COURSES DU BÉARNAIS
L'hiver étant fort rude, les généraux catholiques re-
1 D'Avila.
2 Montbrun, fail prisonnier dans une escarniouclic, avait eu la tôle tranchée comme criminel de lèsc-majcsté, le 21 août 1575.
COURSES DU BÉARiXAlS (loSO). (173
noncèrent à la guerre de campagne et divisèrent leurs forces en deux corps qui, après avoir employé la mauvaise saison à faire des sièges, devaient se réunir, au printemps, pour reprendre les opérations offensives.
D'après Philippoteaux.
Fig. 272. '
« Le roi de Navarre mit grande abondance de muni-
' Cornette des chevau-légcrs du roi de Navarre.
tions clans toutes ses places, et ne conserva, pour courir la Guyenne, que 2.000 arquebusiers, 300 chevau-légers et quelques gentilshommes volontaires. Avec ces gens prêts en tout temps^ et n'ayant embarras ni d'artillerie ni de bagage, il allait, avec une vitesse incroyable, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, mettant l'ordre au nécessaire et secourant les places assiégées, sans jamais donner à l'ennemi moyen de l'attaquer. Grâce à sa grande connaissance des chemins et à l'adresse de ses soldats infatigables, il disparaissait comme l'éclair, et on le voyait le lendemain matin bien loin du lieu où il était la veille. De cette façon, ayant affaire à une grosse armée, languissante à cause des maladies qui l'accablaient, et à un général réfléchi et retenu en ses délibérations comme Mayenne, qui ne faisait rien qu'avec une grande prudence, le roi de Navarre réussit à munir età secourir bien à point ses principales places, à surprendre plusieurs troupes débandées, à couper le chemin aux vivres et à tenir toujours son ennemi en alarme et en défiance. A ce rude jeu, l'armée catholique diminua et s'affaiblit de jour en jour. » *
Quand Mayenne fût réduit à l'impuissance, le Béar^ nais laissa Turenne en Guyenne et courut en Saintonge, afin de renforcer Condé, qui guerroyait contre Saint-Luc, et de rassurer les habitants de La Rochelle, inquiétés par le maréchal de Biron % qui réunissait
' D'Avila.
2 Charles de Gontaut, baron de Biron, nonimé maréchal de France après la bataille de Bergerac, » était riiomme du monde qui connais-
COURSES DU BÉAUNAIS (1586), 67-')
une armée à Niort pour assiéger Marans. Le Béarnais se jeta dans la place menacée et en prépara la défense *; puis, Marans pourvu, il se rendit si redoutable par ses courses dans le Poitou que IJiron lui demanda un armistice, au nom de Henri III, afin de traiter de la paix (juillet 158G).
Cette paix, aucun des chefs no la voulait ^ ; cepen-
sait le mieux une assiette de camp et une place de bataille. Il s'entendait très bien à faire des cartes et à les expliquer. Je l'ai vu, dit Brantôme, connaître des pays et contrées mieux que les gentilshommes qui en étaient, et jusqu'à nommer les plus petits ruisseaux. »
* « Marans est situé sur la Sèvre niortaise, en lieu si marécageux et si bas qu'on ne peut arriver à la muraille et au fossé que par quelques avenues fort étroites. Le roi Henri fit boucher ces avenues avec de bonnes tranchées, et, au bout de chacune d'elles, il éleva une redoute, garnie de petite artillerie et défendue par des arquebusiers. Le marécage n'étant pas profond, il y fit enfoncer un grand nombre de planches, traversées de gros clous et autres choses, afin d'endommager tous ceux qui entreprendraient de passer par là pour gagner la terre ferme. <> (D'Avila.)
2 Le ministre protestant Simon Goulard cite dans ses Mémoires de la Ligue un dialogue en quatorze vers, « qui résume, dit- il, l'horrible confusion oîi était réduite la pauvre France en 1386 :
Henri III.
Je désire la paix, et la guerre je jure.
Henri de Guise.
Mais si la paix se fait, mon espoir n'est plus rien !
Mayenne.
Par la guerre nous croît le crédit ou le bien.
Le cardinal de Guise.
Le temps s'offre pour nous, tirons la couverture I
Henri de Navarre.
Qui comptera sans moi, pensant «[ue je l'endure, Comptera sans son hôte, et vous le verrez bien !
dant Marans fut neutralisé, et ligueurs, royaux et Navarrais suspendirent à peu près ' les hostilités dans le centre de la France, pour se préparer activement aux grandes opérations de 1587.