GUERRE DES TROIS HENRI
Henri de Béarn, « le plus rusé et madré prince qui fût au monde », avait envoyé des agents actifs * auprès du roi de Danemarck, des princes luthériens d'Aile -
Le cardinal de Bourbon.
Chacun peut espérer cela qu'il prétend sien.
Catherine de Médicis.
La dispulc ne vaut tandis que mon fils dure.
Sixte-Quint.
Néanmoins soutenons la Ligue en ses projets.
Levipercur Ilodolphe II.
Henri 111 perdra donc la France et ses sujets?
Philippe II.
Si la France se perd, je l'aurai tôt trouvée.
La France.
Tout beau ! 11 ne faut pas tant de chiens pour un os ! Et ceux-là n'ont pas bien ma puissance éprouvée, Qui, par ambition, me troublent mon repos !
1 Au mois d'août 1S86, le duc de Guise prit Auxonne, qui refusait d'ouvrir ses portes à son frère, Mayenne, nommé gouverneur de Bourgogne, et il assiégea Rocroy pour punir le duc de Bouillon de s'être fait huguenot. Mais le duc d'Aumale échoua dans la tentative qu'il fit, avec quelques ligueurs parisiens, pour livrer Boulogne à Philippe H, qui voulait faire de cette place fran(;aise le point de départ d'une descente en Angleterre.
2 Théodore de Bèze, Pardaillan, Clervan et Guitry.
GUERRK DES TROIS IIFMU (l.'iST). i;77
magne ot des magistrats de la Suisse protestante, pour hâter la formation d'une grande armée étrangère. Guillaume de la Mark, duc de Bouillon, avait à conduire cette armée, par la Bourgogne, jusqu'à la Ciiarité-sur-Loire,poury rejoindre toutes les forces disponibles du roi de Navarre et doMontmorency-D'Amville, et marcher sur Paris.
A ce projet (renouvelé de 1569 *), d'une exécution difficile à cause de la distance qui séparait les deux armées protestantes, et surtout à cause des ambitions rivales qui entravaient l'unité de direction, Henri III opposa un plan bien conçu : en Poitou, l'armée du duc de Joyeuse devait empêcher le Béarnais de passer la Loire et d'aller au devant des étrangers, pendant que l'armée de Champagne, sous Henri de Guise, et celle de Bourgogne, sous Mayenne, côtoieraient et endommageraient les envahisseurs dès leur entrée en Lorraine. Le roi de France se réservait le commandement de Varmée de la Loire., composée de sa maison, de 8.000 Suisses, des vieux régiments d'infanterie française sous leur colonel général, le duc d'Epernon % de l'élite
1 Page 015.
2 Jean-Louis de Nogarel, duc d'Epernon, favori de Henri IIF, avait, aclieté à Slrozzi, le 15 septembre 1581, sa charge de colonel rjéni-ral de Vmfanterie française et étrangère. Henri HI affecta à cette cliarge des pouvoirs presque illimit(5s : nomination à tous les emplois de l'infanterie, propriété d'une compagnie colonelle dans tous les régiments vieux ou nouveaux, direction de l'instruction, des manœuvres, de la discipline, etc.
des compagnies d'ordonnance ' et du plus de noblesse qu'il s'en pourrait rassembler. Placé au centre de l'échiquier stratégique, Henri III se promettait d'attendre le résultat des premiers engagements pour faire la loi aux vainqueurs autant qu'aux vaincus :
— « Ce sont mes ennemis, disait-il, qui me venge - « ront de mes ennemis ! »
Le roi de Navarre et le prince de Condé inaugurèrent la campagne de 1587 par la prise de Talmont, de Saint-Maixent et de Fontenay. Après ces succès., ils se préparaient à marcher ensemble vers la Charité, lorsqu'Anne de Joyeuse parut, le 15 juin, sur la Sèvre
* L'édit royal de mobilisation, donné à Meaux le 23 juin 1587, enjoint ta tous ca]iitaines, membres, hommes d'armes et archers de 144 compagnies d'ordonnance, de monter à cheval, pourvus d'armes et en épuipage requis, pour se réunir: 32 à Chaumont-en-Bassigny, le 20 juillet; o6 à Saint-Florentin (entre Troyes et Auxerre) et 56 à Gien, le 1" août. « Chaque compagnie marchera ensemble, s'il est possible, et arrivera sous sa cornette au lieu du rendez-vous. Les capitaines et membres avertiront par un exprès les maréchaux de camp de leur venue et du nombre d'hommes qu'ils amènent, 4 ou o jours avant leur arrivée, pour que ces maréchaux leur apprennent ce qu'ils auront à faire et où ils auront à loger, afin d'y aller droit et de ne pas s'approcher davantage du lieu du rendez- vous, tant pour éviter la confusion que pour soulager le pays. Quant aux autres compagnies non employées aux armées ou dans les provinces, elles obéiront aux commandements qui leur ont clé faits par lettres particulières du roy, ou bien elles se tiendront prêtes en leurs maisons pour monter à cheval au premier mandement. Bien que, d'après les ordonnances antérieures, la solde ne soit due qu'après 3 mois entiers de service, le paiement sera ordonné par les commissaires et contrôleurs à tous membres, hommes d'armes et archers des compagnies qui paraîtront à la montre, tout ainsi qu'aux vieux enrôlés. »