‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 8 sur 152 · CAVALERIE · texte numérisé non relu

CAVALERIE

En 1473, chaque compagnie d'ordonnance est commandée ^B.r un conductier \ chevalier de grande autorité, sage, prudent et expert en armes, nommé pour un an.

Ce conductier a toujours, dans son chapeau ou ailleurs, un rôlet, c'est-à-dire un contrôle où sont inscrits tous les hommes d'armes, coustiliers et archers de sa compagnie % avec indication de leurs résidences.

1 En italien condottiere.

2 D'après l'ordonnance de juillet 1471, « l'homme d'armes doit porter blanc harnois complet, être monté de trois bons chevaux, (dont un pour le page qui portera sa lance); le moindre vaudra 30 écus. Il aura une selle de guerre avec chanfrein, et, sur la salade, des plumes de couleur, moitié blanches moitié bleues, aussi bien que sur le chanfrein. Sans imposer des bardes pour les chevaux, le duc fait observer qu'il saura bon gré à l'homme d'armes qui s'en procurera. Les armes offensives sont un estoc raide et léger, une lance chevaleresque, un couteau taillant pendant au côlé gauche, et une niasse d'armes pendant au côlé droit.

€ Le coustilier sera armé pardevaut d'un plastron d'acier ou de fer battu avec arrêt (faucre) et par derrière de brigantine. Il aura en outre une salade, un gorgerin, des llancars, des braies d'acier, des avantbras à petites gardes et des gantelets. Il portera une bonne javeline, sorte de demi-lance, ayant poignée et arrêt, une bonne cpée droite, de moyenne longueur, qu'il pourra manier d'une seule main, avec une bonne dague d'un pied ei à deux tranchants.

« L'archer sera monté sur un cheval de 10 écus au moins, habillé d'une jacque à haut collet tenant lieu de gorgerin, avec bonnes manches; il portera une cotte de mailles ou paletot de haubergerie dessous cette jacque, qui sera de 12 toiles au moins, dont 3 de toile cirée ei 9 de toile commune. Il aura, pour garantir sa tête, une bonne salade sans visière, et portera des houseaux ronds, sans pointes, afin que lorsqu'il mettra pied à terre les pointes ne l'empêchent pas de marcher légère-

CAVALERIE DE BOURGOGNE. Ct

La compag-nie est divisée en 4 escadres de 25 lances, dirigées par des chefs d'escadre, dont 3 ont été choisis par le conductier; le quatrième, désigné parle duc parmi les écuyers de son hôtel, est d'ordinaire le lieutenant du conductier et le commandant en second de la compagnie.

Les chefs d'escadre ont une cornette de la même couleur que Venseigrie du conductier.

L'escadre se partage en 4 chambres\ de 5 lances chacune. Les chefs de chambre, nommés par le chef d'escadre, portent à leur salade une banderole aux couleurs et emblème de la cornette ' de l'escadre.

ment. 11 sera armé en outre d'un arc solide, d'une trousse contenant 30 tlèches, d'une longue épèe à deux mains, d'une dague, d'un pied et demi, à deux tranchants.

« Les arbalétriers et cranequinicrs à cheval auront lu'igantinc ou corselet comme les coustiliers, demi-avant-bras à petites gardes, manches d'acier, gorgerin, salade et épéc, comme les archers à cheval.

« Le coulevrinier et l'arbalétrier à pied porteront un haubergeon; le piquenaire aura à son choix une jacque ou un haubergeon.

« Les archers et coustiliers recevront du duc, à la première montre, un paletot de deux couleurs, mi-partie blanc et bleu, à charge par eux de continuer à se vêtir ainsi à leurs dépens. Ils pourront mettre sur ces paletots l'emblème que leur capitaine portera sur ses étendards. »

* La chambre est le 'peloton actuel.

2 « Les enseignes des divers conductiers seront de couleurs ditVércntes; mais les cornettes de chaque compagnie seront de la même couleur. La première cornette portera un C en or^ la deuxième CC, la troisième CGC, la quatrième CCGC.

■• Les banderolles ou guidons seront de la même couleur que la cornette de l'escadre; elles porteront autant de C qu'il y en a sur cette cornette, et elles se distingueront entre elles par le numéro 1,2, 3 ou i brodé au-dessous de cet indice. »

(De lu Chauvelavs).

^8 CllAKLKS LE TÉMÉRAIRE.

Les officiers doivent toujours avoir sur eux le contrôle de la troupe qu'ils commandent.

Chaque lance, en 1473, compte 6 cavaliers :

L'homme d'armes, son page et son coustilier, avec 4 chevaux ^ ;

Un coustilier armé d'une javeline ou demi-lance et 3 archers ou cranequiniers *.

La compagnie d'ordonnance de Bourgogne est donc un régiment de cavalerie mixte de 600 hommes, qui comprend, sans parler des pages :

100 chevaliers armés de pied en cape, représentant V escadron d'élite ou la cavalerie de réserve ;

100 coustiliers cuirassés, moins bien montés et armés d'une lance plus légère {demi-lance), formant la cavalerie de ligne ;

Et 300 archers, munis d'armes de jet, qui sont les chevau-légers.

Le chevalier conductier est le chel'de guerre et l'administrateur \ le colonel, de cette importante unité tactique.

1 Deux seront assez forts pour courir et rompre lance; celui du coustilier devra coûter au moins 30 écus et celui du page 20; le qua^ trième cheval est un sommier pour le bagage de l'homme d'armes.

2 « Les gens de trait, coustiliers ou autres, ne porteront aucuns bagages que ceux qu'ils auront sur leur personne. » Ordonn. de'1468é

3 <t Les conductiers pourront choisir des gens de guerre pour remplir les places devenues vacantes par mort, destitution ou autres causes, pourvu que ces soldats soient gens experts on guerre et honorables. Ils ne seront toutefois réputés de la compagnie qu'après avoir été 'paÉsés à montre et reçus comme suffisants par le commissaire du duc; En ce cas, ils seront retenus par lui de l'ordonnance et payés. S'ils sont refusés, ils seront néanmoins payés, du jour où le conductier

GAVALERIli \)E BOUUGOGNK. iO

Les cliefs d'escadre, capitaines, réunissent chacun 149 cavaliers autour de leurs cornettes.

35 de ces cavaliers se rallient à la banderole du chef de chambre, officier de peloton.

Le simple homme d'armes est à la fois le chef direct des 5 cavaliers de sa lance fournie et un officier éprouvé, auquel le conductier ou le chef d'escadre confie, en mainte occasion, un détachement de demi-lances ou de chevau-légers.

Quelques-uns des archers à cheval sont armés de petits canons, fixés à l'extrémité d'une tige de fer et suspendus par un anneau à une courroie.

D'après Viollet-le-])uc.

Fig. liO.

« Quand le coulevrinier veut tirer à cheval, il relève une fourchette de fer attachée à l'arçon de sa selle, vise et met le feu à l'aide d'une mèche '. »

et le commis du trésorier des guerres certifieront qu'ils ont clé enrôlés, jusqu'au jour de la montre. » (De la Chauvclays.) ' Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier; l. TI, Trait ù pondre.

ARTILLERIE i.

Depuis 14H, les ducs de Bourgogne avaient tenu à honneur de posséder les plus grands canons, les plus grosses bombardes', ils faisaient l'essai de tous les engins nouveaux et de tous les perfectionnements du matériel.

D'après Olivier de la Marche, les arsenaux du duc Charles contenaient 400 pièces de siège ou de campagne, sans compter les bombardelles, premiers modèles

Fig. 141.

du fusil de rempart ' et les conlevrines à la main, qu'on appelait aussi hacquebutes à croc.

1 M. Joseph Garnier a publié, dans V Annuaire départemental de 1862, un important mémoire sur VArtiUerie delà commune de Dijon.

Il passe en revue, depuis 1187 jusqu'à 1631, les moyens de défense laborieusement et chèrement achetés par la capitale des ducs de Bourgogne, et il met sous nos yeux des documents irréfutables, qui fixent, de siècle en siècle, les transformations successives et les progrès du matériel de l'artillerie à feu.

2 € En 1451, Jehan Cambier, marchand d'artillerie à Mons, fabrique, moyennant i20 livres 4 sous, une bombarde en fer, vernye de rouge, contenant, chambre el volée ensemble, 17 pieds de long. Le boulet, de pierre a 12 à 13 pouces de diamètre; son poids est de 75 kilogrammes environ. La pièce pèse cinquante fois plus que le projectile. »

(Général Favé.)

3 , Cette bouche à feu et son fût étaient portés sur un affût à chevalet ou à roues, semblable à celui de la figure 150, page 64.

ARTILLERIR DE BOURGOGNE. 21

Le trait à poudre du coulevriiiior était devenu, en 1476, une arme sérieuse.

Le tube s'était allongé ; on l'avait encastré dans un fût terminé par une poignée coudée, que le coulevrinier maintenait, pendant le tir, sous son aisselle droite.

Comme l'engin était lourd et embarrassant, on l'appuyait, pour viser, sur une fourchette articulée '.

C'est à peu près l'escopette (schioppo) ou l'arquebuse (archibugio), que Giorgio Martini a décrite , en 1465, dans son Traité d'architecture civile et nulitaire.

L'artillerie légère de Bourgogne se composait de serpentines, montées sur des affûts à deux flasques.

Fi?. \M.

<' Deux trous, circulaires, qui traversent le fût de ces bombardes, ne nous laissent aucun doute à cet égard. Ces bouches à t'eu étaient peu épaisses; elles lançaient des boulets de picri'e, pesant 6 lulogrammes environ, avec de faibles charges placées dans une chambre cylindrique. »

(Général Favé.)

1 « Ces traits à poudre atteignent un mètre et plus de longueur; ils lancent une balle de 6 à 7 lignes (0",015). La lumière est déjà placée latéralement, parfois avec un petit auget.

« Le canon est maintenu au bois par deux frettes de fer, et Tune d'elles porte des tourillons qui entrent dans les œils, percés à l'extrémité d'une fourchette en bois, dont on fixe la pointe en terre pour \iser.

• Malgré la fourchette, le recul de ces armes à feu causait une si

« Parmi ces affûts, les uns n'avaient pas de mécanisme pour faire varier l'inclinaison de la bouche à feu, de sorte qu'on ne pouvait pointer dans le plan vertical qu'en élevant ou en abaissant le point d'appui de la crosse.

« Les affûts perfectionnés portaient trois trous dans leurs flasques pour le logement d'une cheville de pointage et il y avait un coffre dans la crosse * . »

Fig. 143.

Ces pièces, dont le calibre variait de 54 à 72 millimètres, lançaient des boulets, en fer ou en plomb, d'une à trois livres.

Il fallait 2.000 chariots pour conduire les munitions et le matériel.

violente secousse à la main, qu'on donna à la queue du bois une large cr'osse pour l'appuyer contre le côté droit de la poitrine. On appela ces armes des poitrinals quand on les fit courtes et sans fourchette. » (Yiollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, liv. vi, pag. 332.) * Général Favé.

ARTILLI-RIR Di: lîOCliCOGM;.

« Cette curieuse figure a dté empruntée, par M. le général Favé h un manuscrit de la Bibliothèque nationale, n« 1914. inlitulé Machines de guerre.

L'éminént autour, après avoir décrit l'invention, ajoute : . Pouriaire

« L'artillerie, dit Olivier de la Marche, en décrivant l'état de la maison de Bourgogne, se conduit sous un chevalier qui se nomme maistre de r artillerie et qui doit être obéi comme le prince. Il a sous lui le receveur, qui paye les officiers, les poudres, les canons, les forges, les pionniers, les charretons et tous les ouvrages qui se font à cause de l'artillerie ; et certes, la dépense qui passe par ses mains monte, par an, à plus de 60.000 livres.

« Le contrôleur tient par ordre et par écrit le contrôle de toute la dépense faite et payée pour toute provision de l'artillerie, comme arcs, flèches, arbalestres, traits, bâtons à main, cordes et toutes choses nécessaires.

« Là, sont les maistres des œuvres, les carpentiers»^ mareschaulx, forgerons et toute manière de gens. Quand le duc est devant une ville, c'est lui-même qui fait asseoir les bombardes.

« Le duc commet, par chacune bombarde, un gentilhomme de son hôtel, pour la conduite d'icelle bombarde et de la suite, qui est ès-mains du bombardier.

« L'artillerie est estoff'ée et garnie de toutes choses, tellement que le duc peut traverser une rivière de mille pieds en peu de temps, si besoin est; le pont est assez puissant et fort pour passer la plus grande l)ombarde du monde.

feu avec un canon attelé, il est nécessaire Je limiter la force de projection, de manière à réduire extrêmement l'effet du recul, c'est-à-dire qu'il faut sacrifier la puissance de la bouche à feu. C'est pour cela que l'arlillerie n'a jamais réalisé, depuis cette époque, les avantages très-désirables que l'inventeur avait recherchés daus ce modèle. »

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