B I£S BASQUES
de préjugés ; ils conservent des superstitions séculaires que le catholicisme n*a pu détruire ; ils sont rivés à leurs coutumes même les moins importantes ; mais ils ont un grand fond de droiture, quoique leur ignorance, leur entêtement, Textrême vivacité de leur imagination, les entraînent fipéquemment à juger faux. Ils sont doux et complaisants, mais irascibles et redoutables dans leurs colères ; je ne crois pas qu'ils soient, comme on Ta dit, haineux et vindicatifs. Ils sont ardents et enthousiastes ; un rien les séduit, un rien les désenchante. Habituellement sérieux, ils se laissent volontiers entraîner aux jeux, aux plaisirs de la table ; leur gaieté se développe alors bruyante et intermi' nable. Us ont Tusage et le culte de Fhospitalité dans la plus lai^ acception du mot.
Les femmes, parvenues à un certain âge, sont généralement d'une dévotion exagérée et méticuleuse ; on trouve dans le pays basque, en plus grand nombre qu'ailleurs peut-être, des cas nombreux de folie amenés par Texaltation religieuse : il est à remarquer que ces accidents atteignent surtout les vieilles filles. Les mères de famille sont actives, propres, soigneuses, très attachées à leur ménage, très dévouées à leur mari et à leurs enfants. Les jeunes filles sont coquettes, enjouées, curieuses, éveillées, et elles ne redoutent aucun travail.
Le Basque est naturellement intelligent, fier et très indépendant. Il possède à un haut degré le sentiment de sa dignité personnelle. Vienne Tinstruction, et une loi récente va, en France du moins, lui en assurer les bienfaits ; viennent, par la fréquentation plus continue des étrangers, par la lecture, par Tamélioration de la vie maté-
rielle, le loisir et la faculté d'observer et de réfléchir ; — et le Basque, débarrassé du fétichisme qui l'attache encore au principe d'autorité, prendra place parmi les plus fidèles serviteurs de la République.
Il y a deux ou trois cents ans, ^i Ton en croit les nombreux récits du temps, la majorité des Basques étaient marins ; ils avaient pour spécialité la pèche de la baleine et celle de la morue à Terre-Neuve, on prétendait même que le basque était la langue commerciale du Canada. Ils ont produit un grand nombre de marins célèbres. On a dit que les Basques avaient découvert l'Amérique avant Colomb. Le lieutenant de Magellan qui atheva la circumnavigation du globe, Sébastien d'Elcano, était Basque. Mais aujourd'hui les neuf dixièmes des Basques s'occupent exclusivement de travaux agricoles. Quelques-uns, ceux des villages de la côte, sont encore marins. Un très petit nombre recherchent les carrières libérales ; ceux de ces derniers qui ont été élevés dans nos établissements d'éducation sont généralement de médiocres mathématiciens, mais ils prennent beaucoup de goût aux études littéraires : la Faculté des lettres de Bordeaux cite toigours des Basques parmi les plus Ibrts bacheliers qu'elle a reçus. Ils ont de grandes aptitudes pour les choses d'imagination, notamment pour la poésie. Quant à la philosophie, s'ils se décident à abandonner les stériles discussions de la théologie catholique, 4î'ast^|tf>ur se lancer dans les théories les plus spiritualistes, les plus spécieuses et les plus spéculatives. Ils apprennent les langues aisément et utilement.
Ces vaillantes et fières populations, à l'esprit aventureux et rêveur, ont produit quelques hommes de lettres et
notamment le poète espagnol Alonzo de Ercilla, mais le ee^
veau des Basques est rebeUe aux sciences positives. Doués d*un grand fonds de mysticisme, ils peuvent revendiquer la paternité d'une des plus remarquables institutions des temps modernes qui a poussé si vivement la religion romaine dans la voie du surnaturel, je dois parler du Jésuitisme : Ignace de Loyola et François-Xavier * étaient Basques.
Mon savant ami, M. Wentworth "Webster, qui a mis le premier ce fait en lumière, leur attribue aussi un sens pratique dont j'ai toujours douté pour ma part, et dont il trouve la preuve dans Ite régime a forai » des provinces basques, dans ces fameux fueros dont il a été question dans un précédent chapitre.
D'où viennent donc ces hommes qui ont éprouvé la rare malechance ou la cruelle nécessité de tout emprunter, sauf leur langage, à des peuples plus jeunes qu'eux ou plus tard venus dans les régions qu'ils habitent ? D'où vient leur langage, ce respectable monument d'une antiquité si reculée que le souvenir s'en est entièrement perdu ?
S'il est un problème histoiique intéressant, c*est à coup sûr celui de l'origine des Basques. Ce petit peuple, relégué, oublié pour ainsi dire, au pied des Pyrénées occidentales,
*■ Xavier n'est pas autre chose que le nom basque très commua Suhaberry^ Etcheherry ou Etcheverry, Ou sait que, dans la bouche des Gascons, des Espagnols et des Basques, le ft et le v se confondent, ce qui a permis à un érudit des derniers siècles d'écrire : felice$ pojmli çutbus vivere est hibere!, . Dans l'ancienne orthographe espagnole» œ représentait notre ch français. Enfin, dans les noms de lieux et de personnes basques, la voyelle initiale et la voyelle finale sont souvent supprimées : Echaberry a donc donné successivement EchaveiTy^ Xaverryt Xaver, Xavier,
aux bords de cet Océan où durent s'arrêter nos ancêtres les Celtes ; ce petit peuple, sans originalité sociale, sans nationalité politique, ne présente comme caractère distinctif bien établi que son étrange et remarquable langage. Cet élément, de premier ordre du reste, suffit pour démontrer Tantériorité relative d'une race, d'une tribu, d'un groupe d'hommes qui parlaient basque. Quand les Celtes, ou mieux quand les avant-gardes de l'émigration indoeuropéenne, si cette expression n'est pas excessive, arrivèrent en Europe, ils y trouvèrent au moins une population déjà maîtresse du sol, issue d'une race différente de la leur et qui parlait un idiome d'où procède Vesctcara de nos jours.
Mais cette race était-elle, elle-même, primitive ? N'étaitelle pas, elle aussi, venue d'une autre partie du monde et n'avait-elle pas chassé, détruit, absorbé, les représentants d'une race plus anciennement établie au même endroit et dont elle avait pris la place ? Dans quelle région moderne du monde trouve-t-on des peuples qui lui soient congénères î Enfin, par où avait-elle passé, quel territoire occupaitelle exactement, et qu'est-elle devenue devant l'invasion aryenne ? Telles sont les principales propositions qui constituent ce que j'appelle le problème de la question basque.
La réponse à ces diverses questions n'a point été donnée encore ; mais on s'est lancé à corps perdu dans le domaine illimité de la fantaisie et de l'hypothèse.
On a fait des Basques les descendants des anciens Africains ; les parents des Phéniciens, des Américains ou des Celtes ; les représentants des Alains ou des Suèves ; mais ce ne sont là que des hypothèses et le problème de l'origine des Basques demeure tout entier irrésolu.
BASQUBS. 6