DEVANT NANCY
' Louis XI et la Ligue helvétique aidèrent René de Lorraine à rentrer dans son héritage et à reprendre Nancy.
Le duc de Bourgogne vint assiéger cette ville pendant le dur hiver de 1476.
Les sièges ne réussissaient pas à Charles le Téméraire. Attaqué par René et par les plus vaillants capi-
le mouvement tournant de l'avant-garde, pour déboucher derrière le corps de bataille bourguignon.
DEVANT NANCY ('1476-1477). o3
taines de Granson et de Morat, le grand duc d'Occident, mal servi par ses sujets mécontents \ trahi, la veille de la bataille, par le condottiere napolitain Campo-Basso % fut vaincu pour la troisième fois et tué, le 6 janvier 1477^
Louis XI, délivré de son redoutable adversaire, prit
1 II avait à grand'pcine réuni 4 ou 5.000 hommes, dont 400 avaient été gelés dans la nuit de Noël. La seule avant-garde de son adversaire comptait 9.000 Lorrains, Alsaciens ou Français du duché de Bar.
Guillaume Herter, de Strasbourg, commandait les gens de pied et le comte Oswald de Thierstein la cavalerie, dont les capitaines étaient le bâtard de Vaudemont, les sires Jacques de Wesse, de Malortie, d'Oziole, de Bassompierre, de Domp-Julien et de l'Etang.
Le corps de bataille se composait des Suisses, sous le commandement direct du duc René. Derrière lui, le sire de Vauldray portait la bannière de Lorraine, représentant l'Annonciation de la sainte Vierge.
A droite, 800 hommes d'armes flanquaient l'infanterie du corps de bataille. Parmi eux était l'élite de la noblesse lorraine : les comtes de Bitche, de Salm, de Linange, de Pfaffenhoffen, les sires de Gerbeviller, de Ligniville, de Nettencourt, de Ribeaupierre, d'Haussonville et de Lenoncourt.
Au centre, sous bonne garde, étaient groupées, suivant la coutume de Suisse, les bannières du duc d'Autriche, de l'évêque et de la ville de Strasbourg, de l'évêque et de la ville de Biàle, de Berne, de Zurich, de Fribourg, de Lucerne, de Soleure, et de toutes les villes et communes de la Ligue helvétique.
L'aile gauche ou arrière-garde ne se composait que de 800 coulevriniers. (Dom Calmet, Histoire de Lorraine.)
2 Les capitaines suisses ne voulurent pas permettre à Campo-Basso de combattre avec eux. — «Nos pères, dirent-ils, n'ont jamais usé de « tels gens, ni de telles pratiques, pour gagner l'honneur de la victoire ! »
5 Les fidèles de la dernière heure, dont les noms nous ont été conservés, étaient : le bâtard de Bourgogne, les sires de la Rivière de Rubempré et do Contai, Josse de Lalain, Vaumarcus, le comte do Chimay, le capitaine lombard Galeotto, le Badois Frédéric de Florshcim.
les Suisses à sa solde ; le pape et Venise imitèrent son exemple et, pendant plus d'un siècle, la milice nomade et mercenaire des dix cantons affranchis décida du sort des empires.
Hugues de Chàteau-Guyon, et l'historien Olivier de la Marche, chambellan du duc.
Un page romain, Jean-Baptiste Colonna, ayant vu tomber son maître pendant la bataille, retrouva son corps dans l'étang de Saint-Jean, à peu de distance de Nancy.
SOMMAIRE
De Montlhéry h Guincgatte (146S-1479) : infanterie; cavalerie; artillerie. — Campagne de 1479. — Bataille de Guinegatte. — Le butin et la rançon. — Le camp de Pont-de-l'Arche. — Manœuvres françaises.
DE MONTLHÉRY A GUINEGATTE (U6o-U79).
Après Montlhéry, Louis XI, pour mettre Paris à l'abri d'un coup de main féodal, en confia la garde à ses habitants.
Une ordonnance de juin 1467, sur le fait desmestiers, organisa militairement « les manants et habitants de tous les estats. »
Chaque corps de métier eut une bannière de couleur différente, avec une croix blanche en son milieu.
Louis XI créa, pour les autres bonnes villes du royaume, des compagnies franches, à pied et à cheval, dont une partie devait rejoindre l'armée en temps de guerre.
Infanterie.
En 1469, après l'entrevue de Péronne, il reprit l'idée qu'avaiteue son père Charles VII, d'organiser une infanterie nationale et il ordonna, par tout le royaume, la levée de 16.000 francs-archers.
Quatre capitaines-généraux * devaient conduire ces francs-archers.
c< Chacun desdits quatre capitaines-généraux aura pour sa charge 4.000 francs-archers et, sous ses ordres, 7 capitaines qui en conduiront chacun 500. 500 resteront sous le commandement direct du capitaine-général, qui fera porter devant lui un fanion blanc"^.
« Il y aura en chaque quartier un lieutenant desdits capitaines, lequel aura puissance que, si aucun francarcher s'en retourne sans congé du capitaine-général, il le fera pendre par la gorge; le coupable ne pourra être mené en justice que devant ledit lieutenant.
« Tous francs-archers, que l'on mettra sus de nouveau, seront habillés de Jacques, salades, gantelets, épées, dagues et vouges ou autres bastons dont ils se sauraient aider. » {Ordo^inance de 1469.)
Les francs-archers étaient divisés, suivant leur armement, en piquiers, vougiers, guisarmiers, archers et arbalétriers.
Jusqu'en 1475, des édits successifs réglèrent les
1 Aymar du Puysieu, dit Cadorat, bailli de Mantes; Pierre Aubert, seigneur de la Grange, bailli de Melun ; Rufiec de Bclrac, sénéchal de Beaucairc ; Pierre Conibereil, seigneur de l'Isle. {Ordonnance de 4^69, faicte par le Roy en son conseil sur le faict des francs-archers.)
2 Le fanion blanc est, en 1465, le signe du commandement en chef; c'est la première fois qu'il en est fait mention dans une ordonnance r ovale.
DE MONTLIIÉRY A GUINEGATTE (1465-1 479). 59
lieux de rassemblement en cas d'appel, les devoirs des capitaines et ceux des paroisses, « la levée, la solde, l'armement et les obligations des francs-archiers , »
Les moyens de transport étaient fournis par les paroisses : celles-ci devaient une charrette ferrée à 3 chevaux pour 15 hommes. Les archers étaient responsables de l'entretien et de la conservation de ces charrettes.
Cavalerie,
Dès 1467, Louis XI avait réglé minutieusement le service de la cavalerie.
Les montres des compagnies d'ordonnance devaient
être faites tous les 3 mois.
Chaque lance comprenait 6 hommes et 6 chevaux : c< C'est assavoir la lance : 3 chevaux pour elle, son
page et son coustilier ; 2 chevaux pour les 2 archers et
l cheval pour le varlet; ils n'auraient plus de panniers
pour porter leurs harnois. »
Les capitaines étaient astreints à ne rien prendre sans le payer, à n'exiger le logement pour eux et leurs hommes que pendant une nuit seulement, « sauf le dimanche ou aultre grant feste. »
Les marchands étaient avertis que le roi ne se considérait pas comme solidaire des dettes de ses hommes d'armes, et que ceux-ci devaient pourvoir à toutes leurs dépenses.
Enfin, les juges, baillis et sénéchaux avaient le droit
de se mêler de toutes les questions relatives à l'ordre public, « hors faict de guerre. »
« Dans les places fortes, chaque commandant devait, suivant l'effectif de la garnison, se procurer un maître cuisinier et 2 ou 3 aides sachant abattre le bétail, 2 boulangers, 2 tailleurs, 2 cordonniers, des filles pour coudre et réparer les vêtements des soldats et 2 femmes pour soigner les blessés et les malades ^ »
Louis XI remplaça, en 1474, les deux compagnies d'ordonnance, affectées à la garde de Charles VII, par une compagnie de 100 lances, choisies parmi les gentilshommes de son hôtel. On les appela gentilshommes des 20 écus, à cause de leur solde mensuelle^; chacun était suivi de deux archers à cheval.
Il conserva, en l'augmentant, la compagnie d'archers écossais à cheval, organisée par Charles VII,
* Capitaine Quarré de Verneuil. — L'Armée en France depuis Charles VII jusqu'à la Révolution {Journal des sciences militaires), livraison de juillet 1878.
' « Le Roy étant à Puysieux, le 4 septembre li74, mit sus, pour la garde de son corps, une compagnie de 100 lances, formées chacune, selon la grande ordonnance, d'un homme d'armes et de deux archers. Il en donna le commandement à Hector Golard, écuyer, son conseiller et son chambellan, pour l'amener aux pays de Roussillon et de Catalogne, oîi lors était son armée ; et, parce qu'elle fut faite, pour la plupart, de gentilshommes de son hôtel ou de pensionnaires, elle fut appelée la Compagnie de cent lances des gentilshommes de la maison du Roy, ordonnée pour la garde de son corps. » (Mathieu de Coussi.)
Charles VIII créa une deuxième compagnie de ces gentilshommes, qui prirent plus tard le nom de Gentilshommes à bec de corhin, à cause de la hachette à crochet qu'ils portaient à la main.
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mais il forma une compagnie à pied de cent gardes suisses armés de hallebardes et vêtus d'armures de fer, ainsi qu'une enseigne à pied de gardes françaises.
La maison du roi, sous Louis XI, ne comprenait donc que deux compagnies de cavalerie et une compagnie et demie d'infanterie.
En 1469, l'ordre de Saint-Michel fat institué pour récompenser les actes de dévouement à la personne du roi '.
C'était moins « pour satisfaire », comme le prétendait Louis XI, « à un vœu de son père qui avait une dévotion particulière à ce saint gardien de la France», que pour substituer désormais la faveur du souverain aux traditions d'indépendance de la chevalerie féodale.
Artillerie.
L'artillerie devint, grâce à Louis XI, une arme essentiellement nationale \
1 Louis XI, qui était un brave à ses heures, se connaissait en vaillance. A l'attaque du Quesnoy (1477) il vit le jeune Raoul de Launoy s'élancer le premier à l'assaut et payer de sa personne.
Il le fit venir après l'action, lui passa au cou une chaîne d'or de bOO écus, en lui disant : — « Par la Pàques-dieu, mon ami, vous êtes trop • furieux en un combat, il vous faut enchaîner, car je ne vous veux « point perdre, désirant me servir de vous plus d'une fois. » (Duruy, Histoire de France.)
2 • 11 ne faut pas chercher à découvrir dans l'artillerie des temps qui ont précédé le XVl'^ siècle une apparence de système régulier ; il n'existait pas alors de distinction entre l'artillerie de siège, l'artillerie de bataille et l'artillerie portative.
Le chevalier Galiot ^ [maistre visiteur et réformateur de V artillerie de France) , fut chargé de diriger la construction et l'emploi de toutes les armes à feu (depuis le veuglaire, gros canon de rempart en alliage de cuivre, jusqu'à ïescopette portative), d'instruire les canonniers, d'exercer les pionniers à l'aplanissement des chemins, à l'ouverture des tranchées et à la construction des batteries.
« Au mois de décembre 1477, le Roy pour toujours accroistre son artillerie^ voulut et ordonna être faites 12 grosses bombardes de fonte et çaétal de moult grandes longueur et grosseur, et voulut icelles être faites 3 à Paris, 3 à Orléans, 3 à Tours, 3 à Amiens.
« Et durant ledit temps, fit faire bien grande quantité de boulets de fer aux forges de Creil et grande quantité de pierres à bombarde aux carrières de Péronne. »
L'année suivante, on essayait à Paris une de ces nouvelles bombardes.
« Elle fut acculée aux champs devant la Bastille Saint-Antoine et la bouche d'icelle tournée vers le pont
« Chaque pays, chaque artilleur avait ses préférences, ses méthodes, ses instruments favoris ; il se servait de ce qu'il possédait, et s'en servait comme il pouvait. Un seul fait reste clair ; c'est que toutes les armes à feu, quels qu'en fussent le calibre et le poids, depuis l'énornle veuglaire jusqu'à l'escopette, étaient exclusivement du domaine de l'artillerie. » (Général Susanc, Histoire de l'artillerie française.)
1 Son successeur Guy de Lauzières, prit le litre de grand maitrc dd rarlillcrie, le 21 avril 1493.
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de Charenton. Laquelle, chargée pour la première fois, lira très-bien et porta sa pierre (qui pesait 100 livres de fer) de volée jusqu'à la justice de Charenton. »
Viollet-le-Duc.
Fig. liy.
Au second coup elle tira moins bien.
« La boule, en roulant au long de la volée, contre le tampon de la chambre, se déchargea incontinent, sans qu'on sût comment le feu y vint. A cause de quoy elle tua, meurdrit et mit en diverses pièces celui qui l'avait fondue, Jehan Maugne, et 14 autres personnes de Paris, dont les têtes, bras, jambes et corps étaient portés et jetés en l'air, en divers lieux,
« Et alla ladite boule tuer et mettre en pièces et lopins un pauvre garçon oyseleur qui, aux champs, tendait aux oisillons ' . »
Pour faire glisser jusqu'à la charge de poudre les énormes boulets qu'on introduisait dans les bombardes, il était nécessaire de donner une inclinaison à la pièce, de la gueule à la culasse.
' Chronique de Louis de Valois.
« A cet effet, on divisa la crosse de l'affût en deux pièces superposées, assemblées au moyen d'un boulon placé au-dessous de la culasse.
« La membrure supérieure était soulevée et arrêtée, plus ou moins haut, à l'aide d'une tige de fer passée dans une crémaillère, fixée verticalement à la queue de la membrure inférieure'. »
L'artillerie légère (serpentines et faucons) avait des affûts analogues.
Fig. 150. 2
Au temps de Louis XI, la poudre a fait de grands progrès, mais elle est lente. Il en faut un poids à peu près égal au poids du projectile.
Georgio Martini nous apprend qu'en 1465 : « La poudre ne doit pas être tassée dans la chambre conique de la bombarde. Si la pièce tire une pierre de 100 livres, on lui donne 24 livres de poudre. On aug-
• Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'architecture. Tome v*, p. 259. 2 C'est là probablement l'affût de la bombardelle de Charles le Téméraire (tig. 141, p. 20).
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mente la charge de 19 à 20 livres pour chaque 100 livres que le boulet pèse de plus. Les tampons doivent être faits en bois tendre comme saule, figuier, aulne, peuplier, parce que, étant pressés, ils bouchent mieux. Si les boulets se trouvaient faibles de calibre, on les envelopperait d'étoupes, pour les faire mieux joindre. « La poudre des bombardes et des grosses pièces est composée de 4 parties de salpêtre, de 2 de soufre et
1 de charbon.
« La poudre des passe-volants^ basilics, cerbottanes et arquebuses * contient 8 parties de salpêtre, 3 de soufre,
2 de charbon; la poudre d'escopette : 14 de salpêtre,
3 de soufre, 2 de charbon. »
Le salpêtre étant rare, Louis XI en réglementa la recherche.
Il nomma, en 1477, des commissaires « pour recevoir et recouvrer le salpêtre qui se pourrait recueillir et amasser. »
Il leur donna pouvoir « d'entrer dans les caves, écuries, étables, bergeries et autres lieux où se trouve ledit salpêtre pour le recueillir, et de requérir, au besoin;, le bois, les chaudrons et les ustensiles nécessaires à la cuisson du salpêtre, afin d'éviter le fait de manquer de ces ustensiles. »
Toutes ces choses, sévèrement prescrites, étaient
* Archibugio. Ce ne sera que oO ans plus tard que Vhacquebute française transformée, munie d'un cliien et tirée sur une fourciielte séparée de l'arme, prendra, à son tour, le nom d'arquebuse.