‹ Les basiliques chrétiennesChapitre 18 sur 41 · CHAPITRE VII/J · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII/J

. LÉSJ3GLISES DH.-SStty' SlÈClyti. ARCHITECTURE

1. Constantinople. — En i2o4, d'après Villehardouin, Constantinople avait autant d'habitants que Paris ; deux cents ans plus tard le portugais Clavijo la représente comme dépeuplée ; des quartiers entiers étaient transformés en jardins ; il restait encore cependant trois cents églises, tant grandes que petites, mais les embarras dans lesquelles se trouvait le trésor impérial, avait arrêté les constructions nouvelles et même les réparations urgentes. Le témoignage de Bertrandon de la Brocquière, qui visita Constantinople en i433, confirme celui de Clavijo ; à la veille de la conquête turque, la « Ville gardée de Dieu )) avait cessé d'être la capitale artistique et intellectuelle.

2. Mont-Athos. — C'est à cette époque en revanche que les communautés monastiques du Mont Athos prennent leur plus grand développement. Des églises s'élèvent autour de la « Sainte Montagne » dont la république monastique a déjà acquis cette autonomie si curieuse, qu'elle a conservée jusqu'à nos jours sous la domination turque. Les églises du Mont-Athos ont le plan des églises à croix grecque ; leur coupole est portée par quatre pendentifs et contrebutée par quatre berceaux. Toutes ont comme celle de la Laure un transept terminé par deux absides en hémicycle où sont placées les stalles des moines. Les unes, comme celles d'Iviron, de Vatopédi, ont un double narthex

précédé d'un porche, flanqué de deux chapelles et surmonté d'une tribune qui prend jour sur l'église ; différentes pièces, oratoires, bibliothèques, cellules sont rangées tout autour. D'autres ont après leur nathex extérieur un deuxième narthex très ample, partagé en deux travées dans l'axe transversal par deux colonnes et éclairé par deux coupoles : c'est lace liti», ainsi appelée des supplications qui y avaient lieu chaque samedi. On la trouve en 1298 au couvent serbe deChilandari et en ï45i au vieux Rossicon. Malgré ces modifications on peut dire que ce fut au Mont Athos que se conserva intacte la tradition architecturale de l'art byzantin.

3. Mistra. — Cette tradition paraît déjà s'altérer dans les églises de la ville si curieusement conservée de Mistra. Bâtie sur un des contreforts du ïaygè te à l'entrée de la vallée de l'Eurotas, Mistra fut construite par les Villehardouin, princes d'Achaïe pour remplacer la Sparte byzantine; plus tard lorsque la domination impériale fut rétablie en Grèce, elle devint sous les despotes de Morée la ville la plus importante du Pélonèse ; elle fut détruite en 1070 par les Maïnotes. Ses ruines pittoresques se voient encore aujourd'ui sur un contrefort montagneux qui domine une fraîche vallée. Ses églises, dont la construction s'échelonne du xii® au xv® siècle, peuvent se diviser en deux groupes. Les unes restent à peu près fidèles au type de la croix grecque avec coupole centrale. Telle est celle de Saint-Théodore du Brontocheion (fin du xin® siècle) avec sa coupole sur trompes et son abside décorée à l'extérieur de rangées de briques en dents de scie qui séparent deux assises de pierre. Telle est aussi l'église du monastère de la Peribleptos (fin du xiv® siècle) construite en pierres de petit appareil dont chaque joint vertical et horizontal est accusé par une assise de briques ; la brique posée en dents de scie est d'ailleurs employée pour les archivoltes.

les appuis des baies, les corniches des murs, les cadres des sculptures ; le plan n'est plus tout a fait celui de la croix grecque, puisque la nef principale à une forme allongée ; la coupole centrale est soutenue par un tambour octogonal formé d'archivoltes élégantes qui pénétrent dans la coupole ; l'église est flanquée d'un clocher étroit ; ses absidioles appuyées sur des pignons, la saillie quadrangulaire qui entoure la coupole lui donnent à l'extérieur l'aspect d'une église auvergnate (i).

Les autres églises de Mistra, la Métropole dédiée à saint Démétrius construite en i3o2, la Panagia du Brontocheion de la même époque, la Pantanassa (début du xv® siècle) s'éloignent encore davantage du plan byzantin. La Métropole, d'abord basilique destinée à supporter une charpente, fut voûtée et recouverte d'une coupole. La Panagia montre l'association de la coupole au plan basilical ; les trois nefs sont terminées par trois absides et séparées par des colonnes, qui prolongées de deux en deux au-dessus des tribunes par des piles quadrangulaires, supportent des coupoles. Sa coupole centrale a disparu ; ses murs et son iconostase étaient revêtus de marbres multicolores ; à l'extérieur la brique formait comme dans les églises précédentes le principal élément de la décoration. Enfm, la Pantanassa bâtie en dehors de l'enceinte franque est flanquée au nord d'un clocher surmonté d'une flèche qui lui donne l'aspect d'une construction française ; à l'intérieur elle comprenait trois nefs qui aboutissaient à un espace carré surmonté d'une coupole centrale et de quatre coupoles secondaires.

4. Trébizonde. — Depuis le xiii^ siècle Trébizonde devint sous la dynastie des Gomnènes la capitale d'un état mari-

(i) La comparaison est de magne, Gazette des Beaux- Arts

tîme très prospère qui put survivre quelques années à la chute de Gonstantinople. Il n'est donc pas étonnant qu'elle ait été ornée par ses souverains d'églises importantes dont plusieurs sont parvenues jusqu'à nous. Le style de ces églises montre la même transformation du plan byzantin qu'à Mistra, mais avec une influence occidentale moins marquée. On y trouve de simples basiliques voûtées à trois absides comme l'église de Nakrié-Djami copiée sur une église plus ancienne, l'église Sainte-Anne, ce qui montre que le type basilical de Binbirkilisse a bien pu se perpétuer en Asie Mineure pendant de longs siècles. D'autres églises comme Sainte-Sophie (xiii® siècle), Saint- Eugène, dédiée au saint protecteur de l'empire (xiii° siècle), la Métropole (Panaghia Ghrysokephalos) reconstruite à la même époque ont la forme de croix latine à coupole centrale qui caractérise les églises de Mistra : leur bras occidental est presque le double des bras du transept et se compose de trois nefs séparées par des arcades, divisées en deux travées à la Ghrysokephalos par deux piliers semblables à ceux qui portent la coupole. Une abside termine la nef principale et deux absidioles s'ouvrent dans les murs orientaux du transept ; l'abside principale a souvent la forme pentagonale ; à l'extérieur les églises sont bordées de portiques latéraux. A la différence de Mistra ces églises sont construites en pierre et sur les murs se trouvent parfois des bas-reliefs. Un autye type très original d'église est celui de Saint-Philippe dont la coupole de 4"^ 5o de large repose presque directement sur les murs par l'intermédiaire d'un tambour percé de douze fenêtres.

L'architecture des églises byzantines avait donc au xn° siècle une tendance à setransformer,etàdonner moinsd'importance aux coupoles pour revenir au plan en croix latine.

Bibliographie (voirie chapitre suivant).

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