PICARDIE ET PIÉMONT
Louis XI avait créé les garnisons de Picardie pour défendre les places du Nord ; Louis XII organisa les bandes de Piémont pour garder la frontière des Alpes.
Un grand changement s'était opéré dans les idées de la noblesse française : pour elle, ce n'était plus déroger que de servir parmi les gens de pied.
Aussi le roi put-il choisir les capitaines de cette nouvelle infanterie française parmi les guerriers les plus illustres \ Il en forma les cadres inférieurs avec les hommes d'armes démontés ou ruinés, avec « les lances rompues » et les cadets de Gascogne, qui, suivant la piquante expression du général Susane, étaient tous «lances rompues de naissance ».
1 Trivulce, le comte do Ligny et Louis d'Ars rejoignirent, à Mortara, les renforts que La TrémoïUe amena de France à la lin de février 1500, et qui se complétèrent de 10.000 Suisses. Cette armée rencontra près de Novare, le 5 avril, les forces bien supérieures de Ludovic le More; mais les Suisses, qui étaient à la solde du duc de Milan, refusèrent de combattre leurs compatriotes du camp français, « et le seigneur Ludovic, enveloppé de trahison », essaya de s'enfuir en Allemagne sous un déguisement. Livré aux Français par un soldat suisse, il fut envoyé au château de Loches, et Louis XII redevint, de nouveau, le maître du duché de Milan.
2 .. Maugiron, Ycndenesse, L'Espy, La Crotte, Bavard, Normanville, Montcavray, Roussillon, Trévil, Silly, Duras, Odct, Imbaut, Blanc, desquels ni les uns, ni les autres n'avaient charge de colonel, ni le nom de mestre de camp. » (Brantôme.)
PICARDIK ET PIEMONT. 157
Ces lances rompues, en italien « lancia spezzada ' », servaient dans les bandes à pied en qualité de simples compagnons, mais ils étaient exempts des corvées et du service de garde.
C'étaient les principales ^ des légions romaines.
« Il y avait en chaque compagnie, dit le maréchal de la Vieilleville dans ses Mémoires *, 12 lances-spessades, à 30 livres par mois, qui n'étaient sujets ni obligés à d'autres fonctions que de faire les rondes à leur tour ; ils étaient, par faveur et par mérite, exempts de passer les vingt-quatre heures en garde, et, pour armes ordinaires, ils portaient le corselet et jamais la harquebuse.
« Le gentilhomme français, qui suit les bandes, dédaigne de porter hallebarde, c'est-à-dire de faire l'état de sergent. Encore moins veut-il être appelé caporal, alléguant que ce sont là charges mécaniques, car si un soldat a enfreint les ordonnances ou failli à sa faction, le sergent et le caporal (lig. 174) sont tenus de lui mettre la main au collet, de l'attacher au carcan ou au collier, choses que le gentilhomme abhorre, surtout en notre nation française. »
1 En fronçais l'anspessade. Le nom à'anspessade fut conservé dans l'infanterie jusqu'en 1762; mais, depuis Louis XIV jusqu'à la Révolution, les volontaires de bonne maison furent désignés sous le nom de cadets tçentilshommcs,
2 Tome I", page 159.
'' De lS09à 1571.
458 LA GENDARMERIE DE FRANCE (UgO-ibOT).
Sous renseigne noire à croix blanche des bandes de Piémont s'enrôlèrent, en grand nombre, les Milanais, les Napolitains et les Corses ' du parti français et surtout les arbalétriers gascons ou basques, qui avaient,
depuis la guerre de Cent ans, une réputation de fougue, de courage et d'élan irrésistibles.
Avec ces éléments divers il y eut, dans l'infanterie française, deux corps bien distincts : Picardie et Piémont.
« Les bandes de Picardie, dressées sous le regard sévère de Louis XI, avaient appris des Suisses à conserver leurs rangs, à regarder en face les charges de la cavalerie, à lui opposer un mur inébranla- ^ ble de piques, à serrer leurs ^^\=^ files ouvertes par le choc des chevaux, et à mourir sur le terrain qui leur était confié. »
F. y]eiss.
Fk. i74.
* 1 Soldats fort lestes, bien policés et curieux de leurs devoirs. » (Agrippa d'Aubignc, Histoire universelle de 1550 ù IGOl);
PICARDIE ET PIEMONT.
-loi)
C'était par excellence Vinfanterie de liç/ne, celle des batailles rangées et des sièges en règle.
La formation de bataille, complète et correcte, d'un bataillon de Picardie, comprenait, au commencement du xvi' siècle, trois carrés ou redoutes :
■^f' EîîffliUttii .-ifnèfvy Garde' Aoojvc-Oareie, | ^^ | Jt.
Fiff. 17o.
Le premier, d'une force égale aux deux autres réunis, était le corps de bataille, le bataillon. Placé en première ligne , il se composait de piquiers et de hallebardiers sur 10 à 12 rangs de profondeur.
Les deux autres, Vavant-garde et f arrière-garde, se tenaient en deuxième ligne et débordaient le bataillon à droite et à gauche. On les appelait aussi Vaile droite et Y aile gauche.
Des pelotons d'enfants perdus {M), arbalétriers ou
hacquebutiers, étaient placés dans les angles des redoutes.
<;< Les bandes de Picardie comptaient peu de gentilshommes ; mais leurs officiers, vieux soldats de fortune, étaient rompus à toutes les pratiques du métier, et maintenaient une discipline sévère. Les soldats, enrôlés dans le nord du roj^aume, n'avaient pas assez d'esprit pour être fanfarons, ni assez de délicatesse pour aimer le luxe. L'ivrognerie et la brutalité étaient leurs plus grands défauts.
« Dans les bandes du Piémont il y avait, du haut en bas, une émulation prodigieuse à faire quelque chose d'éclatant, d'impossible ; c'était VinfanUrie légère, celle des coups de main, des expéditions rapides, de la guerre de montagne, des surprises, des assauts ; c'était elle qui fournissait les troupes d'embarquement » *.
« Leurs armes, dit Brantôme, étaient pour la plupart dorées et gravées. Leurs accoutrements n'étaient que soie, satin et velours. »
Il y avait entre ces deux infanteries une émulation généreuse qui enfanta de grandes choses.
Picardie et Piémont signifiaient encore, sous Louis XIV, les armées du Nord et celles du Midi ; et, pendant les grandes guerres de la Révolution, on put faire un curieux rapprochement, en comparant, à trois siècles de
' Général Susane.
distance, l'esprit de discipline des armées du Nord et de Sambre-et-Meuse avec les allures bruyantes et maraudeuses de l'armée d'Italie.
Pour rentrer en possession du royaume de Naples, Louis XII s'engagea, pendant sept ans, dans des négociations politiques et des vicissitudes militaires qui ont peu d'intérêt au point de vue tactique.
Trompé tour à tour par le roi d'Espagne, Ferdinand le Catholique, par l'empereur Maximilien et par le pape Jules II *, qui ne chassa les barbares (c'est-à-dire les Français) de l'Italie que pour la livrer aux Espagnols, Louis XII laissa ses capitaines lutter péniblement contre Gonzalve de Cordoue avec des ressources insuffisantes.
Depuis la bataille de Novare, d'Aubigny % La Tré-
i C'était ce même Julien de la Rovcrc qui, par haine de son prédécesseur, le pape Alexandre VI, avait attiré Charles VIII en Italie.
2 Stuart d'Aubigny, gouverneur du Milanais, entreprit le second voyage de Naples, le 26 mai 1501, avec 900 lances, 7.000 piétons et 36 pièces d'artillerie. Il traversa Rome, où le pape Alexandre VI ratifia le traité, que Louis XII et Ferdinand le Catholique avaient signé pour le partage du royaume de Naples, donna l'assaut à Capouc et entra à Naples, pendant que son allié, le fameux capitaine espagnol Gonzalve de Cordoue, s'emparait de la Fouille et de la Calabre. Quand la guerre éclata, en juin 1502, entre les Français et les Espagnols, d'Aubigny commandait le corps insuffisant qui combattait en Calabre. Vaincu, le 21 avril 1503, à Séniinara, par don Fcrnand d'Andrada, il fut réduit par la famine dans Angilola, et obligé à capituler.
•162 LA GENDARMERIE DE FRANCE {U99-^o01).
moïlle, d'Alègre, Nemours \ La Palice, Bayard, Louis d'Ars ^ et un grand nombre d'intrépides capitaines^ trop peu connus, avaient vaillamment soutenu l'honneur des armes françaises. Mais, à la fin de 1S06, le royaume de Naples était de nouveau perdu pour le roi, et sa suzeraineté de Milan paraissait fort compromise.
La rébellion de Gênes * vint aggraver encore la situa-
• Louis d'Armagnac, duc de Nemours, nommé vice-roi de Naples en 1501, fut batlu par Gonzalve de Gordoue et tué, le ^8 avril 1503, à Cérignola, dans la Capitanate.
Yves d'Alègre se retira à Gaëte et Louis d'Ars à Venouze. Naples ouvrit SCS portes aux Espagnols; la garnison se retira dans les trois châteaux (de l'Œuf, Saint-Elme et le Château-Neuf) et y fit une belle défense; mais Pedro Novarro employa la mine et obligea les Français à se rendre.
Gaëte capitula, le l'"' janvier lo04, après que Gonzalve de Gordoue, favorisé par la rigueur de la saison et par la division qui régnait parmi les capitaines français, aigris par l'infortune, eut dispersé, sur les bords du Garigliano (27 décembre 1503), l'armée de secours envoyée par Louis XIL
2 Louis d'Ars, étroitement bloqué dans Venouse, refusa toute capitulation; quand il n'eut plus de vivres, il s'ouvrit, selon sa coutume, avec une poignée de braves, un chemin à travers les lignes espagnoles, et il regagna la France, après avoir bravé tous les dangers et franchi tous les obstacles.
5 Gênes était, depuis 1464, une dépendance du duché de Milan. La guerre civile y régnait en permanence entre la noblesse et la bourgeoisie. Louis XII envoya une garnison qui soutint ouvertement les nobles; le parti populaire négocia avec le pape et l'empereur et, comptant sur leur appui, il abattit les bannières fleurdelisées, proclama doge le teinturier Paolo, de Novi (15 mars 1507), et mit le siège devant les forts, occupés parles Français. Les défenseurs du Gastellacio, « qui s'étaient rendus par famine, furent traîtreusement égorgés » ; mais le
tion des Français en Italie, et décider Louis XII à prendre en personne la direction des opérations militaires.
Il quitta Grenoble, le 3 avril 1407, franchit le Pas de Suze, le 11, et réunit à Alexandrie une belle armée deSO.OOO hommes.
Le grand maître de France', Chaumont d'Amboise conduisait Vavant-garde, composée de :
4 compagnies d'ordonnance (celles de La Palice, Himbercourt, Le Gruier et Clermont-Montoison) ;