‹ Les Basques et le pays basque, moeurs, langage et histoireChapitre 4 sur 20 · HISTOIRE RELIGIEUSE, CIVILE ET POLITIQUE — FUEROS · texte numérisé non relu

HISTOIRE RELIGIEUSE, CIVILE ET POLITIQUE — FUEROS

Je ne prétends pas faire ici toute Thistoire du peuple basque ; il n'est pas possible d'ailleurs d'entreprendre un travail de cette nature, car les documents et les renseignements précis font entièrement défaut. Les Basques n'ont aucune légende, aucune tradition, aucun souvenir historique. Ils n'ont en tout et pour tout que leur admirable idiome ; mais, au point de vue historique, on ne saurait, jusqu'à présent du moins, en retirer aucun indice.

Au surplus, il est vraisemblable que jamais il n'y a eu, dans le sens propre du mot, de nationalité basque. L'existence dans toute l'Espagne, dans le midi de la Gaule, en Italie et jusqu'en Sardaigne et en Corse, d'une seule et même race qui parlait une langue parente du basque, n'est qu'une hypothèse sans fondement sérieux. Il est au contraii'e infiniment probable que les Basques n'ont jamais été, aux époques les plus reculées, qu'une tribu peu nombreuse, cantonnée dans quelques vallées des Pyrénées occidentales,

et dont Tétat de civilisation était des plus rudimentaires. Du moins leur langage, à en juger par le basque moderne, était très pauvre : point d'expressions indiquant des idées abstraites ; point de « Dieu », de « loi », de « roi r. ; point ou très peu d'ustensiles domestiques ; pour arme, une ft hache » dont le nom, Jiaizkora, paraît dérivé du moi haitz « pierre, rocher». Les animaux et les végétaux reconnus et utilisés étaient peu nombreux. Lç vocabulaire pastoral est bien mieux fourni que le vocabulaire agricole. Chaque mot présente un grand nombre de synonymes, ce qui pourrait indiquer que les tribus antiques communiquaient peu entre elles ; les expressions générales manquent : par exemple, chaque espèce d'animal ou chaque essence d'arbre a son nom, mais il n'y a point de mot pour c< animal » ou* pour « arbre » ; on ne peut pas dire « sœur », mais on distingue la sœur d'un homme de celle d'une femme. C'est là l'indice d'un état mental peu avancé.

Je verrais volontiers une preuve de cet état pour ainsi dire sauvage des vieux habitants des Pyrénées dans quelques passages des historiens du moyen âge. Il y est parlé des populations montagnardes : qu'on les appelle Gantahres, Vascons, Vaccéens, etc., on est i|nanirae à les dépeindre sous des traits aussi peu flatteurs que possible. Les pèlerins qui traversaient les Basses-Pyrénées il y a huit ou neuf siècles redoutaient extrêmement leur rencontre. En l'an 1120, l'évéque de Porto dut se dépouiller de ses vêtements pontiflcaux et prendre l'habit et les allures d'un mendiant pour passer ^ain et sauf au milieu de ces hommes « assassins, toujours prêts au mal, cruels et effrénés », qui parlaient « une langue inconnue ». C'étaient eux sans doute

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qui, trois cents ans auparavant, avaient pillé les bagages de l'amère-garde de l'armée fraoque et tué Roland, préfet des marches de Bretagne ; le coup fait, ils se dispersèrent

Croix de Charlemagne i Uoncevaux

rapidement cet accident bistonque d une fort mince importance est devenu comme chacun sait la source d un vaste cycle légendaire Un Français, Âimeric Picaud, s'en fut en pèlerinage à

Saint-Jacques de Compostelle, vers le milieu du xii° siècle. Il y laissa un précieux manuscrit qui nous a été conservé et où se trouve un itinéraire très complet. Si ce codex est authentique, les Basques de cette époque étaient déjà bons catholiques en ce qui concerne l'assiduité aux offices ; mais ils exploitaient, pillaient, détroussaient sans scrupule les voyageurs ; ils les soumettaient même à un genre de supplice assez original, ils les « chevauchaient comme si c'eussent été des ânes ». Ds leur offraient pour traverser les rivières des bateaux très petits où ne pouvaient entrer les montures qu'on devait tirer après soi dans Teau par la bride, aussi les accidents étaient-ils très fréquents, mais les mauvais passeurs ne repéchaient point les étrangers dont ils prenaient sans vergogne les juments et les bagages. Que si la traversée avait été heureuse, ils brandissaient leurs armes, au moment où le voyageur allait payer le prix fixé par un tarif immémorialement accepté (une obole par homme et un écu par cheval), et exigaient une somme double ou triple, même des pèlerins qui, d*après les conventions, étaient exempts de tout impôt. Une sentence formelle d'excommunication fut rendue, au troisième concile de Latran, en 11*79, contre les « Basques et Navarrais » qui (c exercent tant de cruautés contre les chrétiens, gâtant et dévastant tout à la façon de païens, sans épargner les vieillards, les pupilles, les veuves, les enfants, sans avoir aucun égard au sexe ou à Tâge ».

Le témoignage des hagiographes n'est pas moins affîrmatif. Le pays basque a produit, à l'époque où ses habitants furent convertis au christianisme, époque d'ailleurs incertaine, un certain nombre de saints. Or, le plus important

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de ces personnage, saint Léon, premier évéque de Bayonne, arrivait de Normandie. Envoyé par le Sacré Collège pour convertir l'Espagne, il rencontra des « Basques pillards » dont il ne comprenait point le langage. Après avoir pénétré dans les forêts des « Basqnes et Navarrais », il revint à Bayonne où a fut assassiné par a des pirates très cruels et des satellites du démon». Cet événement aurait eu lieu le !•* mars 844 ou 904 de notre ère. Saint Léon est célèbre, comme saint Denys, saint Gaudens, sainte Solange et beaucoup d'autres, pour avoir porté sa tête dans ses mains après sa décollation.

On a attribué la même aventure merveilleuse à une autre sainte, originaire du pays, sainte Eusébie. Elle était fille de sainte Rictrude et de saint Adalbald. Ce dernier, envoyé par Dagobert en Vasconie, y avait épousé Rictrude, fille d*un grand seigneur du pays ; elle était « dévouée & Dieu, au milieu de gens adonnés aux pratiques diaboliques y> qui plus tard assassinèrent son mari.

Vers la même époque, un autre évéque, saint Amand, chassé parDagobert dontilkvait blâmé « Tincontinence i», se réfugia chez Charibert, duc d'Aquitïdne, qui avait battu les Vascons en 631 et avait annexé leur pays à son domaine. Il passa « chez ces peuples où il espérait obtenir les palmes du martyre, à cause de leur férocité ».

Déjà, Prudence, au quatrième siècle, avait parlé de la « brutalité païenne des Vascons ».

Il est donc bien difficile, à moins d'admettre une décadence sans exemple, d'assimiler les Basques aux antiques populations de l'Espagne et de l'Aquitaine dont les auteurs classiques nous ont transmis les noms et ont esquissé les

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