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LES DRAGONS DK PIÉMONT

et d'exposer la Provence à une nouvelle invasion.

Brissac voulut du moins que son armée' fut le modèle de toutes les autres. Il permit aux soldats d'élite des vieilles bandes, piquiers ou arquebusiers, qui avaient des chevaux, de les monter pour exécuter les marches rapides, les coups de main et les surprises, à la condition qu'ils mettraient pied à terre au moment de com-

Fig. 240.

battre et qu'ils prendraient les formations habituelles de l'infanterie.

Cette cavalerie improvisée eut le succès de toutes

* L'infanterie de Piémont se composait, au 22 novembre 1554, de 17.500 hommes, sous 89 enseignes : 38 compagnies françaises de 270 hommes cliacune (8.000), 12 enseignes de lansquenets (3.000), 12 enseignes de Suisses (3.000), 25 enseignes italiennes de 100 à 200 hommes (3.550) ; « ce qui n'était compté que pour 16.000 combattants, pour divers déchets qu'il y a toujours. - (Du Villars).

les innovations heureuses. Fiers de la terreur qu'ils inspiraient aux Impériaux, les gens de pied à cheval de Piémont se donnèrent le nom de dragons' et le gardèrent.

Quand ils rencontraient la cavalerie ennemie, les dragons laissaient les chevaux aux mains de leurs goujats et se formaient en redoute bardée de feux et fraisée de piques. Les arquebusiers k genou, courbés ou debout, formaient les trois premiers rangs; les piquiers, sur cinq rangs, se mettaient en garde contre la cavalerie, le bois appuyé contre le pied, l'épée dans la main droite (Fig. 240).

Contre des gens de pied aguerris qui les attendaient de pied ferme, ils marchaient en avant, piques basses, les arquebusiers sur les flancs ou intercalés dans les premiers rangs de corselets.

Mais s'ils surprenaient l'infanterie ennemie en marche, ou s'ils avaient aftaire à des recrues, à des bi-

* « On a inventé le dragon, écrit Walhausen, parce qu'il y a plusieurs exploits militaires qui ne peuvent être accomplis par la cavalerie seule, et qu'il faut quelquefois que l'infanterie ou partie d'icelle monte à cheval avec les armes requises, pour seconder promptement et subitement la cavalerie. Les dragons se divisent en arquebusiers et en piquiers; ils doivent avoir des chevaux sans valeur afin que leur perte soit sans importance, et ne pas s'embarrasser de bottes ni d'éperons, qui les gêneraient pour combattre à pied. Dans ce cas, chaque dragon jette la bride de son ciieval autour de l'encolure du cheval de son voisin, de manière que tous les chevaux restent joints file à tile comme ils ont marché ; on laisse avec eux quelques hommes pour les garder. Les dragons peuvent être employés à toute entreprise, mais surtout quand il s'agit d'cchcller ou de surprendre un fort, d'enfoncer la porte d'une ville ou de donner l'alarme aux quartiers enne-

RETRAITE DE SANTIIIA (nni1t HMvi). 4So

sofjnos, comme disaient les Espagnols, les dragons restaient à cheval. Les piquiers formaient alors l'escadron de réserve, et les arquebusiers tiraient la pistolade comme les reîtres : c'est-à-dire que chaque rang, rompant successivement en colonne par un, pas-

Fig, 241.

sait au trot ou au galop devant le front ou le flanc du bataillon ennemi, tirait, et regagnait, après deux demi-voltes, le gros de la compagnie tout en rechargeant '.

RETRAITE DE SANTHIA (août Mm).

Au mois d'août 1555, l'armée française assiégeait

mis. Les piquiers serviront à arrêter la cavalerie aux passages étroits, clans les bois et les défilés. En bataille rangée, la place des dragons sera à l'avant-garde pour charger brusquement l'ennemi en flanc ou en queue. »

1 « Pour tirer, le cavalier saisit son arquebuse de la main droite, la

Vulpiano, « lorsque le duc d'Albe descendit en Piémont avec une fort grosse et belle armée, très bien garnie de gens de guerre, d'artillerie et surtout de pionniers, qui remuaient la terre et comblaient les fossés avec du bois et des fascines, à la mode des Turcs; il se vantait, non seulement de faire lever le siège de Vulpiano, mais encore de conquérir en peu de temps tout le Piémont '. «Tant s'en fallut, car Vulpiano fut pris, et Albe assiégea Santhia sans pouvoir la prendre ; ce dont il ne fut pas trop loué, la place venant d'être fortifiée de frais et à la hâte ^ . »

L'échec des Espagnols devant Santhia eut en Europe un grand retentissement et accrut encore la réputation du maréchal de Brissac. Voici la relation que son secrétaire en a laissée :

« Santhia est située en une grande campagne, traversée dans toute sa longueur et jusqu'au delà de la ville par un profond ruisseau, large de 7 cà 8 pieds, dont l'ennemi avait détourné l'eau.

monte, ôte le crochet, l'empoigne de la main gauche qui lient la bride, vise et donne feu. Le coup parti, il abandonne l'arquebuse de la main droite, la tourne le long de sa cuisse gauche, la recharge à l'aide du tlasque, puis la relève pour mettre le pulvérin sur le bassinet. » (Walhauscn).

1 » Le 12 août, le duc d'Albe s'était présenté sur la Doria Ballea avec 25.000 hommes de pied , 4-. 000 chevaux, 40 canons, plusieurs petites pièces de campagne, 4.000 pionniers, une infinité de munitions et équipages de guerre, sans compter 7.000 hommes et 1 .200 chevaux, envoyés en Piémont pour ravager le pays et empêcher lo ravitaillement de Vulpiano. » (Boyvin du Villars).

2 nrantônio.

RETRAITE DR SANTHIA (nout lo.;:;). 487

Le maréchal lit marcher son armée tout le long de ce ruisseau, qu'il larcit d'arquebusiers, et il couvrit son flanc par une enceinte mobile de 40 chariots à vivres, escortés chacun par 10 arquebusiers qui, à l'approche de l'ennemi, devaient sortir par les intervalles.

En tête de chaque bataillon, il plaça derrière les deux premiers rangs do piquiers 100 soldats fort résolus, ayant chacun un bouclier et une courte épée, large de 4 doigts et bien affilée. Au moment de s'entrechoquer avec les bataillons espagnols, ces soldats devaient passer par-dessous les piques et, ainsi courbés, se jeter dans les jambes des piquiers ennemis pour leur tailler force jarretières rouges. M. de Brissac estimait que ce serait une exécution et une forme nouvelle de combat, qui donneraient grand avantage aux nôtres et le contraire aux ennemis; lesquels, étant investis, ne pourraient baisser les piques pour se défondre.

Sur chaque aile de ses bataillons, il mit 200 cavaliers, avec même nombre de bons arquebusiers ou hallebardiers ; il laissa ces flanqiieurs un peu en arrière, pour qu'ils pussent soigneusement considérer le combat et courir au secours de ceux des nôtres qui en auraient besoin.

Il avait prescrit au colonel général Bonnivet, gouverneur de Santhia, de faire sortir, au moment do l'attaque, S ou 600 bons soldats, pour prendre l'ennemi à dos le long du ruisseau et le troubler davantage.

Cependant le maréchal, voulant éviter une bataille.

s'avisa de deux ruses de guerre, qui réussirent.

La première fut de faire tomber adroitement aux mains du duc d'Albe plusieurs lettres, par lesquelles il prévenait Bonnivet qu'il ne serait secouru que dans une huitaine de jours;

La seconde, de dépêcher le mestre de camp Chépy avec 200 chevaux à Rivacolo, (à Tendroit même où le duc d'Albe avait passé la Doria Baltéa quand il s'était porté au secours de Vulpiano), en lui ordonnant de disposer sur le bord de la rivière une vingtaine de pionniers, qui feraient semblant à'esplanader les rives et qui planteraient des pieux, comme s'ils voulaient fixer les chaînes d'un pont de bateaux.

La farce ainsi jouée fut rapportée au duc d'Albe ; il en prit une telle alarme (avec la nouvelle qu'il avait de l'arrivée du prince de Condé, des ducs de Nemours, d'Aumale, de Chatellerault et d'autres grands seigneurs venus en Piémont pour assister à la bataille), qu'il quitta Santhia en abandonnant 3 ou 400 soldats malades ou blessés, beaucoup de vivres et de munitions d'artillerie.

Bonnivet recueillit le tout et se montra aussi courtois et humain envers l'ennemi malade qu'il avait été vaillant et résolu au combat ; mais le capitaine Théodore Bedoigne, avec 120 cavaliers et 400 arquebusiers, harcela cette retraite avec une telle grêle d'arquebusades, que le chemin des Espagnols pouvait se suivre par le sang répandu et par les cadavres abandonnés (6 septembre). »

RETRAITE DR SANTIIIA (.lonl 1355). 489

Un mois plus tard, le duc d'Aumale enlevait Montecalvi. Albe, renonçant à conquérir le Piémont, cantonna ses tcrcios dans le Milanais, et les hostilités furent à peu près interrompues en Italie jusqu'en 1557.

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