I.AL'TREC (lo
« dès demain, à l'attaque de la position ; nous n'au- « rons pas plus de peine à forcer le camp espagnol de « Bicocca, que nous n'en avons eu à enlever le camp « français de Novare ' . »
Le maréchal Anne de Montmorency, capitaine général des gens de pied, Jean de Médicis % chef des chevau-légers italiens, les maréchaux de Foix et de La Palice au nom de la gendarmerie de France, et tous les capitaines, appuyèrent la requête des Suisses.
Cependant le seigneur de Pont-de-Rémy, envoyé en reconnaissance avec 400 hommes d'armes et 6.000 Suisses, contourna les fossés du parc de Bicocca, sans y trouver d'autre accès que le pont de pierre ; il reconnut que le front de la position était une haute terrasse bien garnie d'artillerie, et déclara qu'il n'y avait pas lieu de l'attaquer.
Les capitaines suisses restèrent inébranlables dans
1 Plusieurs historiens ont traduit cette version de Guicciardini par les trois mots impérieux : « Argent, congé ou bataille ! » C'est une interprétation inexacte.
2 Neveu du pape Léon X: « il lit faire toutes ses enseignes noires après la mort de son oncle, pour le regret qu'il en eut ; de sorte que ses troupes n'élaient autrement nommées que les bandes noires. Elève du marquis de Pescaire, il acquit, en un rien, la réputation d'un très bon capitaine, même pour les gens de pied. » (Brantôme.)
Les armes offensives et défensives de ces terribles bandes noires, qui de '1520 à 1527 ravagèrent l'Italie et firent surnommer leur ciief le Grand Diable, sont conservées dans le palais du Podestat, à Florence. Les casques et les cuirasses, en acier bruni, sont à l'épreuve delà balle, comme le témoignent les nombreuses atteintes qu'elles ont reçues et qu'on y voit encore.
leur résolution de combattre le lendemain et de partir après la bataille ' .
« Alors le seigneur de Lautrec, se voyant commandé par ceux qui lui devaient obéir, ordonna que le lendemain, jour de Quasimodo, l'armée fût prête à marcher. »
Bataille de Bicocca (29 avril loS^).
« Le point du jour étant venu, chacun se mit en état pour marcher droit à Bicocca 2. »
Le maréchal de Foix, avec la gendarmerie de l'avanigarde, devait tourner la position par la gauche et assaillir le pont de pierre.
Il était précédé par Pont-de-Rémy, « qui, avec sa compagnie de 50 hommes d'armes et les chevaliers nonveaux',, était. chargé <^/«tvj?> tœil à ce que l'ennemi ne fît aucune saillie par quelque lieu, et ne vînt pas, par derrière, mettre en désordre notre armée. Pont-de- Rémy devait aussi porter secours au lieu où il verrait que serait le besoin >- '.
^ 0 J'ai vu le dépit des Suisses être cause de la perte de plusieurs plans et interrompre grandement les affaires du Roi. Ils sont, à la vérité, vrais gens de guerre et servent comme de rempart à une armée, mais il faut que l'argent ne manque p:îs, ni les vivres aussi; ils ne se payent pas de paroles. » {Commentaires de Montluc.)
2 Mémoires de Martin du Bellay (1513 à 15^7).
5 A la veille de chaque bataille, le général en chef et les principaux capitaines de l'armée conféraient la chevalerie aux jeunes gentilshommes qui avaient mérité cette faveur. Ceux-ci devaient, pour gagner leurs éperons, -r marcher au premier front devant, » comme nous l'avons vu au moyen âge, et se signaler entre tous.
^ Cq\,{c pointe d'avant -garde de cavalerie doit fournir les édaireurs cl
BATAILLE DE BICOCCA ('29 avril 1o22). 299
Le maréchal de Montmorency devait, avec 8.000 Suisses, attaquer le front de la position, c'est-à-dire la terrasse défendue par l'artillerie, après que les pionniers de Pedro Navarro auraient fait les esplanades '.
Lautrec, La Palice, le bâtard de Savoie et le grandécuyer Galéas de San-Severino « menaient la bataille, où était le reste de l'armée, tant de gendarmerie et de Suisses que d'autres gens de pied. »
Le duc d'Urbin faisait l'arrière-garde avec les Vénitiens.
Jean de Médicis et sa cavalerie légère couvraient le flanc droit; pour tromper l'ennemi, il avait remplacé les croix blanches de France par la croix rouge impériale ^
Une vieille estampe italienne, conservée cà la bibliothèque Nationale, "donne une idée exacte des dispositions prises par Prosper Colonna. (Fig. 198).
En première ligne, 40 pièces de canon protégeaient le front des lansquenets, formés en une seule phalange rectangulaire sous le commandement de Georges
les flanqiieurs pendant Li marche on avant, pour former ensuite la réserve, quand le mouvement tournant du maréchal de Foix aura réussi. C'est à peu près le rôle que Jehan Clmndos a assigné à Hugh Caverly à la bataille d'Auray, en 13G4. (Tome I", page -iOO).
* C'est-à-dire quand ils auraient comblé les fossés avec des fascines, renversé les clôtures et percé les murailles.
2 « Prosper Colonna ne fut pas dupe de cet artifice; pour le rendre inutile, il fit mettre h ses chevau-légers des épis sur leurs chapeaux. » (Guicciardini, livre XIV, ch. .vviii).
CHAP.LES-OUINT.
Frandsberg; la cavalerie italienne était massée en arrière de l'aile droite de l'infanterie allemande.
Le marquis de Pescaire, avec 400 lances et 6.000 fantassins espagnols, gardait le pont de pierre.
Fis. 198.
Au lieu de faire le siège de ce camp retranché ou, au moins, d'en préparer l'attaque par une violente canonnade, Lautrec laissa les 8.000 Suisses de la première bataille marcher en colonne 'profonde « droit au rempart des ennemis. »
Montmorency, capitaine général des Suisses, étant arrivé à un vallon que l'artillerie de la terrasse ne pouvait pas atteindre, pria les montagnards de temporiser quelque peu, afin de donner au maréchal de Foix le
DATAll.LK DL; BICOCCA (211 n\n\ lïtiH). 301
temps d'achever son mouvement tournant, et d'assaillir le pont de pierre.
C'était la seule manière d'assurer le succès de la double attaque ordonnée par le général en chef; mais ces montagnards entêtés et indisciplinés ne voulurent rien entendre. Ils s'élancèrent à découvert, « comme taureaux furieux », en entraînant avec eux Montmorency et toute la brillante noblesse volontaire qui avait mis pied à terre pour combattre aux côtés du maréchal,
«Avant d'atteindre le rempart, plus de 1.000 des Suisses furent tués à coups d'artillerie, et le reste, en y arrivant, trouva un fossé et un parapet plus hauts que les piques.
Arrêtée court par ce double obstacle, la colonne du centre fut criblée, presque à bout portant, « par l'artillerie et l'arquebuserie dont le rempart était farci, » et, après avoir perdu 3.000 combattants dont 22 capitaines ', elle fut forcée de battre en retraite vers le corps de bataille.
Le maréchal de Foix, retardé dans sa marche par les nombreux obstacles du terrain, n'atteignit le pont de pierre qu'après l'échec de f attaque de froul.
Cependant il força le passage à la première charge ^
• « Le comte de Montfort, les seigneurs de Miolans, de Graville, de Launay et plusieurs autres furent tués; le maréchal de Montmorency, porté par terre, fut relevé hors des fossés par ses gentilshommes. » (Martin du Bellay).
- La ligure 198 représente naïvement cette charge.
305 CHARLIÎIS-QUINT.
6t pénétra clans la position ennemie avec 400 hommes d'armes.
« Mais alors les Impériaux, étant délivrés des Suisses, tournèrent tout leur effort sur cette gendarmerie ; tellement qu'ils la contraignirent à repasser le pont en bien combattant. Le maréchal de Foix demeura sur la queue pendant toute la retraite qui fut lente, car ses gens ne pouvaient passer que deux ou trois de front » '. Son cheval fut tué entre ses jambes par une arquebusade, mais il sauta aussitôt sur un autre et continua le combat ' .
Le marquis de Pescaire, saisissant avec à propos le moment favorable à une contre-attaque , s'élança hors du retranchement à la tète de l'infanterie espagnole, pour faire une saillie sur les Suisses pendant qu'ils se repliaient sur le corps de bataille.
Heureusement, Pont~de-Rémy, « qui avait l'oeil partout », fit une charge si furieuse contre les Espagnols qu'il- les rembarra dedans leur fort. »
Les Vénitiens , qui formaient l'arrière- garde des Français, restèrent immobiles, à l'abri de l'artillerie ennemie, sans prendre part à l'engagement. Et pourtant, « s'ils eussent voulu assaillir de leur côté, comme
1 Martin du Bellay.
'■^ « M. de Lescun fit très bien avec la première troupe de la gendarmerie que son frère lui avait donnée à mener; il força vaillamment le pont et entra dedans. Il combattit très bravement, eut son cheval tué sous lui, et une grande estocade dans le visage. Mais pourtant il fallut se retirer, par le secours qui survint aux ennemis. Il y perdit son enseigne, qui s'appelait Roquclaurc, brave gealilhomme gascon, et force gens d'armes de sa compagnie. » (Brantôme).
BATAILLE DR BICOCCA (29 avril 1522). 303
firent la gendarmerie et les Suisses, les ennemis, oblir gés de diviser leurs forces et de faire face à trois attaques à la fois, auraient perdu la journée. L'inaction des Vénitiens nous coûta la victoire » '.
Ce n'était cependant qu'une bataille indécise; la double attaque repoussée, les Français étaient encore assez nombreux pour recommencer. Lautrec le voulait ; la gendarmerie proposait aux Suisses de se mettre à pied à côté d'eux et de former ik première pointe . Ce fut en vain : les Suisses déclarèrent que, vainqueurs ou vaincus, ils étaient décidés à abandonner, le lendemain, les enseignes françaises; aucune prière ne put les fléchir.
Les capitaines français, la rage dans le cœur, furent donc obligés débattre en retraite à leur suite, et Prosper Colonna, contenant l'ardeur de Pescaire, n'osa pas quitter « son fort » pour les poursuivre.
Les Français évacuèrent la Lombardie, où ils ne conservaient que le château de Crémone^; mais à son retour en France, Lautrec eut le droit de dire au roi que c'était à ses ministres plutôt qu'à ses soldats ^
1 Martin du Bellay.
2 Janot d'Herbouville, seigneur de Brunon, s'y maintint pendant deux années. Il mourut au printemps de '1523, mais les huit hommes qui restaient de la garnison tinrent bon jusqu'à l'arrivée des renforts français. Ce sont Icà des exemples bons à connaitre et à retenir.
5 Au sujet du mot soldat, nous trouvons, dans le ipremier discours de Brantôme sur les colonels et mestres de camp français, la curieuse étude étymologi(iue suivante :
» Dans le temps passé, les rccherchcuro de mots et étals antiques
304 ClIARLES-gUIM'.
qu'il devait attribuer la perte du Milanais'.