‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 71 sur 152 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

SOMMAIRE

L'élection au Saint Empire. — Campagne de 1S21, — Bavard à M6zières. — Lautrec. — Bataille de Bicocca. — Trahison du connétable. — L'amiral Bonnivct. — Mort de Bavard. — Premier siège de Marseille. — La reprise du Milanais. — Pavic.

L'ÉLECTIOiN AU SAINT EMPIRE.

On appelait Marignaii la Journée des Suisses.

François P"', comme Louis XI après Saint-Jacques, voulut, à tout prix, prendre à sa solde les vaillants montagnards qu'il avait vaincus. Pour une rente annuelle de 700.000 livres, la monarchie française contracta avec les cantons une alliance perpétuelle ', que les Suisses ont scellée, pendant trois siècles, du plus pur de leur sang '.

D'ailleurs, l'armée du roi avait grand besoin de ce

' Traité de Fribourg, 2!) novembre lolG;

2 Un ministre de Louis XIV disait, devant un colonel des Gardes suisses : « qu'avec l'argent donné aux Suisses par les rois de France, on " ferait une chaussée de Paris à Bàle, ?

— « C'est possible, répondit le colonel, mais avec le sang Versé par « les Suisses pour le service des rois de France, on remplirait un ca- « nal allant de Bàlc à Paris ! '

':86 CHARLES-QUliNT.

renfort, car jamais plus redoutable ennemi ne menaça le territoire français.

Cet ennemi était l'empereur Charles-Quint.

Charles d'Autriche avait succédé, en 1516, à son aïeul maternel Ferdinand le Catholique; puis, à la mort de l'empereur Maximilien, son aïeul paternel, il était devenu l'unique héritier des ducs de Bourgogne.

Dès lors, il avait songé à reprendre contre François P' l'antique querelle de Louis XI et de Charles le Téméraire.

Plus heureux que son bisaïeul, il réalisa, du premier coup, les rêves ambitieux du grand duc d'Orient : le 28 juin 1519, il était élu empereur d'Allemagne.

C'était une grosse déception pour François P'', qui s'était mis sur les rangs dans l'espoir de reconstituer l'empire de Charlemagne ' ; mais, contrairement à ce qu'aurait fait Louis XI à sa place, le roi chevalier résolut de se venger, les armes à la main, de son échec diplomatique.

« Alors commença entre le roi et l'empereur Charles- Quint une guerre plus âpre que jamais; lui, pour nous chasser de l'Italie, et nous, pour la conserver. Mais ce

1 « Le souvenir de Charlemagne, mirage trompeur où se sont pris les plus grands princes des temps modernes, tascinaU l'imagination de François I", et il rêvait la domination de l'Europe par Vtinion des Français et des Germains. ■> (Henri 3Iarlin, liv. XLVl)

L'ÉLKCTIU.N AU SAINT ILMl'lUE (lol'J). 287

n'a été que pour servir de tombeau à un monde de braves et vaillants Français.

« Dieu tit naitre ces deux grands princes ennemis jurés et envieux de la grandeur l'un de l'autre : ce qui a coûté la vie à 200.000 personnes et la ruine d'un million de tamilles. Enfin, ni l'un ni l'autre n'en ont rapporté que le repentir d'être cause de tant de misères.

« Si Dieu eut voulu que ces deux monarques se fussent entendus, la terre eût tremblé sous eux, et Soliman, qui a vécu en même temps, eût eu assez à faire à sauver son Etat, au lieu que, cependant, il l'a étendu de tous côtés.

« L'empereur a été un grand prince ', lequel toutefois n'a surmonté notre maître que de bonheur pendant sa vie, et que parce que Dieu lui a fait la grâce de pleurer ses péchés dans le couvent où il se rendit deux ou trois ans avant de mourir.

« Or, pendant cette guerre, qui dura vingt-deux mois, je vis de très belles choses pour mon apprentissage '^, et je me trouvai acquérir de la réputation. »

C'est le capitaine Biaise de Montluc qui résume avec

' • Les Picards, qui sont grands ocquineurs, l'appelaient Charles qui triche ; le badinage n'était pas mauvais, car il a été grand trompeur et un peu trop manqueur de foi. » (Brantôme.)

2 Monlluc débuta, en 4.^21, comme archer dans la compagnie d'ordonnance du maréchal de Laulrcc; « ce qu'on estimait en ce temps là, car il se trouvait de grands seigneurs qui étaient aux compagnies et deux ou trois en une place d'archer. Depuis, tout s'est abâtardi. »

cette philosophie la rivalité de François P' et de Charles-Quint.

Nous gagnerons beaucoup, au point de vue tactique, à feuilleter souvent encore les Commentaires du vaillant capitaine gascon, le livre qu'Henri IV appelait : La Bible des gens de guerre.

Au mois de mars 1521, le duc de Bouillon, Robert de la Mark \ père de l'historien Fleurange, commença les hostilités contre le nouvel empereur, en attaquant le Luxembourg.

François I" mit aussitôt trois armées sur pied : r En Champagne, le duc d'Alençon, « avec le maréchal de Chàtillon pour le conduire », réunit au camp d'Attigny % sur l'Aisne, toutes les troupes disponibles du Nord et de l'Est ; il devait tenir tête à l'armée impériale du comte de Nassau, qui, après s'être emparé

' !■ On l'appelait le Grand Sanglier des Ardennes a cause de ses terres qui aboutissaient aux Ardennes, et parce qu'il ravageait toutes les terres de l'empereur et de ses autres voisins, en y faisant de grands maux, ni plus ni moins qu'un sanglier qui ravage les terres et les vignes des pauvres et bonnes gens. Ainsi fùt-il le premier sujet des guerres entre le roi et l'empereur, car le roi le prit en proleclion. i (Brantôme).

2 « Il y avait dix-huit mille lansquenets et les six mille aventuriers français de M. de Saint-Pol (qu'on nommait les six mille diables) et douze cents hommes d'armes tous logés dans les villages autour d'Attigny, tirant vers Sedan. » (Fleurange).

MYAUD A MÉZIÈRKS (seiilembro ILiiM). 289

des principales villes du duché de Bouillon, menaçait la ligne de la Meuse ' ;

2° Aux Pyrénées, André de Foix, sire de Lesparre, envahit la Navarre avec 300 lances et 5.000 Gascons ou lansquenets ;

3° En Lombardie, Lautrec, lieutenant général du roi, réunit à ses compagnies d'ordonnance 13.000 Suisses ou Vénitiens, pour faire lever le siège de Parme, que le maréchal de Foix-Lescun\ défendait contre les armées du Pape et de l'Empereur \

Le comte d'Egmont, gouverneur des Flandres pour Charles-Quint, tenta au nord une diversion importante : il investit Tournai , au moment même où le comte de Nassau, maître de Mouzon ville française, venait mettre le siège devant Mézières.

François I", ne pouvant faire face à la fois à la Meuse et à l'Escaut, ordonna au duc d'Alençon de quitter le camp d'Attigny pour marcher contre le comte d'Egmont, et il chargea Bayard de la défense de Mézières.

liAÏAUD A J1ÉZU<:!IES.

« De ce commandement, ditZe Loyal Scrviiew, le bon chevalier n'eut pas voulu tenir 100.000 écus; car tout

' Mouz,ou, Scchui, Mozicrcb.

'•i Lesparre, Laulrec et Lescun étaient les trois tils de Jean de Foix.

5 700 lances et 2.000 piétons espagnols, sous Feruand d'Avalos, marquis de Pescairc et Anlonio de Lcyva; 500 lances italiennes sous le marquis Frédéi ic III de Gonzague, capitaine général de l'Église ; 10.000 II. 19

son désir était de faire service à son maître et d'acquérir honneur.

« Il s'en alla jeter dans la place avec le jeune seigneur Anne de Montmorency, quelques autres jeunes gentilshommes, qui, de leur gré, l'accompagnèrent, et 2.000 gens de pied sous la charge du capitaine Boncal de Reffuge et du seigneur de Montmoreau ^ . »

Bayard n'était pas depuis deux jours à Mézières, que le comte de Nassau venait camper sur la rive droite de la Meuse, pendant qu'un autre lieutenant de l'Empereur, Francisque de Sickingen, passait le fleuve avec 14 ou 15.000 Allemands des bords du Rhin, et s'établissait sur la rive gauche. A la mi-septembre, l'investissement était complet.

Les remparts effondrés de Mézières ne renfermaient ni vivres, ni munitions, ni artillerie.

« Bayard commença à faire remparer jour et nuit, et il n'y avait nul homme d'armes ni homme de pied qu'il ne mît en besogne ; lui-même, pour leur donner courage, y travaillait ordinairement.

— « Si nous étions dans un pré, disait-il à ses com-= « pagnons, et que nous eussions devant nous fossé de « quatre pieds, encore combattrions-nous un jour enfantassins allemands, romagnols et suisses sous Prosper Colonna. L'historien Francesco Guicciardini était le commissaire général de celle armée, et par conséquent le témoin des événements qu'il a racontés.

1 « Brave genLilhommc d'Angoumois, puiné de la maison de Warcuil. ' (Brantôme).

BAYARD A MÉZIÉHES (septembre loil). Î9<

« tier avant d'être défaits. Or, nous avons, Dieu merci ! c< fossé, muraille et rempart, et, avant que les ennemis « mettent le pied dans la ville, beaucoup de leur com- « pagnie dormiront aux fossés ! »

Le comte de Nassau lui envoya, avec force compliments, l'invitation de capituler,

— « Héraut, mon ami, répondit Bayard au messager, « je ne suis plus un enfant qu'on étonne avec des pa- <.< rôles; j'espère conserver la place si longuement que « vos maîtres s'ennuieront plus d'être au siège que « moi d'être assiégé. »

Cependant, le siège durait depuis trois semaines; 5.000 coups de canon avaient été tirés contre la ville, une partie de l'infanterie avait déserté et, malgré tout son bon vouloir, Bayard ne se croyait pas assez fort pour résister au double assaut des deux armées assiégeantes.

Alors, il s'avisa d'un stratagème.

Il savait, de bonne source, que les deux lieutenants de l'Empereur avaient eu de nombreuses altercations ; que Sickingen n'obéissait qu'à contre-cœur au comte de Nassau, et qu'il avait fallu un ordre formel de l'Empereur pour le décider à passer la Meuse et à attaquer la place avec le fleuve à dos.

Le bon chevalier écrivit à Robert de la Mark, qui tenait Sedan, pour le prévenir, en grand mystère, « qu'une armée de secours de 12.000 Suisses et de 800

?92 CUARLES-OUINT.

<.< lances françaises devait attaquer, le lendemain à la « pointe du jour, le camp de Sickingen et que lui, ce Bayard, ferait pendant l'attaque une saillie par un <.< des côtés de Mézières pour jeter Sickingen dans la « Meuse. Il sera, disait-il, bien habile homme s'il s'en c< sauve ! »

Le paysan, qui portait la lettre, fut pris, comme le voulait Bayard, et conduit au capitaine Sickingen, qui vit dans la révélation de cette attaque imprévue une trahison du comte de Nassau.

— « Il m'a fait passer l'eau contre mon gré, dit-il à « ses plus privés, pour me perdre , mais par le sang « Dieu ! il n'en sera pas ainsi ! »

« Et, sans faire sonner ses tambourins à l'étendard, il chargea tout son bagage et repassa la Meuse incontinent.

Le comte de Nassau lui ayant fait demander une explication, Sickingen lui répondit par des injures, et le menaça de lui livrer bataille.

« Le bon chevalier se prit à rire à pleine gorge en apprenant le résultat de sa ruse de guerre, et, le lendemain, il eut le plaisir de voir, du haut du rempart, les deux corps ennemis « trousser leurs quilles et lever « le sièiie de Mézières*. »

• . Le roi fil à Bayard accueil merveilleux; il ne se pouvait lasser de le louer devant tout le monde; il le fit chevalier de son ordre et lui donna cent hommes iV armes en chef » (Loyal Serciteur, cl). LXIII).

De 149o, où il avait pris une enseigne, jusqu'à Jo2l , où il avait sauvé Mézières, le chevalier sans peur et sans reproche, le conseiller indis-

liAVAHl) A MKZIKRRS (spptoniliro !f)2l). 293

Le comte de Nassau et Francisque de Sickingon rejoignirent l'Empereur à Valenciennes, où il avait pris le commandement de l'armée des Pays-Bas.

François P' se mit en personne à la tète des troupes françaises ', et une bataille décisive entre les deux monarques paraissait imminente, lorsque Charles-Quint, effrayé d'un échec subi par son avant-garde au passage de l'Escaut, regagna précipitamment les Flandres (22 octobre).

C'était pour les Français une campagne heureuse ; Bayard avait repris Mouzon, et la conquête du Hainaut allait remplacer l'invasion de la Champagne, lorsque le roi d'Angleterre Henri YIII imposa son intervention .

Pendant les négociations, Tournai, non secouru, Cut obligé de se rendre faute de vivres.

En Navarre, Lesparre, après avoir pris Pampelune, assiégeait Logrono sur l'Ebre, lorsqu'il fut assailli et battu par une armée espagnole supérieure en nombre.

pensable des g(?néraux en chef, le héros de Padoue, de Brcscia, de Ravenne n'élait parvenu qu'à l'emploi de lieutenant de la compagnie d'ordonnance du duc Antoine de Lorraine. Pour obtenir une liante charge militaire, il fallait, à cette époque, être prince ou courtiï^an.

* En vertu de sa charge de connétable, Charles de Bourbon avait le droit de mener l'acnnt-gnrde ; François I", qui se plaignait « de l'humeur taciturne, froide et mal cnduranle » de son trop puissant va'-sal, donna ce commandement à son beau-frère, le duc d'Alençon. Ce fut là une des causes premières du ressentiment et de la trahison du coiniétable.

294 CHARLRS-QUINT.

De leur rapide conquête, il ne resta aux Français que Fontarabie ; mais son gouverneur, Jacques Daillon du Lude '. la défendit héroïquement pendant plus d'une atniée.

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