‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 130 sur 152 · ANNE DE JOYEUSE · texte numérisé non relu

ANNE DE JOYEUSE

La Trémoille, devançant l'avant-garde avec 250 clie- Vciu-légers et autant d'arquebusiers à cheval, passa la Dronne à gué, au-dessous du moulin de Coutras, où il laissa quelques arquebusiers pour assurer sa retraite, et il courut s'emparer du bourg, du château et de la garenne. Comme il descendait du château, à la nuit tombante, il se heurta à un escadron d'écharpes rouges : c'étaient les fourriers de l'armée royale, conduits par le maréchal de camp, Beaumanoir de Lavardin, qui venait faire à Coutras le logement pour le lendemain. Joyeuse avait eu trop tard la même intention que son adversaire.

« Lavardin jeta quelques arquebusiers aux chaussées du moulin, pour éprouver la résolution des coureurs huguenots, et pour savoir, d'après leur contenance, s'ils étaient soutenus. Quand il vit qu'ils ne marchandaient pas, il jugea qu'ils avaient toute leur armée aux trousses, et, trop faible pour disputer Coutras, il s'en retourna à la Rochechalais. »

La Trémoille le poursuivit jusqu'au village des Peintures, situé à 5 kilomètres environ du château de Coutras, et établit dans ce village, qui barrait la route de la Rochechalais, une grand garde de cavalerie légère.

(dont il ne reste plus que quelques vestiges), situé près de la liniilc du plateau et de la basse plaine de l'Isle. En avant se trouvait un taillis réceminent coupé. Un tertre s'élevait à droite du chemin de La Rochechalais, très près des premières maisons de Coutras. C'était la seule éminence qu'on découvrit sur le plateau. » (Colonel Sainl- Yon, secrétaire du comité d'étul-major. Guerres de Religions de 1585 à 1S90. Collection du Spectateur militaire, avril-septembre 1834.)

688 HENRI. UOl DE iNAVARRE.

soLileiuie, à un kilomètre en arrière, par l'escadron de 60 salades du capitaine La Boullay. Ces précautions prises, il alla faire son rapport au roi de Navarre, qui était déjà installé dans Coutras '.

Henri de Bourbon rassembla aussitôt le conseil des princes et des capitaines, « pour leur remontrer le péril qu'il y avait à passer des rivières, en ayant à l'échiné des ennemis si gaillards qu'ils venaient à la guerre comme à la chasse, et en laissant croire à l'armée protestante qu'elle n'était pas de force à leur tenir tête. » Tous furent d'avis de s'arrêter à Coutras, et d'employer la journée du lendemain à se préparer au combat '^. Si l'ennemi tardait, on irait au devant de lui.

La bataille protestante franchit le gué de la Dronne, et « la plus grande partie de l'armée fut demi-logée, demi-campée dans le bourg et aux villages de dessous». Il ne resta sur la rive droite (à une lieue environ du gué) que les 3 régiments qui accompagnaient l'artillerie, dont les commissaires, Clermont-Gallerande, Bois-du-Lys et Mignonville « se mirent dans l'eau jusqu'aux aisselles pour accommoder le passage » * .

En recevant, à 10 heures du soir, le rapport de La-

1 D'Aubigné [Histoire universelle).

2 « Dès ce soir, les réformés passèrent le temps à charger leurs pistolets avec cire, liège, carreaux d'acier et tels artifices, dont les valets de chambre du roi de Navarre accommodèrent presque tous ceux de la cornette blanche. Tout cela servit au combat que vous verrez. » (D'Aubigné.)

5 Mémoires de Sidhj.

AlNiNE DE JOYKUSK (1.j87j. 681)

vardin, Joyeuse, « qui banquetait à la liochechalais avec tous les jeunes fous de la cour», proposa à ses convives d'aller, cette nuit même, donner la chasse au Béarnais. Tous aussitôt montèrent à cheval et liront battre aux champs.

Le camp fut levé confusément au milieu des ténèbres, et l'armée royale, formée en une seule colonne, se mit en route vers Coutras dans le désordre et avec la lenteur d'une marche de nuit improvisée *.

La pointe d'ava?it-garde, composée de 400 lances triées, d'autant d'arquebusiers à cheval et de 2 compagnies d'Albanais, vint donner dans la grand'garde des Peintures, qui lui tint tête et l'arrêta jusqu'au jour.

Au bruit des arquebusades, l'armée protestante prit les armes. Le Roi dépêcha Maximilien de Béthune au gué de la Dronne pour hâter le passage de l'artillerie et de l'arrière-garde.

— « C'est à ce coup, mon ami, lui dit-il en l'accolant, « qu'il faut faire paraître votre esprit et votre dili- « gence ; le temps nous presse, et c'est de l'artillerie, « bien logée, bien munie et bien exploitée, que dépend « en partie le gain d'une journée. ^ »

Ensuite, il parcourut les positions avec le prince de Condé et le vicomte de Turenne, sergent général de

1 <r La nuit n'a pas de honte; c'est le manteau des polirons, la mer rie confusion. Les armes, les soldats s'accrochent, s'embarrassent, tombent; les mècbes s'éteignent; les bruits, les frayeurs s'accroissent ; la nuit fait des boiteux, des sourds et des aveugles. » (Tavanncs.)

2 Mémoires de Sïdlij.

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