‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 135 sur 152 · FL · texte numérisé non relu

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tel et Eu, d'où il étudia les positions de l'armée royale et les moyens de l'attaquer. Il reconnut que le village

un esprit plein de vivacité et un corps infatigable, profita de ce loisir pour donner à son courage et à la valeur des siens ce que l'artilice y pouvait ajouter. » {Mémoires de Charles de Valois, comte d'Aucerrjne et duc d'Angoulême.)

de Martin-Église , situé sur la rive droite de l'Eaulne, au débouché d'un vallon encaissé, était un point de concentration avantageux pour opérer contre le flanc droit du camp retranché ; il fit occuper Martin-Église par l'avant-garde , commandée par le duc de Nemours. Lui-même, avec la bataille, alla tenter un coup de main contre le Pollet ; mais Châtillon faisait bonne garde et les ligueurs furent repoussés (13 septembre). Mayenne essaya de franchir l'Arques à la passe de Bouteilles; une batterie construite près de Machonville lui tua 60 hommes et l'obligea à rejoindre son avant- garde sur les hauteurs qui dominent Martin -Église.

Là, Nemours lui apprit que 5.000 fantassins et 700 cavaliers royaux campaient devant le pont de la Bé-thune et barraient le chemin d'Arqués.

« Cette avenue de mauvais abord, dit le comte d'Angoulême, est serrée entre deux collines; la vallée n'a pas plus de 3 ou 400 pas de largeur; à droite, sont les coteaux boisés de la forêt d'Arqués ; à gauche, des ravines et des terres pierreuses, où les chevaux ne sauraient marcher qu'avec grande difficulté. De Martin- Église à Arques s'étend un marais mouvant, large de plus de i 00 pas et bordé par un petit ruisseau, de 3 toises de profondeur, qui n'est pas guéable. Entre le ruisseau et la colline boisée, on trouve le grand chemin et un espace pour 50 chevaux de front. Le sommet de la colline est garni de treilles fort épaisses, où la cavalerie et l'infanterie ne pourraient passer sans se mettre en désordre. Le grand chemin conduit à une chapelle

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avec deux maisons que les habitants du pays appellent la Maladrerie. Cette chapelle est située à demi-distance de la forêt et du ruisseau, à moitié chemin entre Martin-Église et Arques.

c< Le Roy, dont l'humeur était de tout voir, tira une ligne à parapet depuis la chapelle jusqu'au bois, et même il y fit une plate-forme à canon. Le fossé (de 10 à 12 pieds de gueule et 8 de profondeur) n'était flanqué que par la chapelle. Le roy mit le régiment entier de Brigneux dans les retranchements, et dans la chapelle tout ce qu'il avait de lansquenets.

« De la Maladrerie à la rivière s'étend une prairie de 200 pas de largeur. Entre la chapelle et le pont de la Béthune, le grand chemin, bordé de deux haies d'épine, traverse une plaine de S à 600 pas, tout au plus : à droite, ce sont des terres labourables; à gauche, des prés arrosés par la Béthune.

« En avant du pont, entre la haie du chemin et le bois, le roy lit construire un retranchement, composé d'une courtine flanquée de deux demi-bastions, où il mit 4 canons et 4 moyennes coulevrines. Le tout fut gardé par le régiment de Soleure et par la compagnie de Balthazar. Le régiment de Galaty, en réserve sur le pré, fermait entièrement le passage qui conduisait du pont à la batterie. »

« Sur la plate-forme du château d'Arqués, quatre grosses pièces dominaient le camp royal et plongeaient sur le débouché du ravin de l'Eaulne. La cavalerie était répartie en 3 escadrons : deux en première

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ligne, derrière les tranchées de la Maladrerie ; le troisième (la cornette blanche) entre les deux retranchements.

« Dans la soirée du 21 septembre, le roi vint au camp d'Arqués, et voulut veiller en personne, craignant que l'ennemi ne profitât de l'obscurité pour gagner le bout de la chaussée. La nuit se passa sans alarme. »

Arques (21 septembre ]'689).

« A la pointe du jour, le roi se fit apporter à déjeuner dans un grand fossé, où s'assirent en rond tous les gens de qualité. Chacun mangeait de bon coeur, espérant se reposer après le repas, quand les vedettes avancées donnèrent une alarme bien chaude : toute l'armée ennemie se rangeait en ordre de bataille.

« Le roi envoya le vidame de Chartres en reconnaissance dans les bois avec Palcheux, Brasseuses, Aventigny et sept ou huit autres. Ils ne tardèrent pas à ramener quelques prisonniers, entre autres le comte de Belin, lequel dit au roi qu'il aurait avant deux heures 30.000 hommes de pied et 10.000 chevaux sur les bras, et qu'il ne lui voyait pas des forces suffisantes pour leur résister.

— « Vous ne voyez pas tout, Belin, » lui répondit le roi, « il faut compter aussi Dieu et le bon droit, qui « m'assistent ! »

ARQUES (21 septcml)ro'l.j89). 719

« L'avertissement était bon cependant, et chacun courut à son poste de bataille. » '

Pendant la nuit, l'armée de Mayenne était descendue des collines qui dominent Martin-Église et avait franchi le pont de l'Eaulne dans un profond silence. Au matin, profitant d'un brouillard épais, elle s'était fermée en deux colonnes profondes au delà du coude du ravin : à droite , 4.000 chevaux sur 5 lignes ; à gauche , lo.OOO hommes d'infanterie, échelonnés en quatre gros bataillons, dont le troisième, composé des Suisses, avait 4 canons.

A 10 heures, la pluie s'était mêlée au brouillard quand Mayenne donna le signal de l'attaque. « Les tranchées du bas furent assaillies par 8 ou 900 chevaux en 3 escadrons ; Rosny les chargea avec moins de ISO et les mena, l'épée dans les reins, jusqu'au détour du vallon. Mais 4 autres escadrons ligueurs ramenèrent Rosny, plus vite que le pas, jusqu'aux tranchées, d'où le comte d'Auvergne s'élança à son secours avec ISO chevaux. Tous ensemble retournèrent à la charge et poussèrent les ligueurs, le pistolet au flanc, jusqu'au tournant de la vallée. Là, 3.000 autres cavaliers attendaient les Navarrais et les ramenèrent jusqu'à la Maladrerie ; mais, arrêtés par une salve des arquebusiers de Brigneux qui garnissaient la tranchée, ils furent obligés de tourner bride. » *

1 Mémoires de Sully.

2 Idem.

Ce premier succès fut compromis par une indigne trahison. « Les lansquenets de la Ligue, chargés d'enlever la chapelle et la tranchée du haut, mirent tout à coup les morions au bout des piques et des arquebuses et s'avancèrent confusément, en criant aux lansquenets du Roy qu'ils voulaient se rendre. Ceuxci, les laissant approcher sans méfiance, leur tendirent la main pour escalader la tranchée. Le Roy, qui se tenait à quelque distance en avant de la cornette blanche, s'apprêtait à faire bon accueil aux transfuges, lorsqu'il les vit s'élancer, piques basses, sur son infanterie et pénétrer dans la Maladrerie, après une décharge meurtrière qui abattit 200 arquebusiers. Le régiment de Brigneux lâcha pied et courut vers le bataillon suisse de Galaty (5'), qui fit heureusement bonne contenance. La cavalerie de Rosny et d'Auvergne, découverte sur son flanc droit, dut se replier à son tour derrière les Suisses.

Mayenne envoya aussitôt 500 lances le long de l'Eaulne pour gagner le flanc des Suisses et les rompre par une double attaque ; mais les chevaux s'enfoncèrent jusqu'aux sangles dans le marais tremblant et les gens d'armes ligueurs se sauvèrent à pied, en abandonnant dans la bourbe leurs lances et leurs montures.

Rosny voulut reprendre l'offensive et courut au roi pour lui demander du secours.

— « Je n'ai personne à vous donner, lui dit Henry, « mais ce n'est pas une raison pour perdre courage ! »

Il commanda à Bellegarde, son grand écuyer, de

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rassembler tout ce qu'il trouverait de plus frais pour aller au-dessous du chemin.

A onze heures, le brouillard s'étant élevé, les royaux virent l'armée de Mayenne s'avancer tout entière en ordre de bataille. « M?vis, aussitôt que les canonniers de la batterie du pont (li) et que ceux du château d'Anjues eurent découvert l'ennemi, une volée de 4 pièces ouvrit 4 belles rues dans les escadrons et les bataillons ligueurs qui s'arrêtèrent court. »

Au même moment Chàtillon accourait du Pollet avec 500 arquebusiers.

■ — « C'est Dieu qui t'envoie, Coligny ! » lui dit le Roi en l'embrassant. Il forma avec ce renfort inespér(i une colonne d'attaque, qu'il fit appuyer à gauche par toute sa cavalerie, en arrière par les Suisses, et (ju'il lança contre la Maladrerie. La chapelle fut prise d'assaut et les Suisses égorgèrent les traîtres lansquenets jusqu'au dernier.

Trois ou quatre volées de l'artillerie de position appuyèrent ce brillant retour offensif. Les ligueurs se désordonnèrent, se retirèrent peu à peu au détour du vallon pour se mettre à l'abri, et finalement rentrèrent à Martin-Eglise.

La bataille était gagnée par l'armée royale, qui coucha sur ses positions.

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