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LA BASILIQUE ORIENTALE

I. Asie mineure. — Tandis qu'en Occident régnait une forme d'architecture assez disparate, compromis entre la maison antique et la basilique civile, l'Orient avait adopté de bonne heure, pour répondre aux besoins du culte, un type d'édifice dont ses traditions nationales lui avaient fourni le modèle. Ce type, dont le caractère essentiel est d'être voûté, répondait tellement bien aux aspirations de durée qui animaient les

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constructeurs d'églises, qu'il devait finir par triompher dans la chrétienté. C'est dans l'intérieur de l'Asie Mineure, où aboutissaient toutes les grandes routes de l'Orient, celles de la Ivjésopotamie et de l'Arménie en particulier, que l'on trouve à une époque très ancienne différents types de basiliques voûtées qui devaient prendre plus tard un grand développement.

A Binbirkilisse (les mille Eglises), au sud de Konieh, dans un pays aujourd'hui désert, la mission autrichienne, dont les recherches ont été commentées par M. Strzygowski, a retrouvé les ruines de neuf basiliques, d'un bâtiment octogonal et d'une salle trêflée. La principale basilique, située à l'est de la ville, atteint 68"^ de long sur ^^"^ de large. Chacune d'elles se composait de trois nefs, mais la nef principale était couverte d'une voûte en blocage qui reposait sur des piliers à colonnes engagées par l'intermédiaire d'arcades formées de claveaux appareillés. Le mur n'a pas d'autre ornement qu'une simple moulure, au dessus de laquelle sont percées des fenêtres en plein cintre. Le pilier à colonne engagée est un élément entièrement étranger à Tarchitecture antique. L'entrée et la façade offrent aussi des dispositions remarquables: elles ne comportent pas d'atrium, mais un vestibule, un narthex, limité à droite et à gauche par deux massifs quadrangulaires, sur lesquels s'élevaient deux tours carrées; entre elles se développait une façade très simple percée de fenêtres en plein cintre quelquefois géminées. L'abside était toujours orientée à l'est; cette règle, qui devait prévaloir dans toute la chrétienté, se trouve constamment observée dans toutes

les basiliques dérivées du type oriental, en Afrique et à Ravenne par exemple. Cette abside a souvent une forme carrée; elle est accompagnée de deux petites chambres plus petites qui terminent les nefs latérales. Les axes affectent quelquefois la forme de fera cheval qui devait caractériser plus tard l'architecture musulmane et il en est quelquefois de même de l'ouverture de l'abside. Enfin ces monuments sont construits en bel appareil ; à l'intérieur, des fresques devaient former la principale ornementation.

A Kodscha-Kalessi, dans le Taurus, apparaît dès le IV^ siècle le type de la basilique à coupoles, qui serait dérivé, d'après M^ Strzygowski d'une des églises de Bînbirkilisse : sur deux travées de la grande nef la voûte en berceau est coupée par une coupole soutenue par des trompes d'angles encadrées de colonnettes et des piliers. On trouverait donc en Asie Mineure dès le iv^ ou le v<^ siècle la solution du problème qui consiste à passer du plan carré au plan circulaire au moyen de niches ou trompes d'angles. C'est là un procédé d'origine persane qui était pour ainsi dire d'un emploi national en Asie. De plus la coupole de Kodscha-Kalessi est surmontée d'un tambour percé de fenêtres et il fallut attendre le x® siècle pour que ce procédé s'implantât dans l'architecture byzantine. Du plan de Kodscha-Kalessi sont dérivées plusieurs églises d'Asie-Mineure. A Utschajak en Cappadoce, située dans la courbe de l'Halys on trouve un plan un peu différent : c'est une réunion de deux églises géminées ayant chacune leur entrée, leur nef carrée surmontée d'une coupole, leur abside. Les coupoles sont soutenues par quatre gros piliers que relient des

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arcs ; les murs sont construits en brique, ce qui est rare en Asie-Mineure. L'église devait être dédiée à deux saints et c'est ce qui explique sa disposition exceptionnelle.

2. Syrie. — L'architecture des basiliques syriennes offre de nombreux rapports avec celles d'Asie iMineure et il est probable que les monuments de ces deux pays sont issus d'un type commun. En Syrie cependant, la voûte est rare dans les basiliques importantes, mais la charpente est remplacée quelquefois, à cause du défaut de bois^ par un dallage en pierre; par contre on retrouve dans les basiliques syriennes l'absence d'atrium, la laçade formée d'un narthex compris entre deux tours d'angle qui débordent souvent au delà des nefs, l'emploi des piliers quadrangulaires pour supporter les colonnes et enfin l'usage d'un magnifique appareil qui a pu résister victorieusement aux siècles. L'église syrienne, telle que y\} de Vogue en a présenté la restitution, fait songer bien plus à l'église romane qu'à la basilique gréco-romaine; elle semble rejeter de parti pris les règles de l'architecture antique : à Tourmanin (Syrie centrale) l'abside est ornée de deux rangs de colonnettes directement superposées sans l'intermédiaire d'architrave, de frise ou de corniche. Cette église assise sur un soubassement qui lui donne un grand caractère, s'ouvre à la façade par une large arcade surmontée d'une terrasse et flanquée de deux tours carrées; la terrasse est surmontée d'une sorte de loggia très élégante.

Les mêmes dispositions se retrouvent à Qalb-louzeh qui présente à son étage supérieur une rangée de

fenêtres alternant avec des colonnettes géminées qui formaient corbeau pour supporter la charpente ; les bas-côtés étaient couverts de dalles de pierre. Enfin il faut noter qu'en Syrie comme en Asie Mineure les absides étaient percées de fenêtres.

5. Egypte. — Après sa conversion au christianisme, l'Egypte abandonna Tart hellénistique qui n'avait eu sur elle qu'une influence superficielle et créa un type d'architecture religieuse très voisin de la basilique à coupole d'Asie Mineure. Le bois leur manquant, les architectectes coptes employèrent la voûte, et la voûte en anse de panier construite sans cintrage, mais leur amour de la ligne horizontale était tel qu'ils n'hésitèrent pas à exhausser les murs latéraux et à couvrir l'extrados de leurs berceaux sous un toit en terrasse ; au monastère de Saint-Siméon à Assouan, un des plus anciens monuments religieux d'Egypte, le berceau qui couvre la nef repose sur un mur en briques crues plaqué à l'intérieur du mur de pierres qui forme ainsi comme un contrefort continu autour de l'édifice. Les nefs de ces églises, par exemple celle du Deïr-el- Abiad (couvent Blanc), fondé dans la Thébaïde par Schenoudi en 310, sont interrompus par des coupoles à trompes d'angles analogues à celles d'Asie Mineure ; mais la coupole sphérique convenait mal aux aspirations vers l'infini qui caractérisent l'esprit religieux des Coptes ; ils adoptèrent la coupole ovoïde dont l'architecture arabe devait hériter. Celle du Deïr-el- Abiad a 19 mètres de haut et se dresse sur un carré de 7 mètres de côté. Bien plus dans la Haute-Egypte les sanctuaires sont parfois couverts de trois coupoles. Le même mode de couverture est adopté pour des

édifices de dimension plus restreinte, par exemple pour les chapelles funéraires de Baouit (v^ siècle) retrouvées sur la rive gauche du Nil au sud d'Hermopolis. Ces éléments étrangers à l'art antique se trouvent d'ailleurs superposés à des colonnes corinthiennes ou composites ; le pilier n'eut pas en Egypte la même fortune qu'en Syrie ou en Asie Mineure; par contre la coupole ovoïde bâtie sans cintrage par anneaux concentriques devait devenir l'élément national de l'art copte. Avec des différences de détails TAsie Mineure, la Syrie et l'Egypte présentent donc un type d'édifice religieux totalement différent de celui de la basilique gréco-romaine, mais dans cet Orient alors en pleine prospérité devait naître une troisième forme d''édifice qui allait s'imposer à toute la chrétienté, le martyrion ou édifice à construction centrale.

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