Bouchard, Les maladies de la nutrition
'132 LES BASES SGIXNTIFIQUBS DR L EDUaÂ.TI01f PHYSIQUE
intermittente : H se repose pendant la diastole, la proportion de repos et de travail est dans la proportion de l'a durée de la systole et de la diastole, c'est-à-dire pour Toreillelte de 2 à 8 et pour le ventricule de l ai. Il en est de même des puissances actives dans la respiration, des muscles et des glandes de l'appareil digestif. Les centres nerveux surtout s'épuisent et nécessitent le repos. Le sommeil nous supprime un tiers au moins de notre vie active, mais nous avons beau lutter, il devient un besoin impérieux, c'est une nécessité que nous* devons subir.
Le repos doit être réglé de façon que la réparation des pertes subies par l'organisme à la suite du travail soit intégrale ; à chaque reprise de travail les fonctions doivent être entièrement rétablies. Ce régime une fois obtenu, la machine humaine peut travailler longtemps sans se fatiguer.
Au contraire, lafatigue se manifeste dès que la dépende excède la réparation ; elle peut présenter des^ formes légères et des formes graves, depuis la courbature inoffensive jusqu'à la syncope mortelle.
La période de repos pendant laquelle se fait la réparation pour un travikil ordinaire semble être de quarante-huit heures. C'est ait bout de ce temps qae Ton voit apparaître les déchets dans les urines, c'est aussi la durée delà courbature.
PÉRIODE DE REPARATION QUI SUIT UN TRAVAIL INTENSE. — Si l'OU
s'exerce en vue d'une épreuve physique ou intellectuelle et si l'on veut bénéficier au jour fixé de tous les avantages d'une longue préparation, il est bon de laisser écouler ce délai de quarante-huit he^^tres entre le dernier effort d'entraraement et l'épreuve.
Il serait bien maladroit de se fatiguer le jour même où l'on doit disposer de toute son énergie, où l'on doit concourir à une épreuve sportive par exemple. Le travail intellectuel est soumis aux mêmes lois. Si je veux m« trouver bien dispos pour faire une leçon en public, je me garderai de la préparer le jour même, je n'aurais alors aucune lucidité ; deux jours auparavant, de préférence le soir, j'en reviserai le plan et en arrêterai la matière, laissant les détails et la forme au gré de l'improvisation. Le jour venu je me livrerai à l'exercice modéré, je ferai une promens^de, je me distrairai, évitant de penser à
CONDITIONS HYGIENIQUES DB L fiXfiRGIGB 133
mon 5u§et. J'arriTeral ainsi bi^n reposé et néanmoins bien préparé. J'ai souvent été élonné de la lucidité obtenue par ce procédé. Chacun eoanatt le travail latent^ inconscient même, qui s'élabore dans le cerveau pendant la nuit lorsqu'on a fixé fortement son attention sur une question. Le matin, au réveil, on trouve sans peine la solution cherchée vainement la veille avec effort.
Degrés divers de lk fatigue. — La fatigue se manifeste à divers degrés suivant la violence des efforts, la quantité de travail produit, le rythme du travail, le coefficient personnel de résistance, le degré d'entraînement et l'art d'économiser ses forces.
Nous pouvons en distinguer immédiatement deux formes : la fatigue locale et la fatigue générale.
Fatigue locale. — Je maintiens mon bras horizontalement sans difficulté pendant quelques secondes ; mais, si je veux persister plus longtemps ^dans cette attitude^ je ressens une sensation pénible dans Tépaule, mes muscles perdent leur vigueur, il me faut faire un effort nouveau de volonté pour demeurer immobile et ne pas laisser mon bras retomber. Le muscle est agité par des soubresauts, des secousses brèves, il tremble ; il arrive méiDe un moment où j'ai beau vouloir, je n'ai plus de pouvoir sur mes muscles; ils refusent d'agir, je suis incapable de leur commander et je dois m'avouer vaincu . Cinq ou six minutes ont suffi pour amener ce résultat, il en faudra encore moins si le bras est chargé d'un poids additionnel.
Dans ce cas particulier, les contractions ont été localisées dans les muscles élévateurs du bras; ceux-ci contractés en permanence se sont fatigués ; c'est un exemple de fatigue locale par contraction statique.
Mais ils auraient pu aussi bien se fatiguer en effectuant des mouvements. J'aurais puisé de l'eau en tirant à la corde d'un puits, en tournant la manivelle d'un treuil, j'aurais scié ou fendu du bois : tous ces mouvements longtemps répétés, surtout si je n'en ai pas l'habitude^ fatiguent quelques muscles spéciaux.
Courbature. — Le lendemain et surtout le surlendemain je
ressentirai une courbature localisée dans ces muscles seuls et qui disparaîtra au bout de deux jours.
Elle apparaîtra de nouveau si je recommence le trayail, mais il faudra pour cela me fatiguer davantage, et finalement par l'habitude j'en serai totalement à Tabri.
Mais si je change d'exercice, si, rompu à l'escrime, je fais du canotage, je serai courbaturé de nouveau, non plus dans les mêmes endroits, mais dans les muscles inaccoutumés au travail.
Cela est frappant et donne presque un moyen d'analyse du mécanisme des mouvements ; on peut dire qu'il y a autant de courbatures spéciales que d'exercices spéciaux.
La courbature locale entraine peu d'inconvénients graves, deux jours de repos suffisent en général pour la dissiper. C'est surtout un avertissement dont nous devons tenir compte pour ménager nos efforts.
Causes de l'impotence fonctionnelle du muscle. — Par excès de travail nous pouvons amener le muscle à une véritable impotence fonctionnelle, soit à cause de la douleur ressentie, soit parce que la contraction n'est plus possible. La douleur provient du froissement ou du déchirement des éléments sensibles ; un coup reçu, un massage énergique produisent le même résultat.
L'impuissance à agir tient à une rupture d'équilibre entre les phénomènes d'assimilation et de désassimilation ; la dépense ayant excédé la réparation, et le tissu même du muscle étant modifié et surchargé des déchets de combustion, il n'y a plus les conditions voulues pour la production de travail.
Dans ce cas extrême il y a intoxication du muscle, et le repos devient indispensable pour ramener les choses dans leur état primitif.
La condition la plus essentielle pour rétablir la foaction du muscle fatigué, c'est de le débarrasser des déchets de combustion dont il est encombré. Ceci est plus important qu'un apport de sang nouveau, riche en oxygène.
Le tissu du muscle fatigué est acide, et le sang d'un animal surmené, injecté à un animal reposé, produit chez lui tous les désordres de la fatigue. Inversement un massage, en débar-
CONDITIONS HYGIÉNIQUES DE L'esBIICICE 133
passant les tissus des déchets du travail, rétablit, la foDctloo du muscle beaucoup plus actiTcment que le repos.
Un muscle fatigué jusqu'à l'épuisement devient capable d'une nouvelle série de contractions par un simple lavage qui entraîne les substances toxiques produites pendant ie travail.
L'oxygène est probablement l'agent principal de réparation de la fatigue ; il faut un milieu oxygéné au muscle pour produire du travail, et l'on épuise vite le muscle si on le fait travailler sans lui donner du sang oxygéné. La respiration a cette double fonction de rejeter t'acide carbonique du sang et de dissoudre de l'oxygène pour l'apporter au muscle. Le rein est chargé de débarrasser le sang des déchets uratiques (acide urique, urée), provenant de la désassimilation des tissus, le sang doit entraîner ces déchets dans le torrent circulatoire et produire ud lavage des tissus.
Si les conditions d'aération du sang et de lavage du muscle ne sont pas convenablement remplies, il y a perte d'excitabilité du muscle, celui-ci se contracte, mais réagit moins vite à l'excitation, la secousse est plus prolongée, l'amplitude du mouvement est moindre pour une même excitation, et la période latente est plus longue.
Courbe db la fatigcb chez un individu. — Chacun possède une courbe de fatigue spéciale que l'on peut obtenir au moyen de l'ergographe de Mosso.
Cette courbe est caractéristique, elle indique ^ le travail produit par un ' muscle soulevant un certain poids, puis le laissant retomber pour le soulever de nouveau au bout d'un certain temps de repos, c'est-à-dire d'après un certain rythme.
La courbe de la fatigue signale au début une sorte d'entraînement du muscle, le soulèvement de la charge est accentué, puis la
us LES BASES SCIENTinQUBS DB L'foUGATION PHTfilQOB
faligoe se fait senlii-, la courbe s'affaisse, et la dûninution^ travail est proportionnelle à la quantité des efforts, la ligne est alors presque droite, elle se relève pour arriver doucement à lorsque le muscle est complètement épuisé et devient incapable de produire du mouvement (ttg. 51, -52 et 53).
Ace moment si l'on excite le muscle électriquement, il est encore susceptible de produire du travail : c'est qu'il n'était donc pas tout àfait épuisé; une part de la fatigue revenait aux centres nerveux qui le commandent.
Mais le muscle déjà fxti-
gué est dans des conditioft8
déplorables pour produire
Fifi. M. - Courbe de la fatiRue mon- d^ travail, un surcroît de
trant une concavité (variation in dîvi- . ., , . ,
duelle}, d'après Mosso. travail léger pour un muscle
déjà fatigué est une cause
d'épuisement plus sérieuse qu'un travail considérable pour un
muscle reposé.
Il y a ici i considérer deux éléments du travail : l'eSorl ou la charge supportée par le muscle, et le ryttime o.u le nombre de coiUrAcUons dans un letofis donné, la durée des contractions et la iarae rdiatipe da reiws tpà les «épare.
S^n l«s cxpéncfweG du D^ Haggiora, «n opérant dans les mËBïes icoaditkmfi, on a pu produire :
3.681 kiiogrMMt%tr«s av«c une chaîne de 2 kilog. à l'ergograpbe. 1.89a — seulement 4 — —
n y a an poids optimum correspondant à l'effort 1« plus convenable pour être répélé un grand nombre de fois de s^aite.
Remarque importante, si un muscle s'épuise à la suite de 30 contractions successives et que deux heures de repos soient nécessaires pour dissiper la fatigue, il suffira d'une demi-heure
CONDITIOHS HYGIENIQUES I» L BXKRCICK 137
de repos pour obtenir le même résultat si le muscle a fait seulenoent 15 contractions, c'est-à-dire moitié moins. Si l'on augmente la durée et le nombre des contractions, la fatigue croît plus vite que la dépense de travail, puisque le temps de repos nécessaire & obtenir la réparation intégrale au lieu d'être proportionnel au travail produit augmente beaucoup avec le surcroît de travail.
C'est en cela que nous différons des machines locomotrices.
Chez elles, pour obtenir un travail double il faut une consommation double de com-
buRtiWp ■ il n'v » ripn ^'8' "' — d^fl^fi <1« '* fatigue présentant DusuDie , Il n y a rien ^^^ ,5^^^ ^^^g (variation indiviiuelle). de semblable dans la d'après Mosse.
fatigue. Chez nous, dès
que la fatigue apparaît, le muscle doit, pour continuer son travail, faire appel à des réserves d'énergie et recevoir des excitations nerveuses plus intenses, l'équilibre n'existe plus comme dans le régime d'une machine à laquelle on fournit le , combustible nécessaire.
Rtthub oftiuus nss coiiTR actions. — Le rythme des contractions a la plus grande importance sur le régime. Ainsi avec 6 kilogrammes de charge & Tergographe on a pu répéter les contractions d'une façon continue sans fatigne en les espaçant de ^0 en 10 secondes, le travail prodnit était ainsi de 34.360 kilogrammëtres par heure. En allant plus vite, en répétant les mouvements tout es les quatre secondes on ne pouvait faire que '1.074kilogrammëtres & l'heure, il fallait 8 heures de repos, «t finalement la somme de travail était â2 fois moindre.
Charles Richet, en se servant du rythme de 200 par minute avec intermittences de 2 secondes de travail, 2 secondes de repos pour soulever 1.500 grammes au moyen des fléchisseurs de l'index, obtenait pendant i heures et demie un travail double de celui qu'il pouvait produire par l'action coiDlinue, et oeU
138 LES BASES SCIENTIFIQUES DE l'ÉDUGATION PHYSIQUE
au prix d'un effort de volonté moindre et d'une souffrance presque nulle.
Le cœur, grâce à un rythme conyenable, peut effectuer son travail journalier sans fatigue et sans interruption. Le travail nécessité par la poussée de la colonne sanguine équivaut à 62.000 kilogrammètres environ par jour, c'est 1/5 du labeur de 1 homme dans une journée de 8 heures.
Mais, si Von augmente son travail normal, il cherche à se mettre en rapport avec le régime nouveau qu'on lui impose, il s'hypertrophie, se fatigue, se laisse distendre et devient hors d'état de travailler. Les émotions morales répétées produisent le même effet, c'est la fatigue par excès d'excitation nerveuse.
Action de la chaleur sur la fatigue. — Les muscles sont impropres à produire du travail s'ils sont refroidis. Dans une température élevée, ils se fatiguent vite, les produits de la fatigue acquièrent un pouvoir toxique plus intense avec le surchauffement, peut-être aussi les actions chimiques étant favorisées par la chaleur, la quantité de ces déchets est-elle plus abondante.
Les accidents dus au surmenage se manifestent plus vite pendant la chaleur que dans une basse température.
Les matières toxiques agissent sur les terminaisons nerveuses, tandis que le muscle reste irritable ; il perd sa contractilité quand on l'excite par voie nerveuse.
La heurine est le produit de désassimilation le plus actif sur l'état de fatigue. L'alcool augmente l'excitabilité au début, mais bientôt à cette période d'excitation succède une incapacité de travail ; le rendement total est finalement inférieur au rendement normal sans le secours d'excitants.
Le sucre ajouté au régime ordinaire augmente la production de travail, le thé, le café, le kola présentent certains avantages sans avoir les inconvénients de l'alcool.
Ces faits s'étendent à la fatigue générale, nous y reviendrons à ce propos.
Fatigue générale, degrés divers. — Une longue marche ou tout autre exercice de fond exécuté sans préparation, amène d'autres désordres que ceux de la courbature ou de la fatigue
r»: ffi
CONDITIONS HYGIÉNIQUES DE L*EXERGICK 13
locales. On ressent une fatigue générale de Torganisme, spécialement lorsqu'on interrompt le travail^ et cette sensation de fatigue se manifeste tout à coup, sans progression.
Il y a trois degrés à considérer dans la fatigue générale : la lassitude, le surmenage et le forçage.
Lassitude. — La lassitude est le degré le plus léger de la atigue générale. Au milieu d'une longue étape, on s'arrête pour se reposer, en se levant on n'est plus aussi dispos que pendant la marche ; on est las, il faut faire effort . de volonté pour se remettre en route, et cet e£fort n'est pas en rapport avec le travail que Ton demande.
Cette lassitude disparait avec un déjeuner pris de bon appétit ; si elle est plus intense, il y a alors inappétence, insomnie, fièvre ; mais, si la nuit a été bonne, il n'y parait plus au réveil,, et Ton est plus dispos que jamais pour recommencer.
Au contraire, si nous nous levons encore las de la veille, s'il persiste un état de faiblesse qui n'est point de la courbature, mais une véritable diminution du potentiel, il nous faut, pour agir, un effort de volonté toujours croissant, et alors, malgré cet avertissement de la nature, si nous nous remettons au travail^ la lassitude augmentera, persistera, et nous arriverons au $ui*ménage.
Surmenage. — Dans l'état de surmenage, les troubles de la nutrition se manifestent, la balance entre les dépenses de l'organisme et la répartition des > forces est rompue; «'il y a de plus insuffisance de l'alimentation, la constitution s'appauvrit, et le corps devient bientôt un terrain de culture favorable à Téclosion des maladies.
Il y a cependant une certaine tolérance de l'organisme, et nous sommes tous plus ou moins obligés de supporter un peu de surmenage pour faire face aux obligations de la vie actuelle.
Nous nous retrempons ensuite par des périodes de repos espacées. Ce sont nos vacances, attendues avec impatience, et indispensables à notre santé. Il vaudrait mieux évidemment ne point arriver jusqu'au surmenage, et des repos plus fréquents interrompant de courtes périodes de travail seraient plus efficaces. Les animaux domestiques, les chevaux dont nous utilisons
140 LES BAiyES &GIBNTIFIOUEg BE L*éDUGÂTIOI( PHYSIQUE
la force musculaire, sont, dans les grandes villes, dans un état permanent de surmenaçe ; on voit I^s ravages causés par cet excès de travail si Ton compare les chevaux de fiacre, toujours fatigués, aux chevaux des voitures de maître qui font à peine la dépense de travail journalière strictement utile à leur santé.
Forçage. — Si l'on veut aller plus loin et continuer le travail même étant surmené, on arrive au troisième degré, mi forçage où apparaissent alors les conséquences graves de ia fatigue poussée à l'extrême.
Dans l'état de forçage, l'équilibre entre la dépense^ ht réparation est tout à fait rompu, les muscles refusent d'ugir, ils se raidissent; un animal forcé à la course tombe et meurt «air pdace. Aussitôt la rigidité cadavérique et la décomposition se produisent ; la chair de ces animaux n'est plus mangeable ; les bouchers se garderaient bien de fatiguer et de malmener le bétail avant de le sacrifier, uniquement parce qu'ils connaissent l'effet désastreux du surmenage sur la qualité comestiMe de la viande et sur sa conservation. Inutile de répéter que <;elte décomposition rapide des tissus «dt due à la présence da&s les musdes des substa^nces toxiques produites par le travail.
Répabation après la fatigue. — Ce que nous avons dit à propos de la fatigue du muscle peut se répéter pour la fatigue générale ; ainsi la durée de la courbature ou de la fatigue légère est celle de la réparation des pertes dves au travail, c'est environ quarante-huit heures.
Au bout de ce temps apparaissent dans les urines les sédiments uratiques et d'après M. le D' Lagrange, la nature de l'urine varie suivant le moment où elle est examinée, suivant la violence plus ou moins grande de l'exercice, l'état d'accoutumance ou d'entraînement du sujet et son état de vigueur et de dépression. De sorte que ce ne serait point la valeur absolue du travail qui influerait sur la composition de l'urine, mais bien l'excès sur le travail habituel. Les sédiments n'apparaîtraient dans l'urine que lorsqu'on aurait dépassé la limite de sa capacité actuelle, ils mesureraient le degré d'entraînement. Ceci semble conforme à la réalité, mais l'urine subit l'influesnce des dépenses nerveuses : une émotion, une excitation ou an travail intellectuel
CONDITIONS HTGIËNIQUEi DE l'eXERGIGE 141
intense produisent \m effet identique saas être accompagnés de travail musculaire.
L*é]imination des déchets par lesuriites indique bien qu'il y a
eu dépense et échanges nutritifs, c'est une excellente chose
au point de vue de Thygiène ; il faut, surtout pour la jeunesse,
pousser Texercice jusqu'à ce degré de fatigue sous peine de
l'obtenir aucun résultat sérieux.
Mais est-ce la présence de ces déchets dans le sang qui cause la fatigue et amène Timpotence fonctionnelle, ou bien lafonctiot motrice est-elle abolie par le fait dé la désassimilation excessive dont le muscle est 1^ siège pendant le travail, la présence des déchets dans l'urine étant uae conséquence de l'excès de la désassimilation des tissus sur la nutrition ? Ces points soat encore discutés et ne sont pas faciles à éclaircir.
La fatigue kst-elle une intoxication. — Il y a des raisons pour attribuer la fatigue à une insuffisance des échanges nutritifs et à un épuisement. En effet, la fatigue locale cesse avec le repos; la fatigue générale légère disparaît avec u»e alimentation et un repos convenables avant que les matériaux toxiques soient éliminés; la ligature d'une artère apportant les matériaux de nutrition à un muscle amène la fatigue de ce muscle, cette fatigue disparait lorsqu'on rétablit la circulation artérielle. Enfin, malgré la présence des déchets toxiques dans le sang et l'état de la fatigue excessive dans lequel les muscles refusent d'agir, un surcroît de volonté, une poussée d'énergie suffisent néanmoins pour agir encore. L'intoxication du muscle n'était donc point complète, l'épuisement des centres nerveux avait sans doute aussi sa part dans l'impotence fonctionnelle du muscle.
La fatigue ne seraitdene pas seulement une iiïtoxicalion mais surtout un épuisement de l'énergie cellulaire.
Les sujets amenés par l'entraînement à on certain degré de résistance à la fatigue, s'ils ne dépassent pas la limite de cette résistance, n'ont pas, d'après M. le D"^ Lagrange, de sédiments uraliques dans leurs urines; il y a donc chez eux une désassimi: lation moins rapide des tissus, accompagnée d'une nutrition plus active et d'une élimination plus parfaite des produits d'excrétion.
DansTétat de fatigue légère ou de lassitude^ cette élimiaation se fait complètement et, après un court repos, les organes sont dans les conditions du début et prêts à fonctionner de nouveau.
Dans Tétat de surmenage, au contraire, les matériaux de ilésassimilation restent àTétat permanent dans l'organisme, la fonction motrice n'est pas abolie, mais on produit toujours des 'léchetssans avoir un repos suffisant pour pouvoir les éliminer, il y a encombrement de l'organisme par les produits toxiques, c'est un foyer qui tire mal parce qu'il est obstrué parles cendres et les scories.
Dans l'état de forçage l'intoxication est complète ; à ce degré les muscles refusent d'agir, leur fonction est abolie, et les centres nerveux sont empoisonnés par l'excès de matériaux de désassimilation qu'il est impossible d'éliminer.
Il y a deux causes principales d'intoxication dans un exercice dolent. Dans la course forcée on s'empoisonne parce qu'on produit un travail excessif et parce que l'essoufflement abolit en partie la fonction respiratoire.
L'excès de travail amène la saturation du sang parles produits de désassimilation (acide urique, urée), qui devraient s'éliminer par le rein et n'ont pas le temps suffisant pour cela; l'essoufflement amène la saturation du sang par l'acide carbonique, qui devrait s'éliminer par le poumon et ne peut le faire suffisamment vu l'insuffisance delà ventilation pulmonaire. En un mot, le sujet forcé à la course s'empoisonne et s'asphyxie. Le foie est le destructeur des ptomaïnes, le rein en est l'éliminateur ; la rate pourrait bien être le réservoir d'emmagasinement du sang impur qui serait revivifié ensuite par le travail (Pages).
Signes objectifs de la fatigue. — Y a-t-il des signes objectifs de la fatigue, des indications extérieures permettant de la constater sur un sujet et d'en mesurer le degré? Cela serait intéresrant à connaître pour éviter les accidents et graduer la dose d'exercice suivant l'état de fatigue.
Si l'on interroge sur ce point un jeune homme vigoureux, il vous répondra toujours qu'il n'est point fatigué. L'amour-propre est un facteur psychique assez puissant pour masquer un instant les manifestations de la fatigue, mais c'est ainsi que se produisent les accidents de surmenage.
HTaiJNIQDES DE l'EXEIICICK 113
L'exercice modéré sera toujours le plus hygïéaique, cependant il est. bon d'en augmenter quelquefois la violence ; la jeunesse s'accommode mal de trop de sagesse : donnons libre cours ù sua
le pin* fitiguJ.
exubérance-, maisévitona les excès et veillons & ce que la récréation ne dégénère pas en folie.
Une fatigue générale légère est une preuve de dépense, c'est un coup de fouet donné à l'organisme, c'est une preuve certaine d'échanges nutritifs et d'un effet hygiénique réel. La fatigue légère est ie meilleur sédatif d'un système nerveux excitable.
Comment saurons -nous que nous n'avons pas dépassé les limites raisonnables ? 11 y a là uae grande difTiculté d'appréciation.
La fièvre, le sommeil agité, le manque d'appétit sont bien des marques de la fatigue exagérée, mais ces accidents sont longs à apparaître. Pendant l'exercice on ne peut surveiller que la respiration, le cœur, la pJLleur ou la rougeur de la face, le tremblement des membres et rien d'autre ; s'il y a d'autres critériums de la fatigue, ils sont malheureusement encore du ressort des laboratoires de physiologie. .
urée de r»ppuj au début ; — i pbrcoun et au mAmo rythme ni est mlongéo par le f»Ugu«
ii\ LES BA.SES SCIENTIFIQUES DE L'émiGATION^ PHYSIQUE
Un muscle fatigué a une secousse plus longue et moins intense (fig. 54). La période latente a plus de duré«.
La courbe de la fatigue obtenue avec Fergographe, l'analyse de Turine, ne sont pas des indications pratiques.
Dans quelques esta eepesdast ii y a des signes objeelil^ certains de la fatigqe. Le marckeizr fat%aé raleitiit k; c^enee de son allure^ il a ose démarche carabetéristique^ l^a geB04ix filédiis^ le corps penché en ayant, absolument comme im homme chargé d'un poids lourd. Xoos avoAS pu constater *■ et mesurer même Tinûnence de la fatigue sur la durée du dcHibie appui (ks pieds jur le sol (%. 55).
Les appréciations de ce genre seront toujours délicates parce que le coeffîcient personnel de résistance diffère notablement selon chaque individu et aussi, chez le même sujet, à différents moments. Le jeûne, la veille, la température, l'émotion, sont autant de causes de variations. L*état appelé neurasthénique vous rend absolument inférieur et peut cependant n'être que passager. L'influence psychique et les troubles de nutrition des centres nerveux peuvent masquer les phénomènes de fatigue musculaire proprement dite.
Fatigue nerveuse. — Les centres nerveux supportent beaucoup moins que les muscles la privation du sang ou l'altération de ce liquide nourricier. Le cerveau, privé un instant de sang artériel, a toutes ses fonctions immédiatement abolies ; baigné de sang impur, de sang chargé des produits de désassimilation du travail musculaire, il est le siège de troubles fonctionnels considérables.
M. le D"^ Tissié a été témoin de nombreux cas de folie passagère dus au surmenage dans des concours athlétiques*.
Toute fatigue musculaire est naturellement accompagnée de fatigue nerveuse, puisque le muscle reçoit son excitation de la décharge des centres nerveux ; mais il peut y avoir fatigue nerveuse sans fatigue musculaire ou, du moins, saBS qu'il y ait eu travail du muscle.
Le savant, l'artiste, l'inventeur se fatiguent nerveusement,
1. Demeny, Mesure de la durée du double appui dans la marche. Comptes rendus de l'Académie des sciences.
S. D' Tissié, La Fatigue et Ventraînement physique. Paris, F. Âlcan.
CONDITIONS HYGIENIQUES DB l'eXEBCIGB 145
mais «epe&dant tout autant que le manouvrier. Tous ceux qui ont dû passer par Tétat de surmenage aéeessité par les épreuves I scolaires vous diront qu'ils préfère&t de beaucoup la fatigue
musculaire à la fatigue du cerveau. L'ouvrier ne se rend pas com^rte des souffrances du penseur, il ne mesure la peine qu'aux objets matériels déplacés et au travail matériel exécuté.
La fatigue cérébrale seule est particulièrement pénible, et Texereice musculaire modéré la combat efficacement Justement pour cette raison qu'il donne aux échanges nutritifs un surcroît d'activité et le bénéfice d'une circulation plus active entraînant les déchets du travail cérébral. Il faut pour cela éviter les efforts qui congestionnent et faire de grandes inspirations ^ l'air pur.
Le cerveau travaillant seul se congestionne et s'intoxique forcément, La fatigue intellectuelle diminue, il est vrai, la force musculaire^ mais il est possible de redonner au cerveau sa vigueur perdue par un surcroît de nutrition générale.
Certains auteurs avancent que toute fatigue, même la fatigue musculaire, est d'origine nerveuse ; cette affirmation ne s'accorde pas avec les notions expérimentales. Si le travail musculaire est toujours accompagné de dépense nerveuse, cette dépense est relativement faible par rapport à la dépense musculaire, et les dernières recherches permettent d'assimiler la décharge nerveuse à l'étincelle ou à l'amorce qui met le feu à la poudre dans une arme à feu. Le muscle est une machine prête à produire du travail, il contient dans son tissu, apportés par le sang, des composés instables prêts comme des explosifs à détonner et à céder l'énergie latente qu'ils renferment pour la transformer en mouvement.
La décharge nerveuse est l'occasion de cette transformation, mais elle n'est poin t la source du travail . Entre l'énergie dépensée dans l'excitation nerveuse et le travail du muscle, il y a même disproportion qu'entre Texplosion de l'amorce et la force vive due à l'explosion de la gargousse dans une pièce à feu. Néanmoins les centres nerveux s'épuisent pendant le travail musculaire, puisqu'ils deviennent quelquefois insuffisants pour produire la contraction du muscle, bien qu'une décharge électrique puisse encore la provoquer.
Lorsqu'on fait travailler un muscle déjà fatigué, on est forcé
Demeny. — Bases scient. 1
d'augmenter Texcitation nerveuse pour produire sa contraction, la dépense nerveuse s'accroît dans ce cas.
De même, si Ton veut vaincre une résistance considérable en la faisant supporter par des muscles faibles, ces derniers ne peuvent se contracter avec Ténergie suffisante qu'en recevant des centres nerveux des excitations intenses ; c'est encore une dépense nerveuse considérable. Le cas se présente si l'on porte un poids lourd à l'extrémité du doigt, si l'on se soulève à la force des bras. La fatigue est augmentée si Ton ne sait pas économiser ses contractions musculaires, si l'on se raidit même sans mouvement, il y a dépense nerveuse. Les émotions agissent de même : un travail exécuté froidement nécessite une dépense très modérée d'énergie, il devient énervant si l'amour-propre, l'impatience ou la colère nous aiguillonnent.
Les accidents sont dus pour la plupart à cette dépense exagérée, au manque de sang-froid ; dans les concours athlétiques la jeunesse imprévoyante va jusqu'à la limite de ses forces et souvent la dépasse.
Les races diffèrent sous ce rapport ; nous autres Français, dit Hugues le Roux, nous courons avec nos nerfs, les Anglais courent avec leurs muscles. C'est une manière piquante d'exprimer la part différente de dépense nerveuse et de dépense musculaire dans la production d'un même travail.
Identité de la fatigue musculaire et de la fatigue nerveuse. — Il y identité entre les troubles de nutrition provoqués par la fatigue dans les muscles et dans les centres nerveux. Le nerf est un conducteur qui semble échapper à ces désordres, tandis que les centres nerveux sont éminemment sensibles aux degrés différents de la fatigue.
On retrouve dans la dépense nerveuse comme dans la dépense musculaire, avec les déchets du travail nerveux : le degré de lassitude disparaissant par le repos ou le changement de travail, l'état de surmenage qui ne cède qu'au repos, et le degré de forçage qui amène des accidents mortels.
Des hommes, luttant avec l'énergie du désespoir sous l'influence de violentes émotions, meurent et sont aussitôt frappés de rigidité cadavérique. On a vu dans des batailles, là où se sont accomplis des actes d'héroïsme, des groupes de soldats
CONDITIONS HYGIENIQUES DE L EXERCICE U7
conserver dans la mort Tattitude du combat. Il y a dans ce cî>3 forçage nerveux et forçage musculaire, mais Tépuisement nerveux peut se manifester seul dans bien des cas. 1
Les émotions fortes, la démoralisation, ôtent toute énergie et toute force musculaire ; sans être aucunement acteur dans ,un drame passionnel, il suffit d'en être témoin pour conserver longtemps après la trace de la secousse morale ressentie.
Il y a deux modes d'activité nerveuse : la sensibilité et l'action ; les actions d'arrêt ou d'inhibition demandent une forte dépense de volonté, et l'on est souvent plus fatigué de combattre une impulsion que de s'y laisser aller en esclave.
L'attention est une dépense nerveuse ; un dilettante qui ne^ perd pas une note d'une symphonie n'est passif qu'en apparence, en réalité il se fatigue comme l'exécutant, celui-ci effectue encore un certain travail mécanique où l'on peut trouver une cause d'activité circulatoire ; chez l'auditeur il n'y a qu'une excitation congestive, sans aucune cause de régulation du cours du sang. Mosso a montré le gonûement du cerveau lorsqu'on appelle par son nom un sujet endormi^ l'effet est plus saisissant encore lorsque notre attention est fixée sur un sujet déterminé.
L'attention trop longtemps soutenue sur un même objet, les excitations multiples et intenses subies dans la vie des grands centres sont des causes de fatigue nerveuse et, par suite, de l'exagération dans l'excitabilité des centres nerveux.
•Les veilles, le travail de nuit, fatiguent parce que nous n'avons plus la lumière, les bruits de toutes sortes, les mouvements qui agissent le jour comme excitants sur nous.
On a beau se reposer le jour, le sommeil est alors moins réparateur. Malgré l'isolement, des bruits parviennent toujours à nos oreilles, et, même non perçus, ces bruits ont une influence excitante sur le cerveau.
Les passions vives et l'abus des excito-moteurs ruinent l'organisme, mènent à la folie et à l'incapacité de travail.
Le défaut d'énergie et l'inégalité d'humeur sont les moindres désordres dus à la fatigue nerveuse, l'effort d'attention devient bientôt impossible, les maladies de la volonté détruisent le
i. Mosso, la Fatigue intellectuelle et physique, Paris, F. Âlcan.
It8 LES BASES SCIENTIFIQUES DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE
caractère, et ce qui constitue le moi, la personnalité de Tindividu 6*amoindrit et s*eflFondre *.
Impossibilité de suffire en même temps a une dépense musculaire ET A une dépense NERVEUSE EXAGÉRÉES. — En résumé actes sensibles, actes volontaires, actes moteurs, tout cela est une dépense et il devient impossible de suffire à une double activité musculaire et cérébrale si on ne reste dans une sage mesure. On ne peut toujours dépenser, quelque robuste que Ton soit : il faut s'arrêter à temps pour éviter le surmenage. . Changer d'occupation est une distraction, mais ce ne peut être un mode de repos. On se délasse ainsi des fatigues locales, on repose certaines parties spéciales du cerveau ou certains muscles fatigués en reportant le travail sur d'autres parties ou d'autres muscles frais, mais, si la somme totale de travail dépasse notre budget d'énergie, il n'y aura pas moins fatigue générale, car les fatigues nerveuse et musculaire s'ajouteront.
De Humboldt se félicitait de n'avoir point suivi ses maîtres dans sa jeunesse, il estimait que jamais il n'aurait pu acquérir son développement et produire une grande somme de travail s'il s'était surmené en acceptant leur tâche.
Mosso nous cite des cas de surmenage nerveux chez des adultes illettrés auxquels on veut apprendre à lire ou à compter. Ce seul efiTort bien léger pour d'autres leur fait venir la sueur au front et leur donne le vertige.
Il y a là un entraînement progressif et un mode de travail indispensable si l'on veut se -livrer à des études de longue haleine, comme si l'on veut parcourir une longue étape. Certains ont donné la loi des trois 8 comme la meilleure manière de produire du travail; elle consiste dans huit heures de sommeil, huit heures de travail et huit heures de repos, c'est peut-être la loi économique du travail.
Il faut être pondéré pour produire des œuvres . fortes et durables ; les élucubratîons des excités, des déprimés à la suite du surmenage sont forcément éphémères, leur portée n'est jamais en rapport avec la fatigue qu'elles ont occasionnée à leurs auteurs.