‹ Les bastonnais [microforme]Chapitre 28 sur 96 · S & Ÿ J AQ] IS · texte numérisé non relu

S & Ÿ J AQ] IS

Et ses lèvres ? Pourquoi devinrent-elles blanches et immobiles comme le marbre, sans pouvoir articuler une seule parole ?

Il y eut un silence d’une profonde solennité qui jeta Pauline dans la perplexité. Elle craignaiït d’en avoir trop dit, autant pour son bien que pour celui de son ami. Mais cette appréhension se dissipa bientôt au toucher de la main de Zulma appuyte sur la sienne. Le regard profond et pénétrant dont celle-ci couvrait sa compagne, expliquait bien mieux que des paroles qu’elle comprenait tout et sympathisait généreusement avec son amie.

—$ans doute, dit-elle en riant, si vous vous inspirez de l’opinion du lieutenant Hardinge, vous ne pouvez avoir une bien haute idée des Américains el je suppose que ce gerait perdre mon temps que d'essayer de combattre cette opinion.

— Heureusement, le résultat de la guerre ne dépend pas de l’oninion de deux jeunes filles comme nous, reprit Pauline, d’un air raisonneur qui lui était complètement étranger et qui fit rire sa compagne de nouveau.

—N'importe, dit Zulma. Faisons quelque chose qui soit plus conforme au caractère de la femme. Allons voir ces nouveaux soldats.

—Très bien. Je} pourrai peut-être | ainsi apprendre quelque nouvelle de mon père.

Elles sortirent de la maison et se mêlèrent à une foule d'hommes, de femmes et d’enfants, se dirigeant vers les remparts. En arrivant aux mu railles,.elles les trouvèrent garnies d’une rangée dc gens parlant et gesticulant avec la plus grande animation. Les uns parlaient à haute voix, d’autres criaient de toute la force de leurs poumons ; ceux-ci agitaient leurs chapeaux, ceux-là faisaient flotter au vent leurs mouchoirs attachés au,bout de :eurs cannes, comme des drapeaux, et quelques-uns faisaient ouvertement des signaux de bienvenue aux rebelles, .. sastiat . bises

L'armée d'Arnold était 14 rangée devant eux, déployée en doulila

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colonne ouverte, sur les plaines d'Abraham. Les soldats avaient brossé leurs uniformes, fourbi leurs armes et s'étaient donné la meilleure apparence possible. Ils n'étaient pas plus de sept cents, mais une judicieuse évolution. des ailes faisait paraître l’armée plus nombreuse. Quelques-uns des officiers paraissaient très bien mis, ayant revêtu les uniformes de grande tenue qui n'avaient pas servi depuis que l’expédition avait quitté Cambridge deux mois auparavant.

Pauline et Zulma occupaient, au milieu d’un groupe nombreux, une bonne place d’où elles pouvaient voir tout, et entendre, en même temps, les commentaires de la foule.

—Pourquoi les Bastonnaiïis ne viennent-ils pas ? disait un vieux Français en relevant d’un air crâne son bonnet de Jaine bleue sur le côté. Ce sont des imbéciles. Ils ne comprennent pas leur chance.

—Vous avez raison, répondait un autre vieux près de lui. Si le général des rebelles le savait seulement ! Les portes ne sont pas convenablement gardées et les palissades ne sont qu’à moitié faites, Il pourrait s’élancer en avant et s'emparer de la ville par un coup de main.

Cette conversation était frappante et plus tard, après la fin des événements, Zulma avait coutume de dire qu’elle exprimait la vérité. Si Arnold avait tenté un assaut sur Québec, ce matin de rovembre, Sanguinet et d’autres chroniqueurs nous assurent qu'il se, serait emparé. Cela aurait suffi à l’immortaliser et aurait epr gné au monde le scandale du traître le plus lâche des temps modernes.

Le dialogue ci-dessus se débitait à droite de Zulma et de Pauline. À leur gauche se tenait le suivant entre deux Anglais, un auber. giste et un matelot,

—S$i notre commandant faisait une sortie contre ces gueux-là, il les balayerait dans le Saint-Laurent, disait le matelot.

—Ou bien, il ferait prisonniers la plus grande partie d’entre eux, répondait l’aubergiste.

C'était là une opinion toute contraire à la première que nous avons rapportée et cependant, elle aussi a été exprimée dans la suite par des historiens. La garnison de Québec était forte de quinze cents hommes et bien pourvue d'armes et de munitions. L'armée américaine ne comptait que la moitié de ce nombre, et ses soldats étaient pauvrement vêtus et mal armés. Les Anglais avaient une base d'opérations et une place de retraite dans Québec. Les continentaux n’avaient d'autre ligne de retraite que le vaste Sa. Laurent et quelques canots d’écorce qu’une douzaine de

torches auraient facilement pu détruire. Qui sait ? Il s’est peutêtre perdu ce jour-là une grande occasion d'acquérir de la gloire.

—Je voudrais les voir se précipiter à la rencontre des Américains, dit Zulma à Pauline Mais l'ombre de Montcalm plane sur eux. Si le marquis était resté dans ses retranchements, nous n’aurions jamais été conquis par les Anglais. Si les Anglais voulaient seulement suivre aujourd’hui son mauvais exemple! Elle se mit à rire de bon cœur.

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