LES RÉGIMENTS ENTRETENUS (V6(J
L'extinction de ces deux grandes charges permit à Charles IX d'organiser définitivement l'infanterie na-
' 0 11 l'ut liié par un bon soldai périgourdin. nommé GharbonniiTC,
LES RÉGIMKÎSTS l'NTUKTENUS (LiG'.»). «iîT
tionalo d'après le principe réyimentaire , adopté, en 1S62, par le duc de Guise; il nomma Philippi Strozzi, colonel général de l" infanterie de France^ et le chargea de former 6 régiments entreirnns avec les 87 enseignes réunies au camp de La lloclielbucauld, en Angoumois.
Le r' régiment, composé de 10 enseignes de Piémont, fut donné à Charles de Cossé-Brissac, qui conserva, par tradition de famille, le titre de colonel général des vieilles bandes de Piémont et le drapeau noir des aventuriers d'Italie.
Le 2" régiment compta parmi ses 15 compagnies six des 10 enseig?ies de la garde française du Roy qui s'étaient illustrées dans la campagne de 1562 ; leur mestro de camp, Cosseins, adopta le drapeau bleu -de-Roy fleurdelisé, à croix blanche.
Le S*" régiment, donné à Sarrieu, fut formé de 16 enseignes de Picardie, sous le drapeau rouge à croix blanche des vieilles bandes picardes.
Le 4" régiment eut pour mestre de camp Gohas Vaîné, qui guerroyait alors en Lorraine, sous le duc d'Aumale, avec 10 vieilles enseignes de Champagne; les 16 enseignes que Strozzi lui réserva prirent les couleurs de la maison de Guise, le drapeau vert.
qui était un des plus justes arquebusiers qu'on eût pu voir. Assis sur un tabouret (où la plupart du temps il dînait et soupait en regardant par une canonnière), il lirait incessamment, ayant deux arquebuses à rouet et une à mèche ; sa femme et un valet se tenaient auprès de lui pour charger ses arquebuses, et lui de tirer; si bien ([u'il en jjcrdait le boire et le manger. Le duc d'Anjou le fit pendre, après la prise de Mucidan. * (Brantôme.)
628 L'AMIRAL CULIG.W.
Le (jros La Barthe et Gohas cadet eurent chacun un régiment de 13 enseignes, empruntées à l'ancien régiment de Brissac.
Dans ces 6 régiments entretenus par le Roy^, la première compagnie, la colonelle, appartenait au colonel général et gardait son enseigne blanche; elle était commandée par un capitaine qui, sous le titre de lieutenant de la colonelle % était le mandataire du colonel général et le défenseur de ses prérogatives. La deuxième compagnie, la mestre de camp, appartenait au commandant du régiment. Les autres prenaient rang dans le corps d'après l'ancienneté de leurs capitaines ; toutes avaient une enseigne d'ordonnance aux couleurs du mestre de camp. La composition des cadres était la même qu'en 1Ô62 *; les capitaines restaient les propriétaires et les administrateurs responsables de leurs compagnies.
Le plus ancien capitaine était le sergent-major '* du
1 Ce n'était pas toute l'infanterie de Charles IX: un certain nombre de vieilles bandes fut laissé à la garde des places. Sarlabous avait 4 compagnies au Havre; il y en avait 8 à Rouen, d'autres à Amiens, Calais, Péronne, Douilens, Laon et dans les Trois-Évèchés; les vieilles bandes du Montferrat étaient à Pignerol. En Normandie, en Guyenne, en Bourgogne, des régiments de nouvelle levée étaient donnés par les gouverneurs à des mestres de camp temporaires qui les licenciaient à la tin de la campagne.
2 Lieutenant-colonel.
"^ Page 563.
♦ « L'état d'un sergent-major est un honorable état, et les Espagnols en font encore plus grand cas que nous. 11 peut aller à cheval toujours, non seulement par les ordros et batailles, mais par tout le camp. Voire s'il trouve le Roy et le général d'armée, il doit leur jjarler à cheval,
LRS RKGHIRMS EXTRKTI'.NUS (l.jOO), 629
régim(^nt, c'est-à-dire le second du mestre de camp pour l'instruction, la discipline et les détails du service; dans les prises d'armes, il assurait l'exécution des ordres et la régularité des formations tactiques.
Le régiment se formait^ soit en ligne de compagnies, sur 10 hommes de profondeur, soit en bataillon, carré ou rectangulaire. Le mestre de camp se tenait devant le bataillon, à longueur de bois, armé de toutes pièces, sa bourguignote en tête et sa pique à la main. Les capitaines, armés de même, étaient au premier rang du bataillon ; les enseignes au milieu ; les lieutenants à la queue et les sergents aux flancs; le sergent-major, à cheval «allait par les rangs, sur le derrière ou sur les ailes ».
Le colonel général se plaçait d'ordinaire à la droite du bataillon de première ligne ; il avait «à ses côtés le maréchal de camp et le sergent-major général, qui rem-
sans mcllre pied à lerrc; qui l'y met n'entend pas bien sa charge, y est tenu fort nouveau et s'en moque-t-on. Le jour d'une bataille, il ne doit jamais mettre pied à terre devant les capitaines, mais toujours aller et venir parmi les files; car, se mettant à pied et combattant comme les autres, il ne sert que d'un et ne vaut pas plus d'un ; mais, étant à cheval et se promenant, il en peut valoir plusieurs pour pourvoir à une infinité de choses qui, en tels cas et occasions, se présentent. De plus, il faut ({u'il ait toujours un gros bâton en la main, tant pour détourner les bagages qui embarrassent et ferment le chemin des soldats marchant, que pour montrer ce qu'il faut faire, et aussi pour châtier l'inobédience des soldats in flagranti. Quelques vieux capitaines pensent que le mestre de camp doit être à cheval, le jour de la bataille, comme son sergent-major. » (Brantôme. De tons nos coxirov nels et mestres de camp français.)
ti30 L'AMIRAL COLIGNY.
plissaient des fonctions analogues à celles de cheî et de sous-chef d'état-major de l'infanterie.
Strozzi, « qui, dès son jeune âge, avait plus aimé l'arquebuse que toute autre arme de guerre, donna le mousquet espagnol aux meilleurs de ses arquebusiers ; lui-même, toujours suivi d'un laquais portant un mousquet, tirait quand il voyait un beau coup à faire, et tuait un cheval à 500 pas ». ''
Le bois des piques était long de 14 pieds ; les piquiers ou corcelets avaient le morion et la demi-armure. Les sergents portaient la hallebarde, et les officiers, l'esponton.
Dès lors, les fantassins français prirent dans l'histoire militaire de l'Europe la première place après les 50/dats espagnols. « Je pense, dit Brantôme, qu'il n'y a rien de si brave et de si superbe k voir qu'un gentil soldat, bien en point, bien leste, tirant son arquebusade, désarmé, aussi résolument que les mieux armés, soit qu'il marche en la tête d'une compagnie, soit qu'zV se perde devant tous à une escarmouche, à un combat ou cà un assaut. Ces soldats sont appelés fantassins parce qu'ils sont jeunes, et que rien n'est impossible à la jeunesse pour le sang neuf et ardent qui lui bout dans le corps et dans l'âme. Et ce que j'admire surtout en ces fantassins, c'est que vous verrez des jeunes gens sortir des villages, du labour, des boutiques, des écoles, du palais, des postes, des forges, des écuries, des laquais' et de
1 Brantôme.
2 L'O capitaine Mignard, qui fut tué à La Roche-Abeille, avait été laquais, ainsi que le capitaine Bequiii, qui mourut devant La Rochelle.
LES HKGIMRNTS ENTRETENUS (1509). 631
plusieurs autres lieux bns et petits, qui n'ont pas plutôt demeuré quelque temps parmi cette infanterie qu'ils sont aussitôt faits, aguerris, façonnés et, que de rien qu'ils étaient, ils deviennent capitaines, égaux aux gentilshommes, ayant leur honneur en recommandation autant que les plus nobles \ et faisant des actes aussi ver-
Fig. 265.
tueux et nobles que les plus grands seigneurs. Voyez quelle obligation ils ont aux armes qui les poussent ainsi ! »
Ce fut malheureusement contre des Français que nos vieux régiments de fantassins firent leur première campagne.
' Il est inlércssant tic rapprocher colle phrase de Brantôme de l'opinion que Bavard émetlait, en ITiOO, sur les gens mécaniques (pnge20i).
Coligny avait donné rendez-vous en Limousin au duc de Deux-Ponts et au prince d'Orange, qui firent cent lieues en pays ennemi sans que le duc d'Aumale trouvât l'occasion d'entraver leur marche, et sans que le duc d'Anjou pûtempêcher leur jonction avec l'armée des Princes. Cette jonction* eut lieu, le H juin, à Chalus, sur la Tardoire ; mais le duc de Deux-Ponts était mort, la veille, de ses fatigues et de ses excès, laissant àWolfrad de Mansfeld le commandement des lansquenets et des reîtres noirs.
L'amiral prit position à Saint-Yrieix, où il organisa avec son habileté ordinaire l'armée de 20.000 hommes
' « M. d'Aumale marche aux montagnes de Saverne pour empî^chor le passage du duc des Deux- Ponts, qui a 6.000 reîtres, autant de lansquenets et 2.000 Français; mais les reîtres, se moquant de lui, prennent le chemin de Montbéliard et du comté de Bourgogne. On adjoint M. de Nemours h M. d'Aumale ; ils retournent hâtivement, se trouvent avec 12.000 hommes au front du duc de Deux-Ponts, qui passe à leur vue; ils manquent une douzaine d'occasions de combattre et laissent prendre Nuits et la Charité. Les reitres marchent au rendez-vous que l'amiral leur a donné en Limousin ; le duc d'Anjou se met entre deux, espérant battre l'une des armées séparément, et fait sa jonction sur la Creuse, vers Preuilly, avec le duc d'Aumale. Les reîtres, à grandes traites, traversent le Limousin, lentement côtoyés des deux armées de Monsieur et du duc d'Aumale, qui ont nécessité de vivres et sont trop chargées de charroi. Près de la Souterraine, les reîtres de l'armée royale s'excusent de combattre sur le manque de vivres. Monsieur suit les ennemis jusqu'au ])etit Limoges, où ses reîtres font le même refus de combattre. L'armée du duc de Deux-Ponts passe la rivière de Vienne et joint Tamiral. » {Mémoires de Tavanues.)
CAMPAGNE Df: 1"l(i9. 633
do pied et de 8.000 chevaux, dont il était le général en chef sous V ombre du jeune Roi de Navarre.
Le duc d'Anjou, renforcé par fi. 000 Italiens que le pape Pie V envoyait k la croisade contre les hérétiques, vint s'établir à La Roche-Abeille, à deux lieues du camp de Coligny.
Un combat d'avant-postes s'engagea, le 25 juin, entre les troupes légères des deux armées et fut à l'avantage des protestants ' . Ceux-ci avaient une bonne occasion de livrer bataille et de prendre la revanche de Jarnac; mais le conseil des chefs décida, contre
• « Les Huguenots s'avancèrent, un matin, pour forcer le Ingis de Monsieur. Ce fut à Strozzi, colonel de France, à faire tout l'effort de l'escarniouche. Comme il marchait à l'ennemi, d'un visage et courage assur(5s, il entendit quelques capitaines et soldats des vieilles bandes de Piémont qui murmuraient bas :
— € Ah ! oii est M. de Brissac?
• Strozzi, qui avait l'ouïe bonne, leur répondit :
— « Là oti il est? Morl-Dieu ! Suivez-moi seulement et je vous « mènerai en lieu plus chaud et plus avant que le comte de Brissac ! « Suivez! Suivez! • Ce qu'il fit; car il les mena dans une grosse troupe de l'ennemi, oii moururent sur place 22 capitaines, lieutenants ou enseignes : Saint-Loup, angevin, Roquelaure, gascon. Vallon, provençal, 3Iignard, basque. Au plus gros de l'escarmouche, survint une pluie épaisse et inqjérieuse : M. de Mouy, prenant l'occasion avec sa cavalerie protestante, chargea si à propos sur la pauvre infanterie royale (qui ne pouvait plus se servir de ses arquebuses parce que les mèches étaient éteintes et trempées d'eau) qu'il en eut bon marché et la mit en pièces. On blâma très fort la cavalerie royale d'avoir très mal secouru son infanterie. Le carnage fut très-grand, très cruel et sans rémission. Cependant Slrozzi, fait prisonnier dans la mêlée, fut échangé contre La Noue, pris à Jarnac. » (Brantôme.)
l'avis de Coligny, qu'il valait mieux assiéger Poitiers (24 Juillet).
Henri de Guise et le vicomte de Martigues se jetèrent dans cette place avec les chevau-légers catholiques, et firent une si brillante résistance que Coligny, à la prière de ses soldats, mal payés et affamés, leva le siège, au bout de 6 semaines, sous prétexte d'aller délivrer Chatellerault, que le duc d'Anjou assiégeait avec 15.000 hommes. Coligny en avait 20.000; mais, s'il faut s'en rapporter aux Mémoires de Tavannes, il trouva plus fin que lui.
« Tavannes, après une tentative d'assaut qui est repoussée, retire des tranchées artillerie, soldats et bagages, marche toute la nuit, passe la Creuse au port de Pile \ et garnit les passages d'arquebusiers et de chevau-légers, qui amusent si bien l'amiral, qui le suit, que les Huguenots sont forcés de loger au lieu de continuer la poursuite. Tavannes s'arrête à Laselle, assiette environnée de rivières et de marais qu'il connaît depuis longtemps ; il retranche le bourg, et barre la seule étroite avenue par laquelle on peut l'assaillir.
« L'amiral, n'ayant pas réussi à tourner cette position, s'éloigne de 6 lieues au sud-ouest, passe la Vienne, et se rafraîchit à Faye-la -Vineuse, entre la Vende et la Mable. Guillaume d'Orange part avec 20 cavaliers pour aller chercher le secours en Allemagne. L'échec
' Près du confluent de la Creuse dans la Vienne.
CAMI'AGNK DE ]:m. (i:)5
de Poitiers, la maladie^ et la fatigue diiiiiiiueiit l'armée * et la réputation huguenote; celles des catholiques grossissent dans leur camp de Chinon. La chance tourne : celui qui fuyait la bataille la recherche; les catholiques s'approchent à trois lieues des Huguenots, qui délogent. L'amiral, résolu à ne combattre qu'avantageusement, se retire vers le Bas-Poitou, espérant que la longueur de la campagne dissoudra l'armée royale, composée de noblesse et de volontaires. Tavannes pénètre ce dessein, (non seulement par ce qu'il voit faire à ses adversaires, mais par ce qu'il ferait lui-même, s'il était à leur place), et marche pour leur couper le chemin. Après quatre lieues, les deux armées, ne sachant nouvelles l'une de l'autre, se rencontrent, le 30 septembre, sur la rive droite de la Dive, à hauteur de Moncontour ; l'armée du
* On cliantait dans lo camp dn l'amiral, sur un air de psaume, la complainte suivante :
Cheminer tous les jours au veut et à la pluie ; La nuit être à la haie avec un froid manteau, La tête découverte et les pieds dedans l'eau ; Se repaître d'ennui et de mélancolie ; Avoir les Roys du monde et la terre ennemis ; N'avoir pour les blessés sûreté qu'au tombeau ; Sentir dix mille poux qui démangent la peau ; Avoir du corps entier la force défaillie; Avoir manque d'argent et d'habits et de pain; Avoir la bouche fraîche et se soûler de faim ; Avoir de tous moyens la personne affamée ; Porter la mort en croupe et les armes au dos, Et n'avoir un seul jour d'aise ni de repos : C'est la commodité de noire pauvre armée !
636 L'AMIRAL COLIGNV.
duc d'Anjou, forte de 8.000 chevaux, de 16.000 hommes de pied, français, allemands, suisses ou italiens et de 15 canons; celle des Huguenots de 7.000 chevaux, 16.000 hommes de pied et 11 pièces d'artillerie. » '
Après une vive escarmouche et un duel d'artillerie qui leur coûta 300 hommes, les protestants profitèrent de la nuit pour franchir la Dive et prendre position dans la plaine sablonneuse et légèrement accidentée, comprise entre cette rivière et le Thoué, « fort peu guéables toutes deux. » " L'armée royale marcha pendant toute la nuit du r*" octobre, pour remonter jusqu'aux sources de la Dive et, le lendemain matin, elle déboucha dans la plaine de Moncontour.
Moncontour (2 octobre 1ot>9).
Martigues conduisait les coureurs et les enfants perdus.
Vavant-garde, commandée par le duc de Montpensier, ayant Chavigny pour maréchal de camp, se composait d'un bataillon de 2.000 Suisses, sous le colonel Clérj', de 4.300 fantassins français (sous MM. de La Barthe, deSarlabous, d'IsleetOnoux), flanqués, adroite, par l'infanterie et la cavalerie italiennes du comte de Santa-Fiore, à gauche, par 12 cornettes de reî-
> Mémoires de Gaspard de Saiilx-Tarannes. 2 Casteinau.
MONCONTOUU (2 oclobrr loli'Jj. (i37
très, l'escadron de gendarmerie de La Valette et les 800 chevau-légers du duc de Guise.
En deuxième ligne, la bataille était commandée par le duc d'Anjou ; il était assisté de ses maréchaux de camp Tavannes {T) et Mouy [B), et entouré de ses gardes montés sur des chevaux bardés ; la noblesse volontaire * Ibr-
Fig. 266.
mait un escadron sous la cornette du duc d'Aumale. Au centre de la bataille, derrière l'artillerie, un bataillon de 2.000 piquiers suisses, entourés de chariots, avait pour chef Charles de Montmorency-Méru, colonel général des Suisses; à droite et à gauche de cette
1 Le duc de Longiicvillc, le marquis de Villars, IMM. de Carnavalet, de La FayeUc, de la Vauguyon, de Villoquier, de Mailly, elc.
(•)38 I/A.MIRAL COLIGNY.
forteresse mobile, se déployaient un millier de soldats espagnols ou flamands, envoyés à Charles IX par le duc d'Albe, et 3.800 arquebusiers français des régiments de Cosseins, Gohas et Pierre de Montluc. A l'aile droite, le régiment de gendarmerie de Montmorency-Tlioré; à l'aile gauche, les 4.000 reîtres du marquis de Bade et du Rhingrave.
En troisième ligne, le maréchal Artus de Cossé- Gonnor commandait une réserve de 2.000 Suisses, flanqués de gendarmerie.
A 7 heures du matin, les vedettes protestantes découvrirent l'armée royale marchant dans cette ordonnance et donnèrent l'alarme.
Coligny n'ayant pas l'intention de combattre, avait donné, la veille, ses instructions pour que l'armée protestante, marchant la gauche en tête, allât passer le Thoué à Airvault, et se repliât sur Niort, par Parthenay (Fig. 267, page G41). Mais au moment de quitter leur logis, les, troupes allemandes se mutinèrent en réclamant l'arriéré de la solde; on perdit deux heures à les apaiser et, quand les reîtres consentirent à marcher, il était trop tard pour éviter la bataille. L'amiral fit prendre la formation de combat : il prescrivit aux trois échelons de l'ordre de marche de faire face à l'ennemi, et l'armée protestante se trouva disposée comme l'indique la flgure 2G6 :
A gauche, vers la Dive, l'' avant-garde, composée
• Les régiments de Piles, Ambres, Rouvray, BriquemaulL
MONCONTOUR (2 oclolirc laii'J). C39
truiic inoitic de l'infanterie française', do 2.000 lansquenets et de 16 cornettes françaises ou allemandes en deux escadrons, couverts par les 300 argoulets de Mouy et de La Loue. Coligny se tenait au premier front de l'escadron français, avec son gendre Théligny, Crussol d'Acier , La Noue , Puy-Greffier , Tracy , Laverdun , Choisy et l'élite de la noblesse protestante.
Au centre, la bataille était commandée par Ludovic de Nassau. Un gros bataillon des lansquenets était flanqué par les 3.000 reîtres de Wolfrad de Mansfeld, et par deux escadrons de chevau-légers français, précédés d'une double haie d'arquebusiers d'élite. Le reste de l'infanterie française * prolongeait les deux ailes de cavalerie. L'artillerie protégeait le front des lansquenets.
A droite, près du Thoué, la réserve comprenait l'escorte du roi de Navarre et du prince de Condé, c'est-à-dire 200 gardes à pied et 300 chevau-légers béarnais.
Vers midi, l'artillerie protestante, bien postée et couverte par un pli de terrain, commença à endommager les brillants escadrons de Monsieur et du duc de Montpensier. Ni l'un ni l'autre ne se souciaient de por-ter les premiers coups. Le duc d'Anjou, ayant entendu dire qu'à Dreux l'immobilité de l'avant-garde avait causé la perte de la bataille, aimait mieux imiter la prudente expectative de François do Guise que l'ardeur
1 Les régiments de Monlbruii, BJucon, Mirabcl, Crussol de Bcaudiiié, et Virieu.
irréfléchie du vieux connétable; à trois heures, il envoya au duc de Montpensier l'ordre impérieux d'engager le combat.
Les enfants perdus et les coureurs de Martigues s'élancèrent en avant, soutenus par les chevau-légers du duc de Guise, et mirent en désordre les argoulets de Mouy et de La Lotie, qui tentèrent de les arrêter. Les chevau-légers de la bataille protestante, conduits par Autricourt et le marquis de Renel, vinçent au secours des argoulets; mais ils furent assaillis et rompus par la cavalerie italienne du comte de Santa-Fiore, précédée de 2.000 arquebusiers des régiments de La Barthe et de Sarlabous'.
Ludovic de Nassau avait quitté son corps d'armée pour conduire à l'aile gauche un renfort de 3 cornettes de reîtres que Coligny lui avait demandé, et la bataille était restée sans chef; aucun des mestres de camp de l'infanterie française ou allemande n'osa prendre sur lui de se porter au secours des chevau-légers. Alors, Tavannes, profitant habilement de ce premier succès, lit dire au duc de Montpensier de gagner du terrain vers la gauche, et d'occuper les gués du Thoué (G.), afin de couper aux protestants leur ligne de retraite sur Parthenay.
En voyant ce mouvement, la première pensée de Coligny fut d'assurer le salut des jeunes princes qui lui étaient confiés; il leur ordonna de quitter immédiatement le champ de bataille pour aller prendre à
' Castelnau, liv. YII, ch. IX.
.MO.NCO.NTOUR (2 odohir ^^(iO). «il
ThoLiars la route de Partlienay, et lui-nièinc, pour assurer leur retraite, s'élança avec son escadron- français et les reîtres du comte de Mansfeld au devant de la cavalerie du duc de Montpensier. « La mêlée. fut fort douteuse. »
Le duc d'Anjou, voyant que l'artillerie ennemie endommageait sa bataille, et que ses reîtres avaient été mis en grand désordre par les reîtres de Mansfeld,
commanda au duc d'Aumale et au marquis de Bade d'aller à leur secours. En môme temps, Tavannes fit dire au maréchal de Cossé d'amener la réserve {R'), et à Montmorency-Méru de réunir les Suisses en un seul bataillon, entouré de chariots, défendus par 3.000 arquebusiers français (A).
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La cavalerie de Coligny renversa tout ce qu'elle trouva devant elle : le marquis de Bade fut tué, ses reîtres tournèrent bride, et « le duc d'Aumale eut assez à faire de se dégager de la mêlée ».
Alors, la gendarmerie et la noblesse volontaire qui entouraient le duc d'Anjou s'élancèrent à la charge; mais les ar(|uebusiers huguenots, qui couraient à côté des reîtres de Mansfeld en se tenant aux étriviêres, démontèrent presque tous les cavaliers catholiques. n. 41
« Monsieur, ayant eu son genêt d'Espagne porté par terre, était en danger de sa personne lorsque le marquis de Villars lui donna son cheval. Si lors Tavannes et Biron n'avaient fait tout le devoir possible de rallier la cavalerie de la bataille, et si le maréchal de Cessé n'avait fait doubler le pas aux Suisses de la réserve, la victoire était pour demeurer aux Huguenots*. » Mais Coligny, blessé au visage, quitta le champ de bataille, et laissa sa cavalerie sans direction, au moment même où les piquiers suisses se réunissaient pour former leur redoutable hérisson.
« 1.500 reîtres qui n'ont pas combattu, dit Tavannes dans sa relation de la journée, assistés de plusieurs ralliés, jugent que la victoire est en la défaite des Suisses, et marchent pour les charger par le flanc ; mais ils les trouvent couverts de chariots. Contraints de couler du long sous les 3.000 arquebusades de l'infanterie française, ils font leur limaçon accoutumé et montrent le flanc au maréchal de Cessé ; celui-ci les charge à propos avec son escadron de gendarmerie, qui n'a pas combattu, et les emporte'. Ce qui reste de ces 1.500 reîtres s'enfuit au galop vers la cavalerie protestante qui s'est ralliée. »
La bataille était perdue. Ludovic de Nassau « forma un gros de plus de 4.000 chevaux » et se mit en retraite vers Thouars, en abandonnant l'infanterie. Toute la cavalerie catholique se rua sur les lansquenets et sur les arquebusiers huguenots, qui, n'ayant
1 Caslelnau, liv. VII, ch. IV.
LE TOUR Dl' FRANCK DES HUGUENOTS (loOlt). 643
plus de poudre, se dclendirent avec l'épée. Quand les bataillons décimés lurent rompus, on lança le» Suisses au milieu des Allemands, qui lurent égorgés jusqu'au dernier. « Le duc d'Anjou donna la vie à oOO Français, sur la promesse qu'ils lui firent de servir le Roy fidèlement et de renoncer au parti des princes. »
Voilà la guerre en 1S69. Il n'y a rien à ajouter à ce résumé succinct des relations catholiques ou protestantes de la terrible journée de Moncontour : les enseignements y abondent et la tactique de combat s'y précise. Mais, qu'il est pénible de penser que c'est dans la guerre civile que Coligny, Tavannes, La Noue, Biron et tant d'autres de nos capitaines ont déterminé les règles de l'art militaire français!
LE TOUR DE FRANCE DES HUGUENOTS (IjG'J).
Coligny n'avait plus d'infanterie; sa cavalerie française était lasse et découragée ; ses reîtres, « demi-enragés d'avoir perdu leur bagage », le menaçaient de passer à l'ennemi et de le livrer « au glaive de j ustice'. » Blessé, malade, épuisé par le sang qu'il avait perdu, il aurait pu renoncer à lutter contre la fortune ; mais, dans ce corps brisé, il y avait une âme
* Le parlement l'avait déclare^ coupable de lèse 'majesté, et le roi avait promis 50.000 écus d'or à qui le livrerait mort ou vif.
ti4i LAMIRAL COLIGNY.
de fer*. Coligny se lit porter en litière au milieu des reîtres; il leur promit qu'ils trouveraient au delà de la Dordogne un gras pays, où ils pourraient remplir de nouveaux chariots, et, franchissant 30 lieues en 3 jours, il se mit hors d'atteinte de l'armée royale ^
Il ne fut pas poursuivi. Charles IX, jaloux des lauriers de son frère, ordonna qu'on suspendît les opérations offensives, et, « au lieu de suivre les princes, tellement réduits en extrémité qu'ils n'avaient nul moyen de se remettre sus, on prit le mauvais parti d'assiéger leurs places S>. Chàtellerault, Niort, Fontenay, Saint-Maixent, Parthenay et Lusignan ouvrirent leurs portes aux victorieux "* ; mais le capitaine Piles arrêta le maréchal de Vieilleville devant Saint-Jeand'Angély, du 16 octobre au 2 décembre.
Ce temps d'arrêt permit à Coligny de rejoindre, à Montauban, Montgomery, qui revenait victorieux de Na-
1 " Lorsqu'un général joue à tout perdre ou à tout gagner, il se possède beaucoup plus qu'un autre, qui ne risque pas le^lout et qui compte encore sur de grandes ressources s'il perd la bataille. » (Folard.)
2 « Il alla, le premier jour, de Barbezieux à Brantôme (63 kilomètres à vol d'oiseau) ; le lendemain à Montignac (35 kilomètres) ; le surlendemain, il en fit autant par delà la Dordogne. En trois jours, il passa la Dronne, l'Isle, la Vezère et la Dordogne, grossies par les pluies d'hiver. Cette course harassa les reîtres de telle façon qu'on les suivait par les pistes de leurs chevaux, las, boiteux, en tel état que les paysans en avaient pitié et les laissaient par les chemins. » (Brantôme.)
5 Monlluc.
* • Une partie des garnisons huguenotes se relira à La Charité, sous la conduite de Briquemault; les autres rejoignirent les princes à La Rochelle. » (Castelnau.)
LK TOUR DK FRANCK DKS HUGUENOTS (^.'i(;'.l). (iiS
vareins et d'Orthez, et de reconstituer son infanterie avec les bandes d'élite des sept vicomtes du Quercy.
Fig. 268. i
' Reproduction d'un portrait authentique de Coligny, conservé l'i la bibliothèque de Genève et introduit, sous forme d'épreuve pliotographiquo, par l'éminent M. Becquerel dans fies Sonvciiirs historiques sur l'amiral Coligny, sa famille et m seigneurie de Châtillon-sur-Loing. (Paris, Didol, 1870.)
6i6 L'AMiKAL COLIGNY.
Nîmes fut pris (lo novembre); Montluc, lieutenant du Roi en Guyenne, dut s'enfermer dans Agen, où il fut étroitement bloqué, et l'amiral, aj^ant le champ libre, tint la promesse qu'il avait faite aux reîtres « de les promener, pendant tout l'hiver, dans ce bon pays d'Agenais, où ils se donnèrent aise et moyens jusqu'à la gorge ' ».
Au printemps, Coligny voulant apprendre la guerre aux jeunes princes de Bourbon, alla brûler les faubourgs de Toulouse, traversa le Languedoc et fit en Roussillon une pointe, qu'il poussa jusqu'à Perpignan pour braver le Roi d'Espagne. De là, il passa en Dauphiné et en Vivarais avec 5.000 cavaliers, « faisant, disait-il, « son tour de France, la baguette à la main ».
Le maréchal de Cessé, qui lui fut opposé avec 3.000 chevaux et S. 000 hommes de pied, le rencontra à une journée de marche d'Autun.
Arnay-le-Duc (25 juin -1570.)
« Le maréchal voulait camper à Arnay-le-Duc, près des sources de l'Arroux, en dessein de combattre l'armée des princes, qui s'y était acheminée; mais, l'amiral ayant envoyé quelque cavalerie et infanterie pour se saisir d'Arnay avant lui, Cessé disposa son armée en bataille sur une montagne, vis-à-vis et à environ une portée de mousquet de la montagne, où l'amiral s'était préparé pour attendre le choc. Deux ruisseaux, sortant
1 Castelnau.
ARNAY-LE-DUC (2a juin l-'iTO). G'i-7
d'un étang, et quelques marécages servaient de barrière entre les armées, lesquelles marchandèrent à qui passerait la première. Enfin Cessé, ayant logé 2.000 arquebusiers sur le bord de l'eau, fit avancer un des régiments de l'avant-garde pour attirer ses ennemis au passage, et commença l'escarmouche. Ce régiment passa sur la chaussée de l'étang, et donna d'abord jusqu'aux barricades d'un moulin, où l'amiral avait mis M. de Saint- Jean avec deux régiments pour garder l'avenue ; les gens du maréchal furent repoussés et menés jusqu'au ruisseau.
« Lors l'amiral, plus faible d'infanterie et sans aucun attirail de canon, ne voulut pas hasarder le passage du ruisseau, qu'on ne pouvait traverser que file par file; il commanda à Saint-Jean de s'arrêter, et à Montgomery, son frère, qui s'était avancé avec une partie de l'avantgarde, de tenir la bride en main et d'attendre une occasion plus favorable.
« Le reste du jour se passa en escarmouches entre les gens de pied, sans toutefois passer l'eau. Le lendemain, l'amiral délogea et prit la route d'Autun, d'où il s'achemina, en la plus grande diligence qu'il put, vers La Charité-sur-Loire, pour prendre quelques coulevrines que les reîtres y avaient laissées, pour se renforcer des garnisons d'Autun, de Vezelay, de Sancerre, et marcher vers Paris \ »
A la même époque, La Noue, gouverneur de La Ro- 1 Brantôme.
chelle, tenait avec succès la campagne dans le bas Poitou; après avoir battu Puygaillard, lieutenant du Roi, entre Sainte-Gemme et Luçon, il avait remis en son obéissance toutes les villes perdues par les protestants.
D'après Tavannes, « ces petites bastonnades firent faire la paix » (8 août). La Rochelle, Montauban, Cognac et La Charité furent données comme places de siiretè aux Huguenots, et « Messieurs les reîtres^ très-bien payés aux dépens du Roy, s'en allèrent, fort contents de l'amiral, en lui promettant de revenir au môme prix quand il voudrait ». '
Coligny et ses capitaines étaient las de la guerre civile ^ ; ils répondirent aux avances (peut-être sincères) de Charles IX en lui proposant de réunir les vaillantes épées des deux partis dans une même entreprise patriotique, la conquête des Flandres. De viles intrigues de cour et l'or de Philippe II contrarièrent ce noble projet; l'amiral eut à lutter contre le caractère ombrageux du Roi, contre la haine des Guise, contre la jalousie des maréchaux ; rien ne le découragea.
1 Brantôme.
2 « M. de La Noue m'a juré cent fois qu'il n'y avait rien au monde qu'il détestât autant que la guerre civile, que M. l'amiral la détestait plus que lui, et que jamai; plus il n'y r ctourncrait que par force. ■> (Brantôme.)
LA CONQUKTP: 1)I:S fi AiNDURS (l.iT:^). 649
— « Conquérir la Flandre, disait-il, c'est le moyen « d'éteindre la g'uerre civile. Qui empêche la guerre « avec l'Espagne n'est bon Français et a une croix « rouge dans le ventre! »
Après deux années de généreux ell'orts et de préparatifs sur terre et sur mer, le plan des opérations fut approuvé par le Roi'; mais une entrevue de Catherine de Médicis avec Charles IX suffit pour tout changer. Au lieu d'une campagne glorieuse, entreprise en plein soleil pour la grandeur de la patrie, la Reine mère obtint de la faiblesse de son fils le massacre nocturne de tous les protestants du royaume, et Coligny fut la première victime de l'horrible Saint-Barthélémy (24 août 1572) ^
' « Tout va bien ! disait Colif^ny; avant qu'il soit longtemps nous ' aurons cliassi' l'Espagnol du Pays-Bas, dont nous aurons fait In Roy « maître, ou nous y mourrons tous, et moi le premier. Je ne plaindrai point ma vie si je la perds pour ce bon sujet! » « Comme Bertrand du Giipsclin, qui purgea la France des méchants garniments et faictsnôans de guerre en les emmenant avec lui, il aurait conduit hors du royaume tous les gens que le Roy n'aimait pas. » (Brantôme.)
2 « Le tocsin du palais sonne avec le jour; tout se croise, tout s'excite et cherche colère. Le sang et la mort courent les rues, en telle horreur que le Roi et la Reine mère, qui en étaient les auteurs, ne se pouvaient garder de peur dans le Louvre. La résolution de lucr seulement les chefs est enfreinte; tous les huguenots indillorommcnt sont égorgés sans faire aucune défense : il demeure dans Paris 2.000 massacrés. » {Mémoires de Taimnnea.)