‹ Les Basques et le pays basque, moeurs, langage et histoireChapitre 10 sur 20 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

HABITATIONS — MŒURS — COUTUMES — CÉRlÉMONIBS JEUX ET DANSES — PASTORALES

Les Basques habitent des maisons généralement gaies et spacieuses, au moin& dans les provinoes frangaiads. Ces maisons sont construites en maçonnerie , mais la façade est en torchis ; chaque étage avance et surplombe Tétage inférieur de toute Tépaisseur d'une poutrelle transversale. Les plus hautes n'ont que deux étages au-dessus du rez-de-chaussée. Les fenéires sont tràfl espacées et étroites, avec des carreaux petits et multipliés.. La porte est large, quoique basse ; elle ouvre sur un large vestibule qui partage la maison en deux parties distinctes ; au fond de ce vestibule est Tescalier en bois qui conduit aux étages supérieurs et au grenier. Il n'y a jamais de cave. Les pièces sont vastes ; celle qui est destinée à servir tout à la fois de cuisine, de salle à manger et de lieu de réunion, a seule une cheminée, immense da reste, sous le manteau de laquelle toute la famille peut

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■ ^ Il I I , . . I .

prendre place , pendant les froide» soirées de Thiver. "* On trouve dans les rieilles maisons de grands chenets très remarquables : ils présentent en avant une longue tige verticale supportant une espèce de coupe, qui, dit-on, servait jadis de table au maître de la maison. On cite à ce sujet le proverbe as' eta hoiz « rassasié et froid », par allusion aux repas pris ailleurs que sur de pareils chenets, c'est-à-dire loin du foyer. J'ai vu en Navarre une autre disposition des cheminées : l'âtre est au milieu de la pièce et le tuyau est au centre du plafoad ; les gens de la maison et les visiteurs peuvent s'asseoir tout autour du feu dont une longue rangée de pot& et de vases culinaires les sépare habituellement. Le sol est souvent nu ; mais quelquefois les pièces du rez-de-chaussée sont carrelées ; dans les ' maisons qui ont plusieurs étages, le rez-de-chaussée sert souvent de cave, de chai, d'écurie.

Le plancher des pièces supérieures est rarement ciré. Les parois, en planches brutes, ou en torchis blanchi à la chaux, ne sont point recouvertes de papier. Les meubles sont peu nombreux : quelques chaises, un large lit, une petite table en bois peint et quelquefois une de ces lourdes mais belles armoires qu'on ne fabrique plus. Dans la grande salle à cheminée, est une sorte de dressoir à tringles eà bois, disposées de telle sorte que les assiettes, les plats, etc., y sont placés verticalement et tout contre le mur, à côté des casseroles, poêles, fers à repasser, etc. Aux murs sont suspendus des bénitiers, des crucifix surmontés de rameaux, de lauriers bénits, et ces images d'Epinal brillamment coloriées qui représen-

tent des saints, des cœurs enflammés et rayonnants ; l'Empereur et Tlmpératrice caracolant devant beaucoup de généraux et à la vue d'une foule enthousiaste (avec le pavillon de l'horloge dans le fond) ; le Prince Impérial porté par l'armée, l'industrie, l'agriculture et la bourgeoisie (avec l'aigle prenant son vol sur ses épaules au dessous du petit chapeau rayonnant) ; le curé d'Ars ; une série de personnages bottés et décorés, rangés deux à deux avec Tindication de « les souverains à l'exposition » ; et d'autres enluminures du même ton et de la même origine. Une assez grande propreté règne dans toutes les maisons basques.

A Fextérieur, au-dessus de la porte, est une petite niche destinée à recevoir un cruciflx ou une statue de la Vierge ; dans le Labourd; à la place de cette niche ou au dessous, on voit souvent une pierre de taille où est gravée soit la date de la construction soit une devise emblématique. Souvent, l'inscription ne donne que le nom du premier propriétaire ; elle est remplacée quelquefois par un écusson armorié.

Devant les maisons isolées dans la campagne et bâties ordinairement sur une hauteur ou tout au bord d'un ruisseau, s'étend presque toujours une pelouse plantée de chênes ou de châtaigniers où, pendant l'été, la famille se réunit le soir et se repose du travail de la journéo. Un grand nombre de maisons sont ainsi isolées ; cependant elles sont toujours groupées dans une certaine région cultivée qui fait saillie, pour ainsi dire, au milieu des bois et des landes. Une réunion de maisons très rapprochées, au bord d'une route ou d'un chemin, forme un quartier.

Chaque commune a souvent quatre ou cinq quartiers ; c'est ati quartier principal que se trouvent les deux éléments constitutifs et essentiels de tout village basque, l'église et la place du jeu de paume dont nous reparlerons plus loin.

Les a riches», les « gens à chapeau», les « Américains », se font construire, à grands frais parfois des « châteaux » plus ou moins vastes tout à fait au goût moderne : Taffreux modèle du chalet suisse tend à envahir certains villages. Ces constructions-là ont des jardins réguliers : de belles grilles peintes en rouge les séparent de la route et permettent au passant d'admirer ou d'envier des splendeurs jadis inconnues au pays, tandis que d'un élégant salon dont la fenêtre est entr'ouverte sortent les sons harmonieux d'un piano tourmenté par les mains, plus ou moins habiles, des « demoiselles » de la maison.

Les maisons basques ou plutôt les habitations, champs et terrain environnant compris, ont chacune un nom spécial purement topographique. C'est par exemple Etcheherri « maison nôUve » EliçaUde « sur le chemin de l'église », Ithurralde « à côté de la fontaine », Mendionde <c au pied de la montagne », Baratchart « au milieu du jardin ». Jadis l'habitant de la maison en portait le nom ; on était Jean de Mendionde ou Marianne d'Ëliçabide. De là est venu l'usage de mettre devant les noms un d qui a fini par en faire partie intégrante : Ugàlde n'est par exemple qu'une variante de uhaïde très souvent écrit Buhalde et qui signifie « à côté de l'eau ». C'est là l'origine de tous les noms de famille basques ; le conseiller de Lancre

aa . LES BASQUJSS

cusait en 1609 les Basques d'orgueil, parce que, chez eux c< les plus gueux », dii^il, « se font appela isieurs et dames » d'une telle maison, qui «ont les maisons que chacun » d'eux a en son yillage, quand ce ne serait qu'un parc à » pourceaux » , Cet usage est tellement répandu qu'aujourd'hui chacun a presque toujours deux noms ; tel propriétaire ou fermier, qui sera Difmrêvhëièare « au bas de l'é* tang plein de joncs » pour l'état cItII, est généralement connu dans le pays sous le nom de Ooffenêkhe « maison au-dessus d'une autre », parée que cette appellation est celle de la maison qu'il habite.

Les familles basques, ayons-^nous dît, sont généralement nombreuses ; les propriétaires, suivant leur fortune, ont chez eux un plus ou moins grand nombre de domestiques de l'un et de l'autre sexe. Tout le monde se iôre de très bonne heure et, après un déjeuner sommaire, composé pour les uns de lait et de metture (sorte de galette de mais), pour les autres de pain et de fromagi», on se rend au travail. Le père {eleheJco yaurm « seigneur ou maître de la maison ») va à quelque marché des environs ou accompagne ses fils. Les jeunes gens conduisent la lourde charrette qui va chercher le bois, les ajoncs ou la fougère ; ou bien ils vont herser ). labourer, moissonner, semer, etc.; ou bien encore ils vont travailler comme journaliers, comme maçons, charpentiers, etc. Les jeunes filles s'occupent à des travaux domestiques, elles font la lessive, cousent, repassent ; les jours où elles n'ont pas de travail à la maison, elles vont aux champs ^vec les garçons. La mère de famille, eteheko anderea « maîtresse de la maison » reste chez elle ; elle prépare le dîner qui réunira à midi les

membres de la famille. Après ce dîner, on ae remet au travail jusqu'à la nuit; on soupe aknss.

En hiyer, on reste le 4Boir autour du îojer^ à la clarté d'une chandelle de résine fumeuse : la mère de âtmille file, les ôUes tricotent, les hommes causent entre eux en fumant dans ces petites pipes qui! £aut recharger à chaque instant et que chacun porte toujours dans son béret : la provision de tabac est toujours contenue dans une blague en peau de taupe dite tachai de même que Ton met toigours son argent dans une bourse à Tanlique, et jamais dans un portemonnaie. Souvent des voisins entrent en passant et viennent s'asseoir au fojer; alors la réunion s'anime : on conte les historiettes, les petits « cancans » du lieu, on chante les vieilles et les nouvelles chansons.

En été, ainsi que je T^ai déjà dit plus haut, la soirée se passe au devant de la porte et toujours plus gaiement. Quelquefois, par exception, on y danse un saut basque, exercice réservé d'ordinaire aux £âtes locales ou aux réunions de l'après-^nidi du dimanche. Cette danse nationale, lente et grave, dont le pas est très complexe et très dif&cile, qui porte dans le pays basque français le nom cnîginal de mutchico, «st, dit-on, de plus en plus oubliée : c'est exclusivement une danse d'homimes. Autrefois, les prêtres eux-mêmes ne craignaient pas de se mêler aux danseurs ; aujourd'hui, leurs supérieurs le leur ont formellement interdit.

Les soirées d'autonme sont souvent consacrées à l'épluchage du maïs. Comme par exemple en Touraine, lors de Yénaa/age, ce sont là des occasions fort recherchées de veillées joyeuses. Ceux qui y ont pris part, après s'être

séparés pour regagner leurs demeures, s'interpellent de loin à grands cris sur les routes silencieuses.

Ces cris ou si Ton veut ce cri national, cet appel retentissant, porte le nom àHrnnciUj qui désigne aussi le hennissement du cheval. On l'a graphiquement représenté par les syllabes ta, ta, o, o, o! où Timagination du Basque Chaho voyait le mot Dieu et les trois voyelles primitives.

Le dimanche, on ne travaille pas ; on fait toilette ; les repas sont préparés avec plus de soin. Avant la messe, on ^ va à la c< place » assister à quelque partie de jpaume. Après la grand' messe, on vient s'asseoir à la table où la famille est réunie tout entière et où l'on amène fréquemment quelque convive. Le repas se prolonge plus que d'ordinaire. Après vêpres, on se groupe sur la place, sur une pelouse choisie, à un carrefour habituel. Là, les hommes jouent à la paume ou aux quilles; les plus âgés, les gens sérieux, vont au cabaret faire une partie de cartes ^ou de billard, en buvant du vin ou du cidre. Cependant les filles jouent entre elles aux quilles, ou bien elles s'asseoient en rond sur l'herbe et bavardent à l'envi.

Les moins fortunés des Basques sont d'une remarquable sobriété. Ils se nourrissent de lait, de galettes de froment dites ophiî, ou de pain de maïs (artho), de fromage de brebis ; ils ne boivent que de Teau. Si l'on a pu acheter un cochon et l'élever, on le tue à la Noël et voilà la famille pourvue de graisse, de lard, de jambons, qu'on ménage et qui suffisent à la consommation de toute une année. Chez les plus aisés, l'alimentation ne présente à peu près rien de particulier, si ce n'est que, dans les repas un peu solen* nels, on sert généralement deux potages; le second, dit

HABITATIONS ET MOEORS

elh»-karri (sauce du pot?) est une soupe de légumes fortement pimentée. L'eïise-karri est souvent remplacé par un plat, une sorte de sogpe de choux verts, sans pain, égale-

Jeuoe Bas^fui

ment fort assaisonnée de pimenta et appelée carbure. La cuisine basque est habituellement très épicée.

Lorsqu'on veut témoigner une considération particulière aux invités, le service du repas est iait par la maîtresse de la maison, par sa ÛUe ainée, par sa nièce si elle n'a pas de âUea; si l'hdte est cdibataire, le service est fait par quel-

qu'une de ses jeunes parentes. Les étrangers sont toujours choqués de cet usage qui rappelle les coutumes de rextréme Orient. Il est certain qu'au moins sous certains rapports, la femme n'est pas toujours traitée, au pays basque, comme elle devrait Têtre; dans quelques localités, elle prend part aux travaux les plus pénibles et tient lieu de manouvrier. Nulle part, un homme ne donne le bras ou la main à sa femme lorsqu'il fait route avec elle : elle marche seulement à son côté, souvent même elle le suit, portant, à la façon des Australiennes, les paquets les plus lourds. Dans les jeux publics, les parties de plaisir, les assemblées, les cérémonies, les hommes et les femmes sont toujours séparés.

Les Basques boivent, suivant leur position de fortune, du vin français, du vin espagnol, du petit vin de leur crû, de la piquette, du cidre ou du jpittara (sorte de piquette do cidre).

L'habillement ordinaire des Basques a été souvent décrit. De toutes ces descriptions, celle qui m'a paru la plus exacte est la suivante : « Voici *le jeune Basgue : sa tête » est coiffée d'un béret bleu, coquettement penché sur » Toreille ; une ceinture rouge entoure sa taille droite et » élégante. » Cette ceinture, appelée zinta, est très caractéristique; elle est en soie ou en laine. Elle est presque toujours rouge en France et violette en Navarre; mais partout elle est noire, si Ton est en deuil. « Sa veste courte » est jetée sur son épaule; sa chemise est d'une blancheur » irréprochable ; des agrafes d'argent ferment ses manches, » et un bouton du mémo métal serre mollement son cou. » Là-bas, c'est le vieillard : un béret couvre aussi sa téta, » il le porte simplement incliné sur le front ; sa chevelure

» est longue et âottante;-sa chemise blanche est agrafée » comme celle du jeune homme; sa yeste est aussi négli- » gemment posée sur son épaule; il porte la culotte courte ; » des bas de laine emprisonnent «es deux jambes encore » nerveuses; sa chaussure :en cuir a pour ornement de » belles boucles d'argent. Voici un groupe de femmes. » Cette jeune ûlle est enveloppée dans une mantille noire » ornée d'une houppe retombant sur le milieu du front; sa » robe est d'une étoie modeste. Cette autre porte le man- » telet plié sur le bras ; ^ur sa tête est attaché un mou- » choir aux couleurs vires qui J^sse voir deux bandeaux » bien lisses de cheveux noirs; un petit ehftle couvre ses » épaules. Cette Basquaise avancée en Âge ^t coiifée d'un » mouchoir de mousseline blanche dont une des pointes » âotte «ur ses épaules.; 4Bon costume est simple et sévère ; » sur sa poitrine pend un modeste bijou en or » qu'on appelle un Saint-Esprii^et quia la forme d'une colombe aux ailes ouvertes, avec un cœur au-^dessus ; «cette autre ne T> laisse voiir si ses traits, ni aucun détail de son costume : x> elle est oouverte d'une grande cape noire retombant ï> jusqu'à ses pieds, «t sa tête est enveloppée par un vaste » capuchon bordé de dentelle. » (Notes manuscrites extraites d'un ouvrage inédit . )

Il Êuit ajouter que les Basquaises ont habituellement, à la campagne, des jupons de laine rouge; que les hommes, pour les travaux au bois ou à la montagne, portent des espèces de guêtres en laine brune et mettent leurs provisions dans des sacs faits uniquement en fils de coton ; que les pantalons des hommes, en velours comme leurs vestes, sont très souvent à pont. Les hommes, dans cer-

laines occasions importantes, telles que les cérémonies funèbres, ont de grands ' manteaux à pèlerine ; dans les mêmes circonstances, les femmes maîtresses de maison portent le mantelet (manteîeta).

Les Basques ne connaissent pas Tusage des cravates ; ils sont généralement chaussés d'espadrilles attachées audessus de la cheyille par deux lanières d'étoffe bleue ou rouge, qui font plusieurs fois en croix le tour de lajambe. Les hommes ont le plus grand soin de se raser complètement les moustaches et la barbe : le premier souci des jeunes soldats basques, lorsqu'ils reçoivent leur congé définitif, est de faire couper les moustaches et Timpériale que leurs supérieurs militaires leur ont imposées jusque-là ; les vieillards conservent les cheveux longs.

Jeunes et vieux, tous sont armés du makhiîa; on appelle ainsi un bâton de néflier plus ou moins travaillé, plombé à sa partie inférieure et terminé par un trèfle de fer ; la partie supérieure, qui a le plus petit diamètre, est garnie d'une armature en cuivre et porte une lanière de cuir, double et terminée par un gland ou un nœud, qui peut servir à suspendre le mahhila au poignet de son propriétaire. L'oxtrémité de cette armature est souvent à vis et cache une longue pointe de fer destinée à piquer les bœufs. A une certaine époque, la police de Bayonne proscrivait impitoyablement le makhila, qui a occasionné maintes fois de graves accidents au milieu des rixes qui éclatent si fréquemment les jours de marché ou de fête entre les Basques, les Gascons, les Béarnais et les Espagnols.

Les femmes ont généralement des souliers et des bas les dimanches et jours de fêtes; les jours ordinaires elles

portent des espadriUes peut-être un peu moins grossières que celles des hommes. Il est presque inutile de dire à ce propos que ces jolies pantoufles ornées de rosaces, do rubans bleus et rouges, qu'on vend fort cher aux étrangers à Biarritz et à Saint-Jean-de-Luz, ne se portent pas dans le pays.

Le costume dés Basques a nécessairement varié suivant les époques.

Aarsens de Sommerdick en 1666 et de Lancre en 1609 s'accordent pour représenter les Basquaises comme ayant coutume de relever leurs robes sur leur tôte, afin de montrer les plis de leurs jupes. De Lancre ajoute* que les femmes mariées cachent entièrement leurs cheveux sous des coiffes de divers genres et que les filles portent au contraire les cheveux épars. Oihenart, écrivain basque, dit également en 1638 que les Basquaises qui ne sont pas mariées ont leur chevelure libre et découverte. Le président de Thou, lors de son voyage à Bayonne en 1582, avait cru remarquer que les Basquaises avaient des costumes différents pour chaque âge et chaque état, pour les cérémonies funèbres, pour celles des noces et pour les processions ; il ajoutait que a si Ton voyait ailleurs des gens vêtus à leurs manières, » on croirait qu'ils se sont déguisés exprès pour faire riro » sur un théâtre ou pour aller en masques ».

Un ancien tableau, conservé au palais de la députation à Tolosa, donne un spécimen des coiffures, toutes différentes et aujourd'hui inusitées des femmes de la côte guipuzcoane.

Andres de Poça, en 1587, fait une. description complète du costume des Biscayens. Il dit que les femmes mariées

ont les cheveux rasés et la tête couTerte d'un Téritable turban ; elles portent des jupons extrêmement plissés faits chacun de sept aunes d'un drap large de sept quarts (d'aune), qu'elles se ceignent la poitrine juste au-dessous des seins ; enfin que de leurs épaules tombe une *très courte cape. Les filles, ajoute-t-il, vont en taille, sans manteau, les cheveux ras sauf au â?ont et aux tempes, et la tête nue ; leurs chemises et leurs jupons sont fort courts. Quant aux montagnards, ils sont revêtus d'une jaquette ouverte des deux côtés, d'un bonnet, qui ne garantit ni du soleil ni de la pluie ; le cou et la poitrine restent découverts et les jambes nues jusqu'à la cuisse ; ils portent constamment c< un coutelas large et court, sans aucune poignée, une lance et un ou deux dards ».

Abel Jouan qui accompagna, en 1564, Gharles^ IX à Lahonce, Hendaje et Béhobie, dit que les filles mariées sont « toutes tondues »; Sébastien Moreau, qui suivit François I®*" lors de son retour d'Espagne, affirme que les femmes ont sur la tête des grandes cornes. Un siècle après, de L ancre remarqua également que les femmes mariées ou les veuves ont sur leur coiffure des « morions ou tourions » avec ou sans crête, ornement qui parait fort indécent au digne et sévère magistrat.

L'affirmation de Poça relativement aux dards que les Basques tiennent toujours à la main est confirmée par tous les auteurs de son temps et par ceux du moyen âge. De Lancre dit notamment que les prêtres du pays voyagent d'ordinaire « la demi-pique en main et avec trois ou quatre belles filles ». M. Francisque Michel a cité un passage de la vie de Louis-le-Débonnaire {Historia Franconnn scriptûres,

t. II) OÙ il Qst dit que ce prince all£dt à la rencontre de son père, dans le costume des Vascons, c'est-à-dire avec un manteau rond, des braies^ bouffantes, une camisole à manches ouvertes, des éperons aux, pieds, et un dard à la main. Il est aussi question dé ces dards dans le tableau suivant que donne des Basques et des Navarrais du XII® siècle, lé manuscrit latin de Saint-Jacques de Compostelle dent nous avons déjà parlé :

« Les Navarrais sont vêtus de robes courtes et coupées » au genou à la façon des Écossais, en drap noir, et de san- » dales en cuir vert appelées àba/rJca, mot encore en usage, » et attachées autour du pied par des lanières. Ils portent » des manteaux de laine noirs et frangés, longs jusqu'aux » chevilles, qu'on nomme saia. Ds s'habillent, mangent et » boivent d'une façon- honteuse : toute la famille de la » maison d'un Navarrais^, esclave et maître, servante et » maîtresse, mangent enj^mble, sans aucune espèce de » cuiUer, mais à pleines mains, de tous les aliments con- » fondus dans un même vase ; ils boivent à la même » coupe. Si vous les voyiez manger, vous les compareriez » à des chiens affamés ou à des pourceaux. » Et plus loin : a Partout où va le Basque ou le Navarrais, il porte sus- » pendu à son cou une corne, à l'instar des chasseurs, et » tient à la main, comme c'est l'usage, deux ou trois dards » qu'il appelle auoona, »

Chez un peuple aussi instinctivement conservateur et aussi ardemment attaché à des usages qu'il croit très anciens, on s'attend à trouver des fêtes et des cérémonies particulières. Il n'en est pas tout à fait ainsi.

Les cérémonies funèbres présentent pourtant quelque

originalilé. « Le culto des morts est en liotmeur au ]ia.yi

t basque ; chacun 7 garde pieusement le souvenir de ceux 1 qui ne sont plus. Lorsque la mort est venue faire un

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» vide dans une maison, un des membres de la famille » accomplit pendant un an entier un pèlerinage quotidien » à l'église du village où une messe est célébrée chaque » jour pour l'âme du parent qu'on a perdu. Lejour.de » l'enterrement, le lehenauzo « premier voisin » (celui qui » habite la maison la plus rapprochée de celle du défunt) » porte la croix en tète du long convoi de deuil qui marche )> lentement et dans le plus profond silence. Les hommes » sont tous drapés dans des manteaux de couleur sombre, » les femmes sont enveloppées de leurs capes noires ; tous » déûlent gravement un à un. À l'église, dans de petites » corbeilles d'osier, brûlent des cierges de cire jaune ; les M vapeurs de l'encens remplissent le vaisseau sacré. A un » moment donné, chacun va déposer dans le bonnet du » prêtre le prix d'une messe qui sera dite pour le repos de » l'âme envolée. » (Ouvrage inédit déjà cité. )

Dans certaines localités, la famille du défunt offre en outre neuf pains au prêtre et chaque parent lui remet une galette de froment (Fabre, Lettres lahourdines, Bajonne, 1869, p. 96).

Il paraît que, dans quelques endroits, le soir même de la mort ou dès que le convoi a quitté la maison mortuaire, on va brûler au prochain carrefour le matelas ou la paillasse du mort, et chaque passant doit dire un pater en l'honneur du trépassé. Au sortir du cimetière, on revient à la maison où un grand dîner est préparé, coutume toute naturelle dans un pays où les maisons sont très espacées et où les amis et parents ont dû souvent venir de très loin. Huit jours après, les mêmes parents vont de la même manière assister à une messe funéraire et reviennent ensuite

BASQDB8. 7

98 LES BASQTIS9

^i'asseoir autour de la table où manque un des convites habituels ; c'est ce qu'on appelle îe$ howneurs.

Les Basques sont très empressés à saisir toutes les occasions possibles de divertissement. Ils s'abstiennent difïïcilement d'assister aux fêtes locales. Les fêtes sont habituellement Foccasion d'une grande partie de paame, souvent organisée longtemps à Tavance entre les plos forts joueurs des divers villages ; aussi, à l'heure fixée, une foule énergie se presse-irolle autour de la place ; des paris, souvent très considérâmes, sont engagés depuis plusieurs jours, depuis que la partie a été annoncée par de grandes affiches rouges ou jaunes placardées dans toas les villages. Quelle que soit la durée d'une partie, personne ne songe à se retirer.

Pendant le reste de la fête, les visiteurs partagent leur temps entre l'église, l'auberge et la danse. On danse généralement dans la rue ou sur une place plantée d'aitres ; les musiciens jouent quelquefois le muUMhù, mais, pour ne pas priver les jeunes filles du seul plaisir qu'elles puissent attendre, ils jouent surtout des jotcu, des fimdangos, àe^ polkas, des achottiach et des quadrillée interminables dont les figures singulièrement variées se répétant au moins cinq ou six fois chacune. A l'auberge, cependant, un grand nombre d'hommes de tout ijgQ se pressent autour d'une petite table. Us y restent de longues heures (et même toute la nuit si la fête dure plus d'un jour) à boire, à chanter, à jouer aux cartes, à taper sur la table et à pousser des cris effroyablement aigus sous prétexte étlr-rindna.

Ce n'est pas seulement à l'occasion d'une fête locale

que les Basques désertent le travail ; quand des parties de paume, que rendent importantes le talent des joueurs et le chiffi^ des paris engagés, sont organisées pour un jour de marché ou même pour un jour ordinaire, l'empressement est toujours aussi grand. Une grande occasion de réjouis* sance se présente encore lorsqu'un veuf ou une veuve se remarie : toute la jeunesse du village va donner aux époux, même avant le jour des noces, le plus formidable charivari qu*on puisse imaginer.

Le jeu de cartes que les Basques préfèrent est le mtiss. C*est un jeu évidemment emprunté aux Espagnols. Il se joue toujours avec des cartes espagnoles où, comme on le sait, le carreau est remplacé par la rosé, le cœur par la coupe, le irè/le par le bâton, le pique par Vépée, Une partie se compose de six points, appelés hamarreh) (dizaines) ; il faut cinq jetons, valant par conséquent deux unités chacun, pour faire un point. On commence par écarter, si l'adversaire y consent, autant de fois que l'on veut, le plus beau jeu consistant à faire 31 points. Puis, on ne jette aucune carte sur la table, mais on propose à son adversaire un nombre de jetons quelconque, en pariant qu'on a telles ou telles cartes, et qu'il ne les pas : s'il refuse, on a gagné un jeton ; s'il accepte, on compare les jeux et, suivant que l'on a ou non des doubles ou paires, des petits (as, deux, etc...), des grands (figures) ou du Jeu, on gagne ou l'adversaire gagne le nombre de jetons proposé. Quand on a trois doubles, qu'on appelle mediak, l'enjeu qu'on gagne est doublé ; de même, quand les propositions portent sur le jeu. L'adversaire peut, en acceptant (et pour cela il n'a qu'à dire iduki « tenu » ou datûcat « je le tiens) »

proposer un enjeu plus fort. S'il n'a rien, il répond paso (i je passe » ; celui qui lui faisait une proposition ne gagne et ne marque rien. On peut mettre en question toute la partie sur un seul coup, ce qui se fait en disant hor dago « (le jeu) demeure là ». Les Basques jouent le plus souvent au mitss, à quatre, par partenaires : il y a certains signes de convention par lesquels les partenaires s'avertissent de leur jeu à la dérobée ; c'est même, parwt-il, ce qui donne le plus d'animation et d'intérêt à la partie.

Mais le jeu véritablement préféré des Basques est le jeu de paume ou, comme on dit dans le pays, de pelote. On en compte quatre espèces, trois qui se jouent en plein air sur \e% places spéciales, le rehot, la longue et le hU ou hlaiâ, et un qui se joue dans une salle murée et couverte, le irijiqitet,

ludi.place affectée au jeu de paume est formée par un long rectangle entouré de murs de trois côtés et dont le sol est toujours soigneusement aplani. L'un des petits côtés est ouvert, mais l'autre est fermé par un mur parfaitement vertical, relativement élevé, terminé par un demi-cercle, ou de forme rectangulaire. C'est le rehot, contre lequel la balle doit être lancée. Les rebots portent généralement l'inscription suivante : debekaitia da bleka haritcea « il est défendu déjouer au blé » ; nous expliquerons plus loin la nature de ce jeu, auquel, malgré la défense, les gamins du village se livrent infïpunément à toute heure. Les murs des grands côtés sont bas ; quelques places sont dépourvues de ces clôtures latérales et se réduisent au seul rebot, mais, lorsque ces petits murs existent, ils sont assez épais pour pouvoir servir de bancs aux plus empressés des curieux :

parfois ils sont disposés en gradins. Sur quelques places, on trouve vers le nailieu de l'enceinte une sorte de colonnette fixe, haute de soixante à quatre-vingts centimètres, c'est le htd ; d'ordinaire il est en bois et portatif.

Une partie de pelote au rehot est fort intéressante. Les joueurs sont en bras de chemises ; chaussés d'espadrilles, coiffés d'un béret, ils ont leur main droite armée d'un gant ou raquette en cuir ou en osier ; les gantelets en osier, plus longs et plus répandus aujourd'hui que ceux en cuir, sont appelés f/iM/m. Une partie se compose ordinairement de treize jeux ; chaque jeu comprend quatre points nommés quinze, trente, quarante et le jeu. Un crieur, debout à droite du rebot, annonce le résultat de chaque coup.

Les joueurs au nombre de huit, six ou quatre, se partagent en deux camps. Supposons qu'ils soient six ; l'un des trois du parti de la défense se place auprès du rebot, un second à quelques pas en arrière et le dernier sur une ligne qui est tracée sur le sol à environ quarante mètres du rebot et qu'on désigne sous le nom de ligne du paso. Devant le hut, est le premier joueur du parti de Tattaque, un de ses compagnons se place tout au bout de la place et le troisième se met à égale distance des deux. C'est le joueur qui est au but, et qui se nomme pour cette raison le buteur, qui commence : il lance la balle à main nue sur le but de façon à ce qu'elle vienne rebondir sur le rebot ; son adversaire placé au pied du mur saisit au vol la paume avec sa raquette et l'envoie à l'autre bout de la place. Le joueur ennemi posté à cette extrémité cherche à son tour à l'attraper et à la renvoyer en avant. On appelle rechasseurs les joueurs qui ne sont placés ni au but, ni au rebot.

Le point est gagné par le parti qui a le dernier envoyé la pelote dans le camp adverse où elle n*a pas été relevée, à moins que la balle ne soit tombée ho€9 de reoceinte, auquel cas il y a a faute nfàlta, ce qui fait gagner le point aux ennemis. Le point n*est ni gagné ni perdu si la balle n'est arrêtée entre la ligne du paso et une ligne tracée à deux mètres en avant du rebot ; dans ce cas, on tire une raia, qu'on nomme une chasse, là où la balle est tombée et, pour < la dispute du point, cette chasse remplace la ligne Axxpaso, On ne peut faire plus de deux chasses ; après la deuxième le point est définitivement gagné ou perdu, mais les deux camps changent de place ; le htdeur passe au rebot et le joueur adverse qui était au pied du rebot le remplace près du but ; les rechasseurs permutent aussi.

Si les deux partis ont fait alternativement les trois premiers points, c'est-à-dire, s'ils ont chacun qtummie, on dit qu'ils sont à deux; le premier qui gagne ensuite ne fait point le jeu, il demeure à quarante, mais le parti adverse perd un point et ne marque plus que trente. Au point quarmUi, il suffit d'une chasse pour amener le chaas^-croisé des joueurs. Les jeux s'égalisent souvent ainsi j^usieurs fms de suite.

Les coups douteux sont jugés par un jury de quatre oa six membres désignés en nombre égal par chaque oamp. Leur décision est souveraine, sauf appel des joueurs au public. Si l'un des joueurs fait cet appel en criant : phua ! « la place », les juges circulent dans les rangs des spectateurs et recueillent les avis. L'opinion de la minorité est décisive et irrévocable.

La longue, appelée par les Basques Je laeho, ne àii^re

HABITATIONS ET MCEDRS 403

du jeu précédeat que par l'absence du rebot. Lorsqu'on jolie de cette manière sui* les places, le but, qui est ordinair^Q[ient à un ou deux mètres en avant de la ligne du paso, se transporte à la même distance d'une autre ligne ta^acée à une distance double c'est*à-dire à quatre-vingts mètres du rebot. Dams le laeho, cette dernière ligne représente la ligne du paao; celle-ci joue le rôle de la ligne i^tùée à deux mètres en avant du rebot dans le jeu ordinaire ; c'est donc entre ces deux lignes, c'est-à-dire entre les' deux positions possibles de la ligne dupaso que le^ liasses ont lieu dans la longue.

Le trinquet se joue dans une salle rectangulaire ordinairement couverte. « La règle de ce jeu, dit Chaho, conx> siste à faire passer chaque fois la paume par-dessus une » corde tendue à la hauteur de quatre pieds, au milieu » d'un carré étroit, dont les angles rendent la direction jo de la balle fort irrégulière et obligent les joueurs à » lutter contre ces difficultés réunies par la précision du -» coup d'œil, par la souplesse des mouvements et la » promptitude des coups, en évitant de se heurter et de » s'embarrasser les uns les autres. »

Quant au bU, bled ou bJaid, c'est tout bonnement le jeu bien connu et vulgairement appelé en France « la balle au mur ».

En résumé, ce jeu national de la pelote est un jeu purement espagnol qui diffère par de simples détails du grand jeu de paume français si connu aux deux derniers siècles. On sait quel rôle a joué dans l'histoire révolutionnaire l'une de nos salles de jeux de paume. Les parties comptaient ordinairement six ou huit jeux divisés en soixante points qu'on

comptait par quinze, trente, et quarante-^nq ; il y avait des chasses et des à deux. Il y avait même des à deux de jeu (rexpression nous est restée dans la vie ordinaire), lorsque les deux camps atteignaient le nombre de jeux voulu moins un, sept ou cinq par conséquent. Le premier qui gagnait conservait les sept ou cinrj jeux ; mais Tautre en perdait un et n'en comptait plus que six ou quatre.

Un autre amusement très commun dans une certaine partie du pays basque et principalement dans la Soûle, consiste dans la représentation d'une pastorale. ' *

On nomme ainsi des pièces de théâtre, dont aucune n'a jamais été imprimée ; elles se transmettent de génération en génération par des copies manuscrites exécutées avec assez peu de soin. Les scribes du pays ne pouvaient avoir le souci de conserver à ces compositions leur forme exacte et, préoccupés seulement du fond, faisaient à chaque copie les corrections nécessaires pour que le texte demeurât intelligible à tous.

Une particularité remarquable des pastorales basques, c'est qu'elles ne sont conservées que dans la Soûle, c'est-àdire dans les deux cantons français de Tardets et de Mauléon ; là seulement on en joue quelqu'une chaque année, malgré la défense des curés, à l'occasion de quelque grande fête locale. On prétend, en effet, que tout n'est pas, dans ces vieux dialogues, d'une stricte orthodoxie • en outre, ces représentations occasionnent un grand concours do spectateurs et peuvent donner lieu à certains désordres.

Chaque pastorale est précédée d'un long prologue qui résume tout le scénario, et terminée par une moralité appropriée au sujet. Ces deux tirades sont débitées avec

emphase par run des acteurs qui arpente majestueusement le devant de la scène et récite alternativement un couplet à droite, un à gauche et l'autre au milieu, en faisant face au public. L'emphase est d'ailleurs traditionnelle ainsi que le ton, le geste, le rhythme et le costume des acteurs. Les jeunes paysans, caries pastorales sont rarement jouées par des personnes âgées de plus de vingtcinq à vingt-six ans ou par des hommes mariés, les jeunes paysans ou les jolies villageoises (car les acteurs sont tous exclusivement des jeunes gens ou des jeunes filles) qui ont résolu de monter une pastorale prennent de véritables leçons de récitation auprès des anciens ; les répétitions exigent de longs mois, et il n'est pas rare de rencontrer de pauvres bergers étudiant leurs rôles au milieu de leurs troupeaux et lançant leurs répliques ardentes ou leurs humbles supplications aux échos de la montagne.

L'action est toujours très vive ; les mouvements suivent lé rhythme du chant, et, dans les scènes figurant des batailles, par exemple, les combattants avancent et reculent régulièrement en disant les deux premiers et les deux derniers vers du quatrain que mon savant ami M. Wentworth Webster compare à la strophe et à l'anti-stropho des tragiques grecs.

Il paraît que, d'ordinaire, le spectacle, qui est précédé d'une promenade de « toute la troupe » dans le village, ne dure pas moins de sept ou huit heures ; mais quelle qu'en soit la durée, l'attention des spectateurs ne se dément pas une minute. Cette patience et cette contention générales rappellent tout-à-fait celles dont font preuve les Indiens dans les mêmes circonstances. A Pondichéry, pat»

exemple, les jours de fêtes nationales, un théâtre asses primitif se dresse sur la place du gouvernement, et ks amateurs y jouent les grands drames du répertoire elassique indien, plus ou moins exactement traduits en tamoul, la langue vulgaire ; la pièce se prolonge d*habitude pendant deux ou trois nuits consécutives, sans jamais lasser la longanimité des auditeurs. Il en est ainsi dea Basques : leurs impressions se traduisent par des interruptions expressives : la mort d'un héros est notamment accueillie par des « Aï ! aï 1 » universels, soulignés par les coups de fusil des gardiens ou surveillants du thé&tre.

Il eât d'usage, en effet, que quatre ou six montagnardi, armés de fusils, en bérets, pantalons blancs et biooses bleues, montent la garde des deux côtés de la scène. Celle-ci n'est, d'ailleurs, qu'un simple plancher maintenu par des solives transversales et posé sur une triple rangée de barriques. Un escalier de quelques marches y donne accès par devant ; large de huit à dix mètres et profonde de cinq à six, la scène est séparée en deux parties in^fales par un rideau, le plus souvent un drap vulgaire, ornementé de fleurs et de rubans, suspendu sur une c<»rde à une hauteur de deux à trois mètres : le tiers postérieur est ainsi réservé ; c'est là que, dans les intervalles, se retirent, par les deux extrémités, les acteurs ; c'est là que se tiennent les couturières et les ouvriers dont on pourrait avoir besoin pour des réparations urgentes aux vêtements on au matériel. Les côtés mêmes de cette sorte de foyer sont ouverts à tous les regards. Quant à la scène proprement dite, elle est absolument nue ; un gigantesque mannequin articulé, qu'on fait mouvoir par des ficelles à l'instar dés

polichinelle» d'enfantai, s'y voit cependant presque toujours, sur la droite : c'est la représentation de Mahomet, le « dieu » des « Turet » que eeux^ei et les démons saluent res^^tueusement chaque fois qu'ils entrent ou qu'ils sortant, car au fond de chaque pastorale se retrouye la lutte des chréUeas contre les musulmans. Des sièges sont aussi plaeés sur Testrade, quand sa longueur k permet, à Tusage des prineipalee personnalités du pays et des spectateurs de distinction : n'en était-il pas de même dans tous nos théâtres en France aux derniers siècles ?

L'orchestre est également sur le théâtre ; il se réduit à deux ou trois ménétriers de village, un violoniste et un ou deux de ces musici^is hasques qui jouent d'une main sur le ehircia^ espèce de flageolet rustique, tandis que de Vautre ils s'accompagnent sur un tambourin suspendu à leur ceinture.

Le théâtre est ordinairement construit sur la place principale du village, et il est souvent adossé au mûr du jeu de paume. Une autre disposition fréquente consiste à relever contre la fa^de latérale dune maison particulière ou mieux dune auberge : l'estrade est mise alors au niveau d'une des fenêtres, qui sert d'entrée aux artistes.

Les costumes ne sont point exclusivement de fantaisie. Il y a des particularités obligatoires, pour ainsi dire réglementaires : le bleu est, de temps immémorial, la couleur des bons, des Français, des chrétiens ; le rouge, celle des noéehants, des Anglais, des « Turcs», des démons; les rois doivent porter de grandes couronnes qu'on a comparées à de grosses cages d'oiseaux coniques qui seraient faites de bâtons de sucre de pomme ; les rois chrétiens ont

deux montres et deux chaînes et chaussent de petits souliers à boucles, tandis que les « Turcs » portent de grandes bottes éperonnées à lourds talons et ont sur la téta les panaches et les plumets les plus extravagants. Les monarques ont toujours sur la poitrine la croix de la Légion d'honneur, et leur sceptre est avantageusement remplacé par le màkhila, la canne basque, en néflier, dont les brillantes armatures de cuivre dissimulent un aiguillon primitivement destiné à piquer les bœufs. A ces détails habituels, le caprice individuel ajoute mille accessoires empruntés à la défi'oque des riches maisons du voisinage : l'habit noir et le chapeau cylindrique ont figuré dans beaucoup de pastorales. L'effet de ces accoutrements est d'une naïveté qui les sauve du ridicule : qu'on s'imagine Charlemagne avec des lunettes bleues, un habit bleu, des gants de coton blanc, un makhila, deux chaînes d'or et la croix d'honneur 1 Qu'on se représente Clarisse, la belle-fille d'Astolphe, en chapeau rond, en châle, avec des gants de coton et une immense crinoline 1 Les anges, d'ordinaire de jeunes en&nts, ont sur la tête une couronne de fleurs ; ils portent une tunique et une ceinture blanche, et tiennent constamment entre leurs mains jointes une grande croix de bois doré.

L'habillement le plus remarquable est celui des démons, le rôle le plus fatigant de la pastorale. Ils occupent presque constamment la scène, et M. Webster compare volontiers leur fonction à celle du chœur antique. Ce que les livrets appellent « satanerie », c'est-à-dire entrée des démons Bulgifer (altération inexpliquée de Lucifer), Satan, Belzebuth et même Brindamour, se termine souvent par une danse dont le pas tournant est très compliqué.

Coiffés d'un petit tricorne rouge orné de rubans et de plumets de même couleur, les « satans » ont une veste ouverte et un gilet écarlates, une ceinture de soie rouge, un pantalon blanc galonné, et ils sont chaussés d'espadrilles rouges garnies de petites clochettes. Naguère encore ils devaient porter la culotte courte et les bas de soie blancs ; cette coutume n*est plus observée. Mais la pièce la plus originale de leur costume est une petite baguette longue d'un pied environ, véritable caducée avec ses deux rubans rouges, qu'ils agitent sans cesse et dont ils ne se séparent jamais.

Les frais relativement considérables qu'entraîne la représentation d'une pastorale sont couverts, soit à l'aide des cotisations des acteurs volontaires, soit par des souscriptions ou des dons généreux, soit enfin par le produit d'une quête faite au milieu de la foule vers la fin du spectacle. Pendant toute sa durée, d'ailleurs, des rafraîchissements sont libéralement distribués à tous. Des jeunes filles, choisies parmi les plus jolies et les plus gracieuses, circulent à cet effet sur toute la place, offrant aux dames de l'eau sucrée ou de l'eau rougie, aux hommes du vin plus ou moins pur. A leur dernier tour, elles sont accompagnées de jeunes gens qui présentent des plateaux couverts déjà de menues pièces d-argent et où se dresse une superbe pomme reinette dans laquelle sont fixées plusieurs pièces d'or. Cet appel direct à la bourse des auditeurs est toiyours fructueusement entendu.

Une autre source importante de rervenus était aussi la mise aux enchères du privilège de danser, ft^rès la représentation, le premier saut hisque sur le Ûi^àlre ; les habi-

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tanta d'un même Tillage réuniisatent souvent totiteà leurs ressources disponibles pour l'emporter s«ir leurs Yolsins d'une autre vallée et obtenir des commissaires de la pastorale le droit exclusif de commencer le premier tour de danse. Le saut basque n'est efl quelique sorte d'ailleurs que le dernier survivant, le représèntatit attardé d'une abondante série de danses spéciales, aux pas variés, toujours exécuté par les hommes seuls et dont quelques-uns étaient encore connus en GuipuzcoAi il y a un demi-siècle ; on citait Ja damé de Vipée, la dàiise au pardon, le aerùnko ou « octavin », là danse du Jmré, etc.

J'aurais pu mentionner f^sirmi les distractions favorites du peuple basque les grande^ chasses à la palombe qui se font en août et en octobre, c'est- à-cHre aux époques des m%rations des oiseaux, danà les goi^es des Pjrénéee ; et aus^i l'exercice qui consiste à lancer le plus loin possible uiie ba]?re de fer nommée païmka. Mais il n'y a là riea d'original!

Au surplus, comme on l'a vu ci-dessus, jeux, coêtumes, teroeurs, iiën n'esrt bien caractéristique, rieti n*est spéeial, et tottt a vadé chez les Basques. Ils ne sauraient raisonnâblemetit s'en plaindt^e, pas plus qu'on n'aurait le droit de s^ën faire un grief co^Atré eux. Dans ce vaste univers, rien n'e^ stable, rien ne dure, et tout, comme dit le poète, « est le jouet de k fortuâe errante et capricieuse dans sa démarche irrésolue » :

Passibus amhiguis foHuna volubilis errai !

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