‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 100 sur 152 · II · texte numérisé non relu

II

Les opérations offensives commencèrent le 23 juin lSo4. Charles de Bourbon entra en Artois, « brûlant et ruinant toute la contrée où il passait », pendant que le connétable, après une démonstration contre Avesnes, se dirigeait vers Givet par Maubert-Fontaine, Chimay et Marienbourg, où le roi le rejoignit.

Le duc de Nevers marcha sur Givet par la rive droite de la Meuse, et Y armée du roi se trouva rassemblée devant cette place, le 3 juillet, dans deux camps séparés par la Meuse.

De Givet, l'armée remonta le fleuve, en suivant ses deux rives pour s'emparer de Dinant et de Bouvignes ; puis, tournant brusquement à l'ouest, elle atteignit la Sambre, dont le duc de Savoie occupait la rive gauche. Cependant le passage s'opéra sans combat le 19 juillet; les Français se dirigèrent vers Cambrai et le Quesnoy, « laissant derrière eux, pour leurs brisées, feux, flammes, fumées et toutes calamités. »

Philibert-Emmanuel, n'ayant pas des forces suffisantes pour engager une bataille, se contenta de les suivre de logis en logis, « en dressant sur leurs derrières toutes les alarmes qu'il put. » Pour se garder des retours offensifs, le gros des Impériaux marchait en bataille au milieu des chariots à bagages, enceinte mobile que les arquebusiers garnissaient rapidement en cas d'alerte (Fig. 236).

Le 1" août, le prince de la Roche-sur-Yon , « après avoir fait un merveilleux dégât dans le comté d'Artois »j

STRATÉGIE OFFENSIVE (loS'i). 467

opéra sa jonction avec l'armée royale k Crèvccœur-sur- Escaut, au-dessus de Cambrai.

Fig. 236. 1

Quand Henri II se vit entouré de 50.000 hommes aguerris et intrépides, il résolut de livrer bataille à l'armée que Charles-Quint avait réunie devant Arras.

Il entra dans le comté de Saint-Pol pour y provoquer le vieil empereur par de nouveaux incendies ; puis il s'arrêta, le 8 août, à Fruges, entre Hesdin et Thé-

' Fac-similé d'une vieille estampe allemande. « Les Espagnols onlourcnt leurs armées en marche d'un triple rang de chariois, enchaînés les uns aux autres , dans lesquels sont enclos en sûreté 3 bataillons d'infanterie et la cavalerie; les fronts sont hérissés de piques et garnis d'arquebusiers^ tellement que la cavalerie ennemie ne sait comment attaquer une telle ordonnance. » (Gaspard de Saulx-Tavannes).

rouanne, et fit sommer les châteaux de Renty et de Fauquembergues', « qu'il trouvait grandement préjudiciables à son comté de Boulonnais. »

LE CHATEAU DE RENTY (août i'ô'o't).

Les gouverneurs impériaux ayant refusé de se rendre, l'armée quitta Fruges le 11, et vint prendre position sur les deux rives de l'Aa, entre Renty et Fauquembergues.

Le connétable passa avec l'avant-garde sur la rive gauche et fortifia son camp, afln d'obvier à toute surprise et de couper le chemin aux secours.

« Pour mieux acertener l'Empereur du siège de Renty, il fit affûter sur le haut de la montagne, du côté de Montreuil (au sud-ouest), quatre coulevrines qui commencèrent à battre les défenses, pendant qu'on amenait la grosse artillerie des villes de la Somme. »

Des ponts de bateaux furent jetés sur la rivière, afin d'assurer la communication de l'avant-garde avec le camp du roi, établi sur la rive droite.

La cavalerie légère du duc d'Aumale campa autour

> • Le duc de Vendôme quitta l'armée à l'abbaye de Fercamp avec de la gendarmerie, de la cavalerie, bon nombre de gens de pied et quelque artillerie, pour aller sommer le château de Renty ei pour savoir s'il y avait garnison dans celui de Fauquenibergues, qu'il délibérait de forcer avec tous les petits forts des environs, afin d'amasser le plus grand nombre d'artillerie, la nôtre étant éventée ou démontée, et la plus grande partie de nos poudres et munitions ayant été consumée devant les villes et châteaux pris pendant la campagne. » (Rabutin.)

LR CHATKAU DR RRNTY {VôlVi-}. 4G9

de Fauquembergues *, pour garder les j^onts et observer la rivière.

François de Guise, « qui commandait en la bataille», avait pris position dans la plaine accidentée d'Audinethun, en arrière d'un grand vallon (W), large de

JE.Hdrdy

130 pas et creux d'autant, dominé au nord-est par les rampes boisées du plateau de Merk-Saint-Liévin.

Charles-Quint hésitait à secourir Renty et surtout à risquer une bataille ; mais son neveu Philibert-Emma-

^ « Dont ce château était tellement enveloppé qu'un seul homme n'y eût su entrer sans être découvert. » (Rabutin.)

miel et Fernand de Gonzague, qu'il avait rappelé du Milanais avec l'élite de l'infanterie italienne, le supplièrent de relever le gant du roi de France.

Le chef de ses pistoliers à cheval, Wolfgang de Schwatzemberg, qui « présomptueusement portait en sa cornette un renard mangeant le coq gaulois', » lui jurait que ses 2.000 reîtres, ses diables noirs comme on les appelait, passeraient sur le ventre à toute la gendarmerie de France.

L'empereur consentit à se porter d'Arras sur Thérouanne, et, le 12 août, il prit position sur le plateau de Merk, en avant du bois Guillaume'' ^ qui le séparait du camp de Henri IL

Ce bois était bien gardé ; « François de Guise y avait embusqué, dans de petits cavins ^ 300 arquebusiers (.4), en laissant à découvert sur la lisière quelques corselets (C) pour que l'ennemi, s'adressant d'abord à eux, fût plus facilement entouré et tiré par lesdits arquebusiers ».

Journée de Fauquembergues (-13 août 1oo4)

Le 13 août, à la pointe du jour, une reconnaissance allemande vint donner dans l'embuscade, perdit beau-

* Gaspard de Saulx-Tavannes.

2 « Il y avait entre eux et nous, au-dessus de Fauquembergues, le hois Guillaume que l'empereur délibérait d'occuper, pour nous empêcher de donner l'assaut à ce château et nous contraindre, à coups de canon qu'il ferait tirer contre notre camp, de déloger et d'abandonner la place. » (Rabulin.)

3 Ravins.

JOL'RMiR DF FAUQUEMBERGUES M 3 noilt lim). 471

coup do monde et s'enfuit en désordre, en rapportant à l'Empereur que le bois était défendu par des forces énormes'.

« Cependant les Français ne laissaient pas refroidir leur artillerie. Dès le matin, la batterie contre le château de Renty avait été continuée plus furieusement qu'auparavant ; de sorte qu'en peu d'heures il y eut deux brèches; presque raisonnables pour donner l'assaut.

« De quoi l'empereur averti fut tellement fâché et dépité que, ce jour même, i3 août, environ midi, il fit décharger une volée d'artillerie pour avertir ceux de dedans de son secours, et, contre l'avis des principaux de son conseil, il mit tout son camp en ordonnance de combat, pour gagner le bois Guillaume et en chasser les Français. »

L'attaque du bois fut confiée à l'élite de l'armée impériale : 2.000 chevau-légers (P), commandés par le duc de Savoie, et 4.000 arquebusiers (F), sous Fernand do Gonzague, choisis parmi les plus expérimentés et

1 « Un peu avant le point du jour, les sentinelles prévinrent le duc de Guise qu'elles avaient entendu un grand bruit et découvert grand nombre d'arquebusiers ennemis ; lui-même, les ayant entendus et aperçus, admonesta ses gens de ne se point découvrir, jusqu'à ce qu'ils vissent l'ennemi à une portée bien assurée ; puis il se retira au corps du guet(D), qui était plus reculé en la plaine, devers notre camp. Les Impériaux, s'acheminant avec cris et tirant de loin arquebusades, entrèrent dans le bois, qu'ils suivirent tant avant, sur le rapport de leurs découvreurs (éclaireurs), qu'ils furent enserrés dans notre embuscade avant de l'avoir découverte. Soudain nos arquebusiers déchargèrent tout d'un coup sur eux, ce qui les étonna fort ; plusieurs se trouvant blessés, ils commencèrent h fuir et à tourner le dos. » (Rabutin.)

les mieux assurés des bandes à pied espagnoles ou italiennes, avec quelques corselets et piquiers pour les soutenir.

« Cette colonne disposait de 4 pièces de campagne à 4 roues (i?), appelées les pistolets de rempereur, qu'on pouvait promptement tourner à toutes mains. »

Le long du coteau, près du bois, en descendant sur Fauquembergues , marchait un bataillon d'Allemands (iV), conduit par le comte Jean de Nassau et par le maréchal de Clèves. Ce bataillon était flanqué des 2.000 reîtres (1^) du comte Wolfgang, suivis d'assez près par \ .200 chevau-légers (E) et 4 autres pièces de campagne.

La gendarmerie de Bourgogne {B) et un bataillon de lansquenets {L) étaient restés en réserve en avant du camp impérial.

Le duc de Guise, « prince d'incroyable valeur, » entreprit la défense du bois, pendant que le connétable, qui avait fait passer les ponts aux Suisses et à la plus grande partie de l' avant-garde, aidait le roi à disposer les trois bataillons de gens de pied en lieu commode et aisé pour combattre avec la gendarmerie. »

Il plaça en première ligne les bandes françaises {G), sous leur colonel général, Gaspard de Coligny; les lansquenets (A^) en deuxième ligne, et les Suisses (il/) en réserve ; chaque bataillon avait à sa droite un régiment de gendarmerie (0) pour le flanquer.

Le reste de la gendarmerie (TY) se plaça à l'aile gauche de la ligne de bataille, au débouché du vallon

JOURNEE DE FAUQUEMRERGUES (13 aoùl \'\m). 473

(lo FaiiqiiomborgiiGS, « où lo duc d'Aiimalo avec toute la cavalerie légère (HV) et quelques arquebusiers à pied {aa), destinés à combattre sans tenir ordre, s'ap-

Fig. 238. <

prêtait à arrêter l'ennemi s'il descendait par cette avenue. »

Les 300 arquebusiers et les quelques corselets fran-

1 Fac-simUe d'un croquis de Walhamen, avec la légende : Comment une compagnie de lances doit se former pour l'oftensive (C. capitaine ; L. lieutenant).

4U LE CONNETABLE DE MONTiMORENCY.

çais, qui défendaient le bois Guillaume, soutinrent une furieuse escarmouche contre la cavalerie du duc de Savoie et l'infanterie de Fernand de Gonzague. Obligés de céder au nombre, « ils se retirèrent d'un lieu à l'autre par les sentiers du bois, sous la direction de François de Guise, qui toujours les soutint avec la cavalerie du corps du guet (D), ne voulant pas abandonner d'aussi vaillants soldats. » ^

Quand le bois fut au pouvoir de l'ennemi, le duc courut au vallon de Fauquembergues et prit le commandement de la cavalerie de l'aile gauche ; les reîtres (TF') n'étaient plus qu'à cent pas.

Sans attendre le choc de ces pistoliers allemands, il lança successivement contre eux les 400 chevau-légers du régiment de M. de Nemours (V), les archers de sa compagnie, puis ceux de Gaspard de Saulx-Tavannes, son maréchal de camp. ,

Mais le gros escadron des reîtres perça toutes les haies de cavalerie qui se présentèrent.

Alors, Tavannes rallia les défaits, et les plaça derrière ses hommes d'armes, armés des premières bardes d'acier qui se fussent vues ; puis, choisissant son temps, il chargea l'ennemi moitié en flanc et moitié en tête. Les reîtres, rompus à leur tour, tournèrent bride, se jetèrent dans les chevau-légers (£") qui les suivaient, et les entraînèrent dans leur fuite. Cette cavalerie mit le désordre dans le bataillon allemand (N) qu'elle devait flanquer ; toute l'aile droite impériale se réfugia dans

1 Rabutin.

JOURNÉR DE FAUQUEJIBEBGUES (IS noAl i-iSi). 47îi

le bois Guillaume, sous la protection de l'artillerie (.S'), qui avait pris position au bord du grand vallon de Fauquembergues {VV).

Cependant, la colonne du duc de Savoie ayant traversé le bois Guillaume, « les arquebusiers avaient commencé à tirer de la lisière, avec un merveilleux bruit, dans le bataillon français (G).

« Mais Gaspard de Coligny, mettant pied à terre, fit sortir des rangs 1.000 à 1.200 de ses meilleurs arquebusiers et corselets, se mit à leur tête, la pique au poing, et donna de telle furie et assurance dans l'arquebuserie espagnole, qu'en un rien de temps cette troupe, qui était deux fois plus nombreuse que la sienne, fut délogée et chassée de la lisière du bois ' . »

M. de Nevers (0'), passant alors avec son régiment de gendarmerie entre le bataillon français (G) et les lansquenets {K), traversa le vallon au galop et chargea impétueusement la cavalerie légère du duc de Savoie.

« Tout le centre ennemi fut renversé et mis à vau de route, en tel désordre que gens de pied et cavaliers tournèrent le dos pour fuir et se jeter dans le bois.

« Alors Coligny, poursuivant la victoire de la gendarmerie, lança, sous le feu de l'artillerie impériale (S), les bandes françaises à l'attaque du bois ; tout ce qui résista fut passé au tranchant de l'épée, pendant que

' Brantôme, M. de Chastillon, second conronnel général de rinfanterie française.

notre artillerie, amenée au coin du bois, obligeait les coulevrines ennemies à déloger » '.

Nevers et Coligny avaient conquis 17 enseignes, 5 cornettes et les 4 pistolets de l'empereur, qui furent aussitôt amenés au roi.

Henri II, sur la demande des Suisses, s'était placé avec sa maison à l'aile de leur bataillon, leur disant « qu'il les estimait ses parrains, les fidèles amis de son « royaume, et qu'il voulait vivre et mourir avec eux ! »

Mais les Suisses n'eurent pas à combattre ; la cavalerie française, victorieuse sur toute la ligne, parcourait au galop tout le terrain conquis quand la nuit arrêta la poursuite.

Les Impériaux avaient perdu près de 2.000 hommes, et les Français 240. C'était une victoire', et les Français s'apprêtaient joyeusement à la compléter, le lendemain, en donnant l'assaut au camp impérial, lorsque la nouvelle d'une bataille perdue en Italie par le maréchal Pierre Strozzi, vint inspirer au conseil du roi une prudence excessive. On attendit jusqu'au 16 août une seconde attaque de l'empereur ; puis, comme la canicule rendait intenable la plaine infectée par les cadavres d'hommes et de chevaux, Henri II ordonna de lever le camp de Renty et de battre en retraite vers Montreuilsur-Mer.

i Rabutin.

2 « Les Français se vantent d'une victoire, les Impériaux n'avouent qu'une rencontre. Le roi dit qu'il n'a attaqué Renty que pour faire venir l'empereur à la bataille et qu'il se contente de l'avoir gagnée; l'empereur dit qu'il est venu pour faire lever le siège de Renty et qu'il a réussi. » (Gaspard de Saulx-Tavannes).

GUERRE DE SIENNE (1oo4). 477

C'est ainsi que se termina la campagne de 1554 dans les Pays-Bas. Le Roi retourna à Compiègne, après avoir ordonné au connétable de renvoyer l'arrière-ban, de licencier les nouvelles bandes, et de répartir les anciennes avec la gendarmerie dans les garnisons de Picardie et de Champagne.

Voici, d'après Montluc et du Villars, ce qui s'était passé au delà des monts.

GUERRE DE SIENNE (i534).

La république de Sienne, Adèle alliée des Français en Italie, défendait, depuis 1552, son indépendance contre l'Empereur et le duc de Toscane, Côme P' de Médicis, lorsqu'en 1654, elle fut envahie par 25.000 Impériaux, commandés par le marquis de Melegnano.

Sienne était la patrie du maréchal Pierre Strozzi, le vaillant rempareur de Metz. Strozzi leva dans le Parmesan 1.200 chevaux et 12 enseignes italiennes, qui furent renforcés de trois régiments, français, allemand et grison, de 3.000 hommes chacun \ venus de France par mer. Après avoir confié à Montluc la garde de Sienne, il marcha au secours de la petite place de Marciano % que le marquis assiégeait.

C'était au mois d'août, pendant les grandes chaleurs ;

• « Notre camp clail de 10 enseignes d'Allemands, 10 de Grisons, 14 de Français et 5 à G. 000 Italiens. • (Montluc),

2 A une lieue de Lucignano et à une demi-lieue de la vallée de la Ghiana.

Malegnano avait établi son camp près des seules fontaines qu'il y eut dans la plaine, et il avait posté son artillerie sur trois collines inaccessibles, qui en défendaient l'approche.

Le maréchal, « fort brave et courageux, mais un peu trop hâtif en ses actions ou délibérations, établit ses troupes à ISO pas de la position ennemie, sur l'espérance que le marquis délogerait afin de le combattre » *. Mais le marquis resta dans son camp, et les Français, épuisés par la soif, furent contraints, après huit jours d'inutiles escarmouches, de se mettre en retraite vers Lucignano, dans la vallée de la Chiana.

Marciano (i août -ISoi).

Strozzi, « estimant que, la nuit venue, les ennemis ne penseraient qu'au repos, commanda de conduire diligemment son artillerie à Lucignano, après en avoir fait tirer quelques volées pour dissimuler sa retraite. En même temps, il ordonna qu'on se tînt prêt à déloger deux heures avant le jour, sans trompettes, sourdines, ni tambourins. Ses 1200 cavaliers devaient marcher sur les ailes des trois bataillons ainsi répartis :

AVavant^garde, 12 enseignes italiennes ;

A la bataille, les Français et les lansquenets;

A V arrière garde, 3.000 Grisons et SOO Siennois, commandés par le sieur de Fourquevaux.

« Pour que le marquis ne découvrît pas ce soudain

' Bovvln du Yillars, livre V.

MARCIANO ^2aoLil \'6U}. 47-t

délogement, le maréchal fit dresser une nouvelle et rude escarmouche.

« Mais Malegnano avait prévu et découvert la ruse. Sachant que l'artillerie Irançaise était si loin déjà qu'elle ne pouvait pas servir au combat, et (^ue ses adversaires étaient las et abattus de faim et de soif, il forma son infanterie en 2 bataillons, qu'il lança à la poursuite de Stozzi. »

Le premier bataillon, sous don Juan de Luna, était composé de 3 terclos d'Espagnols; l'autre, sous le comte de Santa-Fiore, comprenait deux régiments aile mands, de 12 enseignes f. Weiss.

chacun , et 4.500 Italiens. Une avant-garde de 200 hommes d'armes italiens, conduits par Marc-Antoine Colonna et Frédéric de Gonzague, et soutenus par 2.000 enfants perdus espagnols ou italiens, attaqua fiévreusement le bataillon des 3.000 Grisons et des 500 Siennois, qui fît quelque vertueuse résistance. Mais, abandonné par la cavalerie italienne, qui avait fui' dès le commence-

Fig. 239.

4 Le guidon du comlc de la Mirandole, qui avait fui le premier

ment, et attaqué de flanc par 300 autres chevaux de l'ennemi, le bataillon l'ut ouvert et, de main en main, renversé à vau de route. Fourquevaux, colonel des Grisons, fut blessé et x^ris.

« Les Français et les lansquenets du corps de bataille se serrèrent ensemble et, quoique privés du support de la cavalerie, combattirent fort longuement et courageusement ; mais à la fin, enveloppés de tous côtés, ils furent renversés non sans grande tuerie des ennemis. »

Le capitaine Valeron, colonel des bandes françaises, y mourut au lit d'honneur avec 4.000 autres; Strozzi, blessé en deux endroits après avoir fait acte de preux et vaillant capitaine, « fut porté sur des perches à Lucignano, » où le gros de l'armée se réfugia.

« Ce qui prouve, dit Montluc, que ces retraites de jour, à la barbe de l'ennemi \ sont si dangereuses qu'il les faut éviter si l'on peut, ou qu'il vaut mieux, en pareil cas, hasarder le combat tout entier. »

L'intrépide capitaine gascon rallia dans Sienne les débris de l'armée de Strozzi, et y soutint contre le mar-

avec la cavalerie et fait fuir le reste, par une trahison suscitée à force d'écus par le duc de Florence, fut pendu après la bataille ; d'oii il résulte, à l'honneur de Strozzi, que ce furent l'or et la méchanceté des hommes, et non la vertu, qui lui dérobèrent la victoire. » (Boyvin du Villars, livre V).

^ Strozzi avait voulu imiter le coup d'audace de François I", qui, après avoir ravitaillé Landrccics, assiégé par une armée bien supérieure à la sienne, avait opéré sa retraite en plein jour, le 1" novembre 1543, « à la i)arbe de l'empereur, » et gagné heureusement les bois de Guise.

MAllCIANO (i août looi). 481

quis de Melcgnano * un siège mémorable, qu'il prolongea, sans être secouru, jusqu'au 21 avril 1535, grâce au patriotisme et au dévouement des habitants ^

1 Montluc, fort malade depuis le commencement du siège, raconte qu'il reçut de son adversaire des témoignages d'intérêt et de courtoisie, prouvant que les traditions chevaleresques s'étaient conservées.

« La veille de Noël, dit-il, le marquis de Marignan m'envoya par un sien trompette la moitié d'un cerf, 6 chapons, 6 perdrix, 6 tlacons de vin excellent et 6 pains blancs pour faire la fête le lendemain. Je ne trouvai pas étrange cette courtoisie, car, à l'extrémité de ma grande maladie, le marquis avait permis à mes médecins d'envoyer chercher à Florence certaines drogues ; lui-même m'avait envoyé trois ou quatre fois des oiseaux très bons, (un peu plus grands que les bec-figues de Provence), et il avait laissé entrer dans Sienne un mulet chargé de vin grec, envoyé de Rome par le cardinal d'Armagnac.

« Toutes CCS courtoisies sont très honnêtes et louables même aux plus grands ennemis, s'il n'y a rien de particuher entre eux; le marquis servait son maître et moi le mien ; il m'attaquait pour son honneur et je soutenais le mien; il voulait acquérir de la réputation et moi aussi; c'est affaire aux Turcs et aux Sarrasins de refuser quelque courtoisie à leurs ennemis. Mais pourtant il ne faut pas qu'elle soit si grande qu'elle rompe ou recule votre dessein. » (Livre III).

2 Les femmes elles-mêmes travaillaient et veillaient aux remparts.

« Je veux, dames siennoises, dit Montluc, immortaliser votre nom tant que mon livre vivra, car vous êtes dignes d'immortelles louanges si jamais femmes le furent ! Au commencement de la belle résolution que prit ce peuple de défendre sa liberté, toutes les dames de Sienne se départirent en trois bandes ; toutes avaient un accoutrement de nymphe, court et montrant le brodequin; la première bande, vêtue de violet, était conduite par la signora Forteguerra ; la seconde, vêtue de salin incarnadin, par la signora Piccolomini; la troisième, vêtue de blanc, avec une enseigne blanche, par la signora Livia Fausta. Ces trois escadrons étaient composés de 3.000 dames, gentil-femmes ou bourgeoises; leurs armes étaient des pics, des pelles, des hottes et des fascines. Elles tirent leur montre en cet éiiuipage et allèrent commencer les fortifications.

<■ J'avais fait une ordonnance, au tenqjs que je fus créé dictateur, II. 31

Du consentement du marquis de Melegnano, la garnison', après avoir consommé sa dernière once de pain, sortit sans capitulation, enseignes déployées, les armes sur le col et tambourins sonnant.

L'empereur lit des Maremmes un désert; mais la France a précieusement gardé le souvenir de l'héroïsme que les Siennois ont montré sous ses enseignes.

LES DRAGONS DE PIÉMONT (ISoS).

Après une campagne heureuse contre Suarez de Figueroa, successeur de Fernand de Gonzague en Lombardie, le maréchal de Brissac, maître d'Ivrée, de Santhia et de Casai, avait demandé, sans l'obtenir, la permission de marcher au secours de Sienne : le connétable et le conseil du roi craignaient de compromettre le Piémont, de découvrir la frontière des Alpes

que nul, à peine d'êlre bien puni, ne faillît à la garde, à son tour : une jeune lillc de pauvre lieu, quand vint le tour de garde de son frère qui ne pouvait y aller, prit son morion, ses chausses et un collet de buffle, puis, avec la hallebarde sur le col, elle s'en alla au corps de garde. Elle répondit au nom de son frère quand on lut le rôle, ht la sentinelle à son tour sans être reconnue, et fut ramenée à sa maison avec honneur; l'après-dînée, le seigneur Gornélio me la montra. »

1 Montluc cite parmi les braves capitaines qui l'entouraient : Jean Galéas de San-Séverino, comte de Gaiazzo, le seigneur Cornelio, le comte de Vico, Gaspard Pape, seigneur de Saint-Auban, Combercier, son neveu, Charry, Blacon, Bassompierre, commissaire de l'artillerie, La Molière et L'Espine, l'un contrôleur, l'autre trésorier des guerres, Bertrand d'Espurbès, seigneur de Lussan, Bernardino et Persio Buoninsegni, Hieronimo Spanotchi, Ambrosio Nuti, Bartolomeo Cavalcanli.

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