LE BUTIN ET LA RANÇON
La colère de Louis XI fut terrible.
Il voulait faire pendre tous ses soldats, hommes d'armes ou gens de pied. Mais, après la première explosion, il réfléchit qu'il avait grand besoin de cette chevalerie qui n'avait péché que par excès de vaillance ; il regretta
1 <■ Les milices de Flandres traînaient toujours des équipages pourvus de toutes sortes de provisions ; les riches gentilshommes avaient aussi des bagages chargés d'or, de vêtements magnifiques, de vaisselle d'argent. Parmi tous ces chariots se tenaient les malades, les prôlres, les femmes qui suivaient l'armée avec leurs petits enfants. L'ardeur de la rapine et le désordre furent si grands, que presque toute cette foule fut égorgée, « c'était une horrible pitié que d'entendre leurs cris, de les voir massacrer par les archers ou fouler aux pieds des chevaux par les hommes d'armes. » (De Barante.)
2 . Il mourut des deux côtés de 1400 à 4300 hommes, dont 10 à HOO Bourguignons, Picards et Flamands, sans les prisonniers ; les gens du
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(l'avoir cassé dix des compagnies d'ordonnance à la veille de la bataille, et il prit des mesures immédiates pour atteindre les deux causes principales de ce revers : le pillage et la rançon.
Sans défendre absolument de faire des prisonniers, il décida que tous seraient mis en commun \
C'est là une preuve éclatante de son intelligence militaire et la réforme fut importante au point de vue tactique.
Les capitaines qui osèrent, comme le gouverneur de Thérouanne, se plaindre de l'ordonnance royale et garder leurs prisonniers, y risquèrent leur tête.
Louis XI écrivait, le S septembre 1479, à M. de Saint-Pierre, sénéchal de Normandie :
« Je vous prie de remontrer à Monsieur de Saint- « André que je veux être servi à mon prolit et non par « avarice tant que la guerre dure, et, s'il ne le veut « de bonne grâce, faites-le lui faire par force. Empoi- « gnez ses prisonniers et mettez-les au butin comme « le reste. Ceux que vous verrez qui pourraient me c< nuire, je vous prie qu'ils ne soient pas délivrés ; trou- « vez pour cela quelque bon expédient. Il faut que les c< capitaines les achètent dans le butin ; ils les auront
roy en firent de 900 à 1000. Parmi eux était un fils àw roy de Pologne avec grant nombre de gens de bonne et grande maison. De l'armée du roy, il mourut le capitaine Beauvoisien, Waste de Mompédon, bailly de Rouen et environ 300 archers à cheval de l'ordonnance du roy, sans compter les francs-archers. » {Chronique de Jean de Troyes.) 1 Ordonnance de septembre 1479.
« sûrement à bon. marché. Ils s'obligeront à moi de ne « les point délivrer d'un long temps que vous avise- « rez et vous prendrez leurs engagements à cet égard ; « alors ils les enverront dans leur hôtel.
« Je suis bien ébahi que les capitaines de Monsieur « de Saint-André et les autres ne trouvent pas bon que « j'aie fait une ordonnance pour que tout soit mis au « butin. Par ce moyen cependant, ils pourront acheter « tous ces prisonniers, même le plus gros, pour rien. « C'est ce que je demande, afin qu'une autre fois ils tuent « tout et ne prennent plus ni prisonniers, ni chevaux, « ni pillage : alors nous ne perdrons jamais de bataille.
« Je vous en prie, dites à Monsieur de Saint-André « qu'il ne fasse pas le rétif, car c'est la première déso- « béissance que j'ai jamais eue d'un capitaine. Je ne « saurais vous enseigner de si loin; faites ainsi que « vous le verrez pour le mieux, mais gardez qu'il ne « reste un seul prisonnier dans Thérouanne. Si Mon- « sieur de Saint-André fait mine de vous désobéir, « mettez-lui vous-même la main au cou et lui ôtez par « force les prisonniers; et je vous assure que je lui « ôterai bientôt la tête de dessus les épaules... »
Au lieu de tenir rigueur à Monsieur d'Esquerdes pour son échec de Guinegatte, Louis XI le chargea de dire aux capitaines placés sous ses ordres :
« Le roi est averti du grand dommage qui nous est « advenu. Aucuns de vous voudraient bien en jeter la « faute sur moi, mais c'est sans raison. J'ai fait tout « mon possible et si vous aviez fait votre devoir contre
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« les gens de guerre aussi bien que contre les vivan- « diers, les prêtres, les malades, les femmes et les « petits enfants; si vous n'aviez pas commis cette grande « inhumanité, qui sera un scandale éternel pour le « règne du roi, vous eussiez gagné la bataille. Ce « n'est pas merveille si les pauvres paysans sont con- « tre vous et tuent vos gens dans la campagne, car « vous ne cessez de les maltraiter et de les piller...»
Ce furent cependant ces pauvres paysans qui, par ordonnance royale, payèrent les frais de Guinegatte.
Louis XI licencia ceux des francs-archers qu'il ne ht pas pendre et il tripla l'impôt.
Les paroisses, au lieu de fournir 16.000 archers, durent payer annuellement la taille des 50.000 hommes de pied.