‹ Les bases scientifiques de l'éducation physiqueChapitre 31 sur 52 · CONI · texte numérisé non relu

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qualité au plus haut degré, ils sont capables d’agir spontanément, volontairement, sans qu’il soit besoin de l’acte sensitif immédiat. Cependant la volonté n’est pas en réalité un acte spontané, elle peut être assimilée à un acte réflexe à longue échéance, l’énergie volontaire trouve ainsi sa source dans tou- ce^r.ju.

tes les sensations et impres- ‘ pK .

sions antérieures. ./

L’excitation volontaire se

transmet le long des nerfs mo- jg Musde.

leurs aux muscles chargés d’ex- ’

•écuter l’ordre du cerveau. Cet ordre est complexe ; au début, il est imparfait; il se répand confusément dans le réseau -des conducteurs nerveux, suscite la contraction d’une foule de muscles inutiles au mouve- Fig. 161. — Shéma d’un acte ment voulu. La volonté inter- réflexe simple.

. , i /» t Une excitation d’une surface sensible est

Tient alors SOUS la lorme de transmise à un centre réflexe qui la trans-

l’attention pour rétablir l’or- "èmenu musele et la transforme 611 mou ' dre, arrêter la confusion et

•corriger les fautes des mouvements au fur et à mesure que nous les exécutons.

Action inhibitrice de la volonté. — La volonté possède un double rôle : elle contracte les muscles ou les empêche de se -contracter. Cette seconde action inhibitrice s’exerce sans cesse, elle neutralise les actions réflexes et intervient pour produire de nouvelles associations dans les contractions musculaires. L’acte volontaire simple est assimilable à une décharge électrique dans un réseau de fils conducteurs. Suivant l’intensité de cette décharge l’excitation se répand dans une région plus ou moins étendue, dans un nombre plus ou moins grand de muscles (fig. 162).

Au début des exercices les mouvements sont désordonnés. Si l’on fait un effort considérable, tous les muscles entrent en contraction. En élevant un poids lourd du bras droit, la main -gauche se crispe, la face se contracte, la respiration s’arrête ;

Centre volontaire

si L’on se suspend par les mains, les membres inférieurs se raidissent jusqu’aux orteils.

Il n’y a pas encore de coordination établie, il y a diffusion dans la répartition de l’ordre ou de l’excitation centrale, et la confusion est d’autant plus grande que la volonté a moins d’action. Dans les excitations morales violentes, dans la colère, les contractions elles mouvements deviennent incohérents. La volonté peut dominer et réglementer ce désordre, elle dirige l’excitation dans les muscles et supprime les contractions inutiles.

Fig. 162. — Schéma de la • diffusion d’une excitation volontaire dans les muscles sans coordination.

Vitesse de propagation. — La volonté met un temps appréciable pour se transmettre aux muscles; je veux mouvoir mon doigt, mon doigt obéit, mais il y a toujours un retard entre l’ordre que jelui envoie etle commencement du mouvement. Ce retard me¬

sure la vitesse de la volonté le long des conducteurs nerveux, il est la cause d’erreurs personnelles appréciables dans certains actes rapides comme le tir, la riposte en escrime, dans les signaux astronomiques ; il varie avec les individus et chez le même individu suivant la fatigue.

Complexité des actes musculaires. — L’excitation volontaire se répartit dans un groupe de muscles, la contraction isolée d’un muscle n’est pas normale, les contractures, les crampes indiquent des désordres dans les centres nerveux. Les actes musculaires sont nécessairement complexes, et un mouvement pour être bien maîtrisé nécessite le concours d’un groupe synergique de muscles.

Groupe de muscles synergiques. — Voici comment se fait le perfectionnement dans la coordination. Les contractions se réduisent exclusivement aux muscles utiles au mouvement et ces muscles sont chargés chacun d’une fonction mécanique

CONDITIONS ÉCONOMIQUES DE L’EXERCICE 2b 1

particulière Les muscles spéciaux produisent le mouvement: dans une flexion ce seront les fléchisseurs ; mais la flexion, bien déterminée dans le cas d’une articulation en charnière comme le coude, serait confuse pour une articulation permettant la circumduction comme la hanche ou l’épaule ; il faut alors, pour assurer la direction et la précision du mouvement, le concours de muscles chargés de guider les os et de corriger leurs écarts, ce sont les muscles directeurs du mouvement.

Dans la flexion de la cuisse sur le bassin, le psoas-iliaque est l’agent principal du mouvement, mais, s’il se contractait seul, la flexion de la cuisse serait accompagnée d’un mouvement de rotation en dehors, il faut le concours des rotateurs en dedans ou des fléchisseurs rotateurs pour produire le mouvement direct de flexion.

Les muscles moteurs spéciaux et directeurs doivent s’attacher sur le squelette en des points solides pour que leur contraction se transmette intégralement aux segments à mouvoir. Les parties du squelette ne présentent presque jamais cette solidité, les muscles fixateurs la complètent et servent à fixer les points d’insertion des autres muscles.

Le deltoïde élève le bras horizontalement, mais il prend ses points fixes d’insertion sur l’omoplate; il faut le concours du grand dentelé pour fixer celle-ci contre le thorax et l’empêcher de basculer sous l’action du poids du bras.

La flexion de la tête, le corps étant couché horizontalement, exige la fixation du sternum par les grands droits de l’abdomen et le maintien du bassin, de la cuisse et de la jambe dans la rectitude.

Enfin les muscles moteurs produiraient des mouvements accélérés et saccadés s’ils n’étaient contrebalancés constamment par leurs antagonistes qui jouent alors un rôle de 'modérateurs. Dans la flexion de l’avant-bras faite avec lenteur, la contraction des extenseurs est indispensable à la régularité du mouvement ; si leur concours vient à manquer, la flexion sera saccadée, brusque et discontinue.

Dans la marche nous exécutons des mouvements harmonieux des bras et des jambes, tous ces mouvements ont leur raison mécanique; ils sont nécessaires pour assurer l’équilibre et diminuer l’effort total.

Influence de l’habitude sue la séduction des contractions — L’éducation et l’habitude réduisent en définitive le nombre des contractions musculaires ; il subsiste seulement celles :

Des muscles spéciaux moteurs du mouvement ;

Des muscles directeurs assurant la direction du mouvement ;

Des muscles fixateurs immobilisant les points où les muscles moteurs prennent leurs insertions ;

Des modérateurs ou régulateurs cédant pas à pas aux muscles moteurs ;

Enfin des muscles chargés de rétablir l’équilibre rompu par le déplacement du centre de gravité du corps, dans un mouvement ou une allure quelconque.

Ces muscles nombreux, agissant toujours de concert, constituent des groupes déterminés appelés synergiques ; leur action harmonieuse constitue la synergie musculaire, sur laquelle nous aurons à revenir.

Voyons comment cette complication apparente peut se simplifier par suite du perfectionnement des centres nerveux.

La confusion dès contractions que l’on observe chez l’enfant, l’apprenti et le jeune gymnaste inexpérimenté cède à l’éducation ; la volonté et l’attention interviennent pour diriger l’excitation émanée des centres nerveux et la répartir dans les muscles utiles, en nombre restreint, nommés ci-dessus.

Automatisme. — Par la répétition fréquente, le secours de l’attention n’est plus indispensable, et les mouvements difficiles finissent par s’effectuer inconsciemment, presque automatiquement.

L’excitation nerveuse, suivant toujours la même voie, finit par s’y créer un chemin facile, il se forme à la longue des associations de cellules nerveuses entrant en jeu simultanément sous l’action de la volonté. L’excitation centrale trouve en chemin des groupes de cellules associées et, sans le secours de l’attention nécessaire au début, elle se rend par les nerfs spéciaux aux muscles qui se contractent synergiquement (fig. 163). Ce groupement ou association synergique peut se compliquer, et l’on conçoit avec autant de facilité un groupe de cellules commandées par un centre et même une association de plusieurs centres secondaires, de sorte qu’une excitation émanant du

cerveau se distribue à un très grand nombre de muscles déterminés et ne se répartit qu’aux muscles associés synergiquement.

La grenouille et le canard décapités exécutant leurs mouvements de défense et de vol sans le secours de la volonté sont des

Muscles synergiques

Spéciaux , Fixateurs, Directeurs, Modérateurs et Equilibrateur » Fig. 163. — Schéma du rôle des centres coordinateurs.

2. Association de cellules nerveuses correspondant à une association de contractions musculaires ; — 3. Muscles synergiques commandés par deux centres coordinateurs sous la dépendance d’un seul chargé de diriger l’excitation volontaire qui lui vient du cerveau vers les muscles utiles au mouvement voulu (Beaunis).

expériences classiques. Dans les états de somnambulisme et de catalepsie l’action cérébrale est abolie, et l’on observe néanmoins des gestes expressifs et parfaitement ordonnés.

L’homme ivre, inconscient, marche mal, mais il marche ; on a dit qu’il y avait un dieu pour les ivrognes, cela s’explique par l’automatisme de la coordination de leurs mouvements locomoteurs.

La coordination est l’éducation des centres nerveux. — En définitive, à toute association musculaire correspond uneasso-

ciation de cellules nerveuses ; la coordination des mouvements, c’est l’éducation des centres nerveux et même plus : une modification dans la structure de ces centres.

On peut comparer cette modification à la réglementation savante d’un réseau de lignes télégraphiques; la dépêche émanant du bureau central traverse en chemin des appareils surveillés qui la dirigent vers son adresse et évitent la dispersion du courant dans le réseau général ou dans les appareils voisins. Chez un sujet bien coordonné les choses se passent de même, l’excitation centrale se répartit par les nerfs moteurs, aux muscles utiles à un mouvement donné et rien qu’à ces muscles. Il peut y avoir même deux ordres différents émis à la fois et conservant leur indépendance, c’est là une preuve d’organisation supérieure.

L’ordre envoyé à nos muscles par le cerveau n’est pas une excitation quelconque ; il contient et définit l’intensité, la vitesse et la direction du mouvement. Les contractions sont précédées d’un véritable calcul inconscient et souvent très compliqué.

Un joueur de billard arrive par intuition à des résultats plus précis et plus sûrs qu’un calculateur qui déterminerait mathématiquement l’angle sous lequel il doit frapper sa bille.

L’expérience et la pratique lui font tenir compte des conditions multiples du problème que le calcul doit négliger. Il en est ainsi de bien des actes de la pratique.

Appréciation de l’effort précédant l’ordre émané des centres nerveux. — Notre effort peut être mal calculé, s’il n’est pas mesuré à la résistance à vaincre ou si nous en avons mal dirigé l’action; une fois commandé à nos muscles nous ne sommes plus maître de le retenir, c’est un télégramme parti que nous ne pouvons empêcher de cheminer.

On explique ainsi la surprise causée par la légèreté d’un objet en plâtre auquel on a donné habilement la patine du bronze, ou par l’absence d’une îearche d’escalier que nous nous attendions à rencontrer.

Dans les deux cas l’imperfection de nos mouvements provient d’une fausse appréciation de l'effort à faire ; cette erreur a été transmise aux muscles, c’est une dépêche mal rédigée.

Temps nécessaire a l’exécution du mouvement. — Il faut un

certain temps pour commander à ses muscles et pour que eeux-ci répondent à l’ordre envoyé ; si le premier commandement a été mauvais, un second destiné à le rectifier arrivera trop tard pour empêcher l’exécution du premier.

Ce sont deux dépêches qui se suivent mais ne s’annulent pas.

Je tiens un poids suspendu à la main par une ficelle, les fléchisseurs de l’avant-bras sont seuls contractés, on coupe la ficelle, je suis prévenu et je m’apprête à retenir mon bras immobile; malgré cela,ilm’est impossible de ne pas fléchir F avant-bras même avec un poids extrêmement léger. L’ordre donné à mes extenseurs, aussi rapide que j’aie pul’envov du fil et, pendant la durée de s

Fi". 164. — Expérience mettant en évidence la durée de transmission de la volonté aux muscles.

Il est impossible d'empêcher la flexion de l’avant-bras lorsqu’on coupe le fil qui retient un poids nécessitant un effort do flexion même léger.

er, a cependant suivi la rupture a transmission, les fléchisseurs

débarrassés du poids agissaient seuls (fig. 164 et 165).

Fig. 165. — Mesure de la vitesse de l’agent nerveux chez l’homme.

1. Secousse en excitant le nerf très près du muscle; — 2. Secousse du muscle; le nerf excité à 30 centimètres plus loin ; — D. Vibration d’un diapason de 250 servant à mesurer la différence de temps écoulé au moment de la secousse (Makey).

On voit souvent deux personnes se rencontrer nez à nez au coin d’une rue ; elles cherchent à s’éviter, mais n’arrivent pas du premier coup à le faire ; en voici la raison : l’une des deux

personnes, voyant l’autre aller à sa droite, commande à ses muscles un mouvement à gauche; tout irait bien si la première restait immobile ou continuait sa première direction; mais instinctivement, avant que la seconde ait effectué son mouvement à gauche, elle cherche à éviter l’autre en se portant à droite. Il se produit alors plusieurs rencontres successives qui nous font rire, jusqu’à ce que l’une des deux personnes se décide à attendre que le mouvement de l’autre soit esquissé pour prendre une direction inverse et trouver le chemin libre.

Influence de la délicatesse pu sens musculaire. ■ — La coordination dans les mouvements demande un sens musculaire délicat, c’est-à-dire la faculté d’estimer la valeur absolue de nos efforts, le poids d’un objet placé dans la main, la différence entre le poids de deux objets.

Le sens musculaire nous indique la position de nos membres ; les ataxiques qui ont perdu cette forme de la sensibilité générale ne peuvent, sans le secours de la vue, placer le bras horizontalement; couchés, ils ne sauraient pas indiquer, les yeux fermés, la position occupée par leurs jambes.

La vue leur est nécessaire pour régler à chaque instants leurs mouvements et leur marche indécise.

Sujets bien et mal doués. — La perfection des mouvements s’obtient par l’éducation ; elle est certainement favorisée par l’intelligence et parla volonté; mais elle nécessite une organisation spéciale du cerveau et de la moelle. Nous voyons des sujets d’une adresse et d’une habileté surprenantes qui n’ont cependant jamais beaucoup travaillé.

D’autres, piocheurs patients et persévérants, n’arrivent pas à beaucoup près au même degré de perfection en se donnant infiniment plus de mal. L’éducation est un facteur de perfectionnement, mais l’organisation première prime tout. On ne saurait faire d’un lourdaud et d’un maladroit un modèle d’habileté et d’adresse, il faut choisir ses sujets si l’on veut obtenir un résultat remarquable.

Sujets anormaux. — Les enfants anormaux, les idiots, les arriérés sont toujours inférieurs sous le rapport de l’adresse manuelle, la relation entre leur état cérébral et la précision de

leurs mouvements est si intime que l’on obtient une amélioration sensible dans leur état mental en cherchant à perfectionner leurs mouvements.

M- le D r Bourneville a réussi à utiliser ainsi une quantité de

. Fig. 166. — Surface externe du cerveau de l’homme et du cerveau d'un fœtus de six mois, montrant la différence dans la complication des circonvolutions. ' .

déchets sociaux, en grande partie fils d’alcooliques, il a créé à l’hospice de Bicêtre un ceqtre d’éducation spéciale aux enfants arriérés 1 .

Les sourds-muets sont très incoordonnés, les lésions des canaux semi-circulaires provoquent chez eux des troubles dans l’équilibre du corps. L’enfant a des mouvements confus, l’adresse lui vient avec le développement de ses centres nerveux (fig. 166).

M. le D r Demoor 2 en étudiant ces faits a été conduit à admettre une influence des mouvements et des sensations sur le déve-

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