‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 72 sur 152 · LAUTREC · texte numérisé non relu

LAUTREC

Kai Italie, la mauvaise fortune de Lautrec ' et le manque d'argent pour solder les mercenaires étrangers, entraînèrent la perte du Milanais.

Opposé au vieux Prosper Colonna, qui luttait contre la furi'f ffoncrse, en manœuvrant prudemment sur l'échiquier lombard, tant de fois parcouru et étudié, Lautrec voulut imiter la prudence de son adversaire et devenir comme lui un nouveau Fabius ^

Il temporisa, fatigua ses troupes par des contremarches et des lenteurs inutiles, et laissa prendre Milan,

1 Frère de M. delà Crotle, et défenseur du château de BresciaenlS12. « Il endura le siège de Pampelune l'espace de treize mois, combattant et soutenant tous les assauts, plus que vaillant homme ne saurait faire; n'étant pas seulement assailli ni combattu de la guerre, mais de la famine, si bien qu'il lui convint de manger les chats et les rais, et jusqu'aux cuirs et parchemins bouillis et grillés. » (Brantôme).

2 L'iiisloirc s'étant montrée sévère pour Lautrec, il est juste d'invoquer en sa faveur le témoignage de Montluc, qui se connaissait en hommes de guerre : « Nous perdîmes en cette guerre (1522) le duché de Milan ; il n'y eut point de faute de la part de M. de Lautrec, qui y fit tout h devoir d'un bon et sage général; aussi était-il un des plus grands hommes de guerre que j'aie jamais connus. » (Ch. II).

s " Prosper Colonna a joui toute sa vie d'une grande réputation, et

il sut encore en rehausser l'éclat dans ses dernières années. Il était ha-

. bile et expérimenté, mais il ignorait l'art de saisir les occasions offertes

par la négligence ou par la faiblesse des ennemis; cependant, sa vigi-

1 ance contre les coups de force ou les surprises compensait avanlageu-

LAUTREC f4;j22). 2%

OÙ son administration hautaine avait ravivé la haine contre la France \

Au mois d'avriH522, après un rude hiver qui avait interrompu les opérations, l'armée italienne et espagnole ' se tenait en observation à trois milles au nord de Milan, dans le parc de Bicocca \

sèment sa lenteur, et on peut avec justice donner à ce général le surnom de Temporisateur.

« Avant l'invasion de Charles VIII en Italie, la cavalerie, pesamment armée, était plus en usage que rintanterie, et l'on ne pouvait pas transporter et faire agir les engins de guerre sans beaucoup de peine ; aussi les batailles, quoique fréquentes, n'étaient-elles pas meurtrières, et les places les plus faibles arrêtaient-elles souvent les plus fortes armées, moins par l'habileté des assiégés que par l'ignorance des assiégeants. Peu à peu, les Italiens se rassurèrent contre la furie française; ils perfectionnèrent la défense des places, qu'ils munirent de remparts, de fossés, d'autres ouvrages encore; ils les garnirent d'une nombreuse artillerie, dont une ville assiégée tire plus de parti qu'une armée assiégeante. Prosper Colonna changea le système de guerre, et il eut la gloire de sauver deux fois le duché de Milan. Il fut le premier qui réduisit l'art de la guerre à couper les vivres à l'armée ennemie, à la ruiner par le découragement, la disette et la confusion qu'une sage lenteur y produit; il sut vaincre et conserver ses conquêtes sans risquer de bataille, sans rompre une lance et sans tirer l'épée. Les bons généraux qui l'ont suivi ont adopté cette prudente méthode, et plusieurs ont soutenu de longues guerres, moins par la force des armes que par leur science et par leur habileté à profiter du moindre avantage. « (Guicciardini, livre XV, ch. xviri.

1 « Il était hardi, brave et vaillant pour combattre en guerre et frapper comme un sourd ; mais pour gouverner un état, il n'y était pas bon. ' (Brantôme).

2 « '1.200 hommes d'armes, 10.000 Italiens ou Espagnols, 4.000 lansquenets, 3.000 Suisses. {Mémoires de Guspard de Sau.r-Tavamies.)

3 La Bicoque.

296 CHARLES-OriNT.

« Il y avait là une maison assez considérable au milieu d'un vaste rectangle de jardins disposés en terrasses, entourés de fossés continus et très-profonds. La campagne environnante était, comme toute la Lombardie, coupée de mille ruisseaux d'irrigation. Du côté de Milan, un pont en pierre donnait seul accès dans le rectangle » '.

Lautrec n'avait nulle envie d'attaquer cette position; mais les Suisses, qui formaient la moitié de son armée,

réclamaient impérieusement l'arriéré de leur solde qui avait été détournée par d'indignes intrigues de cour.

Les principaux de leurs capitaines, Albert Stein et Arnold de Winkelried , déclarèrent à Lautrec que leurs compagnons étaient résolus à ne plus attendre, et qu'ils allaient reprendre le chemin de leurs montagnes :

— « Cependant, dirent-ils, « pour montrer à la terre en- « tière que ce n'est ni la crainte < de l'ennemi ni les périls de « la guerre qui nous contrai- « gnent à la retraite, mettez- « nous à la tète de votre armée, et conduisez-nous,

Fig. 197.

' Guicciardini

Page 1