INVASION DE LA FRANCE
La Trémoïlle avait été rappelé en toute hâte dans son gouvernement de Bourgogne menacé par l'invasion.
L'empereur Maximilien, le roi d'Angleterre Henry VIII et le roi d'Espagne s'étaient coalisés pour attaquer les frontières françaises au nord et au midi.
Au nord, l'objectif était l'Artois ; c'était la Navarre au sud.
L'empereur avait donné rendez-vous au roi d'Angleterre devant cette place de Thérouanne qu'il n'avait pas su prendre, en 1469, après sa victoire de Guinegatte.
C'était, pour nos ennemis, l'année des revanches.
L'armée française de Picardie, réunie à Blangi-en-
LA JOURNÉE DES ÉPERONS (iO rinill -loi.!). 2i:
Ternois sous le commandement du sire de Piennes, du duc de Longueville et du maréchal de La Palice, reçut l'ordre de ravitailler Thérouanne, coûte que coûte, sans engager toutefois une bataille inégale avec les 40.000 hommes de l'armée de siège.
La Journée des Éperons * ('lli août 4 o13).
Il fut conclu que toute la gendarmerie dresserait une alarme au camp ennemi, pendant que les Albanais iraient, au galop de leurs chevaux, jeter des vivres dans Thérouanne.
Le roi d'Angleterre fut averti de ce projet par ses espions ; d'autant qu'il y en avait alors de doubles, qui servaient le parti adverse en feignant d'être bons Français.
Le 16 août 1513, les capitaines du roi de France montèrent à cheval avec leurs gens d'armes.
Dès le point du jour, le roi d'Angleterre avait fait mettre au haut d'un tertre 10 ou 12.000 archers anglais et 4 ou 5.000 lansquenets, avec 8 ou 10 pièces d'artillerie (fig. 191), pour couper le chemin à la gendarmerie française quand elle aurait passé outre. Par devant, il avait ordonné tous les gens de cheval d'Angleterre, de Bourgogne et de Hainaut pour assaillir cette gendarmerie.
Il est important de rapporter une chose que peu de
• D'apfès le Loyal Serviteur, cliap. LVII.
gens ont sue, et qui est cause qu'on a accusé, à grand tort, de lâcheté les gentilshommes de France : c'est que les capitaines avaient déclaré à leurs gens d'armes que cette course n'avait d'autre but que de ravitailler la garnison de Thérouanne, et qu'il ne s'agissait aucunement de combattre.
F. Weiss.
Fig. 191.
En cas de rencontre d'une troupe ennemie, on devait, pour ne rien hasarder, revenir sur ses pas en passant, si l'on était pressé, du pas au trot et du trot au galop.
« Quand les Français furent à près d'une lieue de Thérouanne, l'escarmouche commença forte et rude. La gendarmerie fit très bien son devoir, jusqu'au mo-
LA JOURiNÉR DES ÉPERONS (16 août 1513). 249
ment où elle vit derrière elle les deux bandes de gens de pied anglais et allemands descendre de la colline d'Enguinegatte ' pour les enclore.
« Aussitôt les trompettes sonnèrent la retraite, et les gens d'armes, suivant la leçon de leurs capitaines, se mirent, le grand pas, au retour. Bientôt ils furent pressés, et passèrent au trot, puis au grand galop ; si bien que les premiers vinrent se jeter dans les batailles du seigneur de La Palice et du duc de Longueville, en si grande fureur qu'ils mirent toute l'armée en désordre \
« Les capitaines avaient beau crier :
— «Tourne, homme d'armes! Tourne, ce n'est rien! »
« Chacun tâchait de rejoindre le camp de Blangi, où étaient demeurés l'artillerie et les gens de pied.
« Cependant Bayard, entraîné dans la déroute, « retournait sur les ennemis menu et souvent avec une quinzaine d'hommes d'armes. »
Il essaya de défendre un petit pont où deux hommes à cheval pouvaient à peine passer de front, et il envoya un archer à La Palice pour le prévenir qu'il allait essayer d'y arrêter l'ennemi pendant une demi-heure, afin de laisser au reste de l'armée le temps de se former en bataille.
Mais deux cents chevaux bourguignons passèrent le cours d'eau à quelque distance et vinrent l'assaillir par derrière.
* Consulter la lig. loi, pag. G'J.
' Gomme à Azincourt. Tome I"', pag. 471 .
Forcé de se rendre, Bayard songea à appliquer le précepte de guerre qu'il se plaisait à répéter •
« Un parfait chevalier doit faire assaut de lévrier, de'- « fense de sanglier et fuite de loup. »
Il aperçut, assis sous un petit bouquet d'arbres, un gentilhomme anglais bien en ordre, qui, exténué par la chaleur, avait ôté son armet et se reposait, sans daigner s'amuser aux prisonniers.
Il piqua droit sur lui et lui vint mettre son épée sous la gorge, en lui criant :
~- « Rends-toi, homme d'armes, ou tu es mort ! »
Le gentilhomme bien ébahi eut peur de mourir et dit:
— « Je' me rends, puisque je suis pris, mais qui êtesvous donc !
— « Je suis, répondit le bon chevalier, le capitaine « Bayard et je me rends à vous. Emmenez-moi, si c'est « votre bon plaisir, voici mon épée ; mais ayez la cource toisie de me la rendre, si nous rencontrons en che- « min des gens qui aient envie de nous tuer. »
Le gentilhomme le lui promit et tint parole, car en rentrant au camp de l'Empereur, il fallut jouer du couteau contre certains anglais qui voulaient égorger tous les prisonniers ' .
Ce bon tour de Bayard n'empêcha pas le peuple de
^ Bavard partagea pendant quatre jours la tente de l'Anglais qui lui fit très bonne chère. Le cinquième jour, il lui dit :
— • Mon gentilhomme, je voudrais bien être mené sûrement au camp « du roi mon maître, car il m'ennuie déjà ici.
MORT DE LOUIS XII. 2oi
France d'appeler lièvres armés les nobles hommes d'armes, qui avaient tourné le dos devant l'ennemi à la journée des éperons.