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CHAPITRE IV

SAINT LUC ET DAPHNI. l'aRCHITECTURE

I. Types de transition. — Il ne reste plus que le souvenir de la (( Nouvelle Eglise basilique )) construite par Basile le Macédonien (867-886) dans l'enceinte du Grand Palais à Gonstantinople ; par la richesse de son ornementation elle semble avoir été un des monuments les plus remarquables de la renaissance qui suivit la querelle des images. Il existe encore en revanche quelques églises élevées dans les provinces. Un premier groupe se rattache au type de la basilique voûtée en berceau et couverte d'une coupole à la croisée du transept. Telles sont l'église de Skripù (Orchomène) en Béotie, achevée d'après une inscription en 874. celle de la Dormition de la Vierge à Nicée que Ton a datée du xi" siècle, et enfin le « catholicon )) de Lavra, la Laiire fondée en 968 par saint Athanase et qui devint le type des communautés du Mont-Athos. L'église de Lavra fut bâtie vers ioo4 (i"* ; elle a des proportions massives, une coupole très ample ; un détail qui devait distinguer les églises de l'Athos et qui est emprunté aux églises monastiques d'Egyte est la terminaison des deux bras du transept par deux absides circulaires ; en outre un porche spacieux, dont les arcades sont soutenues par

(1) Millet, Bulletin de correspond, hellén., igoS, p. 72 et suiv.

huit colonnes, précède l'entrée et rappelle l'atrium des anciennes basiliques. La coupole unique qui couvre ses églises repose toujours sur quatre piliers massifs par l'intermédiaire de quatre arcades, entre lesquelles se développent les triangles sphériques appelés pendentifs. Leur extérieur est dépourvu d'ornement; l'appareil est peu soigné. 'L'église de la Dormition, à Nicée, est entièrement bâtie en briques ; sa coupole s'élève sur un tambour polygonal au-dessus duquel apparaît à l'extérieur le plan carré de l'édifice. A Gonstantinople l'église de la ïlieotokos construite au x" siècle, offre à peu près le même plan ; cependant quatre petites coupoles entourent la coupole centrale aux quatre coins des galeries latérales et elle est remarquable par l'ornementation de sa façade formée de larges baies soutenues par des colonnes, et surmontée de trois coupoles élevées sur de gracieux tambours ; l'appareil est interrompu par des chaînages de briques.

2. — Saint-Luc en Pkocide. C'est dans l'ancienne Grèce, (thèmes de Hellade et du Péloponèse) que l'on trouve le nouveau type d'église qui va caractériser désormais l'architecture byzantine, l'église en forme de croix grecque inscrite dans un carré et surmontée souvent de cinq coupoles. Au milieu d'un paysage enchanteur des montagnes de Phocide, s'élève encore aujourd'hui le monastère fondé au x' siècle par saint Luc. D'après les recherches de M. Diehl il ne reste de l'église primitive qu'un petit oratoire : l'église actuelle a été élevée dans la première moitié du xi® siècle. A l'extérieur elle offre une ornementation sobre, mais soignée : son unique coupole est portée par un tambour à seize pans ; les nefs sont recouvertes d'une terrasse carrée, mais les voûtes qui correspondent aux grands arcs sont exhaussées de manière à dessiner les quatre bras d'une croix autour de la coupole. L'appareil est fait d'une alternance de briques et de moellons ; sur

toute la longueur de la façade méridionale, un cordon de briques indique la séparation en deux étages et de belles fenêtres géminées ou trilobées interrompent la monotonie de l'appareil; les corniclies, les frises, les colonnes des fenêtres sont en marbre blanc, en granit ou en porphyre. L'entrée est formée par deux nartbex, celui de l'extérieur ajouté après coup, et le narthex intérieur éclairé par deux fenêtres géminées. L'église a la forme d'un rectangle de 17'" 3o de long sur 16"^ 20 de large. Une coupole de 8'" 10 de diamètre s'élève au-dessus de quatre grands arcs : les deux arcs du nord et du sud s'appuient directement sur quatre maître-piliers placés aux quatre angles ; ceux de l'est et de l'ouest sont portés sur quatre piliers supplémentaires placés par couples, et Fintervalle entre ces piliers et les maître piliers est occupé par quatre trompes d'angle, ou niches qui rachètent la différence entre le carré et le tambour octogonal ; c'est l'ancien procédé oriental employé dès le iv^ siècle en Egypte et qui se substitue désormais dans l'architecture byzantine aux pendentifs. Aux cjuatre grands arc s'appuient les quatre lunettes voûtées en arête qui contrebutent la poussée de la coupole et dessinent une croix grecque à l'extérieur. Des nefs latérales très étroites sont séparées de la nef principale par les piliers et par des arcades trilobées ; au-dessus de ces nefs et du transept se trouve le gynécée bordé par une simple balustrade. Trois absides terminent à l'est chacune des nefs : les deux absides latérales voûtées en arête ne font aucune saillie à l'extérieur ; la grande abside a au contraire une forme polygonale au dehors, ronde au dedans ; elle est éclairée par deux étages de fenêtres géminées et bordée de quatre gradins de pierre c|ui formaient les sièges réservés au clergé. Toutes les poussées qui résultent de cette combinaison de voûte sont soutenues en réalité par les murs extérieurs qui ont i"* 20 d'épaisseurs, et se sont renforcés par des pilas*

très aux endroits où les arcades les rencontrent ; ce sont de vrais contreforts analogues à ceux de nos églises romanes.

3. Daphni. — L'église du monastère de Daphni près d'Athènes est Vm peu postérieure à celle de Saint-Luc : elle est bâtie sur le même plan avec quelques modifications locales. La coupole qui couvre le carré sur lequel s'ouvrent les trois absides est posée sur quatre grands arcs et sur quatre trompes d'angle en forme de niches sphériques : la transition entre cet octogone ainsi déterminé et le cercle, se fait par huit petits pendentifs. La nef est bordée de bas-côtés, mais l'absence de tribunes modifie le caractère de l'église et lui donne plus de légèreté ; les voûtes d'arête des collatéraux s'ouvrent sur la grande nef entre de minces piliers et dessinent sur chaque paroi une élégante arcade à trois lobes. L'église est précédée d'un narthex au-dessous duquel se trouve une crypte voûtée en berceau.

4. La Nea Moni de Chio. — La Nea Moni (Monastère neuf) fut bâtie entre io42 et io56 l'ordre de Constantin Monomaque par des architectes venus de Constantinople. Elle appartient à la même école que Daphni et Saint-Luc ; la coupole de 7"" 80 dont la largeur égalait celle des trois absides, s'est écroulée ; elle était supportée par des trompes ; il n'y avait qu'une seule nef. L'intérêt de cette église est de montrer l'unité du courant artistique qui relie Saint-Luc et Daphni à Constantinople ; le plan à croix grecque est définitivement adopté, mais à partir du xii® siècle la plupart des églises seront surmontées de cinq coupoles.

Bibliographie. — Sur Skripû (Béotie) voy. l'art de Strzygowski (Byzant. Zeit. t. III) — Sur Lavra Millet. Bulletin de Correspond, hellen, igoB., — O. Wuljf. Die KoimesisKirche in Niciia, Strasbourg, igoS. — Diehl. l'Eglise et les mosaïques de Saint-Luc en Phocide, Paris, 1889. — Millet. Le Monastère de Daphni, Paris, 1889. — Strzygowski. La Nea Moni de Chio (Byzant. Zeit., t. V)

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