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strictement exécutées ; car le roi impitoyable, qui avait pris pour devise « la fin justifie les moyens », punissait de la hache ou de la corde la désobéissance comme la trahison.
Louis XI, en voyant les places qu'il assiégeait se rendre, une à une, par la terreur qu'inspirait son artillerie*, crut que son armée pourrait servir ses projets d'agrandissement de territoire et d'unité nationale, quand l'heure serait venue de les accomplir.
La mort du duc de Bourgogne marqua cette heure tant désirée. Toutes les mesures étaient prises pour s'emparer, sur le champ, de l'immense héritage du Téméraire.
Réussir, c'était doubler l'étendue du royaume.
Mais le mariage de Marie de Bourgogne avec le prince allemand Maximilien d'Autriche déconcerta la politique de Louis XI et donna naissance entre la maison de France et la maison d'Autriche à une rivalité acharnée, qui amoncela, pendant plus de trois siècles, les cendres et les ruines.
Les débris des belles compagnies d'ordonnance de
< En 147o, beaucoup de places se rendirent à rapproche de l'armée française, qui avait t assez d'artillerie pour^ en bref temps, prendre et mettre en la main du Roy toutes les villes et places de Bourgogne, tant de Flandre ou de Picardie que d'aulres lieux; car tout fuyait devant icelle. » (Mathieu de Goussi).
BATAILLE DE GUL\EGATTE (7 ooiil ii"9). 67
Charles Je Téméraire et rintaiiierie des Flandres que le roi menaçait dans leur indépendance par ses empiétements dans le Hainaut, fournirent à Maximilien l'armée de 27.000 hommes, avec laquelle il vint mettre le siège devant Thérouanne'.
Le général français Philippe de Crèvecœur, sire d'Esquerdes', avait à lui opposer « 1.100 lances et 8.000 francs-archers, grand nombre à! artillerie volante et 37 serpentines ou gros bâtons. »
Louis XI comptait sur une éclatante victoire : ce fut presque une défaite qu'on lui annonça.
Le choc avait eu lieu près de la colline et du village d'Enguinegatte (à 4 kilomètres au sud deThérouanne).
Bataille de Guinegatte (7 août i479).
L'archiduc rangea sur une seule ligne ses 16.000 Flamands armés de longues piques.
« Chaque bataillon s'appuyait l'un à l'autre, avec
' « Les gens de rarchiduc battirent fort Thérouanne de leur artillerie; à quoy il fut vaillamment résiste et contredit par monseigneur de Saint-André, lieutenant des cent lances de monseigneur le duc de Bourbon, et par d'autres capitaines et nobles hommes de l'ordonnance du Roy. Du dit exploict furent advertis les aultrcs gens de guerre, qui tenaient pour le Uoy garnison en Picardie. Tous, pour secourir Thérouanne, s'assemblèrent et se mirent sur les champs. » {Ckrunique de Jean de Troycs.)
2 Après avoir fidèlement servi la maison de Bourgogne, jusqu'à la mort de Charles le Téméraire, le sire d'Esqucrdes, pour ne i)as obéir au prince allemand Maximilien d'Autriche, avait ofiert son épée à
peu d'intervalle entre chacun, de sorte que cette infanterie semblait être disposée e?i herse. »
Les comtes de Romont et de Nassau commandaient les Flamands.
Devant eux, en première ligne, 3 bataillons de 1.000 lansquenets allemands, piquiers ou hacquebutiers (L), étaient couverts par 500 archers anglais * (a a), qui devaient engager l'escarmouche.
825 chevaliers, brabançons, hollandais, flamands ou bourguignons étaient répartis aux ailes avec leurs archers d'ordonnance'.
120 chevaux, sous le capitaine Sallazar, avaient été envoyés en reconnaissance du côté d'Hesdin, d'où l'on signalait la marche de l'armée française.
Celle-ci, après avoir bivouaqué, le 6 août, sur la montagne d'Enquin, suivait, le 7, la route d'Hesdin à Thérouanne, sous la protection de son avant-garde, lorsque le sire de Baudricourt, qui commandait cette avant- Louis XI. Le Roy fit de ce capitaine accompli l'exécuteur de ses projets de réforme militaire : d'Esqucrdes fut le Duguesclin de cet autre Charles V.
1 « Que menait mcssire Thomas Abrigham, chevalier d'Angleterre, qui avait servi sous le duc Charles de Bourgogne. » (Commines).
' « Toute celte armée était remplie de haine contre les Français, contre leur roi perfide et cruel, contre tous ses capilaines, gens de rapine, sans miséricorde pour les peuples, nourris dans les guerres et ne connaissant d'autre Dieu que leur épée. Une autre cause de leur indignation, c'était de les voir commandés par le sire d'Esquerdes, enrichi et illustré par la maison de Bourgogne, honoré de la Toison d'or, intime conseiller de Charles et qui avait trahi madame Marie, sa fille, peu de jours après qu'elle avait reçu son serment et qu'elle lui avait donné toute sa confiance. « (De Barantc. Tomcxi.)
TÎATAILLE DE GUINEGATTE (7 aoûl UTO). 69
garde, découvrit, du haut de la colline d'Enguinegatte, l'armée de l'archiduc au moment où elle prenait son ordre de bataille.
Echelle au ^o.ooo Fig. loi.
Baudricourt donna aussitôt la chasse aux éclaireurs bourguignons et prévint le sire d'Esquerdes.
Celui-ci déploya ses troupes des deux côtés de la route, en faisant face à la chaussée de Brunehaut à laquelle Maximilien s'appuyait.
L'archiduc avait placé son aile gauche à l'abri des bois étages entre Enguinegatte et la chaussée mérovingienne; d'Esquerdes jugea, du premier coup d'œil, que ces bois pouvaient lui servir de rideau pour tourner l'ennemi. Il forma, en conséquence, à peu de distance, un escadron compacte de 600 lances, dont il prit en personne (E) le commandement.
Ce fut son aile droite.
Son corps de bataille se composait de deux lignes de francs-archers, dirigés par leurs capitaines-généraux Saint-Pierre, Curton, Jean le Beauvoisien et Joyeuse. « Le sire de Torcy, grand maître des arbalétriers, devait engager l'escarmouche {e e) contre les archers anglais.
A Vaile gauche, le sire de Baudricourt avait réuni à la cavalerie de l'avant-garde une partie des archers des compagnies d'ordonnance.
Le bagage fut laissé, sous bonne garde, assez loin en arrière, entre la montagne d'Enquin et la colline d'Enguinegatte.
« La bataille s'engagea vers 2 heures.
« Les archers anglais ayant, selon leur coutume, fait le signe de la croix et baisé la terre, crièrent : — « Saint Georges et Bours'os'ne! »
BATAILLE DE GUINEGATTE (7 noûl 1470). 74
« Et ils commencèrent à tirer.
« Leurs traits et l'artillerie faisaient déjà grand ravage parmi les Français, lorsque Monsieur d'Esquerdes s'avança avec 600 lances le long des bois, pour envelopper l'armée ennemie.
« Les gens d'armes bourguignons de l'aile droite, passant derrière les Flamands, arrivèrent aussitôt de ce côté, pour défendre l'aile gauche qui allait être enveloppée.
« Ils soutinrent le choc vaillamment ^ Toutefois, les Français, étant nombreux et bons hommes d'armes, eurent bientôt le dessus. Quand ils furent arrivés entre l'infanterie de l'archiduc et sa cavalerie, celle-ci, se trouvant coupée, prit la fuite en désordre vers Aire et vers Saint-Omer.
« Les gens d'armes de France se lancèrent à la poursuite des fuyards, qui étaient, pour la plupart, des chevaliers richement armés et vêtus, dont il y avait bonne rançon à espérer ^ . »
Le sire d'Esquerdes, croyant tenir la victoire, fut un des plus acharnés à la poursuite.
L'attaque des francs-archers contre l'infanterie cn-
1 « Les gens de pied du duc ne s'enfuirent point, bien qu'ils en fussent en quelque bransle, mais ils avaient bonne cstoffc à pied pour les conduire : c'(5taient Jacques de Savoye, comte de Romont, Enjilbert de Nassau et plusieurs autres qui encore vivent. La vertu de ceux-là fit tenir bon à ce peuple; ce qui fut merveille, car il voyait fuir les gens de cheval. » (Commines.)
2 Jean de Troyes.
nemie avait d'abord réussi ; les Anglais et les lansquenets avaient été forcés de se replier vers la grande herse flamande, en abandonnant l'artillerie qu'ils avaient prise.
Mais les francs-archers trouvèrent, dans les piques flamandes, une barrière infranchissable.
Les archers anglais et les hacquebutiers allemands, s'étant intercalés dans les intervalles des piquiers, les flèches et les plombées firent tomber les plus braves des francs-archers et de leurs capitaines.
Si, dans ce moment, les 600 chevaliers français qui galopaient follement sur la route d'Aire, avaient pris en queue et en flanc l'infanterie flamande, la journée de Guinegatte eût été une des plus glorieuses de nos annales.
Mais le sentiment d'abnégation et de dévouement qui s'appelle le devoir militaire, n'avait pas encore remplacé, chez les hommes d'armes, les traditions égoïstes du combat féodal.
L'heureuse conception tactique du sire d'Esquerdes fut cause de l'abandon de l'infanterie et de sa défaite.
Les Flamands, prenant l'offensive, renversèrent les arbalétriers français, reprirent les canons et rompirent successivement les bataillons peu aguerris de vougiers, de piquiers et de guisarmiers de la milice paroissiale.
Maximilien, suivi de quelques hommes d'armes, se mit à la tête de son infanterie et la conduisit, piques basses, jusqu'au camp français (flg. 1S2).
15ATAILLE DE GUINEGATTE (7 août 1170).
Cependant, l'intervention des 400 lances et des 1.500 arbalétriers de la garnison de Thérouanne, qui avait quitté les remparts au bruit du canon, pouvait encore, en se combinant avec une charge vigoureuse de la cava-
Fig. loi. 1
lerie de l'aile gauche, arrêter l'infanterie flamande.
Malheureusement, le camp de Maximilien se trouvait sur la route des gens de Thérouanne et la tentation de le piller était trop forte pour que le gouverneur, le sire de Saint-André, pût s'y opposer.
1 CeUe bataille de Guinegalte est la reproduction d'un des 2i basreliefs en marbre qui ornent, dans l'Eglise des franciscains, le magnifique sarcophage de l'empereur Maximilien à Inspruck. Les bas-reliefs, exécutés, vers 1560, par Alex. Colin de Malines, retracent les principaux événements de la vie de Maximilien.
Les archers d'ordonnance accoururent, de l'aile gauche, pour prendre leur part du butin ^ De sorte que les deux camps, français et bourguignon, furent pillés en même temps et que les Français durent la perte de la journée à leurs funestes habitudes de pillage.
En résumé, il y avait eu deux batailles partielles autour de la colline d'Enguinegatte : l'une, de cavalerie gagnée par le sire d'Esquerdes; l'autre, d'infanterie gagnée par Maximilien. Le champ de bataille restait à l'archiduc, car, après la dispersion de son infanterie, le sire d'Esquerdes avait dû opérer sa retraite sur Blangy ^