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L'HÉRÉDITÉ DE LA COURONNE

Après ce fait d'armes, Henri de Béarn renonça à la guerre pour de plus doux passe-temps. Il laissa François d'Alençon reprendre les projets de Coligny et profiter des embarras, que l'énergie et la persévérance de Guillaume d'Orange créaient à Philippe II, pour tenter la conquête des Flandres' ; il laissa la Ligue s'étendre et s'affermir dans le royaume au profit du duc de Guise ^

1 Après avoir fondé la République des Sept-Pr ovine es unies (Hollande, Zélande, Utrecht, Gueldre, Groningue, Frise, Over-Yssel) par l'union d'Utrecht (juin 1579), Guillaume le Taciturne sollicita l'alliance de la France contre l'Espagne. Henri HT, sans rompre ouvertement avec Philippe II, laissa son frère François, duc d'Anjou, entrer à Cambrai, le 18 août 1581, avec une armée française, et se faire élire, l'année suivante, duc de Brabant et comte de Flandre. De même, il laissa sa mère intervenir dans la guerre de la succession de Portugal et envoyer au secours du prétendant, Antonio de Grato, vaincu par le duc d'Albe et réfugié aux Açores, une tlotte de 59 voiles, montée par 5.000 soldats. Philippe Strozzi, qui commandait l'expédition, fut battu et pris par l'amiral espagnol Santa-Cruz, qui le fit jeter à la mer (août 1582). Les armes françaises ne furent pas plus heureuses en Flandre ; Monsieur, chassé par ses nouveaux sujets, termina dans son gouvernement d'Anjou sa carrière d'ambitions effrénées et de folles entreprises, et Philippe II se débarrassa du prince d'Orange, le 10 juillet 1584, en le faisant assassiner.

2 Guise avait, par le pacte de Joinville (16 janvier 1585), contracté une alliance perpétuelle avec Philippe H, afin d'extirper les sectes et hérésies de la France ou des Pays-Bas et d'exclure du trône de France les princes hérétiques. La maison de Guise promettait de livrer Cambrai au roi d'Espagne, qui lui assurait en échange 600.000 écus d'or et une pension mensuelle de 50.000 écus pour entretenir la guerre en France.

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OU du rui d'Espagne, et le prince de Condé diriger à sa place le parti protestant. Mais quand la mort du duc d'Alcnçon (11 juin 1584) l'eut tait héritier présomptif de la couronne de France, « on le vit se jeter vaillamment dans la mêlée des partis, affriandé au travail par la beauté de la besogne, et recevoir du péril une nouvelle hautesse de cœur » ',

Au manifeste de la Ligue, qui reconnaissait le vieux cardinal de Bourbon comme héritier de la couronne et qui déclarait que les armes ne seraient pas posées avant l'extinction de l'hérésie, à l'édit royal de 1585, qui expulsait tous les huguenots du royaume, Henri de Bourbon répondit « en se déclarant le champion du Roy, des lois et de fEiat, et en faisant toutes sortes de pratiques dedans et dehors le royaume pour se fortifier d'argent, d'amis, d'armes et de soldats » '\

L'alliance d'Henri III et de la Ligue avait mis sur pied 8 armées royales. La principale , Yarmée de Gmjenne, commandée par Mayenne, comptait 1.500 chevau-légers, 1.200 reîtres, 9.000 fantassins français et 6.000 Suisses, avec un bon équipage d'artillerie. Le maréchal de Matignon opérait en Normandie ; le maréchal de Biron aux environs de La Rochelle. Le gouverneur de Bretagne, Emmanuel de Vaudemont, duc de Mercœur, beau-frère d'Henri III, occupait le bas Poitou avec 800 chevaux et 1.500 hommes de pied.

i Mémoires de Sullij.

" D'Aubigné, Histoire universelle.

Henri de Guise munissait les places fortes et renforçait les garnisons de son gouvernement de Champagne, en prévision d'une invasion allemande. Le duc d'Aumale rassemblait les ligueurs de Picardie, et Maugiron ceux du Dauphiné.

Le roi de Navarre fit de tous côtés face à l'ennemi '. Avec les guinées de la reine Elisabeth, il leva des troupes nombreuses dans les Etats de ces princes allemands, qui, nouveaux condottieri, traitaient la guerre à l'entreprise en monnayant le sang de leurs sujets. Son alliance avec Monlmorency-d'Am ville lui permit d'établir une longue ligne d'opérations, s'étendant de La Rochelle à Genève, avec l'Atlantique et le Jura pour points d'appui et les monts d'Auvergne pour réduit. Il mit à l'aile gauche le prince de Condé, son lieutenant général; à l'aile droite, Lesdiguières; au centre le vicomte de Turenne ; lui-même resta en deuxième ligne, entre Agen et Montauban, avec la noblesse de ses Etats héréditaires, les chevau-légers béarnais et le régiment de Navarre.

Au mois d'avril 1S85, Condé battit le duc de Mercœur aux environs de Fontenay et l'obligea à se replier sur

1 « Henri de Béarn avait une de ces rares et admirables organiyations, fortes et flexibles comme l'acier, que rien n'abat, que rien n'étonne, et qui, toujours au niveau de l'événement, déploient, à mesure ^ue la nécessité les presse, des ressources croissantes et inépuisables. » (Henri Martin, Histoire de France.)

la Loire; puis, renforcé par Rohan, La Trémoïllc et La Rochefoucauld, il vint mettre le siège devant Brouage, que les vaisseaux de La Rochelle bloquèrent par mer.

La prise de cette place semblait assurée malgré la vaillance d'Epinay- Saint- Luc, son gouverneur, lorsque la nouvelle de la prise du château d'Angers par le capitaine Rochemorte et IS aventuriers huguenots, donna à Condé la pensée de renouveler l'aventure de Cahors et de tenter un coup de main contre l'importante capitale de l'Anjou.

Il laissa son mestre de camp, Jean de Sainte- Mesme, devant Brouage avec l'infanterie et le canon, et se mit en route, le 8 octobre, à la tête de 800 gentilshommes et de 400 arquebusiers à cheval. Cette cavalerie passa la Loire à Rosiers et rallia en chemin les 700 chevau-légers de Clermont d'Amboise, qui observaient l'armée de Mayenne.

Le 20 octobre, Condé logeait à Beaufort, à 7 lieues d'Angers, lorsqu'il apprit que Rochemorte avait été tué et que les ligueurs étaient maîtres du château. Déjà les paysans se soulevaient, au son du tocsin, pour lui couper la retraite, et Mayenne accourait au secours d'Angers avec toute l'armée de la Loire.

L'aventure tournait mal, et Coligny lui-môme aurait ou grand'peine à se tirer de ce mauvais pas ; aussi les capitaines, « n'ayant pas moins de souci que leurs soldats de terreur, » se décidèrent-ils à se dérober à un combat inégal en fondant à travers r ennemi. Lanciers, cuirassiers et arquebusiers furent départis en 3 csca-

drons sous le commandement de Condé, de René de Rolian et de Saint-Gelais.

Chaque chef divisa son escadron en escouades de 10 à 13 cavaliers, qui durent rejoindre séparément un même point de ralliement : Rohan indiqua La Rochelle; Condé, Avranches; Saint-Gelais, le Limousin. Presque toutes les escouades réussirent, malgré mille périls, à traverser les lignes de Mayenne. Condé passa par le Maine avec La Trémoïlle et d'Aventigny, et gagna la côte normande, où il s'embarqua pour Guernesey.

Le maréchal de Matignon obligea Sainte-Mesme à lever le siège de Bouage, et, à la fin de décembre, il opéra à Chàteauneuf, sur la Charente, sa jonction avec l'armée de Guyenne.

L'aventure du prince de Condé mit fin à la guerre en Saintonge et en Poitou. Le vicomte de Turenne évacua le Limousin, « pour ne pas rester exposé à l'impétuosité de tant de soldats » *, et rejoignit le roi de Navarre dans l'Agenais. En Dauphiné, Lesdiguières, successeur de Montbrun^ continua seul à tenir tête à Maugiron et au colonel corse Alphonse d'Ornano.

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