‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 131 sur 152 · II · texte numérisé non relu

II

bataille, pour tracer les lignes et déterminer lui-même les emplacements de la cavalerie, de l'infanterie et du canon.

Coutras (20 octobre 1587).

« La petite plaine, de 6 à 700 pas de largeur, qui s'étendait entre la Dronne et le bourg, étant défendue du côté de l'ennemi par les marais du Pallard, le Roi appuya son front de bataille aux premières maisons de Coutras et au taillis d'un an qui les bordait à l'ouest. ' » Il désigna pour y placer l'artillerie le sommet d'une croupe arrondie, nommée la motte de Loupsilj qui commandait la route de la Rochechalais et les bois que cette route traversait. Loupsil devint la clef de la première position défensive, le point d'appui central, d'où la ligne se courbait en demi-lune pour se relier à l'enclos de la Garenne, fermé de haies vives ; cet enclos était le point d'appui de droite. A SOO mètres en arrière du premier front, le château, construit par Lautrec, le parc, les jardins et les viviers formaient une deuxième ligne inexpugnable.

Vers 6 heures du matin, La Trémoïlle, commandant des avant-postes, les replia successivement, et vint annoncer au Roi que l'armée catholique approchait des bois de la Gelleterie et qu'il allait y avoir bataille. Henri forma aussitôt toute sa cavalerie en 5 escadrons,

1 D'Aubicfné.

COUTRAS (:;0 oclol.re loST). (i'JI

qu'il déploya, entre la Garenne et la route de La Rochechalais, dans l'ordre suivant :

A gauche, les 200 cuirasses du comte de Soissons, sur 3 rangs (S) ; au sommet do Loupsil, la Cornette blaîîchc, sur G rangs de 50 chevaux de Iront {H) ; l'escadron de Condé {€), de même force, était retiré de U) pas au coin de la troupe royale; les 220 cavaliers

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Fig. 270.

gascons et auvergnats du vicomte de Turenne (7), sur 3 rangs, faisaient le ventre du croissant; les 1 20 arquebusiers à cheval de A^ignolles ( F) devaient servir d'e?îfants perdus et garnissaient l'intervalle de 60 pas, qui séparait l'escadron de Turenne des 200 chevau-légers de La Trémoïlle et de Yivans (L).

Chaque escadron avait, pour garnir ses etriers, un peloton de 25 arquebusiers à pied (a), choisis dans la

garde des chefs; ces tireurs d'élite étaient placés sur o rangs : le i3remier rang ventre à terre; le 2% à genou ; le S**, penché de ceinture; les derniers rangs debout. « Destinés à être foulés au pied des chevaux en cas d'insuccès, les arquebusiers de l'étrier ne devaient tirer qu'cà 20 pas et n'avaient d'espérance de leur vie qu'en la victoire. Ce qui ne fut pas de petit effet », ajoute d'Aubigné.

En attendant les 3 régiments de l'arrière-garde, les 2.500 arquebusiers dont le Roi disposait furent placés aux ailes de la cavalerie : SOO, sous Castelnau et Montgomery {Ca), sur la lisière du taillis et dans les premières maisons de Centras; 2.000, sous Salignac {Sa), et Parabère (P), le long des haies vives de la Garenne. Le bagage resta parqué dans Centras.

Quand ses troupes furent rangées, le roi de Navarre donna, du tertre de Loupsil, le signal de la prière, et 4.000 voix entonnèrent ensemble un cantique de Clément Marot.

.logeuse débouchait au même moment des bois de la Gelleterie, à la tête de son brillant état-major, pour prendre ses dispositions d'attaque. En voyant les cavaliers huguenots debout à côté de leurs chevaux et la tète découverte :

— « Voilà des trembleurs à moitié battus ! » dit-il en éclatant de rire.

— « N'en croyez rien, Monsieur ! lui répondit La- « vardin; je connais cette contenance: les Huguenots « font les doux et les pieux chevaliers; mais quand

COUTRAS (20 octobre lo.ST). Ci):}

« viendra la charge, vous les trouverez diables et lions. « Souvenez-vous que je vous l'ai dit ! • »

Et il se hâta de tracer la ligne de bataille et do déploj'er les 2.800 cavaliers et les 4.800 lionimes de pied de l'armée royale.

Joyeuse voulut former en haie, sur 3 rangs, les 1.200 gens d'armes en habit de parade, qui le suivaient « empanachés de plumes de toutes couleurs et armés de lances chevaleresques à banderole »\ Il laissa son maréchal de camp grouper toute l'infanterie aux ailes de cette haie, en deux bataillons : à droite, 2.000 arquebusiers (3/), sous M, de Cluseaux; à gauche, 1.000 corselets et 1.800 arquebusiers des régiments de Picardie et de Tiercelin {N). On n'avait amené de la Kochechalais que 2 canons : on les mit à l'aile gauche.

De ce côté Lavardin disposa l'avant-garde (composée de ses 400 lances triées (La), des 6 cornettes de cavalerie légère de Montigny (F), et des Albanais (.4, .4') de Mercure), afin de menacer le ventre du croissant, point faible de la position ennemie.

Pendant que l'armée royale prenait cette formation, les 3 régiments retardataires (0) étaient venus renforcer l'infanterie protestante : Charbonnières avait été envoyé à l'aile gauche {T)\ Neufvy etBories étaient

* Ikfiistrc-jouriial de Pierre de rEsloilc.

'■^ « Du côté du roi de Navarre, il n'y avait d'autre parure que des armes rouillées par la pluie; mais à l'ordre qui régnait dans les rangs, à Fallilude des soldats, on pouvait juger de leur valeur et de leur discii'lino. ■> (D'Avila.)

69i HENRI, ROI DE NAVARRE,

restés dans la Garenno. L'artillerie avait gravi le tertre de Loupsil, et le Roi l'avait placée (A', G) aux deux flancs de la Cornette blanche (H).

Il était 9 heures.

« Rosny et Clermont-Gallerande pointèrent les deux canons (/?), et Boys-du-Lys la coulevrine (G) ; chaque volée ouvrit de larges rues dans les escadrons et les bataillons catholiques, jonchant le sol de 12, lo, 20 et quelquefois jusqu'à 25 corps d'hommes et de chevaux \ »

Les deux pièces catholiques, mal placées, ripostèrent ; mais, tirant trop bas, elles ne tuèrent, en 6 volées, qu'un gentilhomme du prince de Condé.

Lavardin galopa jusqu'au groupe étincelant, devant lequel paradait le duc de Joyeuse.

— « Monsieur, lui dit- il, nous laisserez-vous détruire de pied coy ? Il faut jouer !

— « Attaquez, Beaumanoir, répondit le jeune général, nous vous suivons I

Lavardin donna aussitôt à l'aile gauche le signal de l'attaque. Lui-même, faisant la première pointe avec les Albanais et les chevau-légers, soutenus par ses 400 lances, dispersa les enfants perdus de Yignolles, renversa les escadrons de La Trémoïlle et de Turenne, et, passant au galop devant la Garenne, ne s'arrêta qu'au bourg de Centras, au milieu du parc à bagages. Là, les Albanais (selon l'habitude que nous leur connaissons depuis Fornoue^ se mirent à butiner sans plus

' Mémoires de Sully.

COUTRAS (20 octobre 4587). 695

s'occuper du combat, pendant que les cavaliers français de Lavardin laissaient souffler leurs chevaux épuisés par cette longue traite.

Profitant de cette charge heureuse, le gros bataillon de Picardie et de Tiercelin [N) s'avança résolument à l'attaque de la Garenne; mais le feu bien ajusté des arquebusiers de Salignac et de Parabère arrêta toutes ses tentatives. Les deux régiments catholiques se replièrent sur les bois d'Audebeau après avoir subi do grandes pertes.

Le ventre du croissant huguenot n'en était pas moins rompu, et les deux escadrons du roi de Navarre et de Condé restaient découverts sur leur flanc droit.

— « En auant^ hommes cï armes l »

s'écria .Joyeuse, en levant sa cornette.

Toute la haie s'élança, et 1.200 grands chevaux lanciers galopèrent, à pleine course, vers Je tertre de Loupsil. En même temps, le régiment de Cluseaux so mit en marche, le long de la route de La Rochechalais, pour attaquer l'aile gauche protestante.

Le roi de Navarre venait de passer devant les 3 escadrons qui occupaient le sommet et les flancs de la colline, le sourire aux lèvres, la confiance dans les yeux.

— « Cousins, avait-il dit au comte de Soissons et au « prince de Condé, n'oublions pas que nous sommes du « sang de Bourbon ; et, Capdious ! je vous montrerai « que je suis votre aine! »

— « Vous aurez de bons cadets ! » avait répondu Condé.

Les quelques gentilshommes protestants qui avaient des lances se portèrent à trente pas en avant du front pour rompre le premier élan de l'ennemi. Les arquebusiers de létrier compassèrent leurs mèches, et tous attendirent la charge, immobiles et silencieux.

Quand la haie de gendarmerie, essoufflée par la longue carrière qu'elle avait franchie, atteignit les fossés de la route de Montpont, le plus grand nombre des chevaux se déroba ou s'abattit, et les lanciers protestants eurent raison des premiers assaillants.

— « Charge! Charge! crièrent à la fois les trois Bourbons ! »

Et les escadrons, partant au pas, marchèrent ensemble au devant de l'ennemi '.

Il y eut alors une mêlée mémorable, où la valeur française fit départ et d'autre des prodiges. Les lances rompues, les pistolets tirés, on s'attaqua à l'épée, corps à corps : la victoire demeura aux plus robustes et aux plus aguerris, c'est-à-dire aux protestants. Au bout d'une heure, les gens d'armes catholiques tournèrent l)ride, en laissant 400 morts au pied du tertre de Loupsil. Les fuyants furent ardemment poursuivis.

Joyeuse avait traversé le bois de la Gelleterie, lors-

1 ' Qui charge à propos et ou ordie est victorieux; marcher au pas, taire souvent des haltes (les capitaines étant en front et sur les pointes, les maréchaux des logis derrière, frappant les couards), et ne prendre le grand trot ou le petit galop qu'à dix pas de l'ennemi. Si le capitaine ne charge des premiers et ne sert d'exemple, tout va mal. 11 peut aussi faire charger devant lui 30 hommes jeunes et valeureux; autrement, il les envoie ejjlorer un coin de l'escadron ennemi. » (Guillaume de Saulx-Tavanncs.)

COUTRAS (20 oclnliro L'iST). 61*7

(ju'il fut renversé de son cheval (7') et tué de 3 coups de pistolet, malgré les 100.000 écus qu'il avait olferts pour sa rançon.

Les soldats de Castelnau et de Charbonnières, chari,''és de défendre le taillis et les premières maisons de Coutras, repoussèrent sans peine le régiment de Cluseaux, pris en flanc par la batterie protestante.

A midi, toute l'infanterie de la Garenne prenait à son tour l'offensive au cri vengeur de :

— « Saint-Herray ! Saint-Herray ! »

A l'attaque du bois d'Audebeau, dans lequel les régiments de Picardie et de Tiercelin s'étaient ralliés, les huguenots passèrent l'arquebuse dans la main gauche pour mieux manier l'épée. Tout ce qui tenta de résister fut massacré ; le roi de Navarre, au retour de la poursuite, eut grand'peine à faire cesser la furie du carnage. Il fît sonner k l'étendard pour reformer ses escadrons et ses régiments ; puis, les armes faussées, la figure noircie par la poudre, il parcourut les rangs « en donnant des regrets aux morts et en louant ceux qui s'étaient bien conduits ' ».

— « Mon ami, dit-il à Rosny, on ne croira plus que « les huguenots ne gagnent jamais de bataille ! »

1 « Capitaines et vous soigneurs qui mono/, les hommes à la mort (car la guerre n'est aulre cliose), quand vous verrez faire quelque Ijrave acte à un des vôtres, louez-le en public, conlez-le aux autres qui ne s'y sont pas trouvés. S'il a le cœur en bon lieu, celui que vous louerez estimera cela 1)1 us que tout le bien du monde, et, à la première rencontre,

t)9S HENRI, ROI DE NAVARRE.

La victoire était due à la supériorité tactique du roi de Navarre et de ses capitaines autant qu'à ïaffuerriement, à la discipline et à l'armement de leurs troupes'. L'armée de Joyeuse était détruite, et les chefs protestants n'avaient plus qu'à marcher vers la Beauce pour rejoindre leurs alliés étrangers; mais, partagés dans le conseil par des intérêts différents et obligés de faire la guerre à leurs frais, ils commirent la faute irréparable de se séparer sans poursuivre leurs succès. Le roi lui-même, attiré par les doux passetemps d'autrefois, alla porter aux pieds d'une châtelaine de Béarn toutes les enseignes conquises à la journée de Centras; « si bien, dit Sully, qu'en huit jours les fruits d'une si grande et signalée victoire s'en allèrent en vent et en fumée ».

Vimory (-29 octobre I5ST).

Le 29 octobre, l'armée étrangère était cantonnée autour de Montargis : les Suisses sous les murs de la

il lâchera de mieux l'aire encore. J'ai toujours traité ainsi les capitaines qui ont été sous moi, voire les simples soldats; aussi je leur eusse fait donner de la tête contre une muraille et je les eusse arrêtés au lieu le plus dangereux qui se tut présenté. » (Monlluc).

» « Plusieurs ont trouvé le gain de cette bataille miraculeux. Je n'en juge pas ainsi, parce qu'il n'y avait, du côté des catholiques, qu'environ S. 000 hommes de pied (à la vérité mieux couverts). Les protestants n'en avaient que 500 de moins; mais en récompense ils étaient presque tous arquebusiers à cheval, et par conséquent escoupetaires; aussi était-ce la Heur des 8 régimenls protestants. <• (D'Aubigné, Histoire iiniverselle) .

VIMORV (i.) orioliro io87). GOl)

ville ; les Français au nord, sur la route de Châteaulandon; les reîtres au midi, dans le bourg de Vimory.

A midi, le duc de Guise dinait à Courtenay avec ses frères et ses cousins, lorsque Thomas Frata, chef de ses coureurs albanais, vint lui apporter le plan des cantonnements ennemis, en lui disant (jue les trois corps, trop éloignés pour correspondre, se gardaient mal, et que les reîtres surtout, occupés à banqueter nuit et jour, étaient faciles à surprendre.

— « A cheval, messieurs! dit Henri de Lorraine, en se levant de table, nous allons à Vimory! » Et, sans vouloir entendre les remontrances de Mayenne, il lit sonner le boute-selle.

A une heure, les Lorrains se mettaient en marche. Le Balafré formait la première pointe avec 30 gentilshommes et 60 Albanais, précédant 4.000 arquebusiers en 2 bataillons, commandés par Des Cluseaux et Saint-Paul. La cavalerie suivait en 3 escadrons : le premier, de 500 chevau-légers, sous Mayenne; le second, de 400 lances lorraines, sous le marquis de Pont, le duc de Nemours et le marquis d'Elbœuf; le troisième, de 400 cuirasses, sous le duc d'Aumale.

On arriva dans cet ordre, vers 7 heures du soir, dans la plaine de Vimory, sans avoir rencontré ni sentinelles perdues ni patrouilles battant la campagne : les reîtres soupaient. Guise, se mettant à la tète de l'infanterie, entra en silence dans le bourg, qui avait près d'un quart de lieue de longueur, et rangea ses gens

dans la rue, sans qu'un seul Allemand y vint voir.

Les 3 escadrons se déployèrent dans la campagne (Mayenne à droite, de Pont au centre, Aumale à gauche), de manière à entourer Yimory et à en garder les issues.

Quand tout fut réglé. Guise donna le signal convenu.

Aux deux extrémités du l30urg, Saint-Paul et Cluseaux, avec un grand bruit d'arquebusades, commencèrent à mettre le feu aux plus prochaines maisons, et, en un instant, Vimory fut embrasé. Les reîtres, surpris la bouche pleine ', furent percés par le fer, brûlés par les flammes ou abattus par une furieuse grêle d'arquebusades.

Cependant, le grand butin trouvé dans les chariots allemands ayant amusé l'infanterie française, le burgrave d'Ohna eut le temps de monter à cheval ; il rallia 3 cornettes, força une des entrées du bourg, charga l'escadron de Mayenne et se fit jour vers Montargis.

1 Auprès de Vimory,

Eûmes avcriisscmcnt Qu'il y avait grand'nonibre De reilres là-dedans.

Lorsqu'ils pensaient souper, Pour leur entrée de table.

Un les a salués A coups d'arquebusades.

Ne se doutant du fait, Commencent à se sauver:

Les uns sur les chevaux Et les autres à pied.

( Vieille chanson.)

AUNKAU (I) novcnihrc 1387). 701

L'expédition n'en avait pas moins réussi ; le duc do Guise dédommagea ses braves Lorrains de toutes les fatigues de la campagne, en les laissant puisera pleines mains dans les coffres et dans les chariots dos reitres : «jamais soldats ne furent tant chargés de richesses; heureusement ils trouvèrent 2.800 chevaux pour porter le butin ».

Au point du jour, la colonne s'en retourna à Courtenay dans l'ordre où elle était venue. Le lendemain, on criait dans Paris la grande victoire du balafré snv les ennemis de la Ligue '.

La surprise de Vimory ne fut qu'un coup de main heureux, qui n'empêcha pas l'armée étrangère de continuer sa marche vers la Beauce. Le prince de Conti vint lui apporter la nouvelle de Centras et lui promettre le sac de Paris : mais il ne dépassa pas Chartres. Pendant que Henri III s'installait à Vendôme pour barrer aux envahisseurs le ciiemin de la Loire, Epernon les harcelait en tète et Guise les talonnait en queue, « s'acharnant surtout après les reitres pour le dégât qu'ils avaient fait en Lorraine ».

Auneau (Il novembre \'6S').

La veille de la Saint-Martin, les Allemands logeaient

* « Le joucli, 29 octobre, à Vimory, près Monlargis, turent dcl'aits tout plein de reitres par les ducs de Guise et de Mayenne. La(|uell('. nouvelle étant arrivée à Paris fut aussitôt mise sous la presse, imprimée, criée et publiée avec les adjonctions ordinaires et accoutumées, faisant mouler le cent à mille. » (Journal de l'Estoile).

à Anneau, gros bourg du pays Chartrain (où ils ne manquaient ni de logement ni de vivres), dans le voisinage d'un château royal, gardé par le capitaine Challart. Pour être tranquilles, ils avaient fait avec la garnison une convention de neutralité, et, comme ils devaient continuer leur route le lendemain, ils avaient soigneusement chargé leurs bagages sur des charrettes beauceronnes.

Henri de Lorraine était à Dourdan. Dès la veille, il avait envoyé un gentilhomme à Challart pour lui demander d'ouvrir secrètement les portes du château à un détachement français, et de favoriser une entreprise contre les envahisseurs. C'était chose convenue.

Dans la soirée du 10 novembre, la colonne de Guise reprit, à Dourdan, l'ordre de marche deVimory, et vint s'arrêter, avant l'aube, aux abords d'Auneau. Quelques arquebusiers, introduits dans le château à l'insu des reîtres, prirent possession de la porte qui donnait accès sur le village. Guise disposa ses troupes aux environs et attendit le jour.

Quand les trompettes allemandes eurent sonné la diane, quand les corps de garde eurent été levés et les portes ouvertes pour laisser sortir les premières charrettes, le duc lança dans Anneau le régiment de Saint- Paul.

« Les arquebusiers enfilant les rues, donnent dans les premiers logis. Les reîtres prennent l'alarme, montent à cheval, trouvent la porte saisie et les nies embarrassées par leurs chariots. Le village étant fermé,

AUNEAU (H novembre ■! 587). 703

ils ne peuvent se mettre ensemble, ni gagner la campagne. Cependant le burgrave d'Ohna, se trouvant des premiers à la porte avec 7 ou 8 de ses officiers, perce les Français qui entrent; mais la porte est aussitôt fermée. Les reîtros à cheval courent en vain autour des murailles pour trouver passage; quelques-uns se dressent sur leurs selles, enjambent la muraille, sautent dans le fossé et s'échappent. 7 cornettes restent aux Lorrains avec gens, armes, chevaux et chariots »'.

Le duc de Guise s'en alla coucher à Etampes avec ses fantassins, « devenus tous cavaliers pour avoir pris

1 Mémoires de la Ligue. — Comme c'est la vérité liistoriquc que nous recherchons dans ceUe étude, comparons ce récit du ministre prolestant Simon GouLird avec celui de d'Avila :

« Au point du jour, les trompettes des reitres commençaient à sonner la diane, quand les Français fondirent sur les barricades que les reîtres avaient construites autour du bourg d'Auneau. Les corps de garde reçurent l'attaque d'un grand courage ; mais, au bout d'une heure, les Français, ayant mis le feu aux charrettes qui formaient les barricades, et ayant rompu les tonneaux, poutres et autres obstacles qui embarrassaient les avenues, chargèrent le corps de garde principal, qui fut taillé en pièces. Au même moment, Saint-Paul entrait dans le bourg par la rue de droite, Ponsenac par la rue de gauche, et leurs arcjucbusicrs dispersaient tous les reitres qui, n'ayant pas eu le temps de monter à cheval, se présentaient à eux le pistolet à la main; mais le combat était inégal; les arquebusiers français tiraient de loin, et les piquicrs terrassaient facilement ces reîtres qui n'avaient que le pistolet et l'épée. Les issues étant bien gardées, presque tout fut tué au milieu de hurlements effroyables. Quelques reîtres sautèrent par-dessus les murailles, mais la cavalerie lorraine les mit à mort ou les prit. Le burgrave se sauva presque seul au logement des Suisses, qui était à trois quarts de lieue. D'Olma ne put pas résoudre leurs capitaines à venir au secours de ses reîtres. »

70i HENRI, ROI DE NAVARRE.

des chevaux fort bons à l'ennemi, et il envoya au Roy cinq étendards allemands ».

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