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CHAPITRE PREMIER

ROLE SOCIAL DE L’ÉDUCATION

L’Éducation physique s’adresse a tous, aux faibles surtout. — Il ne faut pas restreindre, comme on le fait trop souvent, l’éducation physique à de simples pratiques athlétiques. Celles-ci sont plutôt destinées à utiliser les forces qu’à les acquérir.

Les résultats extraordinaires auxquels atteignent certains sujets d’élite frappent l’imagination, on admire le développement musculaire excessif, l’adresse et l’audace poussées jusqu’à la témérité. Mais on oublie que c’est là une exception.

Sans prétendre à de tels avantages physiques, tous peuvent s’améliorer et sortir d’un état déplorable d’infériorité sous ce rapport.

Le faible est timide, très chatouilleux sur les questions d’amour-propre, il ne faut pas le décourager^ mais au contraire l’attirer vers l’exercice dont il a tant besoin. Il doit être l’objet de l’attention bienveillante de l’éducateur soucieux de la prospérité et de l’avenir de son pays. Les faibles sont en majorité. Il est urgent de relever le niveau moyen d’une nation au lieu de chercher à produire quelques sujets hors pair. Il faut être d’accord sur ce point.

L’éducation physique, ce n’est point l’athlétisme, ce n’est pas

Dement. — Bases scient j

la recherche de la force pour la force; son but est plus élevé, il louche à la puissance même d ? un peuple en tant que source d’énergie et producteur de travail:-

Chacun devrait avoir des connaissances élémentaires sur cet objet et s'assujettir aux règles, de L'hygiène comme aux règles de la morale avec la conviction que c’est là le moyen de trouver le bonheur, l’indépendance et le succès.

Tous désirent la santé, convoitent une longue et verte vieillesse ; personne n’y peut prétendre sans s’astreindre à un régime convenable. L’organisme humain a ses exigences, la vie a ses lois. La sagesse est de ne point vouloir s’y soustraire, on est forcément vaincu dans la lutte contre les lois naturelles.

Chaque jour l’occasion se présente de tirer parti des avantages d’une bonne éducation physique. Ce n’est pas en vue de concours athlétiques ni de spectacles acrobatiques qu’il faut s’exercer; la lutte pour la vie est assez-âpre, nos forces nous trahissent trop souvent pour que nous sentions la nécessité de nous préparer à l’effort.

Jeune ou vieux, faible ou fort, nous devons toujours entretenir nos forces pour ne pas les perdre;, l’exercice doit faire partie intégrante de notre, vie et passer à l’état de besoin comme celui de manger, de boire et de dormir.

L’application militaire, est ime spécialisation facile, et toute naturelle ; il n’est pas indispensable de passer de longues années sous les armes, si, rentré dans son foyer chacun de nous continue à s’exercer et à s’entraîner de façon à être toujours prêt à la lutte.

LES BlgEÉREN-GES ENTRE I.ES HOMMES PROVIENNENT. DE LEUR

manière de vivre. — U n’est pas nécessaire d’être un observateur bien profond pour apercevoir entre les hommes des différences: sensibles.

La taille, la, grosseur, les? proportions des différentes parties du corps, l’attitude et la démarche, la, vivacité, et la lenteur des mouvements,, les traits du visage, les expressions de. la physionomie, la coloration des pigments sont visiblement différents.

A côté de ces différences extérieures, il y en a, de cachées, de plus profondes constituant la partie intime de l’individu.

Dans l’ordre physique, l’activité, la force, la vigueur, la santé, lu résistance à. la fatigue et aux, causes, morbides, l’habileté

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manuelle et l'adresse corporelle ; dans l’ordre psychique, la sensibilité, l’acuité des sens, la puissance de la pensée, du jugement et de l’imagination, le sens esthétique ; la.force morale, la volonté et le courage sont aussi choses sujettes à variations et susceptibles de perfectionnement.

Les lois de l’hérédité sont assez obscures ; il nous est parfois difficile d’établir la filiation d’un caractère nouveau que nous voyons apparaître chez un sujet, mais il est souvent dés cas où nous parvenons à saisir la raison des variations individuelles et à établir les rapports de cause à effet.

Des recherches de ce genre ont été faites d’une façon suivie chez les animaux. Elles ont pu l’être parce que les animaux sont nos esclaves, nous les manions en maîtres, nous les plaçons à notre gré dans des conditions nouvelles, nous pouvons suivre pendant plusieurs générations l’influence des milieux, nous accumulons les effets des plus petites causes ; nous obtenons des résultats sensibles et nous arrivons ainsi à modifier l’animal à notre profit.

Chez l’homme peu d’observations suivies ont été faites dans ce sens. Les préjugés nous arrêtent dans cette voie, notre vanité et notre orgueil se révoltent à l’idée de nous assimiler, à des animaux et nous avons bien du mal à nous soumettre à des expériences de longue haleine, même en vue de notre perfectionnement.

Par expériences suivies nous entendons parler d’expériences faites avec la méthode scientifique dans des conditions déterminées, avec un contrôle sérieux des résultats, nous ne considérons pas comme telles les simples constats sans précision faits dans les records ou dans les concours athlétiques.

Les causes des différences existant entre les hommes d’une même race sont évidemment dues à l’influence des agents extérieurs et au genre spécial d’activité de chacun.

Les variations constituent parfois un bénéfice acquis pour l’individu, mais elles peuvent être aussi un indice de déchéance.

Les métiers laissent leur empreinte reconnaissable; chez tous les travailleurs. Les passions dominantes laiss ent leur trace dans le geste et la physionomie.

Les artisans d’une même profession forment une même famille ayant ses caractères propres, ils se ressemblent et se

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reconnaissent. L’homme a varié depuis les temps préhistoriques ; parasite rivé pour toujours à sa planète, il a subi l’influence du milieu naturel imposé et celle du milieu factice qu’il s-est créé par ses habitudes, ses préjugés, ses vices et son ignorance.

L’homme varie encore dans les temps historiques ; fort et beau dans l’antiquité à Rome et à Athènes où il est toujours entraîné à la lutte ; il dégénère quand le fanatisme religieux lui enseigne à mépriser le corps, à le sacrifier à l’âme, élan superbe de notre nature mais incompatible avec les lois de la vie.

Les temps modernes indifférents et sceptiques demandent à l’industrie un bien-être qui nous éloigne de plus, en plus des conditions normales et naturelles ; l’activité cérébrale s’exagère aux dépens de l’activité musculaire et des maladies apparaissent, conséquence du surmenage nerveux et de la faiblesse de notre pouvoir réparateur.

L’espèce humaine n’est donc pas immuable; si l’individu nous semble fixe, cela tient à nos sens trop imparfaits pour constater de faibles variations et aussi à notre vie trop courte pour que ces petites variations aient eu le temps de s’accu^ muler et de devenir apparentes. Il nous faut alors échelonner dans la suite des temps des observations continues ; il nous faut des chercheurs qui se succèdent, des sentinelles qui se remplacent quand elles tombent et transmettent à leurs successeurs la suite toujours inachevée de leurs travaux.

A côté de ces études délicates il y a des faits grossiers qui n’échappent à personne :

On distingue facilement un athlète d’un bureaucrate, on reconnaît un écuyer d’un tailleur à leur démarche. Le cordonnier a le sternum déformé à sa base. Les apophyses osseuses elles insertions des muscles sont plus développées chez les sujets àmuscles puissants, capables d’efforts intenses que chez benfant, la femme et l’homme sédentaire.

L’équitation pratiquée dans la première jeunesse arque les fémurs. Les attitudes professionnelles, les mauvaises attitudes scolaires déforment le corps. Tout le monde a remarqué les mollets des danseurs, les biceps des boulangers, les cuisses des cavaliers, les malformations de la main chez les tanneurs et les taillêurs de pierre.

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Les femmes renversent la forme du thorax qui devrait être étroit en haut et large en bas et trouvent beau de se serrer la taille avec des ceintures et des corsets.

Les chaussures étroites détruisent la fonction primitive du pied et le réduisent à un moignon dont les orteils sont rabougris et atrophiés.

11 y a une asymétrie constante de la partie droite et de la partie gauche du corps. Le squelette humain porte son âge marqué sur ses différents éléments, il porte les traces des mouvements et la marque des efforts spéciaux répétés pendant la vie; le vieillard se reconnaît dans ses traits, dans sa forme et dans ses. mouvements.

Les différences sont régies par la loi d’adaptation des organes a leurs fonctions. — Les différences entre les individus sont la conséquence du rapport intime entre la fonction et l’organe qui le produit. Les organes se modifient quand la fonction ne modifie ; les limites de ces modifications sont à déterminer, mais elles existent et sont bien connues dans certains cas. Les plus tangibles et les plus faciles à produire sont celles du système musculaire ; il y en a d’autres, le muscle lui-même est sous la dépendance des centres nerveux, et l’organisme entier obéit à la loi du plaisir et du moindre effort.

La transmission des caractères saillants des individus par voie héréditaire constitue le propre d’une race; la fixité de ces caractères n’est peut-être pas absolue, mais elle est assez durable pour qu’il résulte des différences bien tranchées entre les peuples et pour constituer des sectes.

Influence des habitudes héréditaires. — La noblesse ancienne mettait sa gloire à briller par les qualités viriles et chevaleresques ; elle se soumettait à une éducation forte et recherchait ses alliances parmi les sujets de même rang et de même valeur. Il y avait des principes qui assuraient la transmission de ces qualités. Aussi, tant que chevaliers et seigneurs s'entraînèrent aux combats et luttèrent pour de grandes causes, ils formèrent l’élite de la nation.

Il n’en fut plus de même lorsque cette vie active et ardente fut remplacée chez les descendants par une vie de plaisir et d’oisiveté.

La valeur réelle de l’individu fît place à des préjugés de caste et à des privilèges injustes destinés à en masquer l’impuissance.

Le plus grand malheur qui puisse arriver à un homme au point de vue de son perfectionnement, c’est d’être, dans sa jeunesse, en possession des privilèges de la fortune : celle-ci supprime Chez lui toute nécessité de lutte, d’effort, et le maintient en tutelle, -presque en esclavage.

Lorsque cette tutelle vient à manquer, on constate l’état d’infériorité et d’impuissance de ces êtres privilégiés destinés à disparaître à cause de leur incapacité.

La bourgeoisie timorée préfère pour ses -enfants les situations médiocres, mais garanties par l’État, aux aléas de l’initiative privée.

Ce besoin de tutelle est une véritable maladie, il est incompatible avec l’état de liberté, on le voit pénétrer dans les campagnes où le paysan rêve pour son fils l’existence factice des grandes villes, alors .qu’il a sous la main les vrais biens naturels.

Toutes ces erreurs auront pour notre race les conséquences les plus graves.

C’est l’effort qui nous améliore physiquement et moralement; l’effort est une condition de notre développement. Le travail est la source du bonheur et de la vertu, tandis que l’oisiveté engendre tous les vices ; le plaisir tue plus de gens que le travail.

On se demande quelquefois si la guerre n’est pas une nécessité et un bien relatif quand on voit les maux engendrés durant les longues périodes de paix où le bien-être et la mollesse enlèvent à l’homme son énergie et amoindrissent son caractère.

Il y A DES CIRCONSTANCES QUI FAVORISENT L’ÉPANOUISSEMENT DE LA RACE HUMAINE ET-D’AUTRES QUI LA DÉGRADENT. — Mais tout travail n’est pas-sain, tout effort n’est pas réconfortant ; les artisans de la pensée et les artisans manuels subissent des effets ibien différents suivant le genre de travail spécial imposé par leur métier ; nous préciserons ce point essentiel, mais nous pouvons déjà conclure qu’il existe des circonstances favorisant l’ëpa-

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nouissement de l’organisme humain et d’autres, au contraire, qui dégradent l’individu et lu race entière.

Différences entre deux hommes, l’un entraîné, l’autre étranger aux exercices Du cori»s. — Déjà chez deux hommes restés, l’un étranger à tout perfectionnement physique, l’autre un adepte persévérant de l’exercice, on voit apparaître des modifications si profondes que l’on se Croirait en présence de deux êtres différents.

Chez celui resté en dehors de tout entraînement se sont accumulés les effets malsains de la vie sédentaire. Des habitudes de mollesse l’envahissent, la volonté s’émousse, de là une difficulté de plus en plus grande d’agir.

Ralentissement des fonctions organiques. — Le repos dévient l’état normal, lés fonctions s’y accommodent ; leur activité décroît, la circulation sé ralentit, les mouvements respiratoires diminuent d’amplitude, ïâ capacité respiratoire tombe à un minimum, lès échanges nutritifs sont faibles; la peau est froide et pâle, ou rouge et couperosée, des malaisés surviennent surtout après les repas, l’équilibre de ï’assimilâtion et de la désassimilation est rompu et la maladie est proche. Les fonctions cérébrales s’exaltent, l’excitabilité nerveuse apparaît avec l’insomnie, de là un état constant de fatigue qui laisse sa trace dans le caractère et dans les productions dé l’esprit.

Laideur des formes. — La conformation extérieure du corps est caractéristique, les formes sont arrondies, presque féminines, à cause de la présence de la graisse, ou bien elles sont anguleuses à cause de la maigreur et de l’atrophie générale des muscles. Les membres inférieurs trouvent encore dans la marche l’occasion de s’exercer, mais les bras, dans une inactivité totale, sont grêles et jurent avec le développement relativement plus grand des jambes.

L’épaule est affaissée, le moignon de l’épaule anguleux et porté en avant, le thorax aplati, un vide remplace Ja saillie des pectoraux ; les omoplates mal fixées au thorax font saillie sous la peau en forme d’ailes.

Le dos est plat ou voûté, ses lignes latérales sont parallèles, le tronc a la forme d’un cylindre. La pesanteur courbe la colonne vertébrale, et le tout s’ankylose avec l’âge. Une raideur anticipée s’étend aux articulations des membres; l’abdomen est saillant, les parois en sont flasques, et la cambrure lombaire est exagérée.

Maladresse. —Le sujet non éduqué se reconnaît à la maladresse et au manque de sûreté de ses mouvements. S’il marche, court ou saute, il fait des contractions inutiles ; il ne sait pas économiser ses forces et n’en connaît pas la mesure ; aussi n’at-il aucune résistance à la fatigue. S’il entre dans un gymnase, il se jette sur le plus gros haltère ; s’il veut grimper à la force des bras, il se débat désespérément, fait des mouvements désordonnés, avec grimaces et contorsions ; il gaspille son énergie pour n’aboutir à aucun résultat utile. Même désordre dans la respiration et la circulation : de là essoufflement, palpitations, vertiges et impossibilité de continuer un travail soutenu.

Ces faits se présentent pour tout exercice nouveau, le sentiment de sa maladresse lui ôte le sang-froid et la confiance devant le danger, et il risque de s’abandonner à des actes désespérés qui peuvent lui. coûter la vie.

Nécessité d’une activité constante. Beauté corporelle. — Au contraire, le sujet bien éduqué physiquement est toujours prêt à agir, l’activité habituelle étend sa vie de relation, ses fonctions s’accomplissent avec énergie ; leur harmonie a pour conséquence le maintien de la vigueur et de la santé. Les muscles sont apparents et bien développés, la peau est colorée, les contusions n’y laissent pas de traces. La forme générale est belle, l’attitude dénote la vigueur. L’épaule est large et charnue, la poitrine ouverte garnie de pectoraux saillants, le dos s’élargit de la taille à l’épaule, la ligne vertébrale est au fond d’un sillon creusé dans la masse musculaire; les courbures du rachis sont peu accusées, les mouvements respiratoires sont larges.

L’abdomen est concave, les parois en sont épaisses et charnues, la taille est fine et souple.

Utilisation des qualités physiques dans la vie. — L’homme

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bien éduqué physiquement se reconnaît à la précision et à la sûreté de ses mouvements ; les plus énergiques semblent lui être faciles. Sa démarche et ses allures sont assurées et rapides ; il sait parer à une chute imprévue et en atténuer les inconvénients. Il connaît ses forces, sait les appliquer, surtout les ménager. Il est résistant à la fatigue parce qu’il est maître de: ses organes.

Dans l’atelier, dans le gymnase, partout il se distingue par ces qualités auxquelles il peut devoir la vie ou le succès dansla lutte pour l’existence.

Une sensation générale de bien-être, inconnue de ceux qui n’ont jamais pratiqué assidûment les exercices du corps, retentit sur son activité cérébrale.

Les productions intellectuelles sont peut-être moins sujettes aux égarements de la rêverie ; elles sont pondérées et d’une portée plus pratique.

Influence morale. —■ L’homme qui aime l’exercice finit tôt ou tard par concevoir une horreur instinctive de la débauche dans laquelle il sent sombrer ses forces. Il lui préfère des habitudes viriles qui améliorent et assurent la santé; ainsi il se moralise, il est disposé à rendre à la société une grande somme de services et à perpétuer ses qualités dans ses descendants ; finalement, il contribue par des moyens réellement efficaces et dans la mesure de ses forces au relèvement et à la grandeur de la patrie.

Nécessité de l’éducation physique. Son rôle social. —- Pour éviter le gaspillage de notre activité et de nos forces, il faut une éducation. Elle est nécessaire aussi bien pour former les athlètes que pour améliorer les faibles.

L’individu livré à lui-même peut quelquefois trouver les conditions favorables à son développement, mais le plus souvent il végète, il ne peut surmonter les obstacles et les entraves qu’il rencontre et n’atteint pas le degré d’épanouissement complet de sa nature.

L’effet bienfaisant de l’éducation ne cesse pas avec nous ; nos descendants héritent de nos qualités physiques ; il faut avoir souci du patrimoine que nous leur laissons ; l’État doit pour ces raisons s’occuper de l’éducation de la jeunesse.

L’excès de civilisation est néfaste a la race. — C est même une nécessité impérieuse dans la période actuelle de la civilisation. Les statistiques montrent que l’excès de civilisation est plus nuisible qu’utile -au développement de l’toumanité.

En France, le quart des enfants qui naissent est mort à 3 ans,

11 n’en reste plus que la moitié à 41 ans, le quart à 68 ans. A Paris, la moitié sont morts à 21 ans, il en reste le tiers à 46 ans.

Les maladies de dégénérescence, la diminution de la taille, la stérilité, le nombre-des crimes et délits, la folie ont souvent pour cause une mauvaise hygiène, une mauvaise éducation physique.

La division du travail crée les métiers spéciaux et place l’ouvrier dans des conditions déplorables. A l’état naturel au contraire, pour satisfaire ses besoins, il faut k l’homme un exercice constant des organes de la vie de relation ; cet exercice fortifie et affine les fonctions correspondantes.

Les vices de l’âme tiennent beaucoup aux vices du corps et la faiblesse physique engendre la faiblesse morale. « Plus le corps est faible, plus il commande ; plus il est fort, plus il obéit ; un bon serviteur doit être robuste. Toutes les passions sensuelles logent dans des corps efféminés ; ils s’en irritent d’autant plus qu’ils peuvent moins les satisfaire. » (Rousseau.)

La moyenne de la vigueur diminue par la conservation des faibles. — Quelques auteurs vont même jusqu’à accuser le développement de la thérapeutique d’être pour beaucoup dans l’affaiblissement de la race.

« Le grand nombre des médecins est un des signes de la décadence des peuples ; ils sont comme les plantes parasites qui vivent aux dépens des vieux arbres ; tandis que les peuples robustes de corps et d’esprit savent s’en passer 1 . »

La vigueur n’est certes jamais le résultat des médicaments ; si la science médicale arrive à prolonger l’existence des êtres débiles et leur permet de se marier, le résultat sera une dirni- " nution dans la moyenne de la vigueur, et la race issue de pareils accouplements n’a pas de raisons pour s’améliorer.

On ne peut accuser la médecine d’être coupable en obéissant

■1. D r V. Maquel, Perfectionnement ou dégénération physique et morale de l'espèce humaine, Paris, 1860.

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à un sentiment de charité, on ne peut d’autre part supprimer les enfants anormaux ou les faibles comme cela se faisait à Sparte.

il faut chercher à en relever la condition physique.

Il ne faut rien laisser au hasard ; savoir pour prévoir afin de pourvoir (A. -Comte), voilà la sagesse.

L’éducation développe les énergies latentes. — L’éducation ne crée pas d’éléments nouveaux, elle développe les quaLités latentes, atténue les exagérations, fortifie les parties faibles, équilibre en un mot les fonctions de la vie et fait évoluer l’individu vers un idéal déterminé, vers un état meilleur et plus parfait.

L’éducateur prévoit les dangers que court l’enfant dont on connaît la nature et les parents, il indique les meilleures conditions pour éviter les maladies dont il est menacé. Si le résultat n’est pas toujours -complet chez un être ayant des tares héréditaires, on peut néanmoins neutraliser l’influence de celles-ci, améliorer sa descendance et, si l’on persiste de génération en génération, créer un type qui diffère totalement de ses parents primitifs.

L’État a charge ©e la direction de la jeunesse. — Notre de voir est donc de donner à nos enfants la nourriture complète du corps ; il ne faut pas nous exposer à ce qu’ils nous reprochent un jour d’être privés, par notre négligence, de la santé et de la force auxquelles ils ont droit.

La valeur d’un homme se mesure à la part qu’il prend dans la réalisation du progrès social. L’homme est d’autant plus parfait qu’il est un plus grand producteur de travail utile, mais la société ne peut exiger du travailleur une somme de travail qui dépasse ses forces. C’est en donnant à chacun le plus de vigueur physique possible qu’on peut augmenter le rendement total en travail utile et contribuer ainsi à la marche du progrès.

L’éducation ne relève pas seulement la vigueur et les forces, elle les règle, les discipline et en empêche la dispersion et le gaspillage..

Il est peu intéressant d’être vigoureux si l’on emploie son

énergie mal à propos et si le travail ou la dépense de forces ne laisse pas des résultats utiles, ne produit pas de fruits. L’augment de rendement doit consister dans la contribution de chacun à une plus grande part dans la somme de bien général grâce à une utilisation meilleure de l’énergie humaine.

Notre bonheur tient en grande partie à notre vigueur physique, à la quantité d’activité dont nous sommes capables et à la direction de notre activité. Nous sommes malheureux parce que nous sommes faibles, nous nous abandonnons à nos caprices et à nos passions; l’oisiveté engendre l’excitabilité, source de dispersion et d’indécision. Les plus grands plaisirs viennent au contraire de la vigueur morale et de la santé. Ni les sermons ni les punitions- dont on nous accable à l’école ne peuvent nous en convaincre ; il faut créer de nouvelles habitudes, établir de nouvelles moeurs.

Il Y A AVANTAGE AU POINT DE VUE ÉCONOMIQUE A DÉVELOPPER LES INS¬ TITUTIONS relatives a l’éducation physique. — Chacun de nous ne peut dépenser durant sa vie qu’une somme d’énergie limitée ; la somme de travail produit et son effet utile résultent de la direction donnée à cette énergie. Il y a là un véritable budget à équilibrer.

On peut dissiper son capital, l’engloutir dans la débauche ou le faire fructifier en établissant la balance stricte entre la dépense et la réparation de nos forces.

Nous voyons souvent les robustes ruiner leur santé et, les faibles, en se soignant, prolonger la durée de leur vie et finalement engendrer plus de travail que les forts.

Tous le grands hommes auxquels l’humanité doit beaucoup n’ont pas été des modèles de vigueur, il s’en faut, mais la force morale, la persévérance dans l’effort et son but élevé ont compensé leur faiblesse physique. Ceci nous montre, à côté des raisons morales, les raisons économiques qui militent en faveur des œuvres d’éducation physique à créer.

N est-il pas plus sûr et moins coûteux de fortifier la santé et la vigueur au début de la vie, de prévenir les maladies de toutes sortes qu’engendre la pauvreté physiologique, plutôt que de chercher à enrayer le mal une fois déclaré? Souvent alors notre impuissance est manifeste, et nous sommes obligés d’entretenir

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à grands frais sur les deniers publics une cohue de déchets qui coûtent et ne rendent rien à la société.

Il est navrant de constater les dépenses de l’assistance publique, de voir les sommes énormes utilisées à fonder des hôpitaux pour les phtisiques, les tuberculeux, les alcooliques, les dégénérés et les anormaux, tandis que presque rien n’existe pour éduquer et fortifier physiquement l’enfance. Les tentatives de l’initiative privée dans cette direction échouent sans cesse, toutes les donations sont faites pour remédier aux maux immédiats au lieu de préparer le terrain pour l’avenir.

En France, le budget de l’assistance publique se chiffre par 56 millions 1/2 rien que pour la ville de Paris ; le budget de la gymnastique inscrit dans les dépenses de l’instruction publique est réduit à 25.000 francs dans toute la France.

Il T A DES PRÉJUGÉS ET DES OPINIONS Qü’lL FAUT COMBATTRE

pour amener une conviction. — Le préjugé le plus enraciné et le plus funeste a été de séparer l’homme physique de l’homme moral.

Cette division est venue de la croyance à l’indépendance de ses deux modes d’activité. A peine sorti de son état d’enfance, l’homme s’est enorgueilli de la supériorité qüe lui donnaient ses facultés cérébrales sur la brute et de ses triomphes remportés sur la matière.

Il a cru conquérir le monde avec la pensée et la science. Ses efforts se sont exclusivementportés vers l’éducation intellectuelle. Il oubliait ou ignorait les relations intimes qui lient les fonctions de la vie et l’unité de l’âme et du corps.

Détracteurs et négligents. — Il y a eu des détracteurs de l’éducation physique niant sa nécessité et négligeant volontairement par système la culture corporelle. Les fonctions de la vie semblaient viles et méprisables devant les préoccupations de l’âme et devant la préparation à la vie future. Ce préjugé a été combattu par les hommes d’action ramenés aux saines notions des choses et par les philosophes guidés par l’étude de la nature. Assimilant l’âme humaine à une statue soutenue par la solidité’du corps, A. Comte disait que souvent la statue s'effondre parce que le piédestal est pourri.

Ces notions furent le point de départ de la nécessité de l’éducation physique et l’on trouve, dès les temps les, plus reculés, en Chine et dans l’Inde, ces principes dominer toutes les religions.

Ignorants et indifférents. — Cependant la conviction ne s’établit pas d’emblée chez tous ; on rencontre encore une indifférence déplorable à ce sujet, et chacun excuse au mieux sa paresse ; on croît inutile de préparer le corps à l’effort, on le néglige, puisque, lorsqu’on voudra le .commander,, il obéira à l'a. volonté directrice. C’est là une profonde erreur qui ménage bien des déceptions.

Le groupe le plus nombreux admet bien l’utilité de la culture physique, mais ne va pas plus loin ; la méthode n’est pas nécessaire dans cette branche de l’éducation, il ne reconnaît ni lois ni régies dans le développement humain ; tous les moyens sont bons, le hasard est le seul ordonnateur.

C’est dans ce groupe que nous rencontrons les adversaires les plus acharnés de la doctrine scientifique, ils pèchent par ignorance ou par inconscience, mais ils sont d’autant plus- dangereux pour le progrès qu’ils occupent dans la société* des situations considérables, sont consacrés dans différentes branches de la littérature et des arts et n’acceptent pas la discussion. Avancés dans leur spécialité, mais restés dans l’enfance au sujet dé la culture corporelle, ils propagent l’erreur et deviennent lès* conservateurs et représentants titrés de l’ignorance générale.

Spécialistes. — Viennent ensuite les sportsmen, les professionnels spécialisés à un exercice favori. Cherchant à exceller dans une spécialité, ceux-ci tombent fatalement dans les excès de la virtuosité et critiquent tout éclectisme ; il n’y a d’utile et de recommandable pour eux que leur exercice favori.

Le sportsman, l’athlète n’ont qu’une préoccupation : exceller dans leur spécialité, devenir un sujet d’élite, en tirer satisfaction de vanité sans se soucier des conséquences sur la santé ou l’équilibre général. Chacun obéit encore à l’attrait du merveilleux et de l’extraordinaire, veut toujours faire plus fort que ses devanciers, cherche des records qui le rehaussent et le mettent

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dans une classe à part. Il ne pense guère à son amélioration, il veut être le premier à tout prix, la satisfaction qu’il en éprouve est totalement étrangère à la recherche d’un perfectionnement sage et raisonné.

Il essaie toujours de se surpasser, la volonté et la passion l’entraînent et l’égarent, il demande à son organisme plus d’énergie et de travail qu’il ne peut en fournir ainsi se ruine sa santé et se transforme en maux ce qui devrait être une source de richesse et de fécondité. Si L’exercice fortifie, l’excès d’exercice débilite et tue ; la culture de la force pour la force est chose enfantine quand elle ne devient pas immorale et malsaine; la force n’est pas tout, l’idée qui la dirige est au moins aussi importante qu’elle : la force sans, l'idée,, c’est le muscle sans cerveau.

On a fait le plus grand tort à l’extension de l’éducation physique en la présentant sous la forme athlétique. Rétablir la brutalité dans un siècle où les forces cérébrales sont les vraies forces dirigeantes, c’est écarter les penseurs, ceux qui ont tant besoin de l’exercice. .

Tout le monde n’est pas apte à acquérir des talents athlétiques ou acrobatiques, il faut pour cela une constitution spéciale, y donner beaucoup de temps pour en, retirer peu d’avantages. La force s’acquiert dans le gymnase, mais l’application intéressante de la force n’est pas là, c’est dans la lutte de chaque jour.

Dans la société actuelle, l’athlète n’a qu’un rôle infime à jouer ; il est dominé fatalement par les forces de l’intelligence. IL y a des êtres plus forts que nous musculairement, nous en avons cependant fait nos esclaves à. cause de leur infériorité cérébrale.

L’éducation physique doit être mieux comprise, c’est le complément de l’éducation intellectuelle et morale, mais elle ne doit pas être cultivée exclusivement. Quelques athlètes ne rendront jamais au pays les services d’une population féconde, disciplinée, résistante à la fatigue, entraînée au travail, confiante dans ses forces et soutenue par un idéal d’intelligence et de moralité.

Le professionnel est tout naturellement porté à s'exagérer les qualités de sa spécialité, à lui attribuer, exclusivement les avan-

tages qu’il en a retirés et à négliger les autres. De là la division •entre les spécialistes de l’escrime, de la boxe, de la gymnastique aux agrès et des sports ou jeux libres.

Ce n’est pas de ce chaos que peut naître une méthode d'éducation.

Militaires. — L’éducation militaire comprend aussi des procédés d’éducation physique, mais bons pour les adultes et destinés à appliquer la force acquise, ces procédés deviennent -détestables et dangereux pour l’enfance. On commet donc la plus grossière erreur en confiant l’enseignement à des instructeurs militaires non initiés à la pédagogie et qui négligeront le •côté hygiénique pour ne voir que le développement brutal de la force et son application immédiate.

Médecins et savants. — Le médecin pèche par l’excès contraire; il est porté à voir partout des dangers ou des causes imaginaires de maladies, il n’est pas toujours praticien et surtout éducateur ; il juge alors des effets de l’exercice par des conceptions théoriques et n’envisage que le côté hygiénique de la question en négligeant l’application de la force acquise, si importante au point de vue social.

L’éducation physique entre les mains des pathologistes ressemblerait à l’enseignement intellectuel entre les mains, des aliénistes. La médecine éclaire sans doute l’éducation comme elle éclaire la physiologie, mais il faut se garder de la confondre avec elle.

D’autre part, les savants ou théoriciens purs conçoivent un idéal sans être à même de pouvoir le réaliser, et l’humanité attend toujours d’eux une sage direction.

Il faut bâtir l’éducation sur la synthèse des résultats des spécialités. —Chaque spécialité a du bon, il existe même des sports presque complets ; le progrès ne consiste donc pas dans l’invention de nouveaux procédés, mais dans l’étude de ce qui existe, dans la connaissance précise des ressources dont nous disposons, de ce que nous pouvons en attendre au point de vue <le notre perfectionnement.

Il faut prendre à chaque spécialité ce qui est applicable à tous

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dans l’intérêt général et faire une synthèse méthodique dont l’esprit directeur sera l’adaptation sûre des moyens aux résultats ou aux effets que l’on cherche à obtenir.

Comment l’éducation peut influer sur notre perfectionnement physique. — Une grande partie du bonheur dépend de la direction donnée à notre activité ; l’éducation physique est une question de vie ou de mort pour les populations urbaines, qui ne se retrempent plus dans la vie champêtre. Au milieu des obstacles à notre développement il faut retrouver notre équilibre, redevenir normaux ; il faut persuader, entraîner vers ce mouvement de régénération les indifférents et les sceptiques et indiquer la marche à suivre dans la pratique à ceux qui sont décidés à agir. 11 faut poser comme principe, comme devoir de chacun, le perfectionnement physique et moral, l’obligation pour tous de rendre à son pays et à la société une part de services qui peut aller jusqu’au sacrifice de la vie.

Si chacun avait la volonté de se perfectionner, quel bien en résulterait pour notre patrie !

Il faut agir. — L’oisiveté est source des pires maux ; il faut agir, mais agir sagement, proportionner notre activité à nos forces ; l’activité est nécessaire au bon fonctionnement de l’organisme, les échanges nutritifs qui constituent la vie sont facilités, augmentés par l’exercice, mais un excès d’activité produit des résultats inverses. Il y a de bonnes et de mauvaises façons d’agir; les résultats diffèrent suivant la quantité ou le genre d’exercice qu’on se donne; Il faut dépenser mais ne pas se surmener. Qui dépense beaucoup répare beaucoup ; qui dépense peu répare moins encore.

Il faut proportionner l’exercice aux forces de chacun. — Le bénéfice que l’on retire de l’exercice dépend d’une foule de choses, mais surtout de l’état particulier de chacun. Les différences individuelles sont visibles sous ce rapport quand on compare l’enfant, l’homme fait et le vieillard.

Il y a une sorte de coefficient personnel mesurant la vitalité de l’individu, son aptitude à produire du travail et sa tolérance aux excès. Chacun possède un potentiel d’énergie, un tempérament propre, une façon de réagir aux agents extérieurs.

Deskxy. — Bases scient.

18 LES BASES SCIENTIFIQUES DE l’ÉDUCA-TJON PHYSIQUE

Il faut faire de l’exercice à propos et faire tourner au profit de chacun les qualités héréditaires, les ressources de l’alimentation et du régime.

Ce sont là les moyens modificateurs par excellence, ils doivent être adaptés aux faibles qui forment la majorité et revêtir une forme compatible avec les besoins et les tendances iœdmduelles.

■Le perfectionnement doit être réel. — Le perfectionnement doit être réel, comme l’aliment doit être.substantiel. Mais l’être humain est sensible, il prend plaisir ou non à l’effort, suivant la manière dont on sollicite cet effort chez lui. S’il est brutalisé, il se révolte, il n’obéit souvent qu’à des impulsions inconscientes. Ces impulsions doivent être suscitées et dirigées. La raison n’est pas le guide de la majorité des hommes, elle n’a prise que sur des esprits supérieurs doués d’une volonté suffisante pour dominer les impressions du moment. Les autres sont attirés par le plaisir recherché avant toute chose raison-, nable. L’éducateur en s’emparant de cette influence énorme du plaisir peut obtenir chez ses élèves des efforts bienfaisants et les entraîner vers le bien. Mais, en aucun cas, il ne faut satisfaire le plaisir en sacrifiant l’effet utile recherché. Le maître n’a pas à recevoir des leçons de son élève, mais il ne doit pas •non plus-enseigner sans éveiller son intérêt.

Ces vérités s’appliquent à toute éducation ; bien souvent les /résultats sont nuis par manque ou par excès de plaisir. On en trouverait des exemples dans la manière d’enseigner encore aujourd’hui les éléments des sciences et des lettres. Beaucoup d’entre nous ont été pris d’un dégoût réel pour l’étude, après avoir suivi les leçons d’un maître ennuyeux; d’autres n’ont rien appris sous un maître trop complaisant ou trop pe consciencieux. Cependant il faut se garder d’excuser la paresse par de mauvaises raisons ou d’éluder l’effort si nécessaire.

Il faut solliciter l’effort. — Une nation ne peut rejeter les moyens sûrs de se perfectionner sous le futil prétexte qu’ils sont ennuyeux ou exotiques ; elle ne grandit et ne sort de l’enfance qu’en ne s’arrêtant pas à ces considérations mesquines. •Si l’on veut être fort, on doit trouver son plaisir dans un travail fécond et n’envisager que le résultat final.

BOLE SOCIAL DE L’ÉDUCATION

Cela ne souffre pas de contestation ; consulte-t-on l’enfant pour lui enseigner à lire, à écrire et à compter? Les classes Seraient peu fréquentées si on lui donnait le choix entrfr la récréation et l’étude.

La JOIE ET LE PLAISIR SONT L’ASSAISONNEMENT DE L’EXERCICE MAIS

non pas le but. — Une méthode d’éducation ne peut être basée sur la recherche du plaisir seul, c’est la une mauvaise plaisanterie de ceux qui préfèrent le succès momentané au bien des élèves.

La joie et le plaisir sont l’assaisonnement de l’exercice, celui-ci doit être substantiel et attrayant tout à la fois ; c’est à l’éducateur d’y pourvoir.

Subtilité de la distinction des exercices naturels et des exercices artificiels. — On divise souvent les moyens d’éducation en artificiels et naturels. Ce qui est naturel et instinctif est bon, ce qui est artificiel est mauvais, et l’on condamne ainsi d’excellentes méthodes à priori.

Il est facile de répondre à ce sophisme. Le vêtement, l’habitation, les villes, les arts, les sciences ne sont-ils pas le produit du travail ? Est-il naturel de canoter, d’aller en vélocipède ou de jouer au cricket?

Si Ton supprimait les productions de l’industrie, il ne nous resterait pas grand’chose, ce sont des produits artificiels de l’art humain, mais tout de même des bienfaits. La nature est un chaos de choses bonnes et mauvaises, c’est à nous de choisir ce qui nous convient ; s’il y a des plantes alimentaires, il y a aussi des plantes vénéneuses ; il y a les climats cléments, mais aussi les contrées dévastées et impropres à la vie.

L’enfant, aussitôt né, nécessite des soins de toutes sortes sans lesquels il mourrait infailliblement. L’instinct naturel de l’homme, c’est souvent la paresse et l’égoïsme ; l’éducation lui ineulque la notion du bien et du mal et cherche, à le rendre meilleur. Ne comptons pas sur le besoin naturel pour entraîner chacun vers l’exercice salutaire : nous nous tromperions fort. L’instinct s’émousse vite avec l’inaction ; ceux qui en auraient le plus besoin, les bureaucrates, sont justement ceux qui s’en passent le plus volontiers.

L’homme a l’état de nature n’est pas aussi parfait qu’on le D j T . A l’état de nature, les hommes sont beaux et vigoureux; c’est là une erreur fort répandue. On ne dit rien des malheureux abandonnés, rongés par des maladies terribles, on cite seulement ceux qui ont résisté, les forts, ceux qui s’exercent; les faibles ont disparu par le fait de la sélection naturelle.

Dans ces conditions, nous trouvons également parmi les gymnastes des types ne le. cédant en rien à des sauvages, au point de vue du développement et de la vigueur.

Chacun ne trouve pas instinctivement la meilleure manièred’utiliser ses forces. Il y en a dë naturellement adroits et audacieux,, mais, que de lourdauds et de timides !

Le campagnard à son arrivée sous les drapeaux ne sait ni marcher ni courir ni sauter ; il n’a pas idée du rythme ni de l’économie de la force dans les exercices militaires qu’on lui enseigne.

La valeur de la méthode se. mesure a ses résultats. — L’éducation seule peut donner à l’homme les qualités physiques qui lui manquent, et nous devons mesurer la valeur d’une méthode non pas à son degré plus ou moins grand de naturel, mais bien: à la somme de bénéfices réels obtenus. Il n’y a pas d’état de nature, il y a des lois naturelles. Ces lois agissent aussi.biea dans un salon que dans une forêt vierge, il faut les utiliser à notre profit sans autres préjugés.

Un acrobate se suspend par la mâchoire, marche sur ïesmains, écrit avec le pied ; voilà une éducation artificielle inutile- Mais j’apprends à manier les armes et les outils, à me sauver d’un danger en grimpant à la force des bras, en franchissant un mur, à me mouvoir dans l’eau en nageant, en canotant, à metransporter à cheval, à vélocipède : voilà une éducation artifificielle à recommander.

Il NE FAUT PAS CONFONDRE LES MOYENS AVEC LE BUT. — La distinction entre l’exercice naturel et l’exercice artificiel est une subtilité ; laissons cela pour envisager seulement le but à atteindre : augmenter la capacité de chacun en travail, apprendre à utiliser au mieux le capital d’énergie une fois acquis, et à le conserver intact pour son bénéfice et celui des autres. Peu importent

ROLE SOCLAL DE L’ÉDUCATION

les moyens employés s’ils sont efficaces, mais leur influence doit être connue; il faut éviter de perdre de vue le but final, de confondre les moyens avec ce but et de se noyer dans les détails des systèmes et des méthodes spéciales. f

Il faut une direction sûre et agir consciemment. Cela ne peut avoir lieu sans le secours de la méthode scientifique.

On ne trouve pas chez le spécialiste une direction suffisante. — Si l’on écoutait les spécialistes, la question se compliquerait singulièrement. Chaque spécialité sportive a ses préjugés, ses erreurs, son mode d’enseignement ; il semblerait nécessaire, pour se perfectionner physiquement, de passer par toutes ces écoles disparates, et je me demande quelle idée nette on en emporterait. Heureusement les lois naturelles sont simples, elles s’appliquent à toutes les spécialités, et tout devient clair si l’on sort de ces cercles étroits pour n’envisagér que les effets à produire sur le corps, en vue de l’améliorer.

11 y a une foule de moyens de se perfectionner; ils semblent différents à l’examen superficiel, à la forme extérieure, mais, si l’on approfondit les faits, on retrouve les mêmes éléments, les mêmes causes agissantes. Ce sont toujours des efforts musculaires, de la dépense de travail, un accroissement des échanges nutritifs, un développement des organes locomoteurs, une adaptation des fonctions au surcroît de travail imposé, un affinement de la coordination des mouvements et, finalement, une économie et un rendement plus parfaits.

Ces éléments sont tangibles, mesurables; la valeur d’un exercice ou d’une méthode doit être appréciée et jugée ainsi en dehors du sentiment. Notre entendement est borné : de là les préjugés et les erreurs, de là la divergence des opinions. Ajoutons à cela les considérations d’intérêt et les mesquines disputes d’école, et nous arrivons à l’anarchie complète.

Une doctrine doit être assise sur l’expérimentation et la méthode scientifique. — Pour sortir de cet état, il n’y a pas deux moyens ; il faut interroger les faits, amasser des documents, les coordonner et en dégager les lois. La doctrine de l’éducation physique doit reposer sur les résultats des sciences mécanique, physique, chimique et biologique. Elle devient alors.

22 LES BASES SCIENTIFIQUES BE l’ÉDUCATION PHYSIQUE

sinon une science, du moins une application de la science à l’éducation. -

Mais ce n’est pas dans la science seule que réside le progrès. — La science pure se borne à connaître les lois qui relient les phénomènes entre eux. La science entasse documents sur documents, se divise en une infinité de branches spéciales ; sa limite est le pourquoi des choses. Elle jette quelquefois le doute et la confusion dans notre esprit sans diminuer nos misères. Tout cela ne nous rend ni meilleur ni plus heureux. La science a détruit bien des croyances qui formaient une barrière à nos égarements, elle doit les remplacer par des règles aussi sévères et plus positives. L’humanité a dégagé son capital de foi placé dans les superstitions ; elle doit le retrouver et en faire emploi dans la religion du progrès.

Il faut des points fixes dans la vie ; c’est vers la lumière que nous devons marcher. Ce n’est pas tout de savoir : les forces de la nature une fois conquises, ont peut les diriger contre nous.

La notion de bien est étrangère a la science. — Il faut une direction morale et une direction hygiénique. La notion de bien est étrangère à la science ; c’est une notion supérieure, la base de l’éducation et du progrès. Ceux qui sont habiles à découvrir les lois de la nature sont quelquefois incapables de les appliquer à propos dans un but utile et, la plupart du temps, ne s’en soucientpoint. Le sàvant n’est pas toujours doublé d’un philosophe et d’un homme de bien, il n’a pas la préoccupation des choses sociales ; aussi, malgré tant de résultats acquis par le travail des savants, la synthèse tarde à se produire, les progrès de l’éducation sont extrêmement lents.

C’est une grande négligence de laisser les générations s’étioler dans de mauvaises conditions d’hygiène, de les épuiser par un surmenage constant et de compter réparer ces maux par les procédés de la médecine. On veut dissiper tout d’un coup, comme par miracle, les modifications profondes résultant d’actions malsaines accumulées lentement pendant de longues périodes. Agir ainsi, c’est peut-être une satisfaction donnée à notre besoin de merveilleux, à notre paresse, à notre imprévoyance, mais c’est une erreur que nous paierons cher et dont on ne prévoit pas encore les conséquences sociales.

ROLE SOGIAL DE L’ÉDUCATION

Le progrès humain n’est pas le progrès industriel. —Le progrès réel consiste à accumuler lés causes de perfectionnement et de bonheur ; il ne faut pas le confondre avec le progrès industriel; ce dernier crée, au contraire, des causes de dégénérescence sans nombre.

Les poisons de l’humanité servent à des commerçants peu scrupuleux pour se procurer des ressources financières, et l’Etat se fait complice de cette tendance en établissant l’impôt sur le tabac, l’àieool et le jeu. L’élite de la jeunesse recrutée dans les épreuves les plus difficiles trouve, à la sortie des écoles, son emploi dans la production de ces poisons et dans l’art de la destruction.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les résultats salutaires soient négatifs, et des esprits ténébreux y voient une banqueroute de la science.

Mauvaise directiondu savoir humain.— Nous l’avons constaté, la science est une arme à deux tranchants. Elle peut être dirigée vers lê bien ou vers le mal. Voilà pourquoi on doute encore de l’utilité de son intervention dans les méthodes, d’éducation. Les partisans de la méthode la plus rigoureuse en éducation intellectuelle se refusent à admettre la nécessité de la méthode en éducation physique.

Fausse science et sophistes. — Cette confusion regrettable vient d’une fausse science, science de mots qui, sous un pédantisme de mauvais goût, cache l’ignorance et jette le trouble dans les esprits. Certains auteurs ont la spécialité d’obscurcir les sujets qu’ils traitent et de tourmenter le lecteur par des contradictions et des sophismes. Après un étalage confus: de connaissances scientifiques, une série interminable de citations-et d’opinions contradictoires, fi ne rêste acu® profit, aucun enseignement,, aucun ordre dans la pensée . On concluerait facilemen t de ces œuvres de charlatans qu’il n’y a pas de lois dans 1® nature pour régler le perfectionnement humain. A. ces sophismes nous préférons l’empirisme : rien n’est dangereux comme une fausse science.

Le praticien dope être aidé, par l’homme de science. — Ce ne sont pourtant pas les athlètes qui feront avancer la doctrine de

l’éducation physique ; la puissance d’abstraction du penseur est nécessaire pour dégager des petits détails les vérités générales et trouver le fil d’Ariane à travers le labyrinthe des erreurs et préjugés enfantés par la vanité et l’esprit métaphysique.

Le praticien le plus modeste est intéressant s’il apporte un fait nouveau et le résultat de son expérience; il crut, en se rapprochant du savant, apprendre de lui la raison des choses et la cause de ses insuccès ; mais il trouva souvent un penseur n’ayant pas été rompu à la pratique, disposé par suite à raisonner à priori au lieu de puiser dans les résultats expérimentaux. Il fut profondément désillusionné de ne pas obtenir du savant la direction désirée. Le praticien accusa la science d’impuissance au lieu de s’enprendre aux connaissances insuffisantes du théoricien. Cela est très regrettable, une méfiance réciproque les a séparés quelque temps.

Cependant théorie et pratique ne sont que des mots ; la seience expérimentale, la connaissance des faits sera toujours d’accord avec la pratique et sera son flambeau.

Sans elle, le praticien piétine sur place, il est incapable de sortir de l’ornière créée par les erreurs de ses devanciers. C’est de la communion intime du praticien et du savant que doit naître le progrès. Les raisons de sentiment du premier et les vues théoriques du second sont stériles et éternisent les divisions néfastes.

La vérité triomphera des discussions personnelles. -—La vérité serait acceptée sans discussion s’il n’existait encore aucune habitude prise, aucune tradition suivie ; mais les méthodes empiriques ont précédé la physiologie ; celle-ci appelée à les contrôler se trouve devant des préjugés enracinés ou des erreurs fondamentales. Elle en triomphera sans aucun doute, mais il faudra du temps. On ne peut éviter des combats souvent étrangers à la méthode scientifique, combats écœurants pour ceux qui ont souci du progrès et veulent à tout prix éviter les discussions personnelles, les luttes stériles et les pertes de temps.

La direction de l’éducation doit être entre les mains d’ingénieurs biologiques. — Finalement, savant pur, mécanicien, phy-

ROLE SOdAL DE L’ÉDUCATION 25

sieien, chimiste, biologiste, médecin même, aucun n’est préparé par ses études spéciales à la fonction d’éducateur. Il est obligé de faire son apprentissage, de devenir ingénieur biologique assimilable au zootechnicien, de réunir les connaissances du savant et du praticien pour les adapter à l’amélioration de l’homme.

À. Comte avait déjà prévu cet art nouveau, l’Anthropotechnie. Basé sur les sciences, assez important et assez vaste pour avoir une existence indépendante, cet art doit être l’objet d’une fonction sociale, être représenté par une classe spéciale de savants constituant par le but de leur travaux Y Alliance des vivants contre la mort.

Matière de l’éducation physique. — En résumé, l’éducation physique doit faire partie intégrante de l’éducation générale, elle ne doit pas être une éducation professionnelle spéciale, mais aboutir au perfectionnement physique et non à la virtuosité. La méthode la plus parfaite doit employer des moyens appropriés au but final; simples et efficaces, adaptés à notre* état social, aux conditions de la vie moderne, ces moyens seront en outre applicables à la masse, aux faibles', et présentés sous une forme attrayante convenable à l’enfance et à la jeunesse^ L’éducation physique a pour but le perfectionnement de l’homme : elle consiste dans l’éducation des fonctions de la vie. C’est l’art de conserver l’intégrité de ses fonctions et de les améliorer. Elle a pour effet d’empêcher leur dégénérescence et leur déviation, de porter leur puissance à leur maximum en contribuant à l’harmonie de l’organisme pour le bien de l’individu et de la race, finalement pour le bien de la patrie et de l’humanité.

La méthode d’éducation comprend l’ensemble -des moyens propres à obtenir, le plus rapidement et le plus sûrement possible, les résultats utiles et nécessaires au perfectionnement physique que nous allons définir.

La méthode d’éducation est le résultat d’un classement et d’une sélection des moyens ayant un effet connu sur le corps ; ce n’est pas une réunion quelconque, une juxtaposition artificielle d’exercices variés, sans autre liaison que celle du caprice.

Il faut la distinguer de l’éducation athlétique. Cette dernière

26 T,ES BASES SCIENTIFIQUES DE l’ÉDUCATION PHYSIQUE

s’adresse seulement à quelques sujets et se propose la culture excessive de certains dons ou qualités physiques innés, afin d’obtenir des résultats extraordinaires dans une spécialité sportive ou gymnastique, ce qui peut être en désaccord avec le perfectionnement de l’individu.

Une bonne éducation physique ne doit rien forcer, ne doit pas contrarier la nature ni rechercher autre chose qu’un équilibre salutaire entre les fonctions de l’organisme.

Le rôle de l’éducation est à considérer par rapport à l’économie entière, c’est-à-dire au point de vue de l’harmonie générale des fonctions et par rapport à chaque organe ou système organique en particulier.

Chaque organe a son rôle dans l’être humain, il faut que sa fonction s’accomplisse normalement il faut aussi que cette fonction n’empiète pas sur l’activité des autres organes. Ce qui amènerait leur dégénérescence.

En réglant le mode et la quantité d’activité des fonctions par l’habitude, on peut obtenir un régime durable, c’est-à-dire l’équilibre fonctionnel et le rendement maximum d’activité ou de travail avec le minimum de déchet ou de fatigue.

Les organes s’améliorent en fonctionnant ainsi, ils s’accommodent au travail demandé, cette activité devient chose normale, les fonctions réagissent réciproquement l’une sur l’autre et se pondèrent l’une par l’autre.

On comprend l’utilité de l’éducation pour provoquer et ordonner ces réactions au lieu d’attendre l’effet des circonstances et laisser les choses s’équilibrer d’elles-mêmes.

Éducations fausses, déviation des fonctions de leur véritable fin. — On fait souvent pis encore, on prend de mauvaises habitudes : il y a des éducations fausses amenant la déviation des fonctions dé leur véritable fin. C’est là une cause fréquente de dégénérescence, et chaque organe est susceptible de déchéance par déviation de sa fonction.

Dans 1 état normal, les fonctions s’accomplissent avec une certaine sensation déplaisir qui nous incite à les satisfaire. A l’état de nature, l’animal hérite de ses ancêtres d’un tact particulier, de l’instinct, guide peut-être inconscient mais guide sûr vers ce qui lui est bon et favorable.

ROLE SOCIAL DE L’ÉDUCATION

L’instinct naturel non perverti est un guide plus sur que la raison. — Ces impulsions irréfléchies sont le résultat d’une sensibilité intime de nos organes ; elles sont une succession d’échos réflexes remplaçant avantageusement le raisonnement. Elles sont la conséquence des impulsions accumulées durant des générations et, par conséquent, le fruit certain de l’expérience. L’imagination n’a aucune prise sur elles, èt l’erreur est moins à redouter.

L’animal va de lui-même vers la chaleur, vers la lumière ; il recherche l’air pur, une nourriture saine et l’accouplement avec des êtres vigoureux.

Il évite ce qui lui cause une souffrance, nuit à sa santé ou à. son développement.

Dans l’être civilisé l’instinct est perverti, il n’est plus un guide, il est remplacé par des préjugés, par des aberrations du sens commun, par des passions nuisibles et indéracinables.

Les instinctifs purs, c’est-à-dire ceux qui se dirigent encore avec l’instinct naturel, aussi sûr que le jugement sain, sont devenus rares.

La majorité est inconsciente, elle subit les efifets.de bonnes ou de mauvaises causes sans les rechercher ou sans les éviter ; elle progresse ou dégénère, ballottée par les circonstances favorables ou nuisibles,-incapable de sortir de cette ornière. Ce sont les moutons de Panurge, la proie des exploiteurs et des charlatans.

La sagesse consciente doit remplacer l’instinct disparu. — Ceux qui ont conservé l’instinct naturel suffisamment pour se diriger dans les grands centres habités forment la plus infime minorité. Ceux qui ont remplacé cet instinct par l’état conscient sont encore plus rares. C’est un état supérieur, ou la raison domine et dicte la marche à suivre, où la volonté exécute les ordres de la raison.

Cette sagesse peut avoir pour objet la direction morale, mais elle embrasse aussi la direction des forces physiques, et l’on peut ainsi concevoir une sorte de sagesse inhérente aux fonctions de la vie et devenant la sauvegarde de l’individu dans les milieux malsains qu’il est exposé à traverser.

Le plaisir ne doit pas être séparé de la satisfaction des besoins naturels. — La satisfaction des besoins naturels est aecon*-

pagnée d’un certain plaisir qui contribue à en assurer l’accomplissement. C’est là tout profit pour l’individu. Mais le plaisir ne doit pas être séparé de l’accomplissement normal de la fonction ; il ne faut pas, la satisfaction une fois donnée au besoin naturel, chercher à renouveler le plaisir pour avoir de nouvelles jouissances: il est mauvais de créer des besoins artificiels remplaçant les vrais besoins de l’organisme.

Déviations des fonctions et habitudes factices. — Par des excitations de toutes sortes, on peut prolonger le plaisir et fatiguer les organes qui devraient se reposer. C’est en cela que consiste la déviation des fonctions. Cette déviation est, en réalité, une perversion des sens et devient un vice.

Par exemple le repos est nécessaire après le travail, mais l’excès de repos, l’oisiveté, est incompatible avec le perfectionnement de nous-mêmes.

Il est nécessaire d’assouvir notre faim et notre soif, mais la gourmandise nous fait absorber des aliments en excès et aboutit à des troubles de la nutrition, à des maladies de richesse.

Les épices et les condiments de haut goût dont nous assaisonnons nos mets excitent notre appétit d’une manière tout à fait factice; les boissons fermentées et alcoolisées nous donnent des sensations que l’on aime à renouveler constamment sans soif.

Fumer et boire deviennent des besoins impérieux. On s’habitue à dormir le jour et à veiller la nuit; la fréquentation des théâtres, des cafés, lieux où l’atmosphère est vicié, nous fait perdre le goût de l’air pur.

On s’habitue à la malpropreté et l’on perd le dégoût, la répulsion naturelle qu’elle nous inspire. On vit dans des bureaux surchauffés l’hiver ; on fait abus de boissons trop chaudes ou trop froides. On se couvre de vêtements trop épais, on se parfume d’essences concentrées, on cherche dans l'amour le plaisir de la luxure. On fatigue l’œil avec l’éclairage trop intense, l’oreille avec des bruits continus. Toutes ces déviations des fonctions devenues de véritables besoins nous rendent esclaves et nous font la proie des charlatans qui les exploitent.

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