Bibot, Les Maladies de la Volonté, Paris, F. Alcan
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La fatigue nerveuse se manifeste dans les centres de perception des sensations. On dit souvent que Toeil et Toreille se fatiguent, c'est une manière impropre de s'exprimer; ce ne sont pas les organes du sens, mais bien les centres nerveux de^ perceptions qui se fatiguent et s'épuisent par les excitations répétées provenant des organes des sens. On s'explique ainsi pourquoi l'abus des plaisirs amène Tétat de blasement, dans lequel les excitations doivent toujours être plus intenses^ si l'on veut ressentir encore des impressions yives avec les centres nerveux fatigués.
Définition de la violence de l'exercice. — Il est maintenant nécessaire de nous résumer et de bien préciser ce que Ton entend par la violence de l'exercice.
Les exercices sont plus ou moins violents suivant le degré de fatigue qu'ils causent et surtout suivant les troubles qu'ils provoquent dans les grandes fonctions de la vie.
S'il est indispensable de donner à l'organisme une sorte de coup de fouet pour le sortir de sa torpeur, on ne peut néanmoins pousser ce surcroît d'activité au delà d'une limite convenable sans perdre le bénéfice de ses peines et faire tourner à son détriment ce qui devrait être un profit réel pour l'individu.
Un des points les plus délicats de l'éducation consiste à régler pour chacun la dose d'activité, à la dépenser sous sa forme la meilleure et à établir une sage progression dans la dépense. On doit avoir conscience de ses forces et savoir les ménager. Tout excès, surtout dans la jeunesse, est un acompte pris sur l'avenir au détriment de noire développement.
Les exercices sont violents s'ils demandent des contractions musculaires intenses localisées ou s'ils causent une dépense considérable de travail. La lutte, le maniement des poids loirrds sont des exercices violents, ils présentent Vinco4avénieni des efforts statiques énergiques et prolongés, produisent des accidents dans les organes locomoteurs, des troubles graves du côté du cœur, des vaisseaux et de l'abdomen. S'il y a des chocs^ on voit les accidents nerveux de la commotion cérébrale s'ajouter aux précédents.
La course^ les sauts^ l'ascension d'une montagne sont violents, parce qu'ils nécessitent une dépense considérable de tra-
vail musculaire dans un temps donné. Ils ne demandent pas de contractions musculaires excessives, mais la répétition de ces contractions donne un total de travail énorme comparativement aux efforts statiques. Pour cela, ils font appel à un surcroît d'activité de la part des fondions circulatoire et respiratoire chargées d'entretenir le mouvement. Si cette activité dépasse la capacité des organes, on voit se produire les accidents de Tintoxication et de l'essoufflement.
La machine humaine comme la machine automobile a son équation de travail, elle ne fonctionne plus convenablement quand cette équation n'est pas satisfaite, quand la dépense excède la réparation ou l'apport de matériaux de travail. Le temps est un élément prépondérant dans l'accomplissement de ce dernier. Le travail total est une somme de petits travaux élémentaires exécutés avec un certain rythme. Il s'agit dans la pratique, d'utiliser des forces sans fatigue, et pour cela de bien régler la valeur du travail élémentaire avec le rythme, c'est-àdire de régler le nombre des efforts par minute avec l'intensité de ces efforts.
Le mécanicien distingue l'effort statique du travail dynamique; le physiologiste distingue également les effets produits dans notre organisme par les efforts statiques ou par la grande dépense de travail; il sait que les désordres produits par l'effort sont constants, tandis que les désordres de l'essoufflement sont passagers et s'amendent par l'entraînement. Il sait aussi que l'effet de l'exercice ne dépend pas de la quantité absolue de travail dépensé, mais surtout de la tolérance du sujet.
Règles d'éducation pour éviter la fatigue. — L'éducation intervient efficacement pour atténuer les troubles dus à la violence des exercices; éviter l'effort, le cesser sans brusquerie, rythmer sa respiration, apprendre à expirer profondément et s'entraîner avec la plus douce progression sont des moyens certains d'y parvenir.
Ce sont là des règles à suivre si l'on veut reculer la fatigue ; on ne doit exécuter un travail pénible qu'après s'y être longuement préparé.
C'est folie et ignorance d'exiger des fonctions un surcroît d'activité et d'exciter les organes sans leur fournir les éléments
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de travail. La volonté vous fait produire de grands efiForts, il est vrai, mais, comme les transports de la passion, ils ne sont pas de longue durée. L'excitation violente n'est pas une condition normale de travail, le travail ne doit pas détériorer l'organisme s'il est mesuré à nos forces, et nous devons chercher par l'éducation à augmenter justement le rendement sans détruire pour cela notre équilibre.
Tout travail doit être préparé et gradué méthodiquement ; la progression doit porter sur l'intensité des efforts musculaires et sur la dépense de travail pour éviter la fatigue locale et la fatigue générale. Le rythme convenable, les périodes d'activité alternant avec les périodes convenables de repos sont le moyen de reculer celle-ci. La variété des exercices combat la fatigue locale, en faisant porter le travail sur des groupes de muscles différents.
Si l'on veut posséder tous ses moyens un jour donné, il faut se garder de se fatiguer la veille et le jour même, il faut s'essayer deux jours avant l'épreuve et donner toute sa mesure, mais se reposer ensuite. Cela est vrai pour un effort intellectuel comme pour un effort musculaire. Nous avons vu que le repos devait avoir la valeur de la période de la courbature, c'est-àdire la durée nécessaire à l'élimination des déchets du travail.
Pendant cet intervalle il faut se garder de faire un effort ou du travail nouveau ; dans ces conditions on se trouvera dispos, et Ton produira du travail avec une facilité étonnante.
Il faut aussi savoir écononiser ses forces en coordonnant ses mouvements, en évitant les contractions musculaires inutiles. L'ordre c'est l'économie, l'incoordination c'est le gaspillage avec ses conséquences ; rendement médiocre et fatigue considérable. Jointe au rythme, la coordination des mouvements est la plus grande source d'économie.
Il est prudent de ne pas prendre de repos supplémentaires et trop rapprochés. Quelques minutes de repos, lorsque le corps est entraîné au travail, font apparaître une lassitude pénible et difficile à vaincre.
Le massage fait dissiper la fatigue locale en entraînant les résidus séjournant dans les muscles.
L'alimentation doit être surveillée très attentivement et appropriée à la dépense de travail.
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Un travail journalier sans surmenage se fait aux dépens des matériaux hydrocarbonés du sang ; ainsi^ le campagnard^ lent dans ses mouvements^ régulier dans son travail, vivant à Tair pur, peut se contenter d*une alimentation végétale et hydrocarbonée.
Un travail excessif brûle les tissus des organes comme dans une machine surchauffée et fait apparaître les dépôts uratiques dans les urines; aussi Thabitant des villes surmené et excité a l>esoin d'aliments plus riches en azote et d*une nourriture animalisée.
Les bœufs et chevaux de trait, nourris de graines et de fourrages^ produisent, il est vrai^ une grande somme de travail, mais ils le font avee un rythme lent^ ils répartissent le travail sur un long espace de temps. Les animaux carnassiers, au contraire, sont capables d'efforts violents, mais brefs, puis, l'effort donné, ils vont se reposer et dormir dans leurs retraites, ils sont fatigués sans pour cela avoir produit une très grande somme de travail.
Il faut ajouter Tinfluence de l'état psychique, de la gaité et du contentement qui, en favorisant la réparation, permet de produire du travail sans fatigue ou du moins sans s'en apercevoir.
§ 6. — De V entraînement,
Les notions précédemment acquises suffisent pour nous empêcher de confondre la résistance à la fatigue avec la force musculaire. Celle-ci dépend de la grosseur de nos muscles et de la force de notre vdonté ; la résistance à la fatigue est liée à réquilibre de nos fonctions d'assimilation et de désassimilation, elle constitue le fond même de notre vitalité, mais elle peut s'acquérir ; par l'éducation on apprend à utiliser et à réparer ses forces au mieux. Chacun diffère à cet égard. Tel très vigoureux ne sait se ménager, il se prodigue en pure perte, il gas* pille son énergie et devient inférieur comme producteur de travail à un autre moins robuste, mais mieux éduqué^ ayant appris, par la pratique, à se connaître et à économiser son activité.
Sans ordre et sans éducation, la force n'est rien. Le jardinier amateur remue fiévreusement la terre sans rythme et sans précision, mais bientôt, les bras rompus, le front en sueur, il doit
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cesser le travail ; le vrai praticien avec ses mouvements lents, mesurés, continue le travail tonte la journée et abat sans fatigue trois fois plus d'ouvrage.
Ce régime durable s'obtient dans tout travail professionnel ou dans tout* exercise sportif, grâce à deux conditions : l'éducation des mouvements et Tentrainement. L'éducation des mouvements sera traitée à propos de leur mécanisme, Ten traînement est la préparation méthodique à un travail, c'est la condition de rendement maximum obtenue en faisant agir dans ce but toutes les puissances qui exaltent la vitalité de l'individu. Ces conditions ne sont autres que l'observation stricte d'une hygiène rigoureuse.
L'effet de l'entratnement est triple : il limite la production de ptomaînes, il favorise leur emmagasinement provisoire, il active leur destruction ou leur élimination (Pages).
De tous temps on a connu les effets de Tentraînement, et l'on sait depuis longtemps qu'il faut s'astreindre à un régime sévère où l'exeroice dominées! Ton veut développer les qualités de fond.
On trouve déjà dans Confucius, trois mille ans avant Jésu»- Ghrist, des règles d'hygiène conformes à l'entraineme&t. Puis dans rinde, dans la Grèce et à Rome, il y a des pratiques analogues soit pour la guérison des maladies, soit dans l'éducation de la jeunesse, soit chez les athlètes se préparant aux jeux du cirque.
Ces habitudes se retrouvent en Angleterre à une époque beaucoup plus moderne. Les boxeurs, coureurs et jockeys ont des formes d'entraînement convenant à leur profession, mats on ne peut y trouver aucun principe de méthode rigoureuse. C'est de l'empirisme complet. Jacques Brougton en 1743 et Mendoza en 1780 ont formulé les règles encore observées aujourd'hui par les professionnels. Les résultats remarquables obtenus par ces derniers suggérèrent à Royer-CoUari et à Bouchardat* l'idée de baser une thérapeutique uniquement sur le régime et l'exercice ; ils obtinrent ainsi de grands succès dans le traitement du diabète» de la goutte et de l'obésité.
1. Royer-Collard, Mémoire à V Académie de médecine de Paris, 6 décembre 1842; Bouchardat, Supplément à V Annuaire de thérapeutique pour 1861.
Nous arrivons en France depuis quelques années à un développement ou à une renaissance des jeux athlétiques; les pratiques d^entraînement se popularisent dans un public malheu- Teusement trop spécial.
L'entraînement est une puissance considérable s'il est raisonnablement suivi et non si Ton pousse l'exercice jusqu'à la limite des forces humaines. La vanité des records va à rencontre du perfectionnement, pervertit la notion vraie d'entraînement et nuit à sa popularisation en faisant dégénérer en excès dangereux ce qui devrait être une source de bienfaits entre les mains d'éducateurs dignes de ce nom.
Les règles d'entraînement sont basées sur les mêmes prin- <;ipes. Ce sont l'application des règles de l'hygiène la plus rigoureuse. Voici le résumé du régime des boxeurs anglais :