‹ Les basfonds de la societéChapitre 3 sur 37 · I.A GARDE · texte numérisé non relu

I.A GARDE

Ça, je l’crois.

LA VOISINE

Et m’sieu Vassal, comment qui va? Y l’est par mort?

LA GARDE

J’en sais rien, j’y ai pas demandé ; j’arrive. — J’ vous oflf’ pas d’entrer dans sa chambre, c’est une infection.

LA VOISINE

Eune aut’fois.

LA GARDE

Tout c’que j’peux vous dire, c’est qu’hier, quand j’ai parti, y battait la campagne.

LA VOISINE

Voyez-vous ça !

LA GARDE

Mais y aurait pus personne, ça m’étonnerait pas. {Pritant Poreille à la porte.) J’entends rien... P’têt’ qui s’aura assoupi.

UN AGONISANT

LA VOISINE

Pauv’ cher homme 1

LA GARDE

Déjà pas si pauvre, à c’qu’on dit.

LA VOISINE

Dans les temps, oui : on dit qu’il a été à son aise ; j’vous dirais pas, j’ai jamais compté avec.

LA GARDE

Ça n’empêche qu’il en a pas pour longtemps à m’faire damner.

LA VOISINE

Vous croyez?

LA GARDE

J’en suis sûre, d’autant qu’y a pus d’huile dans la lampe, comme on dit... et mauvais qu’il est...

LA VOISINE

M’sieu Vassal !... Il l’était pas, il l’est donc devenu ?

LA GARDE

Jamais d’ma vie ni d’mes jours j’ai vu de malade si mauvais .. un âne rouge !

LA VOISINE

Faut croire qu’c’est la maladie !

Au point qu’si j’étais certaine qu’y aye rien à m’revenir, j’te l’planterais là et toute la boutique, mais pus vite que ça, tant j’en ai trente-six pieds par-dessus la tête.

LA VOISINE

Pas l’embarras, vous vous foulez pas core trop la rate après lui; vous y êtes pas souvent.

UN AGONISANT

LA GARDE

Trop souvent encore, pour l’argent qui m’ donne.

LA VOISINE

Si y peut pas davantage, c’t’homme.

LA GARDE

Si y peut pas, qui mett’ l’amour-propre de côté, qui s’en aille à l’hospice, c’est pas défendu ; j’y suis ben été, pourquoi qu’il irait pas? Ça y coûtera encore meilleur marché, et y dérangera pas le monde. — Mais il a donc pas d’parents, pas d’amis, c’vieux mérinos-là, qu’personne vient l’voir, qu’on l’iaisse là, tout seul, dans son vieux coin, comme un vieux chien ? Pas d’famille, pus rien ?

LA VOISINE

On n’y en connaît pas !

LA GARDE

Y a qu’la dame du premier, qui, des fois, y envoie.

LA VOISINE

Mam’Dorais ?

LA GARDE

Oui, hormis elle, pas n’un chat.

LA VOISINE

On dit dans la maison... j’vous l’donne, au reste, comme on m’I’a donné...

LA GARDE

Dites toujours.

LA VOISINE

On dit qu’a li doit ben ça.

LA GARDE

Quoi donc qui y est? C’est pas son père.

UN AGONISANT

LA VOISINE

Au contraire, ça serait plutôt son papa, à elle, qui dans les temps y aurait tout pris, au vieux Vassal.... un brigand fini, son père, à la petite mam’Dorais... . m’sieu Velu, qu’on l’appelait, qu’est mort d’une fausse indigestion... JTai pas pleuré, ç’ui-là.

LA GARDE

Vous avez ben fait.

LA VOISINE

Y" en a, voyez-vous, d’ces gens qui roulent carosse, qui seraient ben mieux n’aux galères qu’où y sont, si l’bon Dieu était j usse, à commencer par son gendre, son mari à mam’- Dorais, not’ propriétaire...

LA GARDE

Fectivement, je m’suis laissé dire.

LA VOISINE

Qui valait pas les quat’ fers d’un chien? C’est vrai! Y z’ont fait tous les commerces, le beau-père et le gendre ; on leur z’y aurait demandé, pour de l’argent, ben entendu, leur femme, leur fille, ils auraient tout cédé.... Et ça prospère, des filoux pareils ! ça vous éclabousse !

LA GARDE

Ça a toujours été, ça sera encore, ça sera toujours.

LA VOISINE

Et ça nous r’augmente.

LA GARDE

Et ça nous r’augment’ra encore, comptez-y.

LA VOISINE

T’nez, j’m’en vas, parc’que, voyez-vous, quand j’viens à entamer c’chapitre-là, j 'voudrais t’être homme, pour manger l’nez à tout c’monde-là ; j’aurais du plaisir à leur y crever les yeux, à les massacrer !

UN AGONISANT

Et moi donc !

LA GARDE

LA VOISINE

A les voir souffrir à leur tour.

LA GARDE

Mais c’est de ces choses que, comme femme, on peut pas s’permettre.

LA VOISINE

On se l’est pourtant permis.

LA GARDE

C’était l’bon temps.

LA VOISINE

Mais à présent, voyez-vous, homme et femme, on est trop lâche.

Et tout ça. . . les prêtres !

LA VOISINE

Les prêtres aussi. — Dites donc, je m’en vas. 'la garde.

Déjà?

LA voisine.

Oui, j’viendrai putôt à c’soir, si j’ai le temps. la garde.

C’soir, y aura pus personne, jTespère.

LA VOISINE

N’oubliez toujours pas d’me prévenir dès qu’vot’ médecin viendra.

la garde.

J’yous l’promets ; du moment qui viendra, j’monte vons l’dire.

Manquez pas.

LA VOISINE

UN AGONISANT

LA GARDE

Aie pas peur.

LA VOISINE

Merci.

LA GARDE

N’a revoir.

LA VOISINE

Au plaisir.

la garde, seule.

Faut pourtant que j’m’occupe un peu d’mon déjeuner... Dieu ! qu’j’ai faim ! qu’j’ai donc faim 1 J’ai jamais évu si faim ! ( On entend tousser.) Bon 1 ça sera pas encore pour aujourd’hui.

LE MALADE, appelant de la pièce voisine.

Madame Bergeret !

LA GARDE

Oui!

LE MALADE

Madame Bergeret !

LA GARDE

Tout à l’heure !

Êtes-vous là !

LA GARDE

Je m’tue d’vous l’dire.

LE MALADE

Pouvez- vous venir?

LA GARDE

Oui !!! (A part.) Vieux pourri !

UN AGONISANT

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