II
capitaines. Il leur donna en main les premiers gros mousquets que l'on ait vus à la guerre. Les mousquetaires, appointés à 4 ducats et plus respectés que des capitaines, avaient de grands et forts goujats pour porter leurs armes en cheminant par pays ; ils ne prenaient
le mousquet ' que pour la faction, pour marcher en bataille, pour entrer en garde ou pour entrer dans les villes. Lors de quelque combat ou escarmouche, on entendait crier :
— c< En avant, les mousquetaires ! » Et soudain, tous leur faisaient place.
^ Le mousquet avait la même construction et le même mécanisme que l'arquebuse : il était, comme elle, à mèche ou à rouet; mais il pesait deux fois plus, et on ne le tirait que sur une fourquine. La balle étant plus grosse et la charge beaucoup plus forte, le mousquet avait une trajectoire plus tendue, plus de portée et plus de pénétration que l'arquebuse.
GUERRE DES GUEUX (Iu(i8). 011
« La cavalerie espagnole ou italienne du duc d'Albe comprenait 14 compagnies de lanciers et 4 de carabins. » *
Guillaume d'Orange et ses deux frères, Adolphe et Ludovic de Nassau, tentèrent de lutter contre ces troupes d'élite. « Ils ramassèrent une armée en Allemagne, et rallièrent 1.200 chevaux et force arquebusiers français, qui n'avaient pu passer les rivières et franchir les passages pour se joindre au prince de Condé et à l'amiral. »
Ces Nassau, qui faisaient cause commune avec les chefs de la Réforme en France, appartenaient, comme eux, à l'école des grands capitaines qui ont créé la tactique moderne. A ce titre, il est intéressant de reproduire, d'après Michel Eysinger, une des formations de combat du prince d'Orange. (Fig. 262.)
V avant-garde et la bataille sont juxtaposées sur 3 lignes, largement espacées, où l'infanterie et la cavalerie alternent, de manière à se prêter un mutuel secours et à faire promptement face à l'ennemi, de quelque côté qu'il se présente.
Le général se tient au centre, en arrière des trois étendards qui marquent fièrement sa place de bataille ; ses lieutenants et son porte-cornette sont à ses côtés.
Deux troupes à' enfants perdus gardent les flancs de la première ligne.
J^i l'on doit marcher sur une seule route, chaque
' Brantôme.
(il 2 L'AMIRAL COLIGNY.
échelon de l'avant-garde rompt successivement en colonne ; les enfants perdus se mêlent aux argoulets pour éclairer la marche, et la bande d'arquebusiers les soutient. Dans chaque bataillon d'infanterie, les piquiers sont entourés de 3 rangs d'arquebusiers.
Le gros d' avant-garde est formé du premier bataillon, suivi d'une partie des chevau-légers et des arquebusiers à cheval.
Quand l'avant-garde est à la distance prescrite par le générai, la bataille se met en marche dans un ordre analogue :
\" Les enfants perdus, mêlés aux lanciers ;
2° Un bataillon d'infanterie ;
3° Le reste de la cavalerie légère ;
4" L'artillerie, sous l'escorte d'un bataillon, qui forme l'arrière-garde.
Les chariots marchent à la file sur les deux flancs de la colonne ou sur son flanc le plus menacé.
Si l'armée doit marcher sur deux colonnes, les trois échelons de l'avant-garde et de la bataille rompent à la fois pour suivre une route distincte. Chaque colonne a ainsi ses éclaireurs, son gros et son arrière-garde.
Si l'on forme trois colonnes, l'artillerie est placée au centre avec le bataillon qui l'escorte, précédé et suivi des escadrons de la 3' ligne ; l'avant-garde et la bataille forment les deux colonnes extérieures.
Guillaume d'Orange, tacticien plus habile que le duc d'Albe, avait une armée deux fois plus grosse, mais
guI'Rrf: dfs gukux (lofiS).
61 i L AMIRAL COLIGiNY,
moins homogène que la sienne. L'infanterie espagnole se montra invincible dans toutes ses rencontres, et le lieutenant de Philippe II, « temporisant et usant de son accoutumée prudence, fit aller toute cette armée en fumée, la chassa de Flandre et la renvoya d'où elle était venue. » *
Ce fut Catherine de Médicis qui provoqua la troisième guerre civile. Au mois de septembre 1568, elle essaya d'enlever traîtreusement Condé, Coligny, Jeanne d'Albret et son fils Henri de Navarre, qui furent avertis à temps et se réfugièrent à La Rochelle ; cette place, à défaut d'Orléans, devint le centre d'approvisionnement et la base d'opérations des huguenots.
L'armée royale, commandée par le duc d'Anjou, assisté du maréchal Gaspard de Saulx-Tavannes, entra en Poitou, vers le milieu de novembre, pour arrêter les progrès de Condé, qui avait déjà rassemblé plus de 25.000 combattants, tous Français.
Après quelques opérations peu importantes entre Saumur et Poitiers, l'hiver le plus rude qu'on eût vu depuis 50 ans interrompit la campagne.
Elle fut reprise au printemps \ Condé voulait passer
' Brantôme.
2 Nous n'avons rien trouvé de plus complet sur la campagne de lb69 que l'intéressant récit du duc d'Aumalc, que l'auteur a fait suivre d'un grand nombre de pièces curieuses et de documents inédits.
CAMPAGNE DE l'jlil).
la Charente, entre Saintes et Angoiilôme, pour rallier dans le Quercy les 8.000 combattants des sept vicomtes, et se diriger, avec ce renfort, vers la Charité-sur-Loire, où il avait donné rendez-vous à l'armée allemande du duc de Deux-Ponts et des princes de Nassau '.
E. Hardy.
Echelle au
Fig. 263.
Tavannes, instruit du projet de Condé, conduisit l'armée royale '^ sur la haute Charente, ^ow.v prendre le contact avec les troupes de Condé, réunies à Saint-Jeand'Angély, et leur barrer la route du Quercy.
La turbulente noblesse qui entourait le duc d'Anjou faillit faire manquer ce plan si bien conçu par une entreprise imprudente contre Ruffec. Le temps perdu à ce siège permit à l'armée protestante de se mettre en
^ Guillaume et Ludovic. Adolphe avait été tué, en mai 1568, an combat d'Heiliglicrlée.
5 '. 4.01)0 lances, 10.000 liommcs de pied français et 6.000 Suisses. » (Tavannes.)
marche vers le sud. Le 9 mars, Coligny et d'Aiidelot se dirigeaient vers Cognac avec l'avant-garde pour préparer le passage du corps de bataille sur la rive gauche de la Charente, lorsque leurs argoulets, e7i éclairant à graïide distance, rencontrèrent quelques chevaulégers catholiques, qui se replièrent sur le château de Jarnac.
Ruffec, mal défendu, avait capitulé, et l'avis de Tavannes avait prévalu dans le conseil du duc d'Anjou : pendant qu'une colonne légère, conduite par Henri de Guise, restait sur la rive droite pour observer les huguenots, le gros de l'armée royale longeait la rive gauche dans la direction de Châteauneuf. C'était pour couvrir ce mouvement que La Rivière, capitaine des gardes du duc d'Anjou, avait occupé Jarnac « avec MO des signalés et volontaires de l'armée. » Coligny l'y fit assiéger par Briquemault, et pour donner le change à Tavannes, il remonta au nord-est vers Siecq et Sonneville.
D'Andelot qui formait la première pointe, aperçut un bivouac près d'Anville : c'était la colonne du duc de Guise. Une reconnaissance, hardiment poussée jusqu'à la Charente, lui ht découvrir le reste de l'armée royale marchant de Montignac vers Angoulême, ville protestante (3 mars).
Désormais fixé sur les projets du duc d'Anjou, Coligny avertit Condé, qui était resté à Saint-Hilaire, et l'engagea à se hâter de passer la Charente avec la bataille, pendant que lui-même occuperait l'ennemi avec ï avant-garde.
Condé donna immédiatement l'ordre de mouvement
CAMPAGNE DE V.W.). 6i7
pour les deux journées suivantes : la bataille, formée en deux colonnes, marcherait, le 10, jusqu'à Saintes et Cognac, afin d'y passer la Charente, le H , sous la protection de l'avant-garde ; celle-ci franchirait le fleuve à Châteauneuf et à Jarnac, qui avait été repris par Briquemault. L'armée entière se rallierait, le i l au soir, à Barbezieux, où tous les maréchaux de logis et fourriers iraient d'avance préparer la couchée.
Le 10, la bataille exécuta la marche prescrite, et le H , Condé était à Chérac, à égale distance de ses deux colonnes, qui se préparaient à passer la Charente, lorsque trois dépêches successives de Coligny ' lui apprirent :
* « Monseigneur, je vous ai, depuis ce matin, mandé deux fois de mes nouvelles, et depuis, j'ai reçu la lettre qu'il vous a plu m'Ocrirc par ce porteur. Et quant à ce qu'il vous plaît que je vous mande du logis que nous ferons aujourd'hui, si j'en eusse changé, je n'eusse failli à vous le mander; mais il faut que j'attende, avant de rien changer, de voir ce que deviendront nos ennemis. Je viens d'avoir avertissement qu'ils marchent le chemin de Cognac, et, de fait, nous voyons acheminer quelques troupes de cavalerie à noire vue. S'il veulent aller du côté de Cognac, je crois qu'en mettant une bonne troupe d'infanterie là dedans, c'est ce que nous devrions désirer. J'aurai toujours gens aux champs, et ce que je pourrai apprendre je vous en avertirai. Monseigneur, je prie Notre Seigneur vous avoir en sa sainte garde et protection,
« De Jarnac, ce xi* de mars 1569.
« Je vous supplie, IMonseigneur, regarder et mettre quelques hommes de bien dans Cognac. L'on m'a dit que leurs bagages ne délogent point.
« Votre très humble et affectionné serviteur,
« Chastillon. •
( Lettre autographe trouvée sur Condé au moment de sa mort.)
1 " que la colonne légère du duc de Guise s'était dérobée sans combattre pour rejoindre le gros de l'armée royale ; 2" que le duc d'Anjou, renforcé de 2.000 reîtres, amenés par le Rliingrave, avait tourné Angoulème, sans l'attaquer, et pris Châteauneuf ', dont heureusement le pont était coupé ^ ; 3° que la cavalerie ennemie se montrait sur la rive gauche, à hauteur de Cognac, et qu'il fallait mettre cette ville à l'abri d'un coup de main.
Le passage du fleuve et la descente en Quercy devenaient impossibles. Condé, jugeant nettement la situation, se décida à remonter immédiatement au nord-est, pour marcher vers la Loire et rejoindre directement le duc de Deux-Ponts. Il mit des garnisons sûres à Cognac et à Saintes, chargea Coligny de bien garder les passages et, dès le 1 1 au soir, il échelonna son corps d'armée sur un espace de 6 lieues, le long de la route de Saint-Jean-d'Angély.
Cependant le duc d'Anjou, ayant reçu du roi son frère l'ordre de combattre à tout prix, avait fait établir secrètement par le président de Béhague, en aval de Châteauneuf, le pont de bateaux ^ qui se charriait avec
' « Le capitaine de Châteauneuf était un Écossais, qui avait été archer de la garde et qui se rendit le soir même avec quelque nombre de soldats. • (Tavannes.)
2 » L'arche rompue fut refaite en deux lieures par les charpentiers qu'y mit M. de La Bourdaisièrc; les pionniers construisirent un ravelin, afin de garder le pont de l'autre côté. » (Tavannes.)
^ » L'équipage de ponts attaché à une armée était commandé par un capitaine des pontx à bateaux, qui avait sous ses ordres un lieutenant
CAMPAGNE DE V.m.
l'armée, et l'avait défendu par un ravelin bien i^ardé.
Le 12 au soir, toutes ses forces, réunies autour de
Châteauneuf, recevaient l'ordre de passer la Charente
p. Merle, d'après une vieille estampe de la Bibliothèque nationale.
dans la nuit, et d'attaquer les positions ennemies à la pointe du jour.
Coligny avait logé l'avant-garde protestante derrière
des bateliers et des ouvriers, levés dans des provinces charcjées de fournir les pontonniers. Les bateaux, plus courts et beaucoup plus rapprochés qu'ils ne le sont de nos jours, avaient M pieds de longueur, 6 à 7 pieds do largeur et A de hauteur. La travée du pont n'avait que 10 pieds de long, et les poutrelles s'appuyaient sur un chapeau fixé au milieu du bateau. La partie destinée au passage des cheveaux et des voitures était limitée par deux câbles, servant de gardetous. A droite et à gauche, des planchers moins larges étaient destinés aux piétons. » (Général Favé. Histoire des progrès de V artillerie.)
la Guirlande, petit ruisseau marécageux, bordant une bonne position défensive, comprise entre le village de Cheville et l'abbaye de Bassac. En arrière, le hameau et l'étang de Triac formaient une deuxième ligne de défense, parallèle à la première. (Fig. 263, pag. 615.)
Le gros de l'avant-garde devait, k la diane, rejoindre Condé, qui couchait à Jarnac pour être plus à portée de Coligny. Le prince avait décidé que le régiment de Puyvault et 8 cornettes, commandées par La Loue et Soubise, formeraient l'arrière-garde. Ce détachement devait observer la Charente et retarder, le plus longtemps possible, le passage de l'armée royale sur la rive droite; jusqu'au jour, il était chargé du service des avant-postes. Coligny l'échelonna en avant de la Guirlande, depuis Saint-Simon jusqu'à Tourtron, « à un quart de lieue du pont de Châteauneuf, » en recommandant aux officiers de faire bonne garde, puis il alla loger à l'abbaye de Bassac avec le reste de sa cavalerie. Le régiment d'arquebusiers de Fontrailles s'appuyait à l'étang et au hameau de Triac.
SURPRISE DE BASSAC i\3 mars -1569).
La nuit était froide et obscure. Les patrouilles protestantes s'égarèrent dans le brouillard et ne purent pas assurer la vigilance des petits postes, embusqués dans les broussailles du plateau de Moulidars ; les sentinelles, fatiguées par quatre jours de marches pénibles, cédèrent au sommeil, et les chefs, Puyvault et
SURPRISE UK BASSAC (13 mais ISG'J). 621
La Loue, s'enfermèrent dans l'auberge de Vibrac pour Jouer aux cartes jusqu'au jour.
Un peu après minuit, Biron, maréchal de camp • de l'armée royale, faisait passer sur la rive droite de la Charente l'avant-garde , commandée par le duc de Montpensier : la cavalerie, par le pont de pierre de Châteauneuf, et l'infanterie par le pont de bateaux. L'opération ne dura que trois heures et (chose rare dans une armée française !) elle s'exécuta dans le plus ffrand silence. ^
1 « Le maréchal de camp soulage ou ruine l'armée, la sauve ou la licrd : l'inexpert la tient à cheval tout un jour pour faire une lieue, la mande et renvoie à des rendez -vous généraux sans nécessité; embarrasse les files de bagages portant contusion et désordre. Le prudent, hors la vue de l'ennemi, exempte les troupes de venir au rendezvous général et les fait marcher par divers chemin : telle ne fait que deux lieues qui en ferait dix ; il donne diverses voies à la cavalerie, aux gens de pied, à l'artillerie, aux bagages ; il évite les passages étroits, sépare les heures de marche pour que les troupes ne se rencontrent pas, tout en arrivant à la même heure ; envoie les prévôts commander aux bagages, les fait marcher tôt et malin, concilie la commodité et l'incommodité de l'armée, qui repose sur sa prudence; s'informe des chemins, rivières, bois et montagnes, laisse des gens de pied derrière lui pour servir de retraite, avec observation de ne pas trop s'avancer de sa personne, de peur que, pour son salut, il ne faille engager mal h propos une bataille ou un grand combat. Il fortifie la tête du logis d'inlanterie, cl met h couvert toute la cavalerie, qui marche en avant pour prendre sa place de bataille. » (Mémoires de Ta vannes.)
2 « Il serait bon de garder le silence que les Turcs observent pour déloger; silence qu'ils gardent d'ailleurs en tout temps, car l'on dirait une armée de muets. Nous, au contraire, que ce soit pour loger, pour séjourner ou pour déloger, nous faisons tant de bruit, qu'on n'entendrait pas Dieu tonner. » (Du Bellay-Langey, liv. II, ch. XXII.)
Au matin;, les 600 clievau-légers du duc de Guise et du vicomte de Martigues enlevaient 50 argoulets postés au hameau de Tourtron, et le régiment de Brissac prenait position sur le plateau de Moulidars, face à la Guirlande, pendant que l'armée royale, achevant son déploiement, se rangeait de la manière suivante :
A gauche, sous le duc de Montpensier, le reste de Vavant-garde, c'est-à-dire le régiment de gendarmerie de La Valette et 6.000 Suisses ;
A droite, sous le duc d'Anjou et le maréchal de Tavannes, entourés de la maison du roi et de la noblesse volontaire, la bataille, comprenant les 2.000 reîtres du Rhingrave, le régiment de Strozzi, précédé de 4 canons et de 4 couleuvrines, le corps provençal du comte de Tende S et un hôt de gendarmerie.
Il ne restait sur la rive gauche que « 800 hommes de pied et /iOO chevaux, postés sur le haut de la montagne, au sud de Châteauneuf, pour couvrir le bagage et faire
1 S'il faut en croire Antoine du Puget, sieur de Saint-Marc, ces Provençaux n'étaient pas soldats très aguerris : " au mois de novembre 1S68, dit-il dans ses mémoires, le comte Claude de Tende quitta la Provence avec 3.000 arquebusiers, dont il fit colonel le comte de Grignan, et autant de gens de cheval qu'il en put ramasser. Le voyage fut fort âpre jusqu'en Saintonge, oîi était le camp du roy, pour l'extrême hiver qu'il faisait, ayant eu tout au long la glace et la neige. L'ordre fut mal gardé en chemin par les gens de pied, qui faisaient un million de désordres partout oîi ils passaient. Arrivé au camp de Yerteuil, le comte fut prié de remettre ses gens de pied au comte Timoléon de Brissac, qui était coronnel de France. Lors, 25 ou 30 gentilshommes du duc d'Anjou étant venus au galop devant le front de ces gens de pied, tous, hormis les capitaines, se prirent à courir en grand désordre, et nous, qui étions à cheval, nous eûmes grand'peine à les arrêter. »
SURPRISE DK BASSAC (13 mars ioliO). 623
croire aux protestants que le gros de l'armée était resté sur la rive gauche. » '
Puyvault et La Lotie, brusquement rappelés au devoir par les premières arquebusades, ne songèrent plus qu'à réparer leur faute. Puyvault rallia son régiment dans Vibrac, et se retira en bon ordre derrière la Guirlande afin d'en défendre le passage, pendant que les 8 cornettes de La Lotie et de Soubise soutenaient l'escarmouche contre les chevau-légers de Guise et de Martigues.
« Entre 10 et 11 heures du matin, les protestants parurent en grand nombre au bas de la montagne, du côté de Jarnac. » En effet, Coligny, prévenu à 9 heures, avait réuni toute la cavalerie de l'avant-garde entre Bassac et Cheville, et ordonné à Fontrailles d'organiser défensivement le hameau de Triac et de disposer 1.000 arquebusiers derrière la chaussée de l'étang.
« Vers midi, Montpensier, ayant reçu commandement du duc d'Anjou de passer sur le ventre à tout ce qu'il rencontrerait, envoya le régiment de Brissac gagner le passage de la Guirlande. Ce qui fut fait et passé, malgré la cavalerie protestante, qui vint au devant et fort bien; d'Andelot, La Noiie et- La Lotie, firent dans cette charge tout devoir de bon combattant. MaiSj voyant leurs arquebusiers en fort grand désordre, et qu'ils étaient attaqués en deux ou trois endroits par
' Castelnau.
624 L'AMIRAL COLIGiNY.
toute l'armée royale, les cavaliers huguenots commencèrent à se retirer peu à peu ; alors Montpensier donna de grande furie, avec tous les gens d'armes et les chevau-légers de l'avant-garde, sur la queue des ennemis, » qui furent forcés de chercher un refuge en arrière de la chaussée de l'étang de Triac, où le feu du régiment de Fontrailles arrêta la poursuite.
« Lors, l'amiral envoya Montaigu à Condé, qui était à Jarnac, afin qu'il s'avançât avec la bataille, à cause qu'il ne pouvait plus reculer'.
— « Notre oncle a fait un pas de clerc, dit Condé, en recevant le message dp l'amiral ; mais le vin est tiré, « il faut le boire ! » et montant à cheval avec les 300 gentilshommes qui l'entouraient, il courut tout d'une traite jusqu'à Triac.
La bataille catholique se prolongeait à l'est de ce hameau pour tourner la chaussée de l'étang, et l'artillerie avait déjà fait deux décharges, lorsque Condé, formant sa cavalerie en deux escadrons, se prépara à charger l'avant-garde catholique. Il avait eu, la veille, le bras froissé par une chute, et un coup de pied de cheval venait de lui casser la jambe; mais « ce prince au coeur de lion * » se fit attacher sur sa selle et s'écria, en montrant la devise inscrite sur sa cornette blanche :
— « En avant, noblesse française ! pour le Christ et « pour la patrie ! » '
1 Castelnau, liv. YII, cli. iv.
— La Noue.
5 D'AubigniS Histoire universelle.
SURIMUSK DE lîASSAC (13 lu.us IbOO). 6i6
« L'escadron de l'amiral chargea fort mollement; quand il lut à longucîur de lance, la plus grande partie tourna à gauche, et l'escadron de Condé, poussant tout droit, se trouva le premier à la charge. La Valette reçut ce choc, soutenu par Guise et Martigues; mais leurs gens tournèrent le dos et les abandonnèrent. De sorte que toute la charge vint tomber sur M. de Montpensier et son fils, le prince dauphin d'Auvergne, lesquels tinrent ferme jusqu'à ce que le duc d'Anjou et le maréchal de Tavannes fussent survenus bien à propos, avec la gendarmerie et l'infanterie provençale, pour mettre les huguenots en déroute. Les reîtres du Rhingrave, qui avaient passé sur la chaussée de Triac, servirent grandement; car, bien qu'allant assez timidement à la charge, ils menacèrent le flanc droit de la cavalerie protestante » * et déterminèrent la retraite de Coligny.
« Ce fut alors que le prince de Condé, porté par terre et abandonné des siens, appela Argence, qui passait devant lui, pour lui donner sa foi et son épée. Mais bientôt après, reconnu par Montesquieu, gentilhomme gascon, il en reçut un coup de pistolet, dont il mourut tout aussitôt, laissant à la postérité la mémoire d'un des plus généreux princes de son temps. » ^
200 gentilshommes « la fleur de la noblesse » , s'étaient fait tuer aux côtés de Condé.
L'amiral et son frère d'Andelot firent leur retraite
' Relation du niaréchal de Tavannes, 2 Caslelnau.