I.i: DUC DK PARMR (l.'iOO). 7il
Paris, qui lui aurait ouvert ses portos au.lendemain de la bataille, Henri IV laissa au duc do Nemours le temps d'en organ iser la défense *. Sans s'inquiéter de Mayenne, (|ui reformait une armée à Soissons avec l'argent de Pliilippe II et les conseils du duc de Parme, il s'attarda à occuper les têtes de pont de la Seine et de la Marne, et quand il parut, le 3 mai 1590, devant la grande cité, il la trouva prête à affronter les souffrances d'un sièye et cà prolonger la résistance jusqu'à l'héroïsme. Les Parisiens avaient soutenu plusieurs assauts et supporté 4 mois de famine, lorsque le duc de Parme, après avoir fait à Meaux sa jonction avec Mayenne, surprit Lagny (25 août)*. Des vivres et un renfort de
' » A l'époque du siège de Paris par Henri IV il eût fallu 100.000 hommes pour on garder l'enceinte. Nemours aurait dû commander aux meilleurs habitants des faubourgs de se retirer dans la ville et défendre tant qu'il l'aurait pu ces faubourgs par barricades, sans s'y engager, à cause que les ennemis pouvaient gagner le derrière et le dessus des maisons. Je conseille aux rois de se moquer des constructeurs de grandes enceintes qui requièrent 50.000 hommes de garde. Les rois ne fortifieront jamais Paris, n"y pouvant faire facilement des citadelles de valeur, et, connaissant la légèreté du peuple, ils le laisseront faible, l'ayant vu par trois fois Anglais, Bourguignon et Espagnol. Quiconque le tiendra en sera toujours bien empêché. La vraie force du royaume est celle qui tient la cainjjagne. Le plus grand avantage de tenir Paris est l'exemple que les autres villes prennent pour suivre le môme parti. « (Jean de Saulx-Tavannes).
- ' Le duc de Parme vient des Flandres à Maux, et Jean de Tavannes le rejoint pour l'aider à faire lever le siège de Paris et former l'avant-garde. Alexandre Farnèse fait trois grands corps de ses vieux régiments espagnols, allemands et wallons, mêlant les trois nations pour éviter les mutineries et faciliter le commandement. Entre ces corps il observe des espaces étroits; il met 1200 chevaux derrière les bataillons flanqués de chariots, à la tète, 800 chevaux italiens et es-
5.000 Espagnols entrèrent à Paris par la Marne. Henri IV leva le siège, le 30, et offrit la bataille à l'armée de secours sans qu'elle consentît à l'accepter'. Le duc de Parme se contenta de prendre Corbeil^ (16 octobre); puis il retourna dans ses Pays-Bas, où Maurice de Nassau, digne fils de Guillaume d'Orange, continuait avec succès la guerre de l'indépendance des Provinces- Unies'.
L'année suivante, Henri IV prit Chartres (19 avril) et Noyon (19 juillet); le 11 novembre, il assiégea Rouen,
pagnols en 12 troupes, séparées en forme de croix, espérant charger les escadrons du Roy par flanc, par tête et par derrière, et, s'ils s'ébranlent de ces trois petites charges, les emporter avec la quatrième. Si sa cavalerie était repoussée, il espérait la retirer à la faveur de la mousqueterie par les espaces observés entre les bataillons, la réunir aux 1200 chevaux de la réserve et profiter du désordre des poursuivants (qui n'auraient pas pu enfoncer les piquiers) pour donner le signal d'une charge générale de sa cavalerie. Néanmoins, il craignait que les lanciers ne rompissent ses gens de pied en se retirant , et, à Lagny, il changea cet ordre en mettant toute la cavalerie derrière » {Mémoires de Jean de Tavannes).
' • Le Roy leva le siège et marcha au-devant du duc de Parme. Celuici prit position entre un bois et une rivière : son infanterie en trois grands bataillons, sa cavalerie derrière; il ne laissa en avant de la ligne de bataille que 200 chevaux. En six heures, il retrancha le front de son armée avec de la terre et des fascines qui la couvrirent à hauteur d'homme. Les deux armées restèrent dix jours en présence, à une demi-lieue l'une de l'autre, si incommodées du manque de vivres qu'après le long siège de Paris, le roi ne put retenir sa noblesse qui l'abandonna » (Idem).
■^ Repris, le 10 novembre, par Givry.
3 « Maurice de Nassau posséda la guerre en grand maître et la fit en héros. Son camp devint l'école universelle de l'Europe; ses élèves ont soutenu et peut-être augmenté sa réputation. Il possédait l'art des marches et des campements, le talent de fortifier les places et de faire
PACIFICATION DE LA FRANCE (1o9i). 743
OÙ le marquis de Yillars avait accumulé les approvisionnements et les moyens de défense. Le siège durait encore le 10 janvier 1S92, lorsque le duc de Parme vint rejoindre Mayenne en Picardie pour délivrer Rouen. Le roi laissa Biron devant la place et courut au devant de l'ennemi avec 7.000 cavaliers formés à son école. Il rencontra près d'Aumale, sur la Bresle, l'armée espagnole, marchant fièrement en bataille comme autrefois, au milieu d'une enceinte de chariots, et il n'hésita pas à l'attaquer avec un millier de chevau-légers (o février). Blessé dans « cette escarmouche de carabins, » il ne put pas empêcher le duc de Parme de faire lever le siège de Rouen (2i avril) et de prendre Caudebec.
Ce ne fut pas le seul exploit du redoutable adversaire de Henri IV; blessé dans la tranchée de Caudebec et se sentant mourir, Alexandre Farnèse eut encore l'énergie de sauver son armée et celle de la Ligue, étroitement bloquées à l'embouchure de la Seine par des forces supérieures ; puis il alla mourir dans les Pays-Bas, le 2 décembre, après avoir porté le dernier défi à la fortune du Béarnais.