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CHAPITRE II

LES CATHÉDRALES DU XII* SIÈCLE (l)

Des grandes cathédrales construites dans la deuxième moitié du xif siècle, aucune n'est parvenue jusqu'à nous sans avoir subi au siècle suivant la restauration ou la réédification complète de ses voûtes ; les plans primitifs ont même été gravement altérés.

1. Chartres. — La cathédrale commencée en iii5 par l'évoque Fulbert en i ii5, et achevée entre 1160-1170 a été détruite presque entièrement par rinccndie de ii94- H n'en est resté que la crypte romane, les deux clochers et, comme l'a montré M. de Lasteyrie, les sculptures toutes romanes, encore, du portail royal. Le Clocher Vieux a conservé sa belle flèche du xii® siècle, mais l'église actuelle a été reconstruite entièrement snr un plan nouveau, de 1224 à i365.

2. Sens. — La cathédrale de Sens bâtie vers 11 68 est une de celles qui a le mieux conservé l'ordonnance de la fin du XII® siècle. La principale innovation adoptée à cette époque pour les cathédrales fut l'emploi de la voûtes d'ogives sur plan carré et adaptée au plan lombard dont

(i) Il n'y a aucun avanlage h garder les expressions équivoques de style primaire, style de transition etc...

le principe a clé probablement fourni aux architectes de rile-de-Franc3 par les églises normandes. Comme en Normandie, en effet, les travées de la nef centrale de Sens correspondent chacune à deux travées des nefs latérales et de deux en deux les piliers qui soutiennent les arcades sont renforcés.

Une voûte sexpartite ou à six panneaux (fig, 5) couvre chacune de ces travées centrales ; chacun des gros piliers reçoit donc trois retombées, celle de Parc doubleau et celles des deux nervures diagonales ; les piliers intermédiaires, au contraire, ne supportent qu'une seule nervure qui divise le carré en deux parties égales. A Sens ces piliers très légers sont formés de deux fûts accouplés.

3. Notre-Dame de Paris. — L'évêque Maurice de Sulli réunit sous le vocable de Notre-Dame les deux églises de Saint-Etienne et de Sainte-Marie qui se dressaient à la pointe de l'Ile de la Cité. La première pierre de la nouvelle cathédrale, fut posée en 1 163 par le pape Alexandre III ; à la mort de Maurice de Sulli, en 1196, le chœur et une partie du transept étaient achevés, les fondations de la nef jetées ; en i235 le plan de Maurice de Sulli était exécuté entièrement et la cathédrale terminée ; sous le règne de Saint Louis, après l'incendie de 1240, eut lieu un remaniement qui modifia en partie le plan primitif et les travaux duraient encore en i35i. Malgré les modifications, les mutilations, les restaurations qu'elle a subies, l'église actuelle de Notre-Dame a gardé encore l'empreinte

Fig. 5.

de ses premiers architectes. Le plan duxii® siècle comportait comme aujourd'hui cinq nefs, un transept peu saillant et un chœur très dégagé sur lequel s'ouvrait un double collatéral, dont les chapelles rayonnantes ont été modifiées. Les arcades qui entourent le rond-point du chœur et séparent la nef centrale des collatéraux sont soutenues par de magnifiques colonnes cylindriques qui reçoivent les retombées des voûtes sur de larges abaques ; on a renoncé à faire retomber chaque nervure sur une colonnette, comme dans les deux premières travées de Saint-Denis. Les voûtes sont sur un plan carré et sexpartites, mais au lieu de renforcer, comme à Sens, de deux en deux les piliers qui bordent la grande nef, on a trouvé une solution plus élégante : ce sont les piles placées entre les deux collatéraux qui ont été pourvues alternativement des colonnettes destinées à les rendre plus résistantes ; pour les autres supports on a gardé la forme cylindrique. Les doubles collatéraux supportent de larges tribunes qui s'ouvrent sur la grande nef par des arcades géminées. En outre, avant les restaurations du xin° siècle, de jolis œilsde-bœuf à meneaux décorés de dents-de-scie, éclairaient les combles des collatéraux et formaient un second étage de baies entre les tribunes et les fenêtres hautes (i). Pour la première fois l'arc brisé est employé exclusivement pour toutes les baies ; le plein cintre n'est plus admis que pour la croisée d'ogives qui soutient la voûte ; la forme des arcsbrisés est légèrement surhaussée. Les fenêtres ont un aspect de simplicité élégante : elles se composent de deux arcs brisés surmontés d'une petite rose, le tout inscrit dans un arc plus large. Le profil des nervures est encore peu compliqué, mais va en s'allégeant : c'est une baguette

(i) Cette disposition a été rétablie par Viollet-Leduc dans les travées voisines du transept.

centrale entre deux boudins qu'il est facile d'inscrire dans un épannelage rectangulaire. A l'extérieur la façade comprise entre les deux tours carrées que sépare la rose surmontée d'une galerie à jour, fut construite dans la première moitié du xii^ siècle. Les arcs-boutants ont encore une structure massive, mais le plan à doubles collatéraux a permis de les faire à double volée ; les piles qu séparent les doubles-collatéraux ont été prolongées à l'extérieur et maintiennent ainsi l'arc-boutant en son milieu.

4- Noyon. — La cathédrale de Noyon fut entreprise longtemps avant celle de Paris ; la consécration du chœur dans lequel on exposa la châsse de saint Eloi, date de 1x53. Malgré la restauration du xiii® siècle, au cours de laquelle on a transformé les voûtes sexpartitcs en voûtes sur plan barlong, elle a conservé son plan primitif, ses trois nefs de dix travées, son transept très développé et terminé comme celui des églises rhénanes par deux absides, son chœur à double déambulatoire couronné de cinq chapelles rayonnantes et inspiré visiblement de celui de Saint-Denis. Les supports se composent alternativement de piliers cylindriques et de piliers à type roman renforcés par des colonnettes ; cette alternance, qui n'a plus de raison d'être aujourd'hui, était due à l'établissement des voûtes sexpartites. A l'intérieur on trouve, avant d'arriver aux hautes fenêtres, un double étage de tribunes et d'arcatures trilobées. Le plein cintre est encore associé à l'arc brisé ; les bras du transept par exemple sont éclairés par des fenêtres géminées sous un arc en plein cintre.

5. Laon. — La cathédrale actuelle de Laon n'est pas comme on l'a cru longtemps l'église relevée en m 4 après la sanglante émeute dans laquelle l'évêque Gaudri avait été massacré par les partisans de la commune ; on restaura seulement à cette époque l'ancienne église romane

et ce fut sous l'évêque Gautier II de Mortagne cfu'on commença, à partir de ii64, à élever une cathédrale plus vaste. Le chœur était terminé en 117A, mais quand les travaux furent repris en 1191,1e nouvel architecte, modifia l'ordonnance primitive et remplaça l'hémicycle du chœur par un chevet carré tout à fait exceptionnel dans l'architecture religieuse. L'église se compose de trois nefs à onze travées, d'un transept très accusé sur lequel s'ouvrent, à la mode normande, deux absidioles à l'est et du chœur sur plan carré qui comprend dix travées et se termine par le mur qu'éclairent trois fenêtres. La grande nef est couverte de voûtes sexpartites dont les nervures principales reposent sur des piliers renforcés par des faisceaux de colonnettes. A l'extérieur, la cathédrale apparaît dans une position magnifique, assise sur le plateau autour duquel la ville est construite. A la croisée du transept, s'élève comme dans les églises normandes une grosse tourlanterne carrée percée sur chaque face de deux fenêtres. La façade est comprise aussi entre deux tours carrées terminées par des beffrois de forme octogonale ; c'est une ordonnance analogue à celle des tours de Jumièges ; quatre tours semblables s'élevaient autrefois au-dessus des croisillons, mais deux d'entre elles ont disparu. Au deuxième étage des tours de façade on sculpta des figures colossales de bœufs en souvenir des attelages qui avaient servi à monter les matériaux sur le plateau. Au sud s'appuie aux murs de la cathédrale un des plus anciens cloîtres qu'ait produit l'art gothique ; ses arcades sont ornées d'une baie géminée surmontées d'une rose.

6. Le style du xii® siècle, — L'exemple de la cathédrale de Laon montre assez qu'à la fin du xn* siècle les architectes de l'Ile-de-France ont emprunté à l'école normande quelques-unes de ses dispositions. Au moment môme où les Normands remplaçaient les charpentes de leurs églises

à plan lombard par des voûtes sexpartites, ralternance des piliers de module diflérent s'introduisait dans la région française et les voûtes sur plan carré paraissaient préférables aux voûtes barlongues qui avaient couvert les nefs des premiers édifices gotliiques. Les autres caractères auxquels on reconnaît les églises de la deuxième moitié du xn* siècle sont : le dessin des fenêtres composées de deux arcs aigus gé- " p.^ g minés surmontés d'un œil

ou d'une rose sous une arcade; les piliers cylindriques qui reçoivent les retombées des voûtes sur leur tailloir ; les profils encore très simples des nervures ; les sculptures des chapiteaux où dominent, à Laon et à Saint- Julien le Pauvre par exemple, les feuilles d'eau associées aux bourgeons et les folioles repliées (fig. 7) ; les bases qui sont encore presque antiques comme à l'époque romane et se composent d'une scotie creusée entre deux tores.

Pour relier l'anneau qui termine le fût à la base, on se sert beaucoup auxii^ siècle de griffes sculptées, (Saint-Germain-des-Prés, Saint-Julien le Pauvre). La base elle-même repose sur un socle à plan carré dont on a abattu les angles saillants (fig. 6).

BibUograpJde. Viollet-Ledac et de Gailhermy. Notre-Dame da Paris, Paris, i856 — Balteau. Monographie de la cathédrale de Chartres, 1888-1902, 3 v. — Vitet cathédrale de Noyon, Paris, 1846. 2 V. (collection des Documents inédits de l'histoire de France)-. — Z?oua?m. cathédrale Notre-Dame de Laon. Laon, 1902.

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