VIRILITE OU EFFET DE L ÉDUCATION SUR LE CARACTÈRE
avec autant d'aveuglement qu'elle avaient mis de passion à la repousser.
Pour beaucoup., le jugement n'est établi que sur les impressions. Cela plaît ou déplaît est la seule raison dirigeante. Il n'y a qu'un moyen de modifier cet état de choses, s'il estmodifiable, c'est de perfectionner nos sens, de raisonner nos sensations afin de perfectionner nos jugements, de diriger nos sentiments et nos passions vers un but fécond, de prendre de saines habitudes conformes à la nature pour maintenir nos organes en bon étal, de donner à notre intellect des impressions vraies et d'influer ainsi sur nos qualités d'ordre intellectuel et moral.
Nécessité de l'effort personnel. — Le seul fait de vouloir s'améliorer en s'exerçant est déjà un grand progrès. L'inaction et la mollesse .sont la source de tous les vices et l'abîme où s'effondre le caractère.
Sans effort personnel, il n'y a pas d'amélioration possible; la fortune supprimant l'obligation de l'action et de la lutte donne l'apparence du bonheur à des âmes misérables. C'est une calamité pour un jeune homme de jouir trop tôt d'une aisance non gagnée et de n'être plus invité à l'effort par le besoin ou la pas sion d'agir.
L'activité porte en elle-même sa récompense, elle donne la satisfaction grande de l'effort accompli, augmente le sentiment de la dignité et élève le moral de l'homme. On ne rencontre de caractères trempés que chez les travailleurs marchant vers un but fixe sans reculer devant les difficultés qui se présentent.
Lvtelligence et caractère. — Il ne manque pas d'intelligences; on est même plus intelligent qu'autrefois, on l'est plus que jamais dans certaines périodes de décadence; mais comprendre n'est pas agir. Sur cent qui comprennent, il n'y en a pas un qui puisse réaliser, de là la quantité innombrable d'hommes à systèmes, à théories plus ou moins savantes, amateurs bien doués, mais sans énergie, gens fatigués et dégoûtés avant de commencer l'ouvrage, architectes dressant de beaux plans artistement dessinés, mais abandonnant l'édifice dès la fondation pour en recommencer d'autres toujours inachevés; êtres capricieux, incapables de dominer leurs impulsions réflexes et devenant ainsi le jouet de leurs passions.
A toutes ces intelligences ssmis énergie, il manque Teffort durable, la tension constante de la volonté vers un même but. Au lieu d'aller droit devant eux, ils louvoient^ ils s'occupent des opinions et des aboiements de la presse intéressée. Vaniteux avant tout, ils abandonnent la route et reviennent sur leurs pas sans jamais avancer pour se tourner toujours oii il y a apparence de succès.
Il faut retremper ces natures abâtardies dans une forte éducation physique, abandonner les moelleux couchers eties raffinements de la luxure, vivre à la dure, se lancer dans les sports présentant des difficultés, quelque danger même; c'est ainsi qu'elles retrouveront l'énergie et le courage perdus, la volonté éteinte et la confiance en soi ébranlée. Elles seront bien payées de leurs peines, elles éprouveront encore du plaisir à vivre et retrouveront Testime de soi-même, sentiment bien au-dessus de toutes les jouissances matérielles.
Dans l'association des deux êtres formant l'individu, le cerveau doit commander à la brute. La vie peut sans doute exister sans cela, mais quel spectacle nous offre Thomme faible, l'hystérique, le malade chez qui la vie végétative domine. L'êtro moral ne doit jamais perdre son autorité sur le corps, et celle-ci peut devenir très grande.
Des sujets faibles musculairement sont capables de prodiges de valeur, tandis que des corps d'athlètes peuvent être mous et lâches. La volonté s'exerce même sur la santé des viscères, on résiste énergiquement si l'on veut à l'action du froid où de la fatigue; Tauto-suggestion n'est pas un vain mot, c'est un fait incontestable.
Action pstcaique des jeux £n commun. — Les jeux en commun développent l'esprit de solidarité et mettent en action les forces morales les plus complexes. Placez deux hommes en présence, ils s'influencent l'un l'autre, ils se suggestionnent; chez eux,^ de nouvelles forces se développent, l'amour-propre, l'orgueil, la jalousie, comme la bonté et l'esprit de sacrifice dominent tour à tour.
Les exercices méthodiques sont indispensables par la raison de leurs effets intenses sur l'individu, mais les jeux libres ont une action morale certainement plus marquée.