SERVICE DE MARCHE
« Pour déloger, le conductier fera sonner trois fois sa trompette.
« A la première sonnerie, chacun troussera son bagage, s'armera et se tiendra prêt à monter à cheval.
« A la deuxième, les gens de trait achevai se réuniront à leur homme d'armes. Celui-ci les conduira au logis de son chef de chambre, qui se rendra avec tout son monde sous la cornette du chef d'escadre.
« A la troisième sonnerie, l'escadre se dirigera vers l'endroit où le conductier aura annoncé qu'il placera son enseigne, et là, elle se rangera dans l'ordre prescrit*.
« Le conductier, ayant un double des registres tenus dans chaque escadre, pourra connaître facilement, quand il mettra son enseigne aux champs, si les chefs
val, son harnois et son habilloment de guerre ; l'archer laisse tout son habillement.
' « 344. Une heure et demie avant le départ les tambours battent aux champs dans les quartiers occupés par la troupe,
« Une heure après, les tambours battent le rappel. Au rappel, les compagnies se rassemblent promptement ; dès qu'elles sont formées, les capitaines les conduisent au lieu de rassemblement général. En arrivant, ils font leur rapport au chef de bataillon. » {Ordonnance du 3 novembre 1833 sur le service intérieur ; Roiites.)
CAMPAGNlil DE I'j7i. 35
d'escadre et de chambre ont tenu leurs troupes au complet.
« La compagnie marchera, soit en front soit j;ar escadres, soit jo«r chambres^ selon que la nécessité, le temps et le chemin le requerront.
« Chaque homme d'armes ou de trait, à cheval ou à pied, suivra son enseigne sans l'abandonner et n'ira devant, à l'exception du logeur et de ceux qui sont désignés pour l'accompagner.
« Nul ne demeurera derrière pour chevaucher, piller ou fourrager, sans le congé ou la permission du conductier.
« Le duc ordonne que nul ne se mêle, en cheminant, d'une escadre ou d'une chambre à une autre ; il veut que chacun suive sa cornette ou son guidon.
« Il est commandé, de plus, à tous les hommes d'armes, s'ils n'ont excuse de maladie, de blessure ou d'autre raisonnable cause, d'accompagner leurs enseignes, armés à blanc et de toutes pièces, hormis l'armure de tête et les grands garde-bras. En hiver, ils porteront leurs grèves.
« Ils ne doivent pas s'habiller en coustiliers pour aller courre ou chevaucher, autrement que par l'ordon^ nance du conductier. »
CAMPAÔNE DE UTt.
Le bailli de la Haute-Alsace, Pierre de Hagenbach \ avait renouvelé, au nom du duc de Bourgogne,
' « Pierre de Hagenbach, chevalier, seigneur d(*. Bchnont, maître
les violences et les excès commis jadis en Suisse par l'odieux Gessler, landvogt des ducs d'Autriche; mais les temps étaient changés. L'archiduc Sigismond, devenu l'allié de la Ligue helvétique, excita à la révolte les bourgeois de Brisach et de Ferrette, pénétra comme un libérateur dans la Haute-Alsace et fit trancher la tête à Pierre de Hagenbach.
Charles le Terrible se mit aussitôt en campagne pour venger son lieutenant.
Au mois de juillet 1474, il vint assiéger la petite place deNeuss', poste avancé de l'électorat de Cologne.
Ce fut le signal de la guerre longuement préparée par Louis XL
Pendant que Hermann de Hesse et 1.800 hommes d'armes des bords du Rhin résistaient vaillamment, sur la brèche de Neuss, à l'artillerie de Bourgogne, l'empereur Frédéric III convoqua le ban de l'empire ; le contingent de Wesphalie vint établir son camp sur la rive droite du Rhin, en face de l'armée de siège.
A la fin d'octobre, les Suisses se réunirent aux seigneurs de la Souabe, aux milices de Strasbourg et de
d'hôtel du duc et son bailli de Ferrette et d'Auxois, présente, le 10 septembre, 1471 h la montre du commissaire Jean Alard, seigneur d'Adcul, 51 demi-lances, 48 cranequinicrs à cheval, 324 longues lances à pied, 116 coulevriniers, 169 cranetiuiniers à pied et 68 hallebardiers. » (De la Chauvclays.)
1 A 6 kilomètres au sud-ouest de Dusseldorf, au-dessous du confluent de l'Erft dans le Rhin.
HÉRICOURT (13 novembre ]i:li).
Colmar, pour tenter une diversion dans le comté de Bourgogne. Ils y entrèrent par Montbéliard et entreprirent le siège d'Héricourt.
Héricourt (-13 novembre -1474).
Le maréchal de Bourgogne et le comte de Romont marchèrent au secours de la forteresse, l'un avec S. 000 combattants, l'autre avec 12.000 cavaliers de l'ordonnance et 8.000 piétons. Ils opérèrent leur jonction, le 12 novembre, et choisirent une forte position entre les bois de Saulnot et l'étang d'Essouaivre.
Simon.
Echelle au ir—
Fig. 145.
Le lendemain, les Suisses vinrent attaquer cette position.
Le conseil de leurs capitaines avait décidé, dans la nuit :
« Que les Alsaciens garderaient l'enceinte du camp, pour tenir en respect la garnison d'Héricourt;
« Que Félix Keller serait chargé de r attaque de front avec les gens de Zurich ;
« Et que l'avoyer Nicola,s de Scharnactal, avec ceux de Berne et de Soleure, tenterait, à travers les bois, une surprise sur le flanc gauche des Bourguignons.»
Ces sages dispositions tactiques assurèrent le succès.
Les bataillons de Zurich s'avancèrent lestement et silencieusement dans leur ordre accoutumé \ soutenus à peu de distance par la cavalerie allemande.
Le comte de Romont s'apprêtait à recevoir le choc, lorsque une grande clameur s'éleva subitement derrière son aile gauche.
C'était le cri de guerre des Bernois :
— « Berne et Saint-Vincent ! »
Au même moment, l'artillerie qui garnissait les intervalles des bataillons de Zurich commença à tirer, jetant le désordre dans les carrés de piétons lombards, flamands et bourguignons.
L'Avoyer', profitant de cette confusion, sortit de la forêt de Saulnot et lança ses montagnards, piques basses, contre l'infanterie ennemie. Celle-ci se débanda sans attendre le choc.
Les hommes d'armes de l'ordonnance, placés sur les flancs de l'infanterie, voulurent charger, mais les Suisses les reçurent à la pointe de leurs longues lan-
1 Page 6, fig. 137.
2 Sous les empereurs d'Allemagne, l'avoyer était le magistrat Impérial qui gouvernait les provinces suisses. Le titre fut conservé aux principaux magistrats des villes et des cantons devenus libres.
HÉRICOURT (13 nnvombro 1^4). 39
ces et les obligèrent à tourner l)ride. Alors Félix Keller aborda le front de la position et s'en empara,
Ce fut une déroute.
La cavalerie allemande s'était élancée <à la poursuite des fuyards.
— « Chevauchez avant, chers seigneurs, leur criaient « les Bernois, nous sommes là pour vous soutenir ! »
F. \[eisx.
Fig. 14ti. '
1 Nous avons trouvé des documonts précioux dans l'ouvrac^ft aile-
Et, avec leurs cruelles habitudes de guerre, ils égorgeaient sans pitié tout ce qu'ils trouvaient à portée des hallebardes ou des terribles épées à deux mains *.
Fig. 147.
C'était la première manche de la redoutable partie engagée entre les Suisses et le duc de Bourgogne.
mand de M. le professeur Weiss, sur l'histoire du costume depuis le XIV° siècle jusqu'aux temps actuels. (Kostilmkunde. Stuttgard. Ebner et Sender, 1872.)
L'obligeance de l'auteur et des éditeurs nous a permis de reproduire quelques-unes des vignettes empruntées par M. F. Weiss aux estampes des vieux maîtres.
* Il est bien diificile de déterminer exactement à quelle époque les gens de pied ont commencé à se servir de l'épée à deux mains, l'épée d'arçon des hommes d'armes du XIII' siècle (Tome i", p. 261, fig. 91.)
Parmi les beaux spécimens qu'on en trouve dans les musées de la Suisse, de l'Allemagne et de l'Italie, il y en a qui paraissent fort anciens.
L'arsenal de Venise contient plusieurs épées à deux mains du XIV® siècle ; elles ont une large lame très-flexible de 2 mètres de longueur, une poignée] de 0,30 à 0,33% avec un long quillon en croix et, d'un seul côté, une garde elliptique.
L'évidcment et le double ressaut pointu que nous remarquons dans la ligure 147 nous prouvent que cette arme n'est qu'un perfectionne-