à nos égarements, elle doit les remplacer par des règles aussi sévères et plus positives. L'humanité a dégagé son capital de foi placé dans les superstitions ; elle doit le retrouver et en faire emploi dans la religion du progrès.

Il faut des points fixes dans la vie ; c'est vers la lumière que nous devons marcher. Ce n'est pas tout de savoir : les forces de la nature une fois conquises, ont peut les diriger contre nous.

La notion de b\m^ est étrangebp: a la science, -rr- l\ faut une 4iyectiqn ^iprale et une direction hygiénique. La notion de bien e^t étF^ngère à l$t science \ c'est une notion supérieure^ la base (|e l'éducation et du progrès. Ceux qui sopt hstbiles ^ découvrir les lois de la nature sopt quelquefois incî^pables de les appliquei^ à propos dans un but utile et, la plupart du temps, ne s'en sou^ cieiiit point. Le sayant n'est pas toujours doublé d'un philosophe et d'un homme de bien, il n'a pas la préoccupation des cho^ies aociales \ ^ussi, malgré ts^nt de résultats acquis par le travail 4es savants, la synthèse ta^yde à se produire, les progrès de l'éducation sout extFênjement lents.

C'est une graudô ftéglige^uce de laisser les géuéraittions s'étioler dans de ipau^aises CQudi(ions d'hygièi^e, 4ô 1?s épui$er P^r un surmenage conat?^pt et d© cçpipter r^pgr^y ç^^ mm\ pç^r les procédés de la médecine. On veut dissiper tout d'un coup, cpmiue pa^r piiiyacle, l^s «lodiflççLtiQus profoud^> r^ultant 4'actions |n£^lsainçs acc^^lulée$(, ku(^|nçint pe^d^int de loftgues périodes, -^gir a^iiisi, c'est peiutTèt^-e uu^ s^-U^fection dwnée à UPtre be&oip ie oierv^iUeux, à ftotr€> pareisjs^j k patre imprévoyance, çoais ç'eçt uue erreur que upu^- paierons cher et dppt oft ^e prévwt pa ejicpre l^^ çwsî^uei^Qes ^pç.iî^left^

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Le proobès humain n'est pas le PRoaRÊs industriel. — Le progrès réel consiste à accunaiiler les causes de perfectionnement et de bonheur ; il ne faut pas le confondre ayecle progrès industrîel; ce dernier crée, an contraire, des causes de dégénérescence sans nombre.

Les poisons de Thumanilé servent à des commerçants peu scniipuleux pour se procurer des ressources financières, et F Etat se fait complice de cette tendance en établissant l'impôt sur le tabac, l'alcool et le jeu. L'élite de la jeunesse recrutée dans les épreuves les plus difficiles trouve, à la sortie des écoles, son emploi dans la production de ces poisons et dans l'art de la destruction.

Ddijas ces conditions, il n'es* pas étonnant que les résultats salutaires soient négatifs, et des esprilSs ténébreux y voient une banqueroute de la science.

Mauvaise direction du. savoir humain. — Nous l'avons^ constaté, la science est une arme à deux tranchants*. ËUepeutétredirigée vers le bien ou vers le mal. Voilà paurqooi ou doute encore de l'utilité de son intervention dans les méthodes d'éducatk)».Les partisans de la métbode la plus^ rigoureuse en éducatioab mteblectuelle se refusent à admettre la nécessité de la méthode en éducation physique.

Faus^^e science* et sophistes. — Cette confusion regrettable vient d'une fausse science, science de mots qui, sous un pédantisme de mauvais go^fej^ cauelw; l'ignojraiiMce et jette le frouMe dans, les esprits . Certains auteurs oat la. spécialité d' obscurcir' les sujets qu'ils traitent et de tourotetttepfas ]»cteur-par descon- IradictLans et des sopbismes. Après; un étalage emuîns de connaissances scienJUiiqueS) une série inècnniinabie de citations et d'opinions contradictoires^ il nie reste: acusBpsafit, aweun enseignement, aucun ordre dans la ptensée^Onceoneluerait facilement de ces œavres de charlatans qu'il n'y ai paséekrâsida^nsls n^a^ture pour régler le perfectionnement humâidL Â^ ces^sopàismie»' n04i<s préférons l'empirisme:: rien n'^t. dangea^eux (raxiiiiiie une^usse science.

Le PBATICIfiN: DOrC être: AIDÉ PAR L'HOtftfl» DE SCIENCff. — Gc UC

sont pourtant pa& le& athlètes qui>l^oii4? avancer' l^cforctrine de

Uéducation physique ; la puissance d'abstraction du penseur est nécessaire pour dégager des petits détails les vérités générales et trouver le fil d'Ariane à travers le labyrinthe des erreurs et préjugés enfantés par la vanité et l'esprit métaphysique.

Le praticien le plus modeste est intéressant s'il apporte un fait nouveau et le résultat de son expérience ; il crut, en se rapprochant du savant, apprendre de lui la raison des choses et la cause de ses insuccès ; mais il trouva souvent un penseur n'ayant pas été rompu à la pratique, disposé par suite à raisonner à priori au lieu de puiser dans les résultats expérimentaux. Il fut profondément désillusionné de ne pas obtenir du savant la direction désirée. Le praticien accusa la science d'impuissance au lieu de s'en prendre aux connaissances insuffisantes du théoricien. Gela est très regrettable, une méfiance réciproque les a séparés quelque temps.

Cependant théorie et pratique ne sont que des mots ; la science expérimentale, la connaissance des faits sera toujours d'accord avec la pratique et sera son flambeau.

Sans elle, le praticien piétine sur place, il est incapable de sortir de l'ornière créée par les erreurs de ses devanciers. C'est ^de la communion intime du praticien et du savant que doit naître le progrès. Les raisons de sentiment du premier et les vues théoriques du second sont stériles et éternisent les divisions néfastes.

La VÉRITÉ TRIOMPHERA DES DISCUSSIONS PERSONNELLES. — La Védté

serait acceptée sans discussion s'il n'existait encore aucune habitude prise, aucune tradition suivie ; mais les méthodes empiriques ont précédé la physiologie ; celle-ci appelée à les contrôler se trouve devant des préjugés enracinés ou des erreurs fondamentales. Elle en triomphera sans aucun doute^ mais il faudra du temps. On ne peut éviter des combats souvent étrangers à la méthode scientifique, combats écœurants pour ceux qui ont souci du progrès et veulent à tout prix éviter les discussions personnelles, les luttes stériles et les pertes de temps.

La DIRECTION DE L'ÉDUCATION DOIT ÊTRE ENTRE LES MAINS d'iNGë-

HiEURS BIOLOGIQUES; — Finalement, savant pur^ mécanicien, phy<

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sicien, chimiste, biologiste, médecin même, aucun n'est préparé par ses études spéciales à la fonction d'éducateur. Il est obligé de faire son apprentissage, de devenir ingénieur biologique assimilable au zootechnicien, de réunir les connaissances du savant et du .praticien pour les adapter à Tamélioration de rhomme.

A. Comte avait déjà prévu cet art nouveau, TAnthropotechnie. Basé sur les sciences, assez important et assez vaste pour avoir une existence indépendante, cet art doit être l'objet d'une fonction sociale, être représenté par une classe spéciale de savants constituant par le but de leur travaux V Alliance des vivants contre la mort.

Matière de l'éducation physique. — En résumé, l'éducation physique doit faire partie intégrante de l'éducation générale, elle ne doit pas être uqe éducation professionnelle spéciale, mais aboutir au perfectionnement physique et non à la virtuosité. La méthode la plus parfaite doit employer des moyens appropriés au but final ; simples et efficaces, adaptés à notre état social, aux conditions de la vie moderne, ces moyens seront en outre applicables à la massé, aux faibles, et présentés sous une forme attrayante convenable à l'enfance et à la jeunesse. L'éducation physique a pour but le perfectionnement de l'homme : elle consiste dans l'éducation des fonctions de la vie. C'est l'art de conserver l'intégrité de ses fonctions et de les améliorer. Elle a pour effet d*empêcher leur dégénérescence et leur déviation, de porter leur puissance à leur maximum en contri* buant à l'harmonie de l'organisme pour le bien de l'individu et de la race, finalement pour le bien de la patrie et de l'humanité.

La méthode d'éducation comprend l'ensemble des moyens propres è obtenir, le plus rapidement et le plus sûrement possible, les résultats utiles et nécessaires au perfectionnement physique que nous allons définir.

La méthode d'éducation est le résultat d'un classement et d'une sélection des moyens ayant un effet connu sur le corps ; ce n'est pas une réunion quelconque, une juxtaposition artifî« cielle d'exercices variés, sans autre liaison que celle du caprice.

Il faut la distinguer de l'éducation athlétique. Cette dernière

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s'adresse seulement à quelques sujets et se propose la culture excessive de certains dons ou qualités physiques innés, afin d'obtenir des résultats extraordinaires dans une spécialité sportive ou gymnastique, ce qui peut être en désaccord avec le perfectionnement de Tindividu.

Une bonne éducation physique ne doit rien forcer, ne doit pas contrarier la nature ni rechercher autre chose qu'un équilibre salutaire entre les fonctions de l'organisme.

Le rôle de l'éducation est à considérer par rapport à l'économie entière, c'est-à-dire au point de vue de l'harmonie générale des fondions et par rapport à chaque organe ou système organique en particulier.

Chaque organe a son rôle dans l'être humain, il faut que sa fonclion s'accomplisse normalement^ il faut aussi que cette fonction n'empiète pas sur l'activité des autres organes. Ce qui amènerait leur dégénérescence.

En réglant le mode et la quantité d'activité des fonctions par rhabitude, on peut obtenir un régime durable, c'est-à-dire l'équilibre fonctionnel et le rendement maximum d'activité ou de travail avec le minimum de déchet ou de fatigue.

Les organes s'améliorent en fonctionnant ainsi, ils s'accommodent au travail demandé, cette activité devient chose normale, les fonctions réagissent réciproquement Tune sur l'autre et se pondèrent l'une par Tautre.

On comprend l'utilité de l'éducation pour provoquer et ordonner ces réactions au lieu d'attendre l'effet des circonstances et laisser les choses s'équilibrer d'elles-mêmes.

Éi>UGATIQNS FAUSSES, DËVUTION DES FONCTIONS DE LEUR véRITARLE

FIN. — On fait souvent pis encore, on prend de mauvaises habitudes : il y a des éducations faïasses amenant la déviation des fonctions de leur véritable fin. C'est là une cause fréquente de dégénérescence,, et chaque organe est susceptible de déchéance par déviation de sa fonction.

Dans l'état normal, les fonctions s'accomplissent avec une certaine sensation de plaisir qui nous incite à les satisfaire. A Tétat de nature, l'animal hérite de ses ancêtres d'un tact particulier, de l'instinct, guide peu t*être incanseient mais guide sûr vers ce qui lui est boo et favorable.

ROLE SOCIAL DE L^fiDUGATION 27

L'lN«TfNOT NATiJRBL NON PERVERTI EST fJN OUIDE PLUS SUR QVE LA

RAISON^ — Ces impulsions irréfléchies sont le résultat d*uQe seasibiiité intime de nos organes ; elles sont une succession d'édios réflexes remplaçant aTantageusement le raisonnement. Elles sont la conséq9ence des impulsions accumulées durant des générations et, par conséquent^ le fruit certain de Teicpérience. L'imagination n'a aucune priée sur elles, et Terreur est moins à redouter.

L'animal va de lui-mêoie vers la chaleur, vers la lumière ; il recherche Tair pur^ une nourriture saine etTaccouplement avec des êtres vigoureux.

Il évite ce qui lui cause une souffrance, nuit à sa santé ou À §011 développement.

Dans l'être civilisé Finstinct est perverti, il n'est plus un guide, il est remplacé par des préjugés, par des aberrations du sens commun, par des paissions nuisibles et indéracinables.

Les instinctifs purs, c'est-à-dire ceux qui se dirigent encore avec rinslipict naturel, aussi sûr que le jugement sain, sont devenus rares.

La majorité est inconsciente, elle subit les effets de bonnes ou de mauvaises causes sans les rechercher ou sans les éviter ; elle progresse ou dégénère, ballottée par les circonstances favorables ou nuisibles, incapable de sortir d^ cette ornière. Ce sont les moutons de Panurge, la proie des exploiteurs et des charlatans.

La sagesse GOKSCIEKTE doit remplacer l'instinct DISPARU. -^

Ceux qui ont conservé Tinstinct naturel suffisamment pour se diriger dans les grande centres habités forment la plus infime minorité. Ceux qui ont remplacé cet instinct par l'état conscient «(Ont encore plus rares. C'est un état supépîeur où la raison domine et dicte la marche à suivre, où la volonté exécute les ordres de la raison.

Cette sagesse peut avoir pour objet la direetio^n morale, mais elle embrasse aussi la direction des forces physiques, et l'on peut ainsi concevoir une sorte de sagesse inhérente aux fonc^ tiens de la vie et devenant la sauvegarde de l'individu dans les milieux malsains qu'il est exposé à traverser.

Le PLAISIR m DOIT PAS ftTRB SÉPARÉ DE LA SATISFACTION DBS RESOINS

NATURELS. ««•* La satisfactipu des besoins naturels est accom-

pagnée d'un certain plaisir qui contribue à en assurer raccomplissement. C'est là tout profit pour Tindividu. Mais le plaisir ne doit pas être séparé de raccomplissement normal de la fonction ; il ne faut pas, la satisfaction une fois donnée au besoin naturel^ chercher à renouveler le plaisir pour avoir de nouvelles jouissances: il est mauvais de créer des besoins artificiels remplaçant les vrais besoins de l'organisme.

Déviations des fonctions et habitudes factices. — Par des excitations de toutes sortes, on peut prolonger le plaisir et fatiguer les organes qui devraient se reposer. C'est en cela que consiste la déviation des fonctions. Cette déiriation est, en réalité, une perversion des sens et devient un vîcè.

Par exemple le repos est nécessaire après le travail, mais l'excès de repos, l'oisiveté, est incompatible avec le perfectionnement de nous-mêmes.

Il est nécessaire d'assouvir notre faim et notre soif, mais la gourmandise nous fait absorber des aliments en excès et aboutit à des troubles de la nutrition, à des maladies de richesse.

Les épices et les condiments de haut goût dont nous assaisonnons nos mets excitent notre appétit d'une manière tout à fait factice; les boissons fermentées et alcoolisées nous donnent des sensations que Ton aime à renouveler constamment sans soif.

Fumer et boire deviennent des besoins impérieux. On s'habitue à dormir le jour et à veiller la nuit; la fréquentation des théâtres, des cafés, lieux où l'atmosphère est vicié, nous fait perdre le goût de l'air pur.

On s'habitue à la malpropreté et l'on perd le dégoût, la répulsion naturelle qu'elle nous inspire. On vit dans des bureaux surchauffés l'hiver ; on fait abus de boissons trop chaudes ou trop froido^. On se couvre de vêtements trop épais, on se parfume d'essences concentrées, on cherche dans l'amour le plaisir de la luxure. On fatigue l'œil avec l'éclairage trop intense, l'oreille avec des bruits continus. Toutes ces déviations des fonctions devenues de véritables besoins nous rendent esclaves et nous font la proie des charlatans qui les exploitent.

L'éducation doit régler nos besoins et améliorer nos fonctions. — L'éducation doit remettre les choses à leur place et régler nos besoins. La volonté, le courage, l'aptitude au travail se

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