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CHAPITRE m

PERFECTIONNEMENT DE U VIE DE RELATION CONDITIONS ÉCONOMIQUES DE L'EXERCICE

§ 1**^ — Éducation des centres nerveux; coordination

des mouvements.

Actes réflexes et actes volontaires. — L'effet de rexercice n'est pas restreint aux seules fonctions de la vie animale, il retentit sur le moral de Thomme, sur l'activité des centres nerveux, et sur les fonctions les plus élevées du cerveau.

La manifestation la plus tangible du perfectionnement des centres nerveux consiste dans la coordination des mouvements volontaires. Nous savons combien l'éducation amène d'ordre et d'économie dans notre dépense de force et d'énergie ; nous arrivons par l'habitude a produire plus de travail et un travail plus parfait avec moins de fatigue.

L'affînemeni des centres nerveux ne s'acquiert que par l'exercice ; mais ici ce n'est pais, comme pour l'effet hygîéniqae, la doee ou quantité de travail qui importe, mais la manière et lia perfection d'exécution des mouvements.

Le rôle du système nerveux dans l'adresse, la souplesse, est absolument prépondérant ; les muscles n'ont rien a voir dans la coordination, ce sont les esclaves de la volonté, ils obéissent aux ordres émanés des centres nerveux. La raideur, c'est de la force mal employée, mais il y a réciprocité ; les centres nerveux subissent l'influence du mouvement et s'organisent dans le sens habituel. Pour concevoir cette relation et arriver à comprendre les actes musculaires les plus compliqués, il faut partir de l'acte simple, l'acte réflexe qui domine tout phénomène

CONfiiriONS EGONOUIQUES DE 1. lUEBCKS S47

Qorveux. L'acle réDexe est incoascient, an groupe de cellales ou d'éléments nerveux transforme en mouvement une excitation extérieure transmise par les nerfs sensibles (%. 161).

Fig. 157. — Nerla rachidiens. Fig. 1S8. — Trajet des ttbre» dana

H. maalle «pinièie . — pb, pl«u> biubial ; )> moelle 4piiii6re (lehéma, d'Après

nd, Dçrh doi'saui ; — ni, bo, ne, pl«u LlTOlO).

Tels sont les actes de défense automatique de l'organisme, dans lesquels l'intervention consciente du cerveau n'a rien à voir.

Partout où il y a des -organes délicats à préserver, la sensibilité est là pour prévenir le danger, et l'acte réflexe pour produire le mouvement de défense. On porte la main à la tête pour parer un coup menaçant, on ferme lespaupièree pour la moindre poussière pénétrant dans Vceàl; le cbatouillement des narines et de Tairière-Tgorge produisent l'éternuement et le vomisso-

S48 LBS BASES SCIENTIFIQUES DE L ÉDUCATION PHTSIQUE

ment. Ce sont là des mouvements réflexes simples. Mosso compare les centres réflexes au portier qui tire le cordon en entendant la sonnette du visiteur; le visiteur joue ici le rôle de l'excitation extérieure.

L'acte réflexe peut être plus compliqué, une excitation peut se transmettre à plusieurs cellulesnerveuses, s'y transformer et se distribuer ensuite & plusieurs muscles; de là un mouvement plus compliqué, mais qui ne demande toujours pas le concours

pMiéti»uM. . "" ^« ^^ volonté.

A côté de ces réflexes innés on en peut citer d'autres créés par l'habitude et devenus cependant absolument automatiques. Lorsque nous rencontrons une personne connue, sans réfléchir nous portons la main à notre chapeau, tant l'acte de saluer nous est devenu familier ; on pourrait citer nombre de faits de ce genre devenus une habitude de politesse quotidienne. Avantde se mettre au lit l'acte de la miction est quelquefois une nécessité impérieuse même si la vessie estvide ; bien des actes suggestifs sont ainsi deveous des réflexes automatiques.

La matière nerveuse possède les propriétés les plus étonnantes ; elle peut accumuler les sensations reçues et les restituer plus tard transformées sous toutes formes, en sensations, en idées, en mouvements. Les centres cérébraux présentent cette

CONDITIONS ECONOMIQUKS DE L EXERCICE

Ccntr*

Muscli

iSur/jt» 4eivi«i»M

qualité au plus haut degré, ils sont capables d'agir spontanément, volontairement, sans qu'il soit besoin de l'acte sensitif immédiat. Cependant la volonté n'est pas en réalité un acte spontané, elle peut être assimilée à un acte réflexe à longue échéance, l'énergie volontaire trouve ainsi sa source dans toutes les sensations et impressions antérieures.'

L'excitation volontaire se transmet le long des nerfs moteurs aux muscles chargés d'exécuter l'ordre du cerveau. Cet ordre est complexe ; au débuts il est imparfait; il se répand confusément dans le réseau des conducteurs nerveux, suscite la contraction d'une foule de muscles inutiles au mouvement voulu. La volonté intervient alors sous la forme de l'attention pour rétablir l'ordre, arrêter la confusion et

corriger les fautes des mouvements au fur et à mesure que nous les exécutons. ">

Fig. 161. — Shéma d'un çcte réflexe simple.

Une cxcilation d'une surface sensible eti transmise à un centre ri'flcxe qui la transmet à un muscle et la transforme en mouvement.

Action inhibitrige de la volonté. — La volonté possède un double rôle : elle contracte les muscles ou les empêche de se contracter. Cette seconde action inbibitrice s'exerce sans cesse, elle neutralise les actions réflexes et intervient pour produire de nouvelles associations dans les contractions musculaires. L'acte volontaire simple est assimilable à une décharge électrique dans un réseau de flls conducteurs. Suivant l'intensité de cette décharge Texcitation se répand dans une région plus ou moins étendue, dans un nombre plus ou moins gfand de muscles (fig. 162).

Au début des exercices les mouvements sont désordonnés. Si l'on fait un efl'ort considérable, tous les muscles entrent en contraction. En élevant un poids lourd du bras adroit, la main gauche se crispe, la face se contracte, la respiration s'arrête ;

Centre volontaire

si l on se suspend par les mains, les membres inférieurs se

raidissent jusqu'aux orteils.

11 n'y a pas encore de coordination établie, il y a diffusion

dans la répartition de Tordre ou de l'excitation centrale^ et la

confusion est d'autant plus grande que la volonté a moios d'action. Dans les excitations morales violentes, dans la colère, les contractions et les mouvements deviennent incohérents. La volonté peut dominer et réglementer ce désordre, elle dirige l'excitation dans les muscles et supprime les contractions inutiles.

A\\l j^ Vitesse de propagation. — La vo-

b^^^^^ ^L/ Ion té met un temps appréciable pour

•^ C/ se transmettre aux muscles; je veux

mouvoir mon doigt, mon doigt obéit, mais il y a toujours un retard entre l'ordre que je lui envoie et le commencement du mouvement. Ce retard mesure la vitesse de la volonté le long des conducteurs nerveux, il est la cause d'erreurs personnelles appréciables dans certains actes rapides comme le tir, la riposte en escrime, dans les signaux astronomiques ; il varie avec les individus et chez le même individu suivant la fatigue.

Fig. 162. — Schéma de la diffusion d'une excitation volontaire dans les muscles sans coordination.

Complexité des actes musculaires. — L'excitation volontaire se répartit dans un groupe de muscles, la contraction isolée d'un muscle n'est pas normale, les contractures, les crampes indiquent des désordres dans les centres nerveux. Les actes musculaires sont nécessairement complexes^ et un mouvement pa^r être bien maîtrisé nécessite le concours d'un groupe synergique de muscles.

Groupe de muscles synergiques. — Voici comment se fait le perfectionnement dans la coordination. Les contractions se réduisent exclusivement aux muscles utiles au mouvement et ces muscles sont chargés chacun d'une fonction mécanique

CONDITIONS EGONOVIQUfiS DE L EXERCIOE %51

particulière Les muscles spéciaux produiseot le mouTement: dans une flexion ce seront les fléchisseurs ; mais la flexion, bien déterminée dans le cas d'une articulation en charnière comnaie le coude, serait confuse pour une articulation "permettant la circumductiou comme la hanche ou Tépaule ; il faut aiors^ pour assurer la direction et la précision du mouvement, le concours de muscles chargés de guider les os et de corriger leurs écarts^ ce sont les muscles directeurs du mouvement.

Dans la flexion de la cuisse sur le bassin, le psoas-iUaqoe est l'agent principal du mouvement, mais, s'U se coin tractait seul, la flexion de la caisse serait accompagnée d'ibn mouTement die rotation en dehors, il faut le concours des rotateurs en dedans ou des fléchisseurs rotateurs pour produire le mouvement direct de flexion.

Les muscles moteurs spéciaux et directeurs doivent s'attacher sur Le squelette en des points solides pour que leur oontraction se transmette intégralement aux segments à aiouT<»ir. Les parties du squelette ne présentent presque jamais cette solidité, les musclas fixateurs la complètent et servent à fix«r les points d'insertion des autres muscles.

Le deltoïde élève le bras horizontalement, mais il prend ses points iixes d'insertion sur l'omoplate ; il faut le concours du grand dentelé pour fixer celle-ci contre le tàorax et rempêcher de basculer sous l'action du poids du bras.

La flexion de la tête, le corps étant couché horizoataiemfent, exige la fixation du sternum par les grands droits de l'abdomen et le maintien du bassin, de la cuisse et de la jambe dans la rectitude.

Enfin les musclas moteurs produiraient des mouvements accélérés et saccadés s'ils n'étaient contrebalanoés consÉ^mment par leurs antagonistes qui jouent alors un rôle de modérateurs. Dans la flexion de l'avant-bras faite avec lenteur, la contraction des extenseurs est indispensable à la régularité du mouvement ; si leur concours vient à manquer, la flexion sera saccadée, brusque et discontinue.

Dans la marche nous exécutons des mouvements harmonieux des bras et des jambes, tous ces mouvements ont leur raison mécanique; ils sont nécessaires pour assurer l'équilibre et diminuer l'effort total.

252 LES BASES SCIENTIFIQUES DE l'ÉDUGATION PHYSIQUE

Influence de l'habitude sur la réduction des contractions «^ L'éducation et Thabitude réduisent en définitive le nombre des contractions musculaires ; il subsiste seulement celles :

Des muscles spéciaux moteurs du mouvement ;

Des muscles directeurs assurant la direction du mouvement ;

Des muëcles fixateurs immobilisant les points où les muscles moteurs prennent leurs insertions ;

Des modérateurs ou régulateurs cédant pas à pas aux muscles moteurs ;

Enfin des muscles chargés de rétablir l'équilibre rompu par le déplacement du centre de gravité du corps, dans un mouvement ou une allure quelconque.

Ces muscles nombreux, agissant toujours de concert, constituent des groupes déterminés appelés synergiques ; leur action harmonieuse constitue la synergie musculaire, sur laquelle nous aurons à revenir.

Voyons comment cette complication apparente peut se simplifier par suite du perfectionnement des centres nerveux.

La confusion des contractions que Ton observe chez Tenfant, Fapprenti et le jeune gymnaste inexpérimenté cède à l'éducation ; la volonté et l'attention interviennent pour diriger l'excitation émanée des centres nerveux et la répartir dans les muscles utiles, en nombre restreint, nommés ci-dessiis.

Automatisme. — Par la répétition fréquente, le secours de l'attention n'est plus indispensable, et les mouvements difficiles finissent par s'effectuer inconsciemment, presque automatiquement.

L'excitation nerveuse, suivant toujours la même voie, finit par s'y créer un chemin facile, il se forme à la longue des associations de cellules nerveuses entrant en jeu simultanément sous l'action de la volonté. L'excitation centrale trouve en chemin des groupes de cellules associées et, sans le secours de l'attention nécessaire au débuts elle se rend par les nerfs spéciaux aux muscles qui se contractent synergiquement (fig. 163). Ce groupement ou association synergique peut se compliquer, et l'on conçoit avec autant de facilité un groupe de cellules commandées par un centre et même une association de plusieurs centres secondaires, de sorte qu'une excitation émanant du

CONDITIONS ECONOMIQUES DE L EXERCICE

cerveau se 4istribue à un très grand nombre de muscles déterminés et né se répartit qu'aux muscles associés synergiquement.

La grenouille et le canard décapités exécutant leurs mouvements de défense et de vol sans le secours de la volonté sont des

CtirUre

VêlontaiJ'tk

CelluleA HSStC^^^cS

Coo t' dit lé fi tir*

Muscles associés

Spéciaux- •«,!

Muscles syneroiques " mérc

Èquilibrat^uTB

Spéciaux, Fixateurs, Directeurs, Modérateurs et Équilibrateurs Fig, 163. — Schéma du rôle des centres coordinateurs.

2. Association do cellules nerveuses correspondant à une association de conlraclions musculaires ; — 3. Muscles syner^ques commandés par deux centres coordinateurs sous la dépendance d'un seul cliargé de diriger Texcilation volontaire qui lut vient du cerveau vers les muscles utiles au mouvement voulu (Bba,uiii8).

expériences classiques. Dans les états de somnambulisme et de catalepsie Faction cérébrale est abolie^ et Ton observe néanmoins des gestes expressifs et parfaitement ordonnés.

L'homme ivre, inconscient^ marche mal, mais il marche ; on a dit qu'il y avait un dieu pour les ivrognes, cela s'explique par l'automatisme de la coordination de leurs mouvements locomoteurs.

La COORDINATION EST l'ÉDUGATION DBS CENTRES NERVEUX. — En

définitive, à toute association musculaire correspond une asso-

ciation de cellules nerveuses; la coordination des moaveoienis, c'est l'éducation des centres nerveux et même plus : une modification dans la structure de ces centres.

' On peut comparer cette modification à la réglementation saTa»le d'un réseau d« liignes téiégraphiques ; la dépêche émanant du bureau central traverse en chemin des appareils surveillés qui la dirigent vbts son adresse et évitent la dispersion du courant dans le réseau général ou dans les appareils voisins. Chez un sujet bien coordonné les choses se passent de même, l'excitation centrale se répartit par les nerfs' moteurs, aux muscles utiles à un mouvement donné et rien qu'à ces muscles. Il peut y avoir même deux ordres différents émis à la fois et conservant leur indépendance, c'est là une preuve d'organisation supérieure.

L'ordre envoyé à nos muscles par le cerveau n'est pas une excitation quelconque ; il contient et définit l'intensité, la vitesse et la direction du mouvement. Les contractions sont précédées d'un véritable calcul inconscient et souvent très compliqué.

Un joueur de billard arrive par intuition à des résultats plus précis et plus sûrs qu'un calculateur qui déterminerait mathématiquement l'angle sous lequel il doit frapper sa bille.

L'expérience et la pratique lui font tenir compte des conditions multiples du problème que le calcul doit négliger. Il en est ainsi de bien des actes de la pratique.

Appréciation de l'effort prégsdant l'ordre émané des centres NERVEUX. — Notre effort peut être mal calculé, s'il n'est pas mesuré à la résistance à vaincre ou si nous en avons mal dirigé l'action ; une fois commandé à nos muscles nous ne sommes plus maître de le retenir, c'est un télégramme parti que nous ne pouvons empêcher de cheminer.

On explique ainsi la surprise causée par la légèreté d'un objet en plâtre auquel on a donné habilement la patine du bronze, ou par l'absence d'une i:>arche d'escalier que nous nous attendions à rencontrer.

Dans les deux cas l'imperî^ction de nos mouvements provient d'une fausse appréciation de Toffort à faire ; cette erreur a été transmise aux muselés, c'est une dépêche mal rédigée.

CONDITIONS iCONOlilQUES DE l'i

, Temps kécgssaqis a L'ExÉcuTicm bu uouteubkt. certain temps pour commander à ses muecles et pour que ceux-ci répondent à l'ordre envoyé; ù le premier commandement a été mauvais, un second destiné à le rectifier arrivera trop tard pour empê- .-^

cher l'exécution du premier. .^-'^■""■',

Ce sont deux dépêches qui se suivent mais ne s'annuient pas.

Je tiens un poids suspendu & la main par une ficelle, les fléchisseurs de l'avant-bras sont seuls contractés, on coupe la ficelle, je suis prévenu et je m'apprête à retenir mon bras ioimobile; malgré cela, il m'est impossible de ne pas fléchir l'avant-bras même avec un poids extrêmementléfçer. L'ordre donné k mes extenseiips,

aussi rapide que j'aie pu l'envoyer, a cependant suivi la rupture du fil et, pendant la durée de sa transmission, les fléchisseurs débarrassés du poids agissaient seuls (fig. 164 et 16o).

Fig. 164. — Expérience mettant en éiidence la durée de transinUgjon de la volonté aux muscles.

l\ ««t Impossible d'ciDpfrclior ta (tciion de

- Mesure de la vitasse de l'agent n

I «citant l« nerl trèi piit do muscle ; — i

\ chez l'homme.

On voit souvent deux personnes se rencontrer nez à nez au coin d'une rue; elles cherchent à s'éviter, mais n'arrivent pas du premier coup à le faire ; en voici la raison : l'une des deux

personnes, voyant l'autre aller à sa droite, commande à ses muscles un mouvement à gauche; tout irait bien si la première restait immobile ou continuait sa première direction ; mais instinctivement, avant que la seconde ait effectué son mouvement à gauche, elle cherche à éviter l'autre en se portant à droite. Il se produit alors plusieurs rencontres successives qui nous font rire, jusqu'à ce que Tune des deux personnes se décide à attendre que le mouvement de Tautre soit esquissé pour prendre une direction inverse et trouver le chemin libre.

Influence ds la délicatesse du sens musculaire. — La coordination dans les mouvements demande un sens musculaire délicat, c'est-à-dire la faculté d'estimer la valeur absolue de nos efforts, le poids d'un objet placé dans la main, la différence entre le poids de deux objets.

Le sens musculaire pous indique la position de nos membres ; les ataxiques qui ont perdu cette forme de la sensibilité générale ne peuvent, sans le secours de la vue, placer le bras horizontalement; couchés, ils ne sauraient pas indiquer, les yeux fermés, la position occupée par leurs jambes.

La vue leur est nécessaire pour réglera chaque instants leurs mouvements et leur marche indécise.

Sujets bien et mal doués. — La perfection des mouvements s'obtient par l'éducation; elle est certainement favorisée par l'intelligence et parla volonté; mais elle nécessite une organisation spéciale du cerveau et de la moelle. Nous voyons des sujets d'une adresse et d'une habileté surprenantes qui n'ont cependant jamais beaucoup travaillé.

D'autres, piocheurs patients et persévérants, n'arrivent pas à beaucoup près au même degré de perfection en se donnant infiniment plus de mal. L'éducation est un facteur de perfectionnement, mais l'organisation première prime tout. On ne saurait faire d'un lourdaud et d'un maladroit un modèle d'habileté et d'adresse, il faut choisir ses sujets si l'on veut obtenir un résultat remarquable.

Sujets anormaux. — Les enfants anormaux, les idiots, les arriérés sont toujours inférieurs sous le rapport de l'adresse manuelle, la relation entre leur état cérébral et la précision de

CONDITIONS ÉGOKOlllQnES DE l'eXERCICE 257

leurs mouTcments est si intime que l'on obtient une amélioration sensible dans leur état mental en cherchant à perfectionner leurs mouvements.

JH. le D' Bourneville a réussi à utiliser ainsi une quantité de

FiR. 166. — Surface eiteme du oerreau de rhomme et du cerveau d'un fœtus de six mois, montrant la différence dans la complication des cif' convolutions.

déchets sociaux, en grande partie fils d'alcooliques, il a créé à l'hospice de Bicétre un centre d'éducation spéciale aux enfants arriérés*.

Les sourds-muets sont très incoordonnés. les lésions des canaux semi-circuiaires provoquent chez eux des troubles dans l'équilibre du corps. L'enfant a des mouvements confus, l'adresse lui vient avec le développement de ses centres nerveux (fig. 166),

M. le D'Demoor* en étudiant ces faits a élé conduit à admettre une influence des mouvements et des sensations sur le déve-

i. Bonmeville, ÊducaliOTi des sujets anormaux.

2. Demoor, Importance du mouvement musculaire au point dt vue pêy-

Deiiist. — 6u«i icicnL 17

loppjei».Qnt des neurones corticaux. Les cenlies d'associaition ne fonctionnent que sous l'excitation des centres sensitivo-moteurs ; au moment du développement cérébral chez renfant, il est de la plus gjçande importance de veiller à la bonne exécution des mouvements si l'on veut obtenir un perfectionnement des centres coordinateurs. Le mouvement doit être envisagé comme propre à développer le muscle et le centre cérébral correspondant.

D'autre part Fexamen du cerveau des amputés anciens présente des atrophies correspondant aux mouvements abolis.

Tout cela montre, ainsi que l'avait déjà indiqué Dubois Raymond, l'influence considérable de la gymnastique sur l'organisation des centres nerveux, influence au moins aussi grande que sur le développement des muscles.

Métiers délicats. — Il y a des professions qui exigent plus de force que d'adresse : ce sont les métiers grossiers; d'autres, au contraire, sont délicats et exigent un affînement parfait du système nerveux : ce sont les métiers artistiques oti l'éducation de la main acquiert une perfection remarquable. Il y a certes une dififérence dans la main du terrassier et celle du violoniste. Cette différence correspond à une organisation plus parfaite des centres nerveux ; cette organisation est le résultat de l'éducation.

Le jeu des instruments de musique est particulièrement remarquable à ce point de vue. Chez un vtoloni&te assis à son pupitre, les mouvements de Tarchet et des doigts sont commandés par les images de caractères conventionnels perçus par l'œil, par les signes musi^ai^x,. L'oreille contrôle à chaque instant le son émis par la corde vibrante et en estime la justesse, l'intensité, la durée elle timbre. L'exécutant corrige instantan<ément ses. faïa^èes- ei ses imperfections en faisant varier d'une façon presque insensible la longueur de la corde oa la pression de l'archet. Il y a encore les nuances générales, l'interprétation ou le style, l'expression et enfin l'ensemble on l'art de s'accommoder au jeu de ses partenaires dans unmoreeau concertant. Si l'on songe que tous ces actes si coiapliqués se passent dans un t^oips à peine perceptible, on jugera Texemple bien choisi pour en être émerveillé.

Les virtuoses exécutent souvent leurs morceaux de mémoire, il leur faut pour cela une préparation inouïe, ils doivent répéter

CONDITIONS ÉGONOMIQUIIS DE L'eXERGJCB 2t&9

constamment les passages difficiles aQn d'acquérir ^assurance nécessaire à Texécution en public; les mouvements de leurs doigts deviennent absolument automatiques^ c'est presqu'une condition nécessaire du succès. Je me rappelle un mot de Paul Bert à ce sujet : il aurait tranché net la tête d'un pianiste exécutant un concerto persuadé que ses doigts auraient continué de courir sur le clavier. Cette plaisanterie contient sa part de vérité; assurément arrivé à cet état d'automatisme le virtuose possède dans sa moelle des associations de cellules nerveuses correspondant aux divers morceaux qu'il a tant de l'ois répétés ^ Les équilibristes, les jongleurs sont aussi des exemples frappants du perfectionnement des mouvements. Ils possèdent un sens musculaire d'une exquise délicatesse, une rapidité de coup d'œil étonnante et ont acquis par l'habitude une grande habileté à rester souples en relâchant leurs muscles à propos.

Mouvements dissymétriques. — Les exercices d'équilibre sont des exercices bien plus nerveux que musculaires, ils deman* dent une attention soutenue et fatiguent pour cette raison.

Fig. 167. — Ecriture symétrique exéculée de la main gauche avec facilite

sans nécessité d'éducation antérieure.

Les mouvements se font facilement d'une façon symétrique, très diflîcilement au contraire s'ils sont dissymétriques.

On décrira des deux mains deux cercles concentriques dans deux sens différents, on frappera sur une table simultanément avec la plus grande aisance; le mouvement deviendra très difficile si les cercles se font dans le même sens, si une main frotte quand l'autre frappe.

Ce sont là des jeux d'enfance connus de tous.

J'ai appris à écrire de la main droite et de gauche à droite, je saurai tracer sans préparation de la main gauche des caractères symétriques de droite à gauche (fig. 167), tandis que j'au-

1. G. Demeny, le violoniste, Paris, Maloine, 1905. Education et Harmonie des mouvementé (Librairie de» Annales).

rai toutes les peines du inonde à écrire de la main gauche les caractères ordinaires.

Nous nous servons de la vue pour coordonner nos mouvements^ mais nous avons beaucoup de peine à nous guider au moyen de Timage reflétée dans un miroir. Le miroir nous donne Fimage symétrique des objets et il n'est pas facile de de nous en servir au début pour nous raser la barbe. Tous les exercices compliqués demandent une grande attention, surtout si deux actes différents sont exécutés simultanément.

Lire en jonglant, parler en jouant du piano ne sont pas choses possibles pour tout le monde. La facilité des mouvements symétriques s'explique par la symétrie de structure des membres et des conducteurs nerveux.

Langage et écriture. — L'écriture et le langage sont des manières de communiquer à nos semblables nos pensées et nos sentiments qui présentent des caractères fixes chez le même individu; chacun a son écriture propre et cependant, suivant notre état cérébral au moment où nous écrivons, les caractères tracés par la main varient.

L'intonation de la voix et la forme des signes de l'écriture permettent de reconnaître dans une certaine mesure le sentiment qui nous anime.

Force et adresse. — A côté de ces exemples où la coordination joue un rôle absolu, il y a des cas où la force est associée à l'adresse. Les hommes de peine manient des bagages les plus massifs avec une grande facilité, un seul homme déplace une barrique de vin que plusieurs hommes vigoureux ne sauraient remuer. L'adresse joue ici un rôle plus important que la force. Dans le maniement des poids lourds il faut compter avec l'inertie de la masse à mouvoir, savoir lui imprimer un certain élan et profiter de cet élan pour en changer la direction au moyen d'un effort exécuté au moment convenable. La force musculaire serait insuffisante pour soulever de pareils poids s'ils.étaient immobiles, elle est d'un grand secours si on sait l'utiliser à propos pour diriger les masses en mouvement.

Mouvements commandés. — Les mouvements libres devien-

CONDITIONS ÉCONOMIQUES DE l'eXERCICE 261

nent dune exécution facile par l'habitude, nous verrons pour chacun d'eux l'utilité d'un rythme convenable en rapport avec la masse à mouvoir et la répétition du même mouvement. Mais le mouvement le plus simple devient difficile si Ton impose un rythme ou i^i on Texécute au commandement.

La leçon d'escrime est toute différente de Tassaut. Dans une leçon tout est prévu, on connaît à l'avance la succession des mouvements, il n'y a pas de décision à prendre, tout a été réglé d'avance. L'assaut demande une attention constante, une décision soudaine, de l'habitude, de la ruse et des moyens constamment variés suivant les feintes et les attaques de l'adversaire; il met en jeu bien d'autres facteurs psychiques que la leçon au plastron. Il en est de même du tir.

Le tir à la cible à volonté n'est pas le tir au commandement.

Le musicien soliste suivi par son accompagnateur ou le musicien d'orchestre attaché au bâton de son chef sont dans des conditions nerveuses toutes différentes, leur éducation n'est plus la même et ils ont des qualités d'un autre ordre.

Représentation mentale des mouvements. — Tout mouvement volontaire est précédé d'un acte nerveux qui le commande, et il y a dans cet acte les éléments nécessaires à en assurer la précision. La volonté fait mouvoir les muscles comme la main fait agir les ficelles d'une marionnette. L'acte nerveux peut exister en dehors de l'acte musculaire, il peut être séparé du mouvement et ne pas être suivi par lui, il suffit de se représenter mentalement les contractions musculaires sans aller plus avant dans l'exécution.

Avant de lancer une pierre on calculera la distance du but à atteindre, on se préparera en esquissant légèrement le mouvement, on fera de même pour donner un coup de hache ou un coup de bâton.

Le chat se groupe pour sauter, il sonde des yeux l'obstacle â franchir, il ne se lance pas à l'aveuglette, il prépare son élan, il le calcule, il répète certainement son mouvement à l'avance; il saute pour ainsi dire intérieurement. On a très bien conscience de cet acte intérieur avant de faire un mouvement difficile et présentant quelque danger.

Il est prudent de ne pas se risquer si l'on a une appréhension

et un doule, en un mot si Ton ne sent pas le mouvement, car on le manquerait très probablement.

Hallucinations des amputés. — Les amputés ont des hallucinations spéciales; il leur semble posséder encore un membre absent, ils ont la sensation de remuer les doigts d'une main imaginaire.

Le membre fantôme n'existe plus, mais les centres moteurs et les aictes aer\ieux coordinateurs existent encore et peuvent persister longtemps après Tamputalion ^

VinTuosES MUSICIENS*. — Le musicien rencontre sur le clavier du piano ou sur la touche du violon des difficultés de coordination très grandes, il ne risque pas sa vie, mais il risque quelquefois sa réputation de virtuose. La difficulté n'est pas la même sll joue à la lecture ou s'il joue de mémoire. Quand on connaiit à l'avance la mélodie à jouer ou lorsqu'on improvise, les doigis marchent d'çux-mêmes, il reçoivent des ordres précis ; au contraire, àialecture^ ces ordres sontincomplets, indécis, ils se transmettent au fur et à mesure de la lecture, il y a une opéntion cérébrale de plus, de là une grande fatigue, et une estécuttoa imparfaite. On sait aussi combien le ton d'un discours diffère selon qu'il est lu ou qu'il est improvisé.

Manière d'obtenir la cooudination des mouvements. — En définitive l'adresse, et l'art d'utiliser ses forces dépendent uniqueméat de l'éducation du système nerveux. C'est une affaire d'ordre dans les excitations des muscles. Un géant, ivre ou paralysé, n'a que faire de sa force, il sera facilement abattu par an nain plus adroit et plus conscient.

L'homme bien coordonné utilise au mieux son énergie, ses mouvements sont harmonieux, et chez lui tout concourt à l'exécution de l'acte voulu. Il joue de ses muscles comme un savant organistesait jouer de son clavier.

L'enfant et le maladroit sont des brouillons qui gaspillent leurs forces sans produire d'effet utile, ce sont de pauvres organistes ne faisant sortir de leur instrument que des sons discordants. La raideur des mouvements ne doit pas être confondue

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