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CHAPITRE XXXIV

SOMMAIRE

Campagne de Normandie. — Les lignes de Dieppe. — Arf|ues. — Défense du camp retranché. — Pointe sur Paris. — Siège de Dreux. — Ivry. — Le duc de Parme. — Pacification de la France.

CAMPAGiNE DE NOIIMANDIE.

Henri de Bourbon restait seul debout en lace de la Ligue et de son chef, le duc de Mayenne.

— « Vous êtes le roi des braves, lui dit le baron de Givry, vous ne serez abandonné que par les poltrons. »

Il le fut aussi par les ambitieux, qui voulaient une province pour prix de leur adhésion à sa cause. Quelques-uns allèrent grossir l'armée de Mayenne; d'autres, comme Épernon, Nevers ou le maréchal de lietz, déclarèrent qu'ils attendraient son abjuration et emmenèrent leurs troupes. La TremoIUe lui-même, le vaillant éclaireur de Centras, quitta le camp de Meudon avec un gros corps huguenot.

Il n'était plus possible de prendre Paris ; Henri leva le siège, le 8 août, et, un instant découragé, il songea à se retirer au delà de la Loire.

— « Qui vous croira roi de France, lui objecta Guitry, quand on verra vos ordonnances datées do Limoges ! »

Les.Suisses, les Grisons et les lansquenets de Henri III firent deux mois de crédit au nouveau roi de France ; les Écossais se donnèrent à lui. Henri IV ajouta le régiment i^rotestant de Navarre sur la liste des vieux régiments entretenus {Gardes françaises, Piémont, Champagne et Picardie) et conserva 4 régiments catholiques de nouvelle levée. La cavalerie protestante, la meilleure de l'Europe, fut renforcée par quelques compagnies de gendarmerie et par la noblesse du Languedoc que Montmorency-D'Amville envoya à son ancien allié. 20.000 combattants d'élite conservaient l'écharpe blanche ; il n'en fallait pas plus à un général comme le Béarnais pour conquérir la couronne de France.

Il envoya La Noue et le duc de Longueville sur la frontière de Picardie, afin d'observer le duc de Parme, gouverneur des Pays-Bas espagnols, qui formait une armée en Hainaut; i] chargea le maréchal d'Aumont d'aller surveiller sur la Meuse les armements du duc de Lorraine. Lui-même assura le passage de la Seine en mettant le régiment des Gardes à Meulan et à Pont-de-l'Arche ; puis, il se dirigea avec le reste de ses forces vers Rouen et le pays de Caux, afin d'assurer ses vivres et d'être à portée des secours d'hommes et d'argent promis par la reine d'Angleterre.

Le 24 août, il campait à Darnetal, d'où il se préparait à tenter un coup de main contre Rouen, défendu par le duc d'Aumale, lorsqu'il apprit que Mayenne «amassait à Mantes une grandissime armée, pour le venir assaillir en quelque part qu'il pût aller ». Il envoya Rosny

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avec 50 cavaliers prendre langue de cette armée, et lança d'audacieux coureurs jusqu'à la Manche i^our en reconnaître les ports principaux. Le gouverneur de Dieppe, Aymar de Chaste, se montra bon Français et offrit de rendre la place au roy. Henri y courut avec 200 chevaux, gagna h sa cause les vaillants marins de cette côte guerrière et, après une rapide reconnaissance des environs de Dieppe, il revint à Darnetal, le 2 septembre, pour en lever le camp.

L'armée royale se dirigea vers Eu et le Tréport, qu'elle occupa le 6 ; le 8, elle vint loger en avant du confluent de l'Arques, de la Béthune et de l'EauIne, sur la lisière de la forêt d'Arqués.

LES LIGNES DE DIEPPE (lobOj.

Le Roi chevau-léger, si hardi dans l'offensive, avait déjà prouvé à Coutras qu'il savait organiser la défense d'une position. Il résolut d'attendre Mayenne à Dieppe ; mais, au lieu de s'enfermer dans la ville et dans ses faubourgs, il en Ht le réduit d'un vaste camp retranché ',

' « On pratique maintenant les cam[is l'ortiiii^s des anciens: l'exemple des Espagnols a été suivi par les Français. L'éminence, l'eau, le bois, l'air, la terre facile à manier sont à considérer dans l'assiette d'un camp; un bois ou une rivière en flanc diminue le travail de clôture, qu'on commence, quand on est jH-essé, avec une enceinte de chariots, et, s'il y a loisir, avec une courtine de terre et de fascines, flanquée par des petits détours et avancements. Pour plus de siireté, il serait nécessaire de construire, à 100 pas de la clôture du camp, des forts avancés se flanquant les uns les autres, en traçant la courtine de telle façon qu'elle défendit ces forts des deux côtés. Ni les bois ni

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couronnant le plateau de Rouxmesnil, avec la rivière d'Arqués pour fossé, le château d'Arqués pour citadelle avancée et la forêt pour point d'appui. Des marécages, sillonnés de ruisseaux, rendaient la position presque inabordable du sud-est au nord-est.

Pendant six jours, le roi, le maréchal de Biron et tous leurs capitaines, transformés en ingénieurs, dirigèrent les travaux de défense. Soldats, habitants et marins rivalisèrent d'ardeur et d'intelligence pour barrer les passages, rompre les gués, creuser des fossés ou élever des parapets. François de Châtillonfit du faubourg du Pollet, qui couvrait à l'est le port de Dieppe, une place forte qu'il se chargea de défendre, et le maréchal de Biron retrancha les abords du château d'Arqués.

Mayenne, général lent et circonspect ', avait pris son

les palis (portes par les Romains) ni même les chariols ne servent aujourd'hui à autre chose qu'à protéger la construction d'un épaulement de batterie ou d'un petit rempart fasciné pour se parer des canonnades. Autrement, en approchant des courtines d'une clôture de bois ou de chariots, on contraindrait ceux qui y seraient enclos ou à sortir pour venir au combat ou à être fort endommagés. La clôture en terre, moyennant qu'on ait du bois pour l'exhausser rapidement, se peut mettre en défense en 2-4 heures. » (Jean de Tavannes.)

1 « La diligence est chose si nécessaire à la guerre que la plupart des occasions avantageuses échappent par la nonchalance de ceux qui n'en savent pas profiter. Le duc de Mayence était estimé avec raison pour aussi généreux qu'excellent capitaine ; mais, comme son naturel était accompagné de beaucoup de prudence, ses desseins se ruinaient souvent pour trop considérer les événements et pour donner trop de temps à l'exécution. Leroy qui, avec une générosité sans pareille, avait

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temps pour ordonner les troupes de différentes nations qui formaient son armée. Quand il disposa de 23.000 hommes de pied et de 8.000 cavaliers, wallons, italiens, allemands, lorrains ou français, il se mit à la poursuite du roi parVernon, Rouen, Gournay, Neufchà-

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