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LE THOISIEME VOYAGE DE NAPLES

peste. Le nouveau chef qu'elles avaient choisi, le proscrit français, Philibert deChâlons, prince d'Orange, eut grand'peine à leur faire quitter Rome pour marcher au-devant des Français.

Ceux-ci, au lieu de pousser sur Naples une pointe rapide par la Romagne, la marche d'Ancône, les Abruzzes et la Fouille, et d'assaillir la ville par terre, pendant que le capitaine des galères françaises et génoises, Philippine Doria, l'attaquerait par mer, s'étaient avancés, à petites journées, le long de l'Adriatique '. Partis de Bologne le 2 février, ils étaient cantonnés, le 27, entre Lucera et Foggia, dans la Capitanate.

Le prince d'Orange vint barrer à Lautrec la route de Naples, en occupant la forte position qui domine, au nord, la petite ville de Troja.

Lautrec rassembla aussitôt toutes ses forces et établit son camp près de Troja, au pied de la montagne occupée par l'ennemi.

« Ce logis ne se prit pas sans de belles et braves escarmouches, où chacun fit son devoir tant d'un côté que de l'autre.

« Le lendemain, qui était le premier samedi de carême, l'armée de France marcha en ordre de bataille,

1 Par Rimini, Sinigaglia, Ancône, Recanati, où ils firent séjour, Pescara, Lanciano et Vaslo, « auquel lieu il fit telle tempête que, encore que les soldats fussent frais et reposés, il en mourut plus de .fOO. tant do pied que de cheval, par la tourmente et les froidures. • (Martin du Bellay, livre III.)

toute prête à combattre, et gravit la montagne en laissant l'ennemi à main gauche, pour trouver moyen de l'attirer hors de son fort; mais jamais les Impériaux ne voulurent déloger.

« Alors notre armée tourna la tête vers l'ennemi ; l'avant-garde, la bataille et l'arrière-garde, précédées de l'artillerie, la bouche en avant, marchèrent tout d'un front, avec 200 pas d'intervalle entre les bataillons. Sur les ailes de chaque bataillon, il y avait une troupe de gendarmerie pour la soutenir ; à l'aile droite, les 150 hommes d'armes des compagnies Moriac et Pomperait, qui flanquaient les 3.000 Suisses du comte de Tende, engagèrent l'escarmouche avec la cavalerie légère du prince d'Orange.

Les Suisses baisèrent la terre comme de coutume, espérant combattre, et toute l'armée, d'une seule voix, cria :

— « Bataille ! » '

Une charge brillante de la gendarmerie de l'aile droite et de la noblesse volontaire ' rejeta les chevau-légers impériaux dans le camp retranché de la hauteur; mais le prince d'Orange ne jugea pas prudent d'en sortir, et Lautrec laissa passer cette occasion de l'y attaquer. Sous prétexte qu'il attendait pour li-

' Martin du Bellay.

■■i « A ladite charge se trouvèrent les hommes d'armes du seigneur de Tournon, ainsi que la jeunesse française qui faisait le voyage pour son plaisir, telle que Bonnivet, Jarnac, Chastaigneraye, Cornillon, le baron de Conty ot autres jusqu'au nombre de 30 ou 40. » (Idem.)

LE TROISIÈME VOYAGE DE INAPLES (15i7). 343

vrer bataille les bandes noires de Toscane, il se contenta de prendre position sur la hanteiir voisine, et les deux armées restèrent sept jours en présence, des deux côtés du vallon de Troja, fort éprouvées, l'une et l'autre, par le froid et par la tempête.

Le renfort attendu par Lautrec (13 enseignes de vétérans italiens formés par Jean de Médicis ') arriva le vendredi 7 mars dans la nuit ; à cette nouvelle, « le prince d'Orange mit toutes les clochettes de ses mulets dans des coffres et, sans sonner trompettes ni tambourins, il délogea prenant le chemin des bois droit à Naples »

Lautrec, au lieu de poursuivre les Impériaux, s'attarda à prendre Melfl "" et Venosa, à faire occuper les

' Jean de Médicis, blessé mortellcincnt d'une arquehusado devant Favie en 1525, avait laissé un corps d'élite de 3.000 hommes de pied et de 3 guidons de gens de cheval. Son successeur, le capitaine toscan Horace Baglionc, en porta l'effectif à 4.000, « lesquels, pour le deuil du seigneur Jean, portaient les enseignes noires, et eux-mêmes étaient vêtus de noir; aussi les appelait-on les bandes noires. • (MonUuc, chap. m.)

2 Pedro Navarro assiégea Melii, le 22 avril, avec ses Gascons, les bandes noires et deux canons. La brèche ouverte, Gascons et Toscans se précipitèrent à l'assaut en rivalisant de furie, sans que les otliciers pussent les retenir; mais, longtemps exposés au feu de la place qui les prenait en tianc, ils furent repoussés avec de grandes pertes. Le soir même, un second assaut fut donné sans succès. La nuit suivante, Lautrec envoya un renfort d'artillerie, et l'on établit deux fortes batteries. Alors les nombreux paysans qui élaient dans la ville se soulevèrent contre les 000 hommes de la garnison; :\ la faveur du désordre, les assiégeants pénétrèrent dans la ville, et massacrèrent indistinctement bourgeois et paysans.

villes ouvertes', et il ne parut devant Naples que le T' mai, avec une armée découragée, encombrée de chariots, de malades et de bouches inutiles.

Fig. 2U6.

Pedro Navarro fit prévaloir dans le conseil des capitaines l'avis de réduire la place par la famine. Il traça, de l'est cà l'ouest, de longues lignes de circonvallation, qui s'étendaient circulairement depuis le marais de la

« Carraciolo, prince de Melfi, se retira dans le château avec ce qui lui restait de soldats; mais il fut bientôt forcé de se rendre. Lui seul eut la vie sauve; toute la garnison fut passée au til de l'épée, et la ville fut mise au pillage. Les vivres qu'on trouva dans Melfi furent une grande ressource pour les Français, car leur peu de précaution les avait exposés à en manquer, même dans la Fouille où ils sont en abondance. « (Guicciardini, livre XVIII, chap. xxxu.)

L'Empereur refusa de payer la rançon du prince de Melfi, qui entra au service de François I'"', devint maréchal de France, capitaine de 100 hommes d'armes et lieutenant général en Piémont.

» « Capoue, Mola, Acerra, Aversa et toutes les villes dos environs, jusqu'à Pouz7,oles, se rendirent à Lautrec , qui demeura sept jours à l'abbaye d'Acerra, à sept milles de Naples. Il avait été obligé de marcher à petites journées pour attendre les convois, relardés par la difti

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