L'ANNÉE
LaTrémoïlle prit, au mois de mai 1513, le commandement de l'armée d'Italie. La campagne débuta par des succès : Alexandrie, Verceil et Pavie furent repris sans coup férir.
A l'approche des Français, Maximilien Sforza abandonna Milan, et, comme son père, il s'enferma dans Novare avec 10.000 Suisses.
LaTrémoïlle vint l'y assiéger, le 4 juin ; il avait 1 .200 lances, 800 chevau-légers, 6.000 lansquenets, autant d'aventuriers français et gascons et plus de 100 pièces d'artillerie.
C'était renouveler l'entreprise qui avait si bien réussi, en 1500, contre Ludovic le More.
Mais les Suisses, cette fois, ne songèrent pas à trahir, et l'on n'essaya pas de les acheter. Ils avaient devant eux leurs rivaux détestés, les lansquenets allemands, qui leur faisaient concurrence dans le métier de mercenaires, et que Louis XII leur avait préférés. Aussi, pour montrer au roi de France combien il avait perdu au change, ils tentèrent, dans la nuit du 5 au 6 juin, une attaque audacieuse contre le camp français.
Novare (6 juin VM3).
La Trémoïlle avait été prévenu par ses coureurs albanais qu'un renfort de 5.000 Suisses était déjà entré dans Novare et qu'une nouvelle colonne importante y était attendue.
NOVARE (G juin 1513). 243
Le général français crut prudent de lever le siège ; mais^ sur l'avis de Trivulce, il fit la faute d'établir son camp devant Trécate, à 3 milles do Novare, sur un terrain boisé, marécageux et coupé de canaux qui gênaient les communications en empêchant les manœuvres de la cavalerie.
« L'armée, très fatiguée par la chaleur, s'était logée assez tard. Monsieur de La Trémoïlle avait dit, le soir, aux capitaines, qu'ils pouvaient dormir sûrement et faire bonne chère, parce que les Suisses, n'ayant pas tous leurs gens ensemble, n'étaient pas encore prêts à combattre.
« Toutefois, vers une heure du matin, les Suisses vinrent, à l'ombre du petit bois qui tenait au quartier des lansquenets, rebouter le guet des aventuriers français jusqu'au logis de M. de La Trémoïlle.
« Celui-ci eut, à grand'peine, le loisir de se lever et de monter à cheval à demi-armé, car les Français et les Suisses étaient déjà pêle-mêle contre son logis.
« L'alarme fut grande au camp ; la gendarmerie monta à cheval et se forma en désordre, pendant que les Suisses se renforçaient.
« Leur point d'attaque était bien choisi, car en cas d'échec ils pouvaient se retirer le long du petit bois jusqu'à Novare, sans être inquiétés par les gens de cheval. »
Les Suisses marchaient en deux colonnes.
L'une, pour gagner l'artillerie, devait attaquer les
2't4 GASTON DE FOIX.
lansquenets qui la gardaient; l'autre devait disperser les aventuriers français, puis faire irruption dans le quartier de la gendarmerie, afin de l'empêcher de venir à la rescousse des lansquenets.
Les enfants perdus de la première colonne suisse engagèrent l'attaque, main à main, avec les lansquenets ; mais Robert de la Mark, seigneur de Sedan, les chargea avec 300 hommes d'armes et les mit en fuite.
Les lansquenets, « qui étaient à peine 5.000 sains et en point de combattre », soutinrent bravement l'attaque du gros de la colonne suisse.
Leurs 800 hacquebutiers firent merveilleusement leur devoir; et ces deux infanteries d'élite, qui avaient le même armement, la même tactique et le même orgueil militaire, ne tardèrent pas à s'attaquer corps à corps et à se confondre dans une terrible mêlée à l'arme blanche (flg. 190) '.
La deuxième colonne suisse mit en fuite, presque sans combat, les aventuriers français et les hacquebutiers gascons.
Les lansquenets ne furent vaincus qu'après deux
1 ■■ Alors on vit, à la faveur du jour naissant, toutes les vicissitudes et les horreurs d'un combat également opiniâtre. Quelques-uns pliaient, mais bientôt ramenés, ils enfonçaient les rangs qui les avaient fait reculer. On s'avançait de part et d'autre; on cédait, on gagnait du terrain et les deux partis faisaient de suprêmes efforts pour résistera la fièvre de l'adversaire. On ne voyait que des morts et du sang; tantôt les capitaines combattaient comme leurs soldats ; tantôt, reprenant le commandement, ils s'empressaient de pourvoir à tout, de ranimer le courage de leurs gens, de les diriger et de ramener ceux qui pliaient. » {Guicciardini, liv. XI, chap. xxxiv).
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heures d'une lutte acharnée, dans laquelle leur capitaine général, le sire de Fleurange, reçut 46 blessures ' ; « mais la fleur des Suisses y demeura, et plus de Suisses que de lansquenets. »
c-simile d'an dessin de Jean llolhein (Musée de Bille).
L'ennemi, maître de l'artillerie, la tourna contre le camp français : la première décharge fut le signal de la déroute.
' Ce fut son père, Robert de la Mark, qui le découvrit au milieu des morts; « il le mit sur ua cheval de bagage et le fit mener avec la gendarmerie qui s'en allait. - (Flcurange, chap. XXXYII.)
2 Paul Lacroix, Vie milUaire et religieuse du moijen dge et à l'époque de la Renaissance.
La gendarmerie française, formée en carré sur ce terrain inaccessible, ne pouvait charger ni à droite ni à gauche, sans écraser son infanterie mélangée avec les assaillants. Entourée, acculée, labourée par ses j)ropres boulets, elle se mit en retraite dans la direction de Verceil.
Ce fut un désastre irréparable, à la façon de Granson et de Morat.
L'Italie acclama les Suisses comme ses libérateurs*, et un soulèvement général des Lombards rejeta les Français au delà des Alpes.