‹ Les basiliques chrétiennesChapitre 4 sur 41 · OCTOGONALES · texte numérisé non relu

OCTOGONALES

/. Les origines, — A côté d©s basiliques à la forme allongée s'élevèrent de tous côtés dans les pays chrétiens des constructions de forme ronde ou polygonale recouvertes d^une coupole. L'origine de cette architecture est païenne et probablement hellénistique ; les monu-

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ments consacrés aux héros, les •Jjpwa, affectaient toujours cette forme. Le Panthéon de Rome élevé sous Hadrien, avec sa rotonde percée de niches et surmontée d'une coupole est un :?)pcbov agrandi. A Gaza s'élevait encore au v^ siècle un temple hypètre de iorme circulaire, le Marnion, qui se composait de deux poTtiques concentriques soutenus par des colonnes : il fut donné par Arcadius et Eudoxie à l'évêque qui éleva une église sur le même plan (i); ce fut d'ailleurs en Orient que les chrétiens élevèrent pour leur usage les premières constructions à plan central et à l'exemple des vjpwa païens, elles furent d'abord destinées à servir de sépultures aux martyrs les plus vénérés; dès l'origine elles atteignirent des dimensions assez considérables qui en faisaient des églises funéraires. Au milieu des ruines de Binbirkilisse se trouve une construction octogonale qui paraît avoir eu cet usage. Au iv*^ siècle, Saint-Grégoire Nazianze et Saint- Grégoire de Nysse décrivent des « martyria » analogues élevés dans leur ville épiscopale; le premier de ces monuments fat fondé par le père même de Saint- Grégoire de Nazianze, c'est-à-dire dans la première partie du iv° siècle. D'Orient la construction à plan central se répandit en Occident; elle y eut en général des dimensions plus restreintes et l'on s'en servit souvent pour construire des baptistères indépendants des églises.

2. La Construction à plan central en Orient. — En Orient le plan habituel du martyrion est l'octogone surmonté d'une coupole conique qui s'appuie sur de

(x) SiTT^ygowski. Kleinasien, p. loi. Voy. la discussion de Milletf Revue Archéologique, 1905 I, p. 96.

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petites trompes d'angle ou d'une coupole octogonale qui épouse la forme du plan. Tel devait être le monument octogonal de Binbirkilisse : il en reste un détail caractéristique qui donnait au monument un aspect bizarre : c'est une fenêtre en plein cintre coupée en deux parties par un angle du monument. A côté de cette fenêtre s'ouvre une abside de forme polygonale voûtée en berceau ; l'entrée était précédée d'unnarthex; la coupole, dont le monument devait être surmonté, a disparu ; un deuxième rang de fenêtres l'éclairait à l'étage supérieur. Le martyrion décrit par Saint-Grégoire de Nysse devait être bâti sur le même plan; il se composait de quatre salles en forme de croix reliées à une salle centrale par des arcades et réunies à l'extérieur de manière à former un octogone; les bras de la croix alternaient donc avec des exèdres en hémicycle ; l'ensemble du monument était placé au milieu d'un atrium carré.

Des ruines d'octogones plus simples ont été retrouvées en Asie Mineure à Isaura (Ulu Bunar) et à Soasa (Cappadoce), au nord-ouest de Césarée. A Isaura le toit était supporté par huit colonnes et à l'est se trouvait une petite abside demi-circulaire éclairée par quatre fenêtres. A Soasa la coupole s'appuyait sur des piliers par l'intermédiaire de huit grands arcs de 2'",3o d'ouverture; au-dessus s'ouvraient huit fenêtres en plein cintre ornées de moulures. Il y avait donc des bas-côtés autour de la salle principale et l'on trouve le même parti adopté à Hiérapolis, où la voûte de ce pourtour est divisée alternativement en rectangles et en triangles ; il est intéressant de trouver résolu dès ces époques lointaines un problème qui s'imposera aux

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architectes romans ou gothiques lorsqu'ils voudront construire des déambulatoires circulaires autour du chœur de leurs églises.

La Syrie et la Mésopotamie offrent un type d'octogone plus compliqué, l'octogone à tribunes, qui paraît avoir été la forme adoptée par le père de Grégoire de Nazianze. Telle était la disposition du martyrion somptueux fondé par Constantin à Antioche en 331 et achevé sous Constance par le comte Gorgonios ; sa coupole fut détruite en 526 par un tremblement de terre. Une église analogue fut élevée aux frais de Sainte-Hélène par l'architecte Eustathe à Jérusalem sur la montagne des Oliviers ; elle était entourée d'un portique extérieur supporté par des colonnes (i). Dans la Syrie centrale, l'octogone de Saint-Georges d'Ezra construit d'après une inscription en 515 s'est conservé jusqu'à nos jours et est encore livré au culte. Le plan consiste en deux octogones concentriques inscrits dans un carré : celui du centre est couronné d'une coupole ovoïde de 10 mètres de diamètre soutenue par huit piliers : le passage du plan circulaire à l'octogone se fait par deux assises superposées, l'une de seize, l'autre de trente deux côtés. La coupole élevée sur tambour est percée de petites fenêtres ; tout autour de l'édifice règne un étage de tribunes. Il en est de même à Bosra, mais ici au lieu de l'octogone, on a une construction circulaire inscrite dans un carré et pourvue d'un bas-côté annulaire ; la coupole trop lourde fut renversée par un tremblement de terre. Le plan de Bosra se retrouve à Constantina. (Wirans-

(i) CouRET. — La Palestine sous les empereurs grecs, p. 23.

chehr, au nord de la Mésopotamie), fondée par Constantin après sa victoire sur les Perses ; la rotonde de 32"^ de diamètre était surmontée d'une coupole soutenue par huit piliers dont quelques uns sont encore debout ; à l'est s'ouvrait un chœur de 22™ de long terminé par une abside en hémicycle ; à l'ouest était un narthex carré flanqué de deux tours carrées entre lesquelles se trouvait une loggia qui donnait accès aux tribunes; des salles semblables paraissent avoir existé au nord et au sud.

Dans tout l'Orient le plan du martyrion circulaire ou octogonal paraît avoir joui d''une grande faveur; il pouvait atteindre les dimensions d'une église, comme à Wiranschehr ou dans l'église circulaire de St-Grégoire l'IUuminateur, l'apôtre de l'Arménie, construite au vii« siècle à Etschmiadzin ; ce n'était souvent qu'une petite chapelle funéraire, comme à Baouit en Egypte, où M. Clédat a retrouvé plus d'une centaine de ces petits édifices recouverts de coupoles ; plus tard ce plan devait se transmettre à l'art byzantin et son chef-d'œuvre devait être réalisé dans l'église Sainte-Sophie.

^. La construction à plan central en Occident. *— En Occident les seules constructions à plan central qui subsistent encore sont de petites dimensions, mais il semble d'après les témoignages que de grandes églises circulaires ou octogonales y ont été élevées dès le IV® siècle. Constantin, qui avaitfait construire le martyrion d''Antioche, dota sa nouvelle capitale, Constantinople, d'un monument semblable. La première église des saints Apôtres, en effet, à la fois église, martyrion et mausolée destiné à la sépulture impériale avait la forme

d'une croix grecque placée comme le martyrion de Nysse au milieu d'un atrium carré. A Milan, qui fut résidence impériale de 293 à 404, l'église Saint-Nazaire, anciennement des saints Apôtres, fut bâtie par saint Ambroise sur le modèle de l'église de Constantin ; dans la même ville l'église Saint-Laurent était couverte d'une coupole. Mais la plupart du temps ces édifices ne furent que des chapelles sépulcrales ou des baptistères qu'on prit l'habitude d'élever au dehors des églises.

Dès l'époque constantinienne on trouve à Rome des monuments de ce genre. Près de la basilique des saints Pierre et Marcellin s^éleva le mausolée de Sainte-Hélène dont le gros œuvre subsiste encore. C'était une rotonde à deux étages surmontée d'une coupole, percée à l'intérieur par huit niches, quatre rondes et quatre carrées ; dans une de ces niches, qui faisait face à l'entrée, était placé le grand sarcophage en porphyre rouge de Sainte-Hélène, aujourd'hui au musée du Vatican. De la même époque date le mausolée de Sainte-Constance, construit à la demande de Constance, fille de Constantin pour servir de baptistère; le pape Saint-Sylvestre y baptisa la femme et la fille de Tempereur; celle-ci y fut plus tard ensevelie. Ce monument bien conservé se compose d'une rotonde, surmontée d'une coupole et flanquée de bascôtés ainsi que d'un portique extérieur ; il y a donc trois espaces concentriques juxtaposés. La coupole est soutenue par des colonnes accouplées deux à deux dans le sens des rayons de la voûte ; entre ces colonnes et le mur se trouve une galerie circulaire voûtée en berceau ; aux deux extrémités du diamètre

transversal on a ménagé deux petites absides. Constantin avait fait venir d'Afrique des colonnes de porphyre et des marbres destinés au baptistère que l'on devait construire auprès de la basilique Saint-Jean de Latran, mais les travaux interrompus furent repris seulement en 432 sous le pape Xyste III. Uédilice a la forme d'un octogone surmonté d'une coupole à huit pans. L'intérieur se compose de trois étages : huit colonnes de porphyre rouge, quatre à chapiteaux ioniques, quatre à chapiteaux corinthiens, supportent une architrave ; un deuxième étage est formé par huit colonnes plus petites, et un troisième par des pilastres corinthiens qui soutiennent la coupole; un portique en saillie servait de vestibule ; deux petites chapelles furent ajoutées en 461 par le pape Saint-Hilaire. Du V^ siècle date aussi l'église Saint-Etienne le Rond dont le plan est analogue à celui du mausolée de Sainte- Constance.

A Ravenne, qui fut aussi une résidence impériale, deux monuments à plan central sont encore bien conservés. Le baptistère des Orthodoxes construit en 430 a la forme d'un octogone interrompu par quatre niches ; aux angles sont huit colonnes reliées par des arcs ; le mur supérieur est divisé par des arcs aveugles entre lesquels s'ouvrent des fenêtres ; le monument est couvert d'une coupole à huit pans ; au milieu se trouve une piscine octogonale. Le mausolée de Gallia Placidia qui renferme les tombeaux d'Honorius, de Gallia Placidia et de Constance III est une chapelle en forme de croix grecque, de 15 mètres de long sur 13 mètres de large; au lieu d'une coupole, c'est une voûte d'arête comprise entre de grands arcs, qui la

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couvre ; elle est un compromis entre le plan oriental et le procédé employé par les Romains pour couvrir leurs édiiices.

Dans le reste de l'Italie, le baptistère construit à Naples par l'évêque Soter au v^ siècle contre l'abside de Sainte-Restitute offre un exemple d'édifice carré couvert d'une coupole hémisphérique qui repose sur quatre trompes d^angles ; il est intéressant de trouver au V® siècle ce procédé d'architecture orientale qui ne pénètre dans l'art byzantin qu'au x^ siècle. En Gaule on peut assigner au vi^ ou au moins au vu® siècle la chapelle Saint-Laurent de Grenoble : c'est un rectangle auquel quatre adsidioles donnent la forme d'une croix ; leurs voûtes sont d'époque postérieure, celle de la salle principale est en berceau; elle est soutenue par vingt colonnes de marbre adossées à la muraille ; deux absides sont ornées d'un second étage de colonnettes ; les chapiteaux de sculpture grossière sont pourvus d'abaques énormes, tandis que les fûts de longueur inégaie proviennent d'édifices antiques; comme dans les basiliques africaines du v^ siècle ces abaques sont ornées de symboles, agneaux, colombes tenant dans leur bec un épi ou des raisins, etc.. Le baptistère de Riez dont le plan peut dater du vu" siècle a aussi la forme octogonale. Enfin on a la preuve que le plan cruciforme se répandit jusqu'en Angleterre : une église fut bâtie par Wilfrid au vii^ siècle sur un plan circulaire interrompu par quatre saillies. Ces quelques exemples montrent l'expansion considérable d'un type d'édifice venu de l'Orient et dont on ne possède plus que de rares exemples. A l'époque carolingienne des monuments comme la chapelle pa-

latine d''Aix ou l'église de Germigny-les-Près en marquent le plein développement.

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