L'ARMÉE ÉTRANGÈRE
Après bien des vicissitudes, Varmée étrangère s'était réunie à Sarrebourg, le 27 août, sous la cornette blanche du duc de Bouillon, lieutenant général du roi de Navarre. Elle se composait d'Allemands, de Suisses et de protestants français. Le burgrave Fabien d'Ohna, général de l'Electeur palatin, commandait 29 cornettes de reîtres et 12 enseignes de lansquenets; Antoine de Clervant, 4 régiments de piquiers suisses * ; de Mouy, 3 régiments d'arquebusiers français et 20 compagnies de chevau-légers ou d'arquebusiers à cheval ; 300 gentilshommes suivaient la cornette blanche. Le parc d'artillerie contenait 4 canons, 4 grosses coulevrines et H pièces de campagne.
C'était une armée de 3S.000 hommes, animés de passions et d'intérêts différents, qu'il fallait conduire, en
randc et le baron de Salignac. Les Bourbons catholiques, Charles, comte de Soissons, et François, prince de Conti, frères de Condé, vinrent servir la cause d'Henri de Béarn, quand celui-ci leur eut fait comprendre que ce n'était pas de la religion qu'il s'agissait, mais de l'hérédité de la famille et de la succession du royaume. » (D'Avila).
1 i6 enseignes du canton de Berne; 13 de Bàle; Ifi de Zurich; 6 dos Grisons : en tout 10.000 piquiers sous les colonels Schregel et Thilman.
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pays ennemi, depuis l'Alsace jusqu'aux sources de la Loire. Le duc de Bouillon, «jeune seigneur de beaucoup de courage mais de peu d'expérience », n'était pas à hauteur de cette tâche difficile. Indécis sur la route à suivre, mal obéi par ses lieutenants, il laissa, depuis le col de Saverne, les Allemands et les Suisses ravager cruellement la Lorraine et la Champagne, dont les paysans se soulevèrent, au son du tocsin, pour courir sus aux envahisseurs.
Henri de Guise dirigea ce mouvement populaire et se fit le défenseur de la patrie en danger. Entouré de tous les princes de sa maison et de l'élite de la noblesse lorraine ou champenoise, suivi de 2.000 fantassins aguerris et de 1.200 cavaliers bien montés (cuirasses, lanciers albanais, carabins italiens \ arquebusiers à cheval), il entreprit de harceler cette grosse armée par des reconnaissances, des embuscades, des surprises et des escarmouches continuelles, de lui couper les vivres, d'enlever les traînards, enfin de la disperser, à force d'activité et de courage, sans jamais se laisser entraîner à une action décisive. La fourmi, cette fois, allait vaincre l'éléphant.
L'armée d'invasion franchit, le 1 \ septembre, la Moselle à Pont-Saint-Vincent % où le duc de Guise l'avait précédée, et, le 17, elle atteignit la frontière de France
' Envoy(''S de Bruxelles ])ar le duc de Parme.
2 « Les reîtres étaient arrivés au Pont-Saint-Vinoent (grande hour-
à Saint-Urbain, surla haute Marne. Renforcée, le 22, par les 1.500 arquebusiers et les 200 cuirasses de François de Coligny, elle passa la Seine à Châtillon (après une escarmouche de quatre heures contre les coureurs de
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Gaspard de La Châtre), et l'Yonne à Mailly-le-Château ;
gadc siluée au penchant d'une colline, au pied de laquelle la Moselle passe sous un pont spacieux, fait à l'antique) quand le duc de Guise y survint pour les reconnaître avec 300 chevau-légers et 100 arquebusiers à cheval. A son arrivée, il découvrit, du haut d'une colline, l'armée étrangère, rangée par escadrons et marchant tout droit vers le pont de pierre. Après avoir mis hors du bourg les 300 chevau-légers, et sur le bord de la Moselle les 100 arquebusiers à cheval, il passa le pont avec 5 gentilshommes pour gagner quelque lieu élevé, d'où il put dis-
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mais elle dut s'arrêter devant la Loire, dont tons les passages, depuis Gien jusqu'à la Charité, étaient gardés par l'armée de Henri III * (2 octobre).
La poursuite acharnée du duc de Guise, (que le marquis de Pont avait rejoint avec l.SOO chevaux et 3.000 hommes de pied), l'indiscipline des Allemands et l'intempérance des Suisses avaient décimé les envahisseurs ' ; ils étaient mécontents de leurs chefs, inquiets
tinctement découvrir et étudier l'ordre des étrangers. Chargé par deux cornettes de reitres, qui précédaient l'avant-garde pour découvrir le pays, il fut contraint de repasser le pont à la hâte. Mais les avantcoureurs allemands firent halte au bord de l'eau pour attendre leur gros. L'un d'eux, ayant mis pied a terre, prépara tout à son aise son cscopctte, qu'il coucha en joue et tira d'une grande assurance, malgré une décharge de 200 arquebusades, dont pas une ne l'atteignit; puis, sans s'étonner d'aucune sorte, il se retira au petit pas vers ses compagnons. « Guise se plaça aux dernières files de ses arquebusiers, et fit sa retraite tout en escarmourchant, pour rejoindre son corps d'armée, que ses maréchaux de camp, Bassompierre et La Châtre, avaient rangée en demi-lune entre deux collines : l'infanterie au centre, parmi les vignes entourées de fossés, la cavalerie aux ailes, l'artillerie sur le haut d'une colline flanquant le front de bataille. L'avant-garde allemande n'osa pas attaquer. » (D'Avila).
* « Le roi avait réuni à Gien 8.000 Suisses, 10.000 fantassins français et 4.000 chevaux. Le duc d'Épernon, qui menait son avant-garde, avait remonté la Loire, rompant tous les passages, enlevant les bateaux et mettant de bonnes garnisons dans tous toutes les places. » (D'Avila).
2 « Guise, remplaçant la force par l'adresse, ne se logeait que dans des postes avantageux et assez pn's des Allemands pour saisir toutes les occasions de leur faire dommage. Tantôt devançant l'armée ennemie, tantôt la suivant, tantôt la côtoyant avec une diligence infatigable, il s'elforçait de l'incommoder, de la réduire à l'étroit, de l'amuser, de retarder son voyage et de la mettre surtout dans une extrême nécessité de vivres. Ses meilleurs alliés furent la gourmandise et l'ivrognerie des Allemands qui, dans les pays de vignoble, se débandaient pour cueillir du raisin et dévaliser les caves. Les mala-
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des tmhisons dont ils se sentaient entourés, et déçus dans leurs rêves de conquêtes et de fortune.
Les Suisses, en entendant leurs grands tambourins sonner la diane dans le camp de Henri III, s'accusaient de manquer au pacte fédéral et refusaient d'aller plus
loin ; les Allemands « menaient grand bruit pour la solde qui n'était pas payée », et les Français, harassés par le service d'avant-garde, d'avant-postes ou d'arrière-garde que les étrangers leur avaient imposé depuis le commencement de la campagne, quittaient l'armée par bandes pour rejoindre Lesdiguières en Dauphiné ou D'Amville en Languedoc.
Après plusieurs tentatives pour forcer le passage de la Loire à Cosne, à la Charité ou à Neuvy, « dont le gué était défendu par 3 frégates à canons », le conseil des capitaines décida qu'on se dirigerait' vers la Beauce, pour attendre, « sur cette terre nourrice des gens de guerre »,
dies les avaient d(*jà beaucoup réduits, lorsque les pluies d'automne vinrent augmenter encore le nombre de leurs morts. Ce fut bien pis dans les marécages de l'Orléanais, où l'on marchait dans la boue par
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l'argent et le prince du sang que le roi de Navarre avait promis.
François de Coligny ayant offert ses terres du Gàtinais à l'armée étrangère, elle allajusqu'cà Montargis, à petites journées, par Saint-Fargeau, Bléneau et Chàtillon-sur-Loing, pendant que le duc de Guise prenait position à Chàteaurenard , et que le duc d'Epernon se dirigeait vers Chartres avec l'avant-garde de l'armée delà Loire.
ANNE DE JOÏEUSE (1587).
Cependant, le duc de .Joyeuse était à Poitiers, avec 8.000 hommes de pied, 2.000 cavaliers, «de noblesse pour la plupart », et 7 pièces de canon. De Gien, Henri III lui envoya l'ordre de combiner ses opérations avec le maréchal de Matignon, (qui devait lui amener de Bordeaux 4.000 vieux soldats), de courir sus au roi de Navarre et de lui livrer bataille en quelque lieu qu'il le rencontrât.
Le 10 octobre, Henri de Bourbon quitta la Rochelle « avec toutes les forces qu'il avait pu tirer du Poitou, de l'Anjou, de la Touraine et du Berry, afin de marcher au devant des étrangers par la Guyenne, le Lan-
des chemins impraticables. La colonne du duc de Guise avait échappé à la maladie : mal chaussés, presque nus, montant des chevaux harassés, gentilshommes et soldats avaient conçu une si grande opinion de leur général, en le voyant s'exposer le premier à toutes leurs fati' gués, qu'ils acceptaient gaiement les souffrances de cette rude poursuite. • (D'Avila.)
guedoc et le Lyonnais, et de gagner les sources de la Loire, en ralliant toujours nouvelles troupes» *. Il marcha de la Charente vers l'Isle par Taillebourg, Pons et Monlieu, et logea, le 16, à Monguyon, où il apprit par ses coureurs que l'armée de Joyeuse avait côtoyé la sienne par Ruffec, Châteauneuf et Barbezieux, et qu'elle venait de passer la Dronne à Aubeterre pour le devancer sur risle, lui barrer la route de Guyenne, et faire sa jonction, à Libourne, avec le maréchal de Matignon.
Le roi de Navarre, décidé à accepter la bataille, employa la journée du 17 à concentrer ses forces, composées de 4.380 fantassins, de 1.250 cavaliers et de 3 pièces d'artillerie. Le 18, il fit reconnaître par La Trémoïlle, général de sa cavalerie légère, les passages de la Dronne et les positions de l'ennemi; et, le 19^ quand il fut sûr que Joyeuse n'avait pas dépassé la Rochechalais , il fit une marche forcée de 23 kilomètres pour s'emparer de la forte position de Centras, située sur la rive gauche de la Dronne, en avant du confluent de l'Isle \
1 Mémoires de Sulhj.
2 « Le bourg de Goutras compte aujourd'hui (1834) 3.000 habitants ; son importance n'a pas varié depuis la bataille. Il n'avait pas d'enceinte ortifiée en 1587; on y voyait un château déjà presque abandonné