‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 133 sur 152 · II · texte numérisé non relu

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706 HENRT, ROI DK NAVARIIE.

gea avec son couteau 18, restés malades dans une grange de Bourgogne '. »

Les 3.000 Suisses de Cugi, qui avaient rejoint Lesdiguières en Dauphiné, furent attaqués, au passage de l'Isère, par la cavalerie provençale de La Valette, frère

1 Mémoires de la Ligue. La verve des chansonniers s'exerça largement aux dépens des Allemands. Nous ne pouvons citer que quelques couplets des ildieMx aux reltres, qu'il faut lire tout entiers dans le précieux recueil de Leroux de Lincy pour comprendre l'élan de patriotisme qui a dicté cet hymne de délivrance.

Vous pensiez, dans vos chariots, De France emporter les trésors Pour vivre désormais à l'aise; Mais vous n'avez eu que des coups, De la pluie, du vent et des poux, Dont vous n'étiez pas à votre aise !

Vous avez mangé notre blé.

Mais il vous a bien cher coûté.

Car il vous a coulé la vie.

Vous avez pillé nos maisons, Mangé nos poules et cliapons, De vous voir n'avons plus envie !

Or ! adieu tous les régiments De reilres noirs et allemands ; Fuyez soudain en Allemagne !

Souvenez-vous, une- autre fois.

Que pour avoir vu les François Vos corps en portent les enseignes!

Quand reviendrez en ce pays, Si voulez être ensevelis, Apportez draps de toile blanche ; Car les François, preux et hardis, Apprendront à leurs ennemis Ce que coûte un voyage en France !

LH 1)I:RMER VALOIS (Id87;. 707

du duc d'Éperiion, et par le réijimeiit corse du coJoiiel d'Ornano ; il ne survécut pas 60 Suisses. Lesdiguières se réfugia dans la montagne avec ses coureurs.

LE DERNIER VALOIS (lo87-1589).

L'invasion était repoussée et la campagne terminée.

Le 23 décembre 1587, le roi voulut faire à Paris son entrée triomphale. Il alla, en équipage de guerre, de la porte Saint-Jacques à Notre-Dame pour y rendre grâce à Dieu de la destruction de l'armée étrangère ; mais les ligueurs l'accueillirent par des liuées et crièrent au passage de son cortège : — « Vive le Balafré^ « défenseur de l'Eglise et destructeur des reîtres ! »

Cinq mois plus tard, une émeute, préparée par le duc de Guise, chassait le dernier Valois de sa capitale (12 mai 1S88). La journée des barricades^ poussa Henri III aux résolutions extrêmes ; il fit lâchement assassiner,

1 • Dès le grand malin, le roi fit ranger depuis le carrefour Saint- Séverin jusqu'au devant de l'Hôtel-Dieu une compagnie de Suisses et une compagnie de ses gardes-françaises; il mit une autre compagnie des gardes sur le pont Saint-Michel ; au Marché-Neuf, 3 compagnies suisses et une française; autant sur la place de Grève; dans le cimetière des Innocents, 4 compagnies suisses et 2 françaises; autour du Louvre, ce qui restait des 4.000 Suisses et du régimenl des gardes. Jusqu'à midi, le roi lit défendre aux siens de tirer l'épée. L'après-dinéc venue, le peuple s'arma, s'assemhla, se barricada et, se sentant fort, commença à regarder de travers les Suisses et les gardes-françaises, à les braver de contenance et de paroles, les menaçant, s'ils ne se retiraient, de les mettre tous en pièces. Le roi se sauva par la fausse porte du Louvre. Étant à cheval, il se retourna vers la ville et jura de n'y plus reulrer que par la brèche. » (Journal de l'Estoile.)

au château de Blois, le duc de Guise et son frère, le cardinal de Lorraine (23 décembre).

« Ce guet-apens ayant mis les armes aux mains de tous les Français, » Henri de Valois se vit contraint d'invoquer l'alliance de la reine d'Angleterre' et le secours de Henri de Bourbon, dont il adopta l'écharpe blanche.

Le duc de Mayenne, devenu le chef de la Ligue, dressa dans Paris une armée de 4,000 arquebusiers français*, de 4.000 lansquenets et de 1.000 chevau-légers,

' Elisabeth venait de triom[iher de Pliilippc II. Le roi d'Espagne, rêvant depuis 1583 la conquête de l'Angleterre, avait armé une flotte de 133 vaisseaux espagnols, portugais et flamands, montée par 8.000 marins et conduite par le duc de Medina-Sidonia. Celui-ci devait débarquer en Angleterre à la Ictc de 10.000 soldats d'élite, et le duc de Parme, gouverneur des Pays-Bas, s'engageait à le rejoindre avec une armée de 32.000 hommes. L'invincible Armada, par [\e de Lisbonne, le 29 mai 1588, fut dispersée par l'ouragan et harcelée par tous les navires que les Anglais purent mettre à la mer, pendant que les bateaux plats du duc de Parme restaient bloqués dans les porls des Pays-Bas. Le 8 août, Medina-Sidonia avait jeté l'ancre à hauteur de Calais, lorsque des brûlots anglais provoquèrent dans l'immense flotte espagnole une panique qui se changea en déroute. Quelques vaisseaux (comme le Calvados) se perdirent sur les côtes de France; mais le plus grand nombre vira au nord et alla se perdre dans les Orcades. Ni l'orgueil, ni l'ambition etfrénée de Philippe 11 ne furent diminués par ce désastre, qui portait à sa puissance un coup décisif.

2 Le recrutement à prix d'argent prit naissance sous les Valois. A l'exemple des ronqiiisitores qui parcouraient l'Italie pour enrôler les hommes libres, des racoleurs fouillaient les faubourgs des grandes vihcs et s'installaient dans les villages pour embaucher des recrues au service du roi ou de la Ligue. Pour 3 ou 4- livres, la recrue qui avait signé, de gré ou de force, son acte d'engagement appartenait au capitaine au compte duquel elle avait été racolée.

L!-: DKRNIKI? VALOIS (liiSlt). 70'J

gentilshommes ou bourgeois, et déclara ouvertement la guerre au meurtrier de ses deux frères. Il prit Etampes, Vendôme, Chàteau-du-Loir, et marcha vers Tours, où Henri III avait assemblé 20.000 Suisses ou lansquenets, 1.500 reîtres et quantité de noblesse française. L'arrivée du roi de Navarre, avec 15.000 fantassins, 6.000 chevaux et 12 pièces d'artillerie \ obligea l'armée de la

Fig. 277.

Ligue à battre en retraite. Les deux rois la poursuivirent et vinrent, par Jargeau, Poissy et Pontoise, mettre le siège devant Paris, où Mayenne s'était réfugié.

Les royaux logèrent à Vanves, Vaugirard, Clamart et autres villages circonvoisins. Henri III établit son

* Un canonnior royaliste, nommé Birsc, cul ridée d'ajuster plusieurs canons de mousquet sur un affût et do donner cet engin à la cavalerie légère. « Vingt hommes, montés sur de forts roussins, dit Jean de Tavannes, porteront rapidement de coté et d'autre de pctiles pièces, chargées de 3 ou 4 halles, (pi'on braquera sur le coin de l'escadron ennemi pour les tirer à 30 pas; après quoi, ceux qui les ont tirées, ôteront un crocliet et s'en iront à la charge comme leurs compagnons. »

Voilà l'origine de V artillerie l'i citerai.

quartier général près du pont de Saint-Cloud, dans le logis du sieur de Gondy; le roi de Navarre occupa le château de Meudon.

Le blocus était commencé, et « la grande ville se mettait déjà en rumeur pour la famine qu'elle craignait, lorsqu'un petit moine jacobin frappa Henri III d'un coup de couteau au bas-ventre, le V août lo89, un peu après huit heures du matin ».

Au lit de mort, le dernier Valois déclara que Henri de Bourbon était son vrai et légitime successeur, « en commandant à tous princes, principaux officiers et autres de son armée et de sa maison de le reconnaître et de le servir comme leur Roy après lui, et surtout de ne le point abandonner qu'il n'eût remis le royaume en paix » * .

^ Mémoires d'Hurault de Chevermj, chancelier de France.

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